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Village agricole dit domaine de l'île verte

Dossier IA33007055 inclus dans Île verte réalisé en 2012

Fiche

  • Vue aérienne, 2002.
    Vue aérienne, 2002.
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  • Parties constituantes

    • chai
    • cuvage
    • écurie
    • étable
    • maison
    • logement d'ouvriers
    • puits
    • château d'eau
    • école
    • jardin
    • pigeonnier
Précision dénomination village agricole
Appellations Domaine de l'Île Verte
Parties constituantes non étudiées chai, cuvage, écurie, étable, maison, logement d'ouvriers, puits, château d'eau, école, jardin, pigeonnier
Dénominations ensemble agricole
Aire d'étude et canton Estuaire de la Gironde (rive droite) - Blaye
Adresse Commune : Plassac
Lieu-dit : Île Verte
Cadastre : 1832 C 22 ; 2011 C1 54

Entre la fin du 18e siècle et le début du 19e siècle, une construction est bâtie sur l'île formée à la fin du 18e siècle. Cette construction est figurée sur la carte du Cours de la Gironde, Dordogne et Garonne de 1825 et sur le plan cadastral de 1832. Un instituteur bordelais, dénommé Larroque, en est alors l'unique propriétaire.

Autour de 1850, Abel Laurent, prospère agent de change parisien, fait l'acquisition de la propriété et y constitue un domaine agricole. La viticulture devient dominante et nécessite l'installation à demeure d'une importante main d'œuvre. Aussi des bâtiments d'exploitation (chais, cuviers, étables, granges...) sont construits ainsi que des maisons afin d'y loger le régisseur, le maître de chai et les ouvriers. Le registre des augmentations-diminutions de la matrice cadastrale indique pour les parcelles n° 8, 21, 23 et 30 des constructions nouvelles entre 1855 et 1861, dont celle de la maison de maître en 1856, implantée à l'écart, au milieu de l'ancien potager. Cette demeure (parcelle n° 22) fait l'objet d'une augmentation de construction en 1863. Une véritable colonie viticole se met en place : la population sédentaire de l'île passe de 17 habitants en 1841 à 79 à la fin des années 1870.

Le vignoble est préservé du phylloxéra grâce à la possibilité d'inonder les parcelles de vignes pendant de longues périodes d'hiver, tuant l'insecte dévastateur. Ainsi, le vignoble connaît une certaine prospérité économique permettant, à la fin des années 1870, des travaux d'agrandissement et de modernisation des bâtiments viticoles pour accueillir une production croissante. En effet, la production, suivant l'ouvrage Bordeaux et ses vins de Cocks et Féret, passe de 120 tonneaux en 1874 à 400 en 1881. Abel Laurent complète les équipements du domaine en assurant l'adduction d'eau potable par le creusement d'un puits artésien. D'après Édouard Féret dans la Statistique générale de la Gironde de 1878, le puits a "85 m. de profondeur, donne 4500 litres d'eau à la minute, à 10 m. au-dessus du sol". Le château d'eau construit à cette époque dans le village est signé Chaudet aîné (sans doute l'entrepreneur blayais Bernard Chaudet), probable constructeur de l'ensemble ; le monogramme AL (pour Abel Laurent) est inscrit au-dessus de la porte d'entrée.

La préservation des vendanges face au phylloxéra et de nouveaux travaux effectués entre 1880 et 1900 portent la quantité de tonneaux de vin rouge à 700 et 125 pour le vin blanc. A la fin des années 1920 est mentionné un chemin de fer Decauville pour le transport de la vendange aux cuviers. Le village viticole est considéré comme une exploitation modèle de part ses installations modernes.

Parallèlement à la viticulture, des céréales et des fruits sont cultivés. La qualité de ces cultures est particulièrement évoquée dans l'édition de 1881 de Bordeaux et ses vins.

Une école est aménagée en 1951 dans un bâtiment agricole, dite "Groupe scolaire Ernest Bouquereau", d'après une plaque apposée sur le mur-pignon. Au cours de la seconde moitié du 20e siècle, la surface de production de vigne diminue au profit de la production de céréales et de maïs en particulier. La modernisation des techniques agricoles et le recul du vignoble entrainent une forte baisse de la population de l'île et l'abandon progressif des bâtiments. La maison de maître est détruite dans les années 1960 et l'école ferme définitivement ses portes en 1977.

Une tentative de remise en culture du domaine au début des années 2010 n'a pas abouti.

Période(s) Principale : 3e quart 19e siècle
Principale : 4e quart 19e siècle
Secondaire : 1er quart 20e siècle
Auteur(s) Auteur : Chaudet Bernard, entrepreneur, signature

D'après une carte postale ancienne, la maison de maître était établie dans un parc arboré et offrait une large perspective sur l'estuaire. Elle était bâtie sur un rez-de-chaussée surélevé et s'élevait sur un étage carré. L'accès à l'entrée s'effectuait depuis l'extérieur par un escalier symétrique. La façade principale s'ouvrant sur trois travées avait un balcon à l'étage. Un toit à croupes couvrait l'ensemble.

Le village se compose de la maison du régisseur et de plusieurs logements jumelés destinés aux ouvriers alignés sur la "Grand Rue", ainsi que des bâtiments d'exploitation comprenant étables, écuries, granges et bâtiments viticoles organisés en un vaste ensemble de vaisseaux juxtaposés. Les maisons et logements sont en moellon recouvert d'un enduit ocre orangé. Les chaînes d'angles et les encadrements sont harpés, un bandeau souligne l'étage et les pignons sont découverts. Le château d'eau, intercalé dans l'alignement des logements, forme une tour cylindrique en pierre de taille, couronnée de créneaux. Les chais, au voisinage de la maison du maître de chai, occupent le côté nord. Le cuvier est un bâtiment à étage du type "cuvier médocain".

Murs calcaire pierre de taille
moellon enduit
Toit tuile creuse, tuile mécanique
Étages 1 étage carré
Élévations extérieures élévation à travées
Couvertures toit à longs pans croupe
pignon découvert
Escaliers escalier de distribution extérieur : escalier symétrique, en maçonnerie
États conservations mauvais état
Techniques sculpture
Représentations rinceau, raisin, escargot
Précision représentations

Le château d'eau est le seul élément du domaine portant un décor sculpté : la fenêtre est ornée de rinceaux de vigne avec des raisins ; un escargot est aussi représenté sur l'appui.

Ensemble agricole témoin de la création de colonies agricoles et viticoles en milieu insulaire dans l'estuaire de la Gironde.

Statut de la propriété propriété privée
Intérêt de l'œuvre à signaler

Annexes

  • compléments bibliographiques sur le domaine de l'île Verte

    - COCKS Charles, FERET Edouard. Bordeaux et ses vins classés par ordre de mérite. Bordeaux : Féret, 1881 (4e édition)

    P. 458 : L’Ile-Verte, sur le 3e degré 1’ 8’’ de longitude occidentale et sur le 45e degré 4’ 36’’ de latitude septentrionale, en face et près de Margaux, Soussans, Arcins et Lamarque, à 9 kilomètres au-dessous du bec d’Ambès, à 34 kilomètres au-dessus de l’embouchure du fleuve de la Gironde, forme un magnifique domaine d’une fertilité remarquable. Il comprend :

    1e Un vignoble dont les produits, vins rouges et vins blancs, jouissent d’une grande estime, comme vins grands ordinaires et sont toujours directement aux consommateurs. Ce vignoble d’une étendue de 65 hectares, est composé de cépages tous de choix, moitié en vignes de 35 à 40 ans, et moitié en vignes de 7 à 25 ans. Il produit environ 400 tonneaux de vins rouges et 17 tonneaux de vins blancs, tous susceptibles d’une longue conservation par le vieillissement naturel.

    2e Une exploitation agricole pour la culture des blés de semences, dont une variété spécialement perfectionnée par la nature du sol de l’Ile-Verte est recherchée par les agriculteurs les plus notables du centre de la France (Seine-et-Marne, Seine-et-Oise, Loiret, Eure-et-Loire, Seine-Inférieure, etc.). Médaille d’argent à l’Exposition universelle de 1878. Quoique notre livre soit spécialement consacré à l’étude des vins de la Gironde, nous croyons devoir dire utilement quelques mots sur ces blés : fertilité remarquable, épis longs et très gros, grains à écorce très fine, paille grêle mais pleine, et de beaucoup supérieure, comme qualité aux pailles ordinaires dont les tubes sont en général trop gros pour la nourriture des animaux. Le poids de ces blés de 81 à 84 kilogrammes l’hectolitre a atteint 86 kilogrammes ½ en 1874. Ci-dessous quelques mots empruntés au catalogue de MM. Vilmorin, Andieux et Cie sur cette variété de blé : Blé rouge inversable d’automne et de février. Le grand mérite de ce blé est de résister au froid, à la sécheresse, à la verse, et de pouvoir servir pour regarnir, à la fin de l’hiver, les blés gelés.

    3e Des plantations magnifiques d’arbres fruitiers dont les produits sont hors ligne pour la saveur. Les pruneaux secs à cuire, variété perfectionnée de la prune d’Agen, prune d’ente, constituent un des revenus notables de ce domaine. Ils sont préparés avec les plus grands soins de propreté dans des étuves à l’abri de la poussière. Il est inutile de les laver pour les faire cuire. On n’a jamais rencontré un pruneau véreux dans les pruneaux de l’Ile-Verte. Les qualités exceptionnelles des produits de l’Ile-Verte paraissent dues à la constitution particulière de son sol, dont la formation date à peine d’un siècle et demi. Ce domaine est aménagé de manière à permettre, au moyen de la disposition de plusieurs écluses, soit de renouveler le sol par de nouveaux colmatages, soit d’entretenir pendant plusieurs siècles les éléments de fertilité, d’amélioration et de perfectionnement qui font distinguer tous ses produits obtenus sans aucun fumier ni engrais artificiel.

    L’Ile-Verte est, depuis 1874, dotée d’un puits artésien, le plus merveilleux du monde connu. Le débit de ce puits, à 9 mètres de hauteur au-dessus du sol, atteint par minute 5,800 litres d’une eau limpide et propre à tous les usages, dont la température est de 11 degrés.

    - COCKS Charles, FERET Edouard. Bordeaux et ses vins classés par ordre de mérite. Bordeaux : Féret, 1929 (10e édition)

    P. 359-360 : L’Ile Verte appartient en entier à la Société des domaines et Vignobles de l’Ile Verte, après être restée plus de soixante-dix ans dans la famille de M. Abel Laurent.

    L’Ile-Verte, sur le 3e degré 1’ 8’’ de longitude occidentale et sur le 43e degré de latitude septentrionale, en face et près de Margaux, Soussans, Arcins et Lamarque, à 9 kilomètres au-dessous du bec d’Ambès. Elle forme un des plus beaux domaines du département de la Gironde, par sa situation et sa fertilité. Les habitations destinées aux vignerons, construites sur un principe tout à fait moderne, forment une véritable cité. (Chaque famille a sa maison très confortablement et très hygiéniquement aménagée avec eau potable, et chaque habitation a son jardin verger spécial). Les beaux chais et cuviers pour le vin rouge, les pressoirs hydrauliques pour le vin blanc forment un ensemble unique en Gironde).

    Un chemin de fer Decauville sillonne en outre toute la propriété pour le transport de la vendange aux cuviers.

    Ce domaine comprend un vignoble dont les produits, vins rouges et vins blancs jouissent d‘une véritable renommée comme vins grands ordinaires.

    Les vins blancs de l’Ile Verte peuvent rivaliser avec les meilleurs vins blancs de la Gironde par leur saveur, leur finesse et leur bouquet. Vins rouges et vins blancs sont d’une très longue et parfaite conservation en bouteilles.

    L’Ile Verte a environ 150 hectares, dont 106 sont en vignes, moitié vignes de 35 à 40 ans, et moitié en vignes de 7 à 25 ans. Le vignoble n’est composé que des meilleurs cépages, malbec, cabernet-sauvignon, merlot et petit verdot. Sa production est d’environ 700 à 800 tonneaux vin rouge, et 150 à 200 tonneaux vins blanc.

    Des plantations magnifiques d’arbres fruitiers donnent des produits hors ligne pour la saveur et ornent ce beau domaine. Les qualités exceptionnelles des produits de l’Ile-Verte paraissent dues à la constitution particulière de son sol, dont la formation date d’environ deux siècles.

    Ce domaine est aménagé de manière à permettre, au moyen d’écluses, la submersion des différentes parties du vignoble, ensemble ou séparément, ce qui le rend invulnérable au phylloxéra. Cette introduction des eaux limoneuses du fleuve constitue un excellent fertilisant pour le sol et contribue à assurer l’excellence de ses produits. On n’emploie jamais de fumier dans l’Ile Verte, d’où il est transporté dans le Médoc.

    Les soins les plus intelligents sont donnés à la vigne et aux vins, ce qui classe ces derniers au premier rang des vins des Iles.

    La distribution d’eau dans la propriété est assurée, depuis 1874, par un puits artésien d’un débit considérable.

  • Population des îles de l'estuaire entre 1896 et 1926

    Source : listes nominatives des recensements. Tableau publié par Jean PARIS, "La population des îles de la Gironde de 1891 à 1926, une image des flux migratoires". Migrants, migrateurs, migrations. Actes du 14e Colloque de l'Estuaire, Les Cahiers de l'estuaire n° 13, p. 72.

    Cazeau

    Nord

    Verte

    Sans-Pain

    Bouchaud

    Patiras

    Total

    1891

    86

    103

    101

    85

    27

    104

    506

    1896

    91

    102

    128

    78

    55

    106

    560

    1901

    49

    107

    130

    61

    48

    101

    496

    1906

    121

    120

    105

    65

    60

    105

    576

    1911

    108

    110

    105

    61

    72

    57

    513

    1921

    113

    95

    105

    52

    58

    49

    472

    1926

    94

    116

    127

    45

    50

    49

    481

    Nombre d'habitants de chaque île

Références documentaires

Documents d'archives
  • Matrices cadastrales de Plassac, 1853-1883.

    Archives départementales de la Gironde
Documents figurés
  • Cours de la Gironde, Dordogne et Garonne, depuis la tour de Cordouan à Bordeaux, à Libourne. Encre, papier, par Beautemps et Beaupré (ingénieurs géographes), 1825.

    Archives départementales de la Gironde : 2 Fi 2110
  • Plan cadastral napoléonien de Plassac, 1832.

    Archives départementales de la Gironde : 3 P 325
  • Photographies aériennes, par Michel Le Collen, 2e moitié 20e siècle.

    Archives départementales de la Gironde : Fonds Le Collen. 94 J
Bibliographie
  • COCKS Charles, FERET Edouard. Bordeaux et ses vins classés par ordre de mérite. Bordeaux : Féret, 1868 (2e édition).

  • COCKS Charles, FERET Edouard. Bordeaux et ses vins classés par ordre de mérite. Bordeaux : Féret, 1881 (4e édition).

  • COCKS Charles, FERET Edouard. Bordeaux et ses vins classés par ordre de mérite. Bordeaux : Féret, 1893 (6e édition).

  • COCKS Charles, FERET Edouard. Bordeaux et ses vins classés par ordre de mérite. Bordeaux : Féret, 1908, enrichie de 700 vues de châteaux viticoles (8e édition).

  • FERET Edouard. Statistique générale du département de la Gironde. Bordeaux : Féret, 1878.

  • GUILLON J.-M . Les grands vins de Bordeaux. Bordeaux : Société de l'annuaire de la Gironde, 1939.

  • SCHOONBAERT, Sylvain. "L'architecture d'un domaine vinicole : l'Île Verte au XIXe siècle. Exposition, 21-23 juin 2002". L'Île Verte en Gironde. Exploration d'un patrimoine insulaire. Bordeaux : Pétronille, Patrimoine et Découverte, 2002.

    P. 18-23.
Périodiques
  • BOISSEAU, Sophie. "L'île Verte, un patrimoine à découvrir". L'estuarien, n°1, 2002.

(c) Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel ; (c) Conseil départemental de la Gironde - Bordes Caroline