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Villa Excelsior

Dossier IA64002668 inclus dans Station thermale des Eaux-Bonnes réalisé en 2018

Fiche

Précision dénomination villa de villégiature
Appellations Villa Excelsior, Villa Preller
Parties constituantes non étudiées parc
Dénominations maison
Aire d'étude et canton Pyrénées-Atlantiques
Adresse Commune : Eaux-Bonnes
Adresse : Chemin rural dit ancienne route thermale
Cadastre : 2018 AN 146

Entre la fin du Second Empire et le début de la Troisième République, le succès de la station des Eaux-Bonnes atteignant son âge d'or se matérialise aussi bien par la construction d'équipements publics, comme le casino, les Thermes d'Orteig ou l'église, que par celle de quelques villas privées commanditées par des notables en villégiature. L'édification de la Villa Excelsior en 1885 s'inscrit dans ce mouvement de développement urbain. Les conditions de sa commande et de l'achat de sa parcelle ne sont pas spécifiées dans la documentation historique, qui renseigne néanmoins sur la singulière destination originelle et les propriétaires de l'édifice ainsi que les moments clés de sa construction.

Un refuge pyrénéiste et mondain (1885-1921)

Excelsior est commandée par le négociant bordelais Lorenz Hermant Preller, connu pour être un mécène et un passionné des Pyrénées, qui érige cette demeure bourgeoise comme un refuge à l'attention des pyrénéistes désireux de pratiquer la montagne et de se documenter sur le massif pyrénéen.

Le chantier de cet édifice de style anglo-normand est confié à Émile Doyère, ancien élève de l’École des Beaux-arts, architecte des édifices diocésains et architecte départemental, partisan de Viollet-le-Duc et des doctrines anti-académiques. Ce maître d’œuvre semble intervenir régulièrement dans les Basses-Pyrénées où il édifie notamment une demeure à Salies-de-Béarn, une villa à Artix ou encore le Château Harispe à Saint-Jean-Pied-de-Port.

L'aménagement du parc paysager, implanté dans un site naturel stimulant pour les pyrénéistes, est confié à l'architecte-paysagiste Jacques-Émile Doassans, docteur en médecine et membre de la Société botanique de France. Cet éminent spécialiste, à la fois praticien et théoricien, était directement lié aux Eaux-Bonnes où il existait une maison portant le même patronyme et où il fut en charge du Musée Gaston-Sacaze.

Dès son achèvement, la Villa Excelsior tient ses promesses et devient un haut lieu de sociabilité où convergent les notables en villégiature venu s'adonner au défi physique de la montagne. La demeure fascine par la fantaisie et l'éclectisme de ses collections et de ses décors, contrastant diamétralement avec l'académisme des constructions publiques de la commune. Elle est décrite régulièrement dans la presse locale mais aussi dans les revues spécialisées nationales comme La construction moderne, où elle fait l'objet de plusieurs publications de planches.

La convivialité y semblait de mise, comme en témoignent de temps à autre la presse et les récits de voyage, qui évoquent tantôt la cave à vins partagée gracieusement par le commanditaire et son associé Desbonnos, tantôt les soirées en présence de telle comédienne de la Comédie Française ou de tel poète à la mode - par exemple, Mlle Bartet et François Coppée -, tantôt les visites des participants au congrès de Pau en 1892 menées par le docteur Meunier, médecin thermal de la station. Immédiatement après son achèvement, l'édifice est mentionné dans les guides et les plans touristiques, si ce n'est comme lieu d'accueil et d'hébergement, du moins en tant que repère géographique et objectif de promenade.

La situation, la pierre grise locale et les formes irrégulières de l'édifice donnent à la villa les allures d'une forteresse stimulant l'imaginaire si fertile du XIXe siècle : le comte de Rouille voit ainsi en Excelsior un bastion destiné à "défendre la gorge des Eaux-Bonnes", "un fortin avec son enceinte extérieure" et "sa porte massive" similaire à celle de Gaza. Quant au parc, "unique dans la région" selon Louis Latourette dans le Courrier d'Eaux-Bonnes en 1896, il recèle alors toutes les essences pyrénéennes, ainsi que des tonnelles, des grottes et des cascades, c'est-à-dire l'ensemble des éléments habituels d'un jardin public pittoresque mêlant aspiration à la rêverie, destination mondaine et préoccupations hygiénistes.

Remaniement durant l'entre-deux-guerres

La matrice cadastrale indique une mutation en 1894, qui correspond probablement à un changement de propriété par voie successorale. Dès la veille de la Première Guerre mondiale, en 1912, soit une trentaine d'années après sa construction, le propriétaire souhaite effectuer des travaux de réhabilitation mais il en est empêché pour des raisons de santé, puis par la guerre. Toujours est-il qu'entre 1921 et 1922, il est enfin en mesure de concrétiser son projet. L'édifice est remanié durant cette période par l'architecte palois Jules Noutary, qui intervient sur les aménagements intérieurs, le porche surélevé (dont le garde-corps était initialement en bois) et ajoute une annexe. La correspondance entre les deux protagonistes est régulière et toujours cordiale quoique le commanditaire, manifestant aisément sa satisfaction sur son papier à en-tête à l'adresse d'"Excelsior - Eaux-Bonnes", presse à plusieurs reprises le maître d’œuvre au sujet de l'envoi du matériel ou des équipes qui se font attendre. Par ailleurs, le commanditaire, probablement sensibilisé aux risques physiques et psychologiques de l'isolement en montagne, demanda à l'architecte de concevoir des croisées en forme de croix de Saint-André - non exécutées - afin de prévenir les élans suicidaires !

Il semble qu'à partir de l'entre-deux-guerres la demeure n'endosse plus son originelle vocation mondaine et savante mais se destine davantage à la vie de villégiature privée de ses propriétaires. M. Preller se promène alors régulièrement en montagne, sac sur le dos et bâton en main, en compagnie d'une dénommée Mlle Martini.

Période(s) Principale : 4e quart 19e siècle
Secondaire : 1er quart 20e siècle
Dates 1885, daté par source
1921, daté par source
Auteur(s) Auteur : Doyère Emile,
Emile Doyère (1842 - )

Ancien élève de l’École des Beaux-arts, architecte des édifices diocésains et architecte départemental, partisan de Viollet-le-Duc et des doctrines anti-académiques, qui s'illustre magistralement dans la seconde partie de sa carrière au Chili.


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architecte, attribution par source
Auteur : Doassans Jacques-Emile,
Jacques-Emile Doassans (1852 - 1908)

Docteur en médecine, membre de la Société botanique de France et auteur de plusieurs publications, qui fut préparateur en botanique au laboratoire de l’École Pratique des Hautes Études.


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paysagiste, attribution par source
Personnalité : Preller Lorenz Hermant, commanditaire, attribution par source
Auteur : Salies,
Salies

Entreprise installée à Pau entre 1885 et 1823.


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peintre, attribution par source
Auteur : Noutary Jules-Antoine,
Jules-Antoine Noutary (1870 - )

Architecte à Pau (14, rue Valéry-Meunier).


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architecte, attribution par source

La Villa Excelsior s'inscrit pleinement dans la vogue éclectique qui se répand en architecture à partir du Second Empire et sous la Troisième république. L'architecte et le commanditaire optent pour le style anglo-normand, courant dans les stations de villégiature balnéaires, thermales et climatiques, un parti pris qui nourrit l'imaginaire romantique encore vivace à la fin du XIXe siècle et caractérisant les villes d'eaux.

Une implantation dans un cadre naturel pittoresque

Implantée dans la partie la plus élevée de la station, la demeure représente la dernière construction du noyau urbain des Eaux-Bonnes à l'entrée de la Promenade de l'Impératrice et au-dessus de la Source Froide et de l'Hospice Sainte-Eugénie. A cet endroit, le cadre naturel, particulièrement sauvage et plongeant la demeure dans l'isolement, voit les parois montagneuses se rapprocher et constituer des remparts vertigineux, boisés et verdoyants autour de la villa, tandis que la quiétude de l'isolement est rompue par le grondement de la Sourde, torrent dont le canal souterrain aménagé dans les années 1850 prend son départ à l'entrée de la propriété. Cette localisation constitue en elle-même une forme de célébration de la montagne, en adéquation avec le rêve et la passion du commanditaire. Domonyme courant dans la culture pyrénéiste, le nom Excelsior, signifiant "la plus élevée" en latin, fait écho symboliquement à sa topographie.

L'éclectisme de la Troisième république

L'architecture associe les références anglo-normandes et les décors d'inspiration orientalistes et historicistes, comme on l'observe dans les demeures d'une certaine élite sociale et intellectuelle régie par le goût du voyage, de la découverte et de la connaissance durant le second XIXe siècle.

Rompant avec le néoclassicisme officiel des premières constructions thermales des Eaux-Bonnes ou avec le style néogothique consacré de l'église, la villa, dominée par une haute tourelle carrée, présente un plan et des élévations asymétriques. Les murs de parement, composés de moellons de calcaire provenant de la petite carrière située juste au-dessus de la propriété - encore visible à travers les arbres -, sont rehaussés par la modénature en pierre de taille, les menuiseries rouge sang-de-bœuf, auxquelles certains imputent une inspiration basque labourdine, ainsi que le jeu irrégulier du auvent du porche et des toitures couvertes d'ardoises pyrénéennes. Le jointoiement était, dès l'origine, teinté en rouge afin de produire un effet de contraste avec l'austère calcaire des façades. Établis sur un soubassement en pierre, les appartements sont accessibles par un perron dont la fondation en béton et le garde-corps initialement en bois ont été rénovés. Au-dessus de la porte d'entrée, un tympan triangulaire porte, traditionnellement, le nom de la villa, sculpté en lettres gothiques et surmonté d'un médaillon quadrilobé renfermant le monogramme P (Preller) du commanditaire. Les boiseries, en chêne ou en sapin, ont été réalisées à partir des gisements sylvicoles situés, comme la carrière pétrographique, dans le flanc de montagne dominant la propriété.

Conformément au style d'inspiration, les percements associent irrégularité et diversité typologique, mêlant les baies rectangulaires, les balcons, les petites baies rampantes et les lucarnes en chien-assis, qui correspondent à la distribution intérieure et sont donc une application du principe rationaliste de lisibilité et de fonctionnalisme plébiscité par les architectes anti-académiques, en particulier diocésains.

Un jardin paysager à l'anglaise

Dans un tel environnement, la demeure est indissociable de son parc paysager qui parachève et constitue en soi la continuité de l’œuvre architecturale et la transition entre la main de l'homme et la nature grandiose. Les interventions précises de Doassans ont majoritairement disparu mais les grandes lignes de sa conception sont parfois encore perceptibles. Elles obéissent aux principes du jardin anglais, qui s'adaptent aux propriétés naturelles de la parcelle, notamment au relief, et savent en tirer subtilement parti. Cette réalisation relève de la mode des jardins paysagers développée à profusion sous le Second Empire et la Troisième république en s'inspirant des modèles des grands aménagements et des parcs urbains. Les lithographies parues dans La construction moderne laissent entrevoir - et enjolivent - l'étendue de l'intervention du paysagiste qui traita les abords immédiats de la demeure, mais aussi une partie du flanc de montagne à l'arrière, dont les actuels arbres centenaires sont les vestiges.

Outre son irrégularité et l'aménagement de murs de soutènement en pierres sèches, le parc d'Excelsior se caractérisait par sa diversité botanique, reflet cohérent de l'éclectisme observé dans l'architecture et la décoration de la demeure.

Murs moellon enduit
pierre pierre de taille
Toit ardoise
Plans plan rectangulaire régulier
Étages étage de soubassement, rez-de-chaussée surélevé, 2 étages carrés, étage de comble
Élévations extérieures élévation à travées
Couvertures toit à longs pans croupe
toit en pavillon
Escaliers escalier isolé : escalier droit, en maçonnerie
escalier de distribution extérieur : escalier droit, en maçonnerie
Jardins massif d'arbres, arbre isolé, prairie ornementale
Statut de la propriété propriété privée

Annexes

  • Distribution et décor de la Villa Excelsior

    Distribution : un confortable refuge de montagne

    Sous ses apparences de maison de maître, l'édifice a été conçu moins comme une habitation individuelle que comme un refuge de montagne offrant des prestations luxueuses aux élites venues parcourir les reliefs. C'est pourquoi l'organisation s'agençait autour d'une pièce centrale, nommée "hall" mais faisant plutôt office de salon multifonctionnel qui pouvait accueillir aussi bien du mobilier de salle à manger que des lits. Six alcôves abritant des couchages se répartissaient à chaque étage autour de cet espace occupant toute la hauteur du pavillon sur deux niveaux. Une lithographie de 1887 montre ainsi l'organisation et la décoration se déployant au rez-de-chaussée et, au premier étage, autour d'une galerie avec garde-corps en bois néogothique. Malgré ses atours soignés et la grande qualité des décors et du mobilier, l'accent était donc mis, à l'instar de tout refuge de haute montagne, sur la fonctionnalité et l'optimisation de la capacité d'accueil à l'attention d'un public censé séjourner à l'extérieur et n'être que de passage.

    Les propriétaires avaient installé leurs appartements au premier étage tandis que l'étroite tourelle d'angle abritait deux chambres de domestiques ainsi qu'un pigeonnier destiné aux pigeons-voyageurs qui livraient les nouvelles quotidiennement aux excursionnistes.

    L'éclectisme en vogue : la quête de l'unité décorative

    La cohérence entre architecture et arts décoratifs, qui s'opère ici naturellement, relève par ailleurs d'une démarche spécifique au mouvement néogothique et éclectique qui s'évertue à composer une unité de création où gros œuvre, second œuvre et décoration sont interdépendants et se valorisent mutuellement.

    Les décors intérieurs ont connu des évolutions et des remaniements tout au long du XXe siècle. Les planches publiées dans La construction moderne, assorties de descriptions longues et enthousiastes, offrent une image précise de ce que fut l'ornementation originelle. Les auteurs mettent systématiquement en exergue l'accumulation des objets de toutes origines, ce qui témoigne de la mode éclectique de la Troisième république se matérialisant par l'amoncellement de meubles et d'artefacts d'origines géographiques diverses.

    Ainsi aux souvenirs de voyage exotiques répondaient les collections de curiosités pyrénéennes composées d'animaux naturalisés, d'herbiers, d'échantillons géologiques et d'équipements d'ascension de montagne. Les chambres étaient quant à elles dotées de peintures orientalistes et de bibliothèques pyrénéistes, faisant d'Excelsior un lieu d'évasion physique et spirituel. La lithographie de 1887 et les auteurs mentionnent encore les japonaiseries du XVIIIe siècle connaissant alors un engouement sans précédent en Europe, mais aussi les meubles antiques et les vieilles étoffes. L'influence médiévale était en outre lisible à travers les armoiries représentant le pic du Midi d'Ossau en bleu sur un fond en argent encadré par quatre coins rouges ("de gueule" dans le vocabulaire héraldique), sans oublier la robuste cheminée néogothique trônant au cœur du salon. Les alcôves étaient de plus équipées de rideaux en tissus orientaux, probablement indo-persans, qui, par un système d'importation, s'achetaient alors dans les grands magasins parisiens.

Références documentaires

Documents d'archives
  • Fonds Noutary. Dossier Villa Excelsior - Eaux-Bonnes, 1885-1923.

    Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques : 20 J 51
  • Matrice cadastrale des propriétés bâties d'Eaux-Bonnes 1903-1904.

    Archives municipales, Eaux-Bonnes
Documents figurés
  • Plan cadastral des Eaux-Bonnes dressé par J. Turon le 17 septembre 1863, vu et approuvé par le préfet le 27 avril 1866.

    Archives municipales, Eaux-Bonnes
  • Plan des Eaux-Bonnes, dans Guide Joanne, Hachette, 1894.

Bibliographie
  • BOUILLE Comte R. de. Courses dans les Pyrénées. Le Pas de l'Ours. Extrait de l'Annuaire du Club Alpin Français, vol.13, 1886.

  • MIGNOT Marie-Pascale. Les Eaux-Bonnes, station thermale des Pyrénées-Atlantiques. DRAE Aquitaine, 1986.

  • CHAINTRIER Jean-Paul. "Les carnets d'Excelsior, chaînon manquant du Pyrénéisme". Bulletin Pyrénéen, n° 507, janvier 2016.

    P. 4-29.
Périodiques
  • La Construction Moderne, 30 janvier 1886.

    Pl. 29.
  • La Construction Moderne, 29 janvier 1887.

    P. 181, 187 et pl. 30.
  • La Construction Moderne, 5 février 1887.

    P.198-199.
  • Courrier d'Eaux-Bonnes, 5 septembre 1895.

    P. 1-2
  • Courrier d'Eaux-Bonnes, n° 198, 1896.

    P. 1.
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