Logo =Inventaire Général du Patrimoine Culturel - Retour à l'accueil

Repaire noble de Lascaux, puis Fon Laroche

Dossier IA24001327 réalisé en 2011

Fiche

NOTE DE SYNTHÈSE

Histoire

La mention la plus ancienne de Lascaux, repaire noble relevant de la châtellenie de Montignac, remonte à l’année 1400. A cette date, Bertrand de Lacoulx rend hommage à son suzerain, Louis, duc d’Orléans, comte de Périgord et châtelain de Montignac, « pour son hostel appellé de La coux[1] ». Après les Lacoulx, la seigneurie passe à la famille du Cheylard (ou Chaslard) : Adémar « de Caslario » en est propriétaire en 1451, puis Antoine mentionné en 1490 et encore en 1503.

Avant 1536, la propriété est détenue en co-seigneurie : les propriétaires en sont Antoine du Cheylard, également seigneur de la Titima, et Antoine de Reilhac, aussi seigneur de Belcayre, de Pelvezy et de Salignac, qui rendent chacun hommage pour une partie de leur maison noble au seigneur

châtelain de Montignac. Ce sont peut-être eux qui firent reconstruire la maison noble dans les années 1510-1520, comme le suggère la présence de trois écus (aujourd’hui bûchés) placés au-dessus de la porte d’entrée du logis. Passé par la suite en totalité aux de Reilhac, le domaine reste dans cette famille jusqu’au commencement du XVIIIe siècle.

En janvier 1711, Marguerite de Reilhac, demoiselle de Montmège, vend « le domaine noble de Lascaux » à Jean de Labrousse, sieur du Rocq, moyennant la somme de 11 000 livres. Ce gentilhomme est sans doute le commanditaire de la restructuration complète de la maison noble, avec la reconstruction partielle de l’actuelle petite aile en retour, intervention qui semble avoir été de pair avec la destruction d’une partie des deux ailes. Après le décès de Jean de Labrousse en 1725, son fils, également prénommé Jean (vers 1691-1776), rend l’hommage du fief au marquis d'Hautefort (1729).

Traversant semble-t-il sans trop de dommages la Révolution, la famille Labrousse (branche de Lascaux) possède encore le domaine en 1813. Elle renoue alors avec le mode de vie des nobles d’antan – mais peut-être ne l’avait-elle jamais quitté ? Le seigneur de Lascaux réside en ville où il exerce comme avocat et premier suppléant de la justice de paix de Montignac. Il habite l’une des plus importantes maisons de la petite cité, dite aujourd’hui « maison forte d’Albret » (rue de la Pégerie, cf. IA24001323), dont la construction remonte au XIVe siècle, tandis qu’il peut jouir agréablement de son domaine campagnard de Lascaux, situé à faible distance et où il peut se rendre chaque fin de semaine.

Description et analyse archéologique

1. Le site et ses abords

De l’analyse du bâti croisée à l’examen des documents anciens (texte de l’aveu rendu le 19 septembre 1667 par Jean de Reilhac (cf. annexe), carte de Belleyme levée en 1768, et plan cadastral ancien de 1813), il est possible de restituer l’organisation du domaine noble sous l’Ancien Régime.

Dans la seconde moitié du XVIIe siècle, la demeure est le siège d’une seigneurie au cœur d’une petite exploitation agricole « d’une contenance de quatre cens sept quartonnées » (environ 54 hectares).

Constitué de vastes parcelles en herbe et en labour, de châtaigniers, de pins et de rochers, le paysage du domaine noble de Lascaux avait, il y a moins de cent ans de cela, une physionomie toute différente de celle visible actuellement. Avant la désastreuse crise du phylloxéra qui a ravagé le Périgord au cours de la décennie 1880, la vigne occupait en effet une part importante des terres agricoles de Montignac.

Au domaine de Lascaux, la vigne était cultivée dans de vastes terrains qui s’étendaient sur les flancs de la colline et aussi près de la grande maison noble qu’il était possible. En témoignent les matrices cadastrales de 1813, mais aussi la mention du « pigeonnier dans la vigne » de 1667. Or, ce pigeonnier dont il ne reste qu’un pan de mur, est aujourd’hui situé à mi-coteau, perdu dans le taillis qui couvre aujourd’hui presque entièrement la colline.

C’est cette colline, appelée « montagne » en 1667, constituée de rochers, et dont le texte de l’aveu rendu par Jean de Reilhac précise le couvert paysager, formé de « jurrige, garrissude, poix et brandiere, genévrier et bois catagnier par le hault, bois et costal » (cf. annexe), qui renferme la désormais célèbre grotte de Lascaux – elle tient son nom de l’ancien repaire noble[2].

Si le plan cadastral ancien et ses matrices (1813) témoignent surtout d’une grande permanence de la végétation de la colline, ils témoignent aussi que le couvert paysager a quelque peu évolué au cours des siècles suivants : en 1813, le paysage n’était déjà plus tout à fait le même qu’en 1667, la vigne ayant pris une part plus importante du coteau et du sommet de la colline (précisément là où se trouve l’actuelle entrée de la grotte)[3].

2. Les dépendances

La plus ancienne description conservée du domaine (1667) dénombre la « maison noble », une métairie avec sa grange, un « moulin à blé séparé avec son escluse » et la « montagne joignante le chemin allant du village de la Saladie à la ville de Montignac » (la colline renfermant la grotte dite de Lascaux).

La métairie a laissé place à une petite ferme modèle (cf. IA24001288), tandis que le four et le moulin ont disparu. Comme l’atteste la carte de Belleyme et encore le cadastre en 1813, le moulin était un édifice très modeste qui n’abritait guère plus qu’une paire de meules à grain, dont la tournante était probablement mue par un arbre vertical à lanterne, lui-même entraîné par l’arbre horizontal à rouet de la roue à aubes. Le four était tout aussi modeste : un simple bâtiment rectangulaire situé à droite du chemin d’accès au domaine.

Reste le « pigeonnier dans la vigne » : un pan de mur est le seul vestige encore debout de ce bâtiment qui était autrefois lié au prestige seigneurial. De plan circulaire, ouvert par une porte en direction de la maison (selon les recommandations des agronomes de l’époque moderne), il était muni de nombreux boulins pour loger les pigeons. Son couvrement était assuré par une coupole appareillée en tas de charge de pierres sèches.

3. Le bâtiment principal

Dressée à flanc de coteau et dominant la métairie située en contrebas et à distance, la maison noble était accessible par un chemin montant en pente douce jusqu’à un portail en plein-cintre flanqué par deux pavillons de défense de plan carré. La destruction des pavillons de flanquement et du portail, le creusement du chemin actuel dans la roche et la construction du mur de soutènement des terres bordant ce chemin furent réalisés pour faciliter l’accès à la demeure après 1813, date du plan cadastral ancien où ces éléments sont représentés.

Après avoir franchi l’entrée, le visiteur pénétrait dans une petite cour dans laquelle se dressait la demeure noble qui adoptait un plan en équerre : deux corps de logis disposés à angle droit, un corps principal au nord et un corps secondaire à l’ouest, avec la tour d’escalier placée dans l’angle. Des murs ruinés, des pierres d’attente, des raccords de maçonnerie (mur pignon sud du corps secondaire) et le vestige d’un cordon d’appui mouluré (mur sur cour du corps secondaire) attestent encore de la forme et de l’étendue initiale des deux corps, qui furent réduits d’au moins un tiers de leur longueur probablement au XVIIIe siècle. En outre, un corps est aujourd’hui adossé au corps principal : ce petit bâtiment, qui ne comprend guère plus qu’un rez-de-chaussée et une terrasse au-dessus couverte par un toit, date du début du XXe siècle. De fait, il renferme la porte d’entrée d’origine : une belle porte rectangulaire (très érodée) à moulures toriques et base prismatique continue dans l’ébrasement, surmontée de trois écus (bûchés) et d’un cordon à décor de feuilles de chêne (martelées), ouvrait la tour de l’escalier au rez-de-chaussée directement depuis la cour.

Ces corps de logis reposaient sur un étage de soubassement en partie creusé dans la roche et qui abritait le « cellier à mettre vin », autrement dit les chais (cf. annexe). Cette disposition des chais placés dans un étage de soubassement témoigne d’une centralisation du fruit des récoltes dans la maison noble, ainsi que de l’importance accordée au vin qui est placé sous la surveillance directe du maître des lieux. Elle est attestée dans d’autres demeures seigneuriales de la région : aux châteaux de Coulonges à Montignac, d’Auberoche et du Sablou à Fanlac, de la Grande Filolie à Saint-Amand-de-Coly et de Lanquais pour ne citer que ces exemples.

Au rez-de-chaussée surélevé, le bâtiment principal comprend une grande pièce rectangulaire, qui ne peut être que l’ancienne salle seigneuriale, encore munie d’une cheminée (refaite au début du XXe siècle, elle porte des armes non identifiées), d’un placard et d’un grand dressoir en meuble d’attache. Il faut également noter que la cheminée actuelle, de belle dimension, en remplace une plus importante, dont les traces d’arrachement se voient encore dans le mur. A ces dispositions s’ajoutait sans doute un petit oratoire pris dans le volume de la salle, recoupé par des cloisons en bois : c’est du moins ce que suggère la présente d’une petite fenêtre trilobée qui ouvre le côté ouest de la pièce. L’étage supérieur abritait une grande chambre (maintenant recoupée par des cloisons), dont subsistent une grande cheminée et un placard à niche. En outre, cette pièce – tout comme le reste du niveau – a perdu son volume initial : le plafond actuel recoupe en hauteur la pièce qui a ainsi perdu deux mètres.

Le corps secondaire devait loger une cuisine au rez-de-chaussée et des chambres et leurs annexes aux étages. Mais ce bâtiment est sans nul doute celui qui a subi le plus de modifications au cours du temps, et il est difficile de restituer son organisation interne.

Quoiqu’il en soit, les pièces des deux corps étaient accessibles par l’escalier en vis en pierre logé dans une tourelle polygonale (transformée ultérieurement pour adopter un plan carré[4]), appelé le « degré qui sert lesdites chambres » en 1667. Il était orné « en hault, au toit » d’une « giroitte et [de] petit[s] créneaux » : ce sont les signes d’appartenance du seigneur des lieux à la classe dominante.

Conclusion et datation

Il est possible de dater la construction de la maison noble grâce aux vestiges d’une fenêtre qui se voit encore, noyée dans la maçonnerie de son mur gouttereau sud, et à partir des caractères stylistiques de l’ancienne porte d’entrée. Elles sont toutes deux munies dans l’ébrasement de fines moulures toriques séparées par une gorge portées par une base prismatique continue. Pour la fenêtre, il ne fait aucun doute qu’il s’agissait d’une croisée ou d’une demi-croisée, comme l’atteste la présence d’un petit cabochon en pierre subsistant à l’emplacement de la traverse. En outre, elle était encadrée en partie supérieure par un larmier retombant sur un petit culot (encore en partie visible). De ce traitement particulier, il est possible de déduire que la fenêtre datait des premières années du 16e siècle, plus exactement des décennies 1510-1520.

Documentation

Archives

AD Pyrénées-Atlantiques, E 635 (orig.), fol. 82. Hommage rendu par Bertrand de Lacoulx à Louis, duc d’Orléans, comte de Périgord et châtelain de Montignac, 1er septembre 1400

AD Dordogne, 2 E 1819/15-9 (copie du XVIe siècle), fol. 4v°. Hommage rendu par Bertrand de Lacoulx à Louis, duc d’Orléans, comte de Périgord et

châtelain de Montignac, 1400

AD Pyrénées-Atlantiques, B 1803 (orig.). Rôle des seigneurs de Périgord qui ont prêté l'hommage au roi de Navarre devant Rollet, bâtard d'Albret, commissaire, 1541

AD Dordogne, 2 E 1828/8. Pièces diverses relatives au domaine de Lascaux, 1656-1711 (cf. annexe)

AD Dordogne, 2 E 1828/8-128. Vente du domaine de Lascaux par Marguerite de Reilhac à Jean Labrousse, 1711 (mention).

AD Dordogne, 3 E 2244, Tardif notaire royal. Actes notariés concernant Jean Labrousse seigneur de Lascaux, 1768

AD Dordogne, 60 H 1. Acte passé entre les Cordeliers et les Clarisses de Montignac, 30 janvier 1711

AD Dordogne, 1 J 310. Archives de la famille Labrousse, 1684-1741

Documents figurés

AD Dordogne, 3 P 3 3220. Plan cadastral ancien, section D, 4e feuille, Ech. 1/2500, 1813 (cf. doc.)

AP Lascaux. Carte postale, s.d. (début du XXe siècle)

Bibliographie

GOURGUES, Alexis de (vicomte). Dictionnaire topographique du département de la Dordogne comprenant les noms de lieu anciens et modernes… Paris : Impr. nationale, 1873, p. 171.

CHAMPEVAL, Jean-Baptiste. Hommages du comté de Périgord en 1541 rendus à Henri roi de Navarre, sire d’Albret, comte de Périgord, comme tel. Bulletin de la société historique et archéologique du Périgord, t. 25, 1898, p. 371

SECRET, Jean. Le Périgord. Châteaux, manoirs et gentilhommières. S.l. : Tallandier, 1966, p. 233

FOURNIOUX, Bernard. « Lascaux III ou Lascaux du Moyen-âge ». Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord. t. CXVII, année 1990, p. 140-145.

Annexe

Montignac, 30 décembre 1667

EXTRAIT DE L’AVEU RENDU PAR JEAN DE REILHAC POUR LA SEIGNEURIE DE

LASCAUX AU COMTE D’HAUTEFORT

(A.D. Dordogne, 2 E 1828/8-93, orig. en papier, cahier de quatre feuillets).

Transcription

« [… ; fol. 2 r°] Et premièrement, ladite maison noble consiste en cinq chambres et deux en bas qui servent de cellier à mettre vin, au degré qui sert lesdites chambres en hault au toit auquel y a giroitte et petit créneaux, d’un costé de laditte maison une petitte maison en bas séparée, pour le plancher, le métayer, une grange, sol[5], peu de jardin, plusieurs petits bâtiments, un four, un pigeonnier dans la vigne, un petit moulin à blé séparé avec son escluse et scitué au-dessous lesdites maisons et grange, tous ce dessus a ses marques et limittes certaines, de vignes, terre de labeur, prés, chenevières, le tout tenant ensemble et une montagne joignante le chemin allant du village de la Saladie à la ville de Montignac entre deux consistant, ladite montagne, en jurrige, garrissude[6], poix et brandiere[7], genévrier et bois catagnier[8] par le hault, bois et costal[9]

où y a des rochers, tous ce dessus étant de la contenance de quatre cens sept quartonnées[10] […] ».

Notes

[1] AD Pyrénées-Atlantiques, E 635 (orig.), fol. 82 : acte du 1er septembre 1400 ; archives départementales de Dordogne, 2 E 1828/15-9 (copie du xvie

siècle), fol. 4v°.

[2] Sur ce sujet, voir notre brève étude sur le domaine : PAGAZANI, Xavier, GROLLIMUND, Florian, BECKER, Line, MARABOUT, Vincent. "Lascaux avant

Lascaux", Focus – Région Aquitaine [en ligne], avril 2013 [consulté le 30/07/2013]. URL : inventaire.aquitaine.fr/decouvertes-virtuelles/focus/a-lascaux-avant-lascaux.html.

[3] Il faut souligner que, comme dans d’autres domaines nobles de Montignac (Le Planchat, Coulonges, Vergnas,…), les friches indiquées par les matrices cadastrales résultent sans doute d’un léger recul de l’exploitation de ces domaines abandonnés ou délaissés au moment de la période révolutionnaire par leurs propriétaires. Ces terres laissées en friche étaient sans doute auparavant cultivées en vigne. Les décennies suivantes du XIXe siècle verront au contraire une remise en bon état de ces exploitations.

[4] La tour, de plan carré, présente à l’est un pan coupé qui permettait précisément à une fenêtre (une demi-croisée) d’être dégagée : on doit déduire de cette observation que la tour actuelle a été modifiée, son plan carré étant changé en plan polygonal. A l’intérieur, une autre intervention importante ce remarque : les marches portant noyau, en pierre, ont été cassées (leur emplacement et leur extrémité cassée se voient encore dans le mur de la cage) pour permettre l’installation de l’escalier en bois actuel. Ces deux modifications importantes remontent sans nul doute à la même campagne de travaux.

[5] Sol : aire aplanie devant les bâtiments agricoles, où se déroulait souvent une partie des travaux (battage au fléau, par exemple).

[6] Jarrige et garrissade : ces deux mots désignent des bois de chênes. Le premier est en dialecte bas-limousin, le second en dialecte languedocien. Les deux dialectes voisinent et cohabitent dans le parler d’oc montignacois (Informations recueillies auprès de Daniel Chavaroche que je remercie).

[7] Brandière : grande bruyère à balai.

[8] Bois castagnier : châtaigniers.

[9] Costal, subst. masc. : « versant de Montagne, coteau » (ALIBERT, L. Dictionnaire occitan français selon les parlers languedociens, Toulouse, Institut d’estudis occitans, 1966, p. 246).

[10] Quartonnées : mesure de surface ancienne dérivant du quarton, qui est une mesure de contenance. La quartonnée est l’espace qu’on peut ensemencer avec un quarton de grain, dont on ne connait pas la correspondance avec le système métrique moderne.

Appellations de Lascaux, Fon Laroche
Parties constituantes non étudiées colombier, four
Dénominations manoir
Aire d'étude et canton Vallée de la Vézère - Montignac
Adresse Commune : Montignac
Lieu-dit : Fon Laroche
Cadastre : 1813 D4 1497 ; 2011 BE 154

La mention la plus ancienne de l' "hostel de Las Coulx", repaire noble relevant de la châtellenie de Montignac, remonte à l'année 1400. De l'édifice de cette époque subsistent les murs (le bâtiment principal actuel) et quelques vestiges significatifs. Dans le mur gouttereau nord, deux grands arcs en plein-cintre sont visibles, dont l'un correspond, à l'intérieur, à un dressoir en meuble d'attache en arc brisé disposé à côté de la cheminée (remaniée) de la grande salle seigneuriale au rez-de-chaussée surélevé. Dans le mur gouttereau sud, le meneau et l'appui (bûché) d'une baie géminée, éléments noyés dans la maçonnerie, datent également de cette époque. D'autres éléments indiquent qu'une campagne de réaménagement importante eut lieu au cours des années 1510 ou 1520 : une meurtrière à la française pour armes à feu légères à côté du portail d'entrée de la cour du manoir ; une fenêtre située dans le mur gouttereau sud et une porte percée au pied de la tour d'escalier en vis, toutes deux munies de moulures à listels et bases prismatiques dans l'ébrasement ; à l'intérieur, la cheminée de la grande salle (dont le manteau a été retouché au début du XXe siècle) et la cheminée de la grande chambre (qui a perdu sa hotte), chacune d'elles aussi munie de piédroits à moulures prismatiques et d'un placard situé à côté. Le propriétaire au tournant du XVIe siècle est Antoine du Cheylar, mentionné en 1490 puis en 1503 comme seigneur "de Lascoulx". Avant 1536, la propriété est détenue en co-seigneurie : les propriétaires sont Antoine du Cheylard, déjà cité, et Antoine de Reilhac, aussi seigneur de Belcayre et de Salignac, qui sont les probables commanditaires de l'importante reconstruction de cette période. Ce sont peut-être leurs armes qui figuraient autrefois dans les trois écus du linteau de la porte d'entrée (elles sont bûchées). Le domaine passe ensuite en totalité à la famille de Reilhac, qui le conservera jusqu'au XVIIIe siècle. La description la plus ancienne conservée du domaine date du 30 décembre 1667 : à ce moment, Jean de Reilhac rend aveu pour l'ensemble de son domaine qui comprend notamment une "maison noble", un pigeonnier "dans la vigne", une métairie avec sa grange, un "moulin à blé séparé avec son escluse" et la "montagne joignante le chemin allant du village de la Saladie à la ville de Montignac" (la colline renfermant la grotte de Lascaux). En janvier 1711, Marguerite de Reilhac, demoiselle de Montmège, vend "le domaine noble de Lascaux" à Jean de Labrousse, sieur du Rocq, moyennant la somme de 11 000 livres. En 1768, le manoir figure comme "Pavillon" ou "fief" sur la carte de Belleyme. La famille Labrousse Lascaux possède encore le domaine en 1813. L'ancienne maison noble de Lascaux a donné son nom à la colline au pied de laquelle elle se trouve et, beaucoup plus récemment, à la célèbre grotte que celle-ci renferme, l'ensemble faisant partie jusqu'au troisième quart du XXe siècle de la même propriété. Elle comprenait une métairie, reconstruite à la toute fin du XIXe siècle (l'actuelle ferme de Fon Laroche), ainsi qu'un moulin banal aujourd'hui détruit, mais représenté sur le plan cadastral de 1813 et un pigeonnier (en ruine). Sur ce plan, le manoir est également associé à deux pavillons carrés de défense, à l'est et au sud-est, qui flanquent le portail d'entrée de la cour ; ils ont disparu, de même qu'une grande partie du portail.

Période(s) Principale : 14e siècle , (?)
Principale : 1ère moitié 16e siècle

Dressée à flanc de coteau et dominant la ferme de Fon Laroche située en contrebas et à distance, l'ancienne maison noble est accessible par un chemin montant en pente douce creusé dans la roche. Isolée dans une petite cour, elle adopte un plan en équerre : deux corps de logis disposés à angle droit, un corps principal au nord et un corps secondaire à l’ouest, avec la tour d’escalier de plan carré placée dans l’angle. En outre, un corps est aujourd’hui adossé côté cour au corps principal : un petit bâtiment, qui comprend un rez-de-chaussée et une terrasse au-dessus couverte par un toit en appentis. Ces corps de logis reposent sur un étage de soubassement en partie creusé dans la roche. Au rez-de-chaussée surélevé, le bâtiment principal comprend une grande pièce rectangulaire, dotée d'une vaste cheminée et d'un dressoir en meuble d'attache. Tous ces corps sont construits en grande partie en moellon pour les murs et en pierre de taille pour les parties vives, excepté le bâtiment principal qui présente presque exclusivement une maçonnerie en pierres de taille de différents appareils. Celui-ci est protégé par un haut toit à longs pans et à croupes, tandis que le corps secondaire l'est par un toit à longs pans et à demi-croupes. Tous sont cependant couverts en ardoises, le toit de la tour d'escalier compris.

Murs calcaire
moellon
pierre de taille
Toit ardoise, tuile plate
Étages étage de soubassement, rez-de-chaussée, 2 étages carrés
Couvertures toit à longs pans
croupe
Statut de la propriété propriété d'une personne privée
Précisions sur la protection

Le site est intégré dans le périmètre de protection de la grotte préhistorique de Lascaux.

Annexes

  • Extrait de l'aveu rendu par Jean de Reilhac pour la seigneurie de Lascaux au comte d'Hautefort, 30 septembre 1667.

    ANNEXE

    Montignac, 30 décembre 1667

    EXTRAIT DE L’AVEU RENDU PAR JEAN DE REILHAC POUR LA SEIGNEURIE DE LASCAUX AU COMTE D’HAUTEFORT

    (A.D. Dordogne, 2 E 1828/8-93, orig. en papier, cahier de quatre feuillets).

    Transcription

    « [… ; fol. 2 r°] Et premièrement, ladite maison noble consiste en cinq chambres et deux en bas qui servent de cellier à mettre vin, au degré qui sert lesdites chambres en hault au toit auquel y a giroitte et petit créneaux, d’un costé de laditte maison une petitte maison en bas séparée, pour le plancher, le métayer, une grange, sol[1], peu de jardin, plusieurs petits bâtiments, un four, un pigeonnier dans la vigne, un petit moulin à blé séparé avec son escluse et scitué au-dessous lesdites maisons et grange, tous ce dessus a ses marques et limittes certaines, de vignes, terre de labeur, prés, chenevières, le tout tenant ensemble et une montagne joignante le chemin allant du village de la Saladie à la ville de Montignac entre deux consistant, ladite montagne, en jurrige, garrissude[2], poix et brandiere[3], genévrier et bois catagnier[4] par le hault, bois et costal[5] où y a des rochers, tous ce dessus étant de la contenance de quatre cens sept quartonnées[6] […] ».

    [1] Sol : aire aplanie devant les bâtiments agricoles, où se déroulait souvent une partie des travaux (battage au fléau, par exemple).

    [2] Jarrige et garrissade : ces deux mots désignent des bois de chênes. Le premier est en dialecte bas-limousin, le second en dialecte languedocien. Les deux dialectes voisinent et cohabitent dans le parler d’oc montignacois (Informations recueillies auprès de Daniel Chavaroche que je remercie).

    [3] Brandière : grande bruyère à balai.

    [4] Bois castagnier : châtaigniers.

    [5] Costal, subst. masc. : « versant de Montagne, coteau » (ALIBERT, L. Dictionnaire occitan français selon les parlers languedociens, Toulouse, Institut d’estudis occitans, 1966, p. 246).

    [6] Quartonnées : mesure de surface ancienne dérivant du quarton, qui est une mesure de contenance. La quartonnée est l’espace qu’on peut ensemencer avec un quarton de grain, dont on ne connait pas la correspondance avec le système métrique moderne.

Références documentaires

Documents d'archives
  • Hommages rendus au duc d'Orléans, comte de Périgord (1400)

    fol. 82 : Hommage rendu par Bertrand de Lacoulx à Louis, duc d’Orléans, comte de Périgord et châtelain de Montignac, 1er septembre 1400. Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques : E 635
  • AD Dordogne. 2 E 1819.

    fol. 4v° : Hommage rendu par Bertrand de Lacoulx à Louis, duc d’Orléans, comte de Périgord et châtelain de Montignac, 1400 (copie XVIe siècle). Archives départementales de la Dordogne : 2 E 1819
  • Fonds d'Hautefort, 1258-An X.

    /8 : Pièces diverses relatives au domaine de Lascaux, 1656-1711. Archives départementales de la Dordogne : 2 E 1828 (1-113)
  • Fonds d'Hautefort, 1258-An X.

    Pièce 8-93 : Hommage rendu par Jean de Reilhac pour sa seigneurie "de Lascoux" à François de Hautefort, comte du Périgord, le 19 septembre 1667 Archives départementales de la Dordogne : 2 E 1828 (1-113)
  • Fonds d'Hautefort, 1258-An X.

    /8-128. Vente du domaine de Lascaux par Marguerite de Reilhac à Jean Labrousse, 1711. Archives départementales de la Dordogne : 2 E 1828 (1-113)
Documents figurés
  • Extrait de la "Carte des rivières de la Dordogne et de la Vézère" levée pour François de Ferry, 1696 (AD Gironde, 3 JC 17, fol. 56).

    Archives départementales de la Gironde : 3 JC 17
  • Carte de la Guyenne par Belleyme. Reproduction en fac-similé de l'édition du XVIIIe siècle conservée à l'Institut géographique national, par Pierre de Belleyme, IGN.

    Planche n° 23 levée en 1768, gravée et publiée en 1789. Archives départementales de la Dordogne : 1 Fi 2 Dordogne 0013
  • Plan cadastral de la commune de Montignac. Dessin, encre et aquarelle, par Lafargue, 1813 (deux exemplaires, l'un conservé aux Archives départementales de la Dordogne, l'autres aux Archives municipales de Montignac).

    Section D, 4e feuille, Ech. 1/2500, 1813 (AD Dordogne, 3 P 3/3220). Archives départementales de la Dordogne : 3P3 3210-3228
Bibliographie
  • GOURGUES Alexis de. La Dordogne. Dictionnaire topographique du département. Paris : Res Universis, 1992, fac-similé de l'édition de 1873 (Monographies des villes & villages de France).

    p. 171
  • FROIDEFOND DE BOULAZAC Alfred. Armorial de la noblesse du Périgord. 2 tomes. Périgueux : Jouve, 1891, Marseille : Laffitte Reprints, 2006.

    t. II, p. 303
  • SECRET Jean. Le Périgord, châteaux, manoirs et gentilhommières. S.l. : Tallandier, 1966.

    p. 233
  • PENAUD Guy. Dictionnaire des châteaux du Périgord. Bordeaux : Sud Ouest, 1996.

    p. 154
Périodiques
  • CHAMPEVAL Jean-Baptiste. « Hommage du Comté de Périgord en 1541 rendus à Henri de Navarre, sire d’Albret, comte de Périgord, comme tel ». Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord. Tome XXV (1898), p. 371-376.

    p. 371.
  • Bulletin de la société historique et archéologique du Périgord.

    1941, p. 246 Bibliothèque nationale de France, Paris
  • FOURNIOUX Bernard. « Lascaux III ou Lascaux du Moyen-Âge ». Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord. T. CXVII, année 1990, p. 140-145.

    p. 140-145.

Liens web

(c) Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel - Ferlier Ophélie - Pagazani Xavier