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Présentation de la ville de Pau

Dossier IA64002329 réalisé en 2010

Des origines à l'installation du bourg castral

Les vestiges archéologiques documentent à Pau modestement la période proto-historique et antique, montrant que la commune est avant tout un lieu de passage sur les chemins de transhumance, grâce à la présence de gués sur le Gave de Pau. L'occupation humaine est alors essentiellement ponctuelle et itinérante, le long des axes nord-sud traversant l'Aquitaine d'une part et est-ouest longeant les Pyrénées. Les installations plus pérennes se stabilisent sous l'Antiquité autour de Beneharnum, l'actuelle Lescar, cité gallo-romaine capitale du peuple des Venarni, distante de Pau de 7 kms.

Favorisée par la présence d'un éperon barré naturel surplombant l'impétueuse rivière, la défense du gué sur le Gave attire vraisemblablement l'érection d'un donjon protecteur et l'implantation des premières populations sédentaires de Pau entre le 11e et le 13e siècle. Le bourg est mentionné pour la première fois en 1117. L'étymologie du vocable serait d'ailleurs liée à cette hauteur naturelle favorable. L'organisation de la vicomté de Béarn passe par la surveillance accrue de ses sites stratégiques, dont Pau, qui devient logiquement un castelnau, bourg castral loti et placé sous l'égide des vicomtes. Dans le cadre d'une politique d'affirmation et revendication de la souveraineté de ses terres, Gaston Fébus (1331-1391, Gaston III de Foix-Béarn) renforce les fortifications du Béarn et il semble que Pau soit à cette époque dotée d'une enceinte, protégeant le château et les habitations qu'il a attirées autour de lui. Le censier béarnais de 1385 réalisé à la demande de Fébus compte alors 124 feux (ostaus) dans la bourgade, soient 400 à 600 voisins (vesiis).

Pau capitale d'un Béarn souverain

Le développement de la cité s'accélère quand Pau devient la capitale du Béarn, en 1464. Après Morlaàs, puis Orthez, Pau est choisie pour devenir le centre politique de la vicomté principalement en partie pour sa situation géographique centrale et favorable. En 1472, elle devient également un siège du gouvernement de la royauté de Navarre, puis la capitale royale, les vicomtes étant devenus par alliance rois de ce territoire voisin. La ville, dotée d'institutions politiques nouvelles, attire à elle une population diversifiée estimée à 1500 habitants à la fin du 16e siècle, en lien avec des besoins administratifs et économiques inédits. L'action édilitaire de Madeleine de France (1443-1495), Henri II d'Albret (1517-1555) et Marguerite de Navarre (1492-1549), ou de Jeanne d'Albret (1528-1572) transforme la ville, en la dotant au fur et à mesure des équipements adaptés et, pour Jeanne d'Albret, d'ordonnances de réglementation urbaine. Le règne de Jeanne d'Albret marque un tournant fort dans l'histoire de la ville, en en faisant la capitale d'un état protestant. La cohabitation entre catholicisme et protestantisme est pacifique jusqu'en 1569, date à laquelle le culte catholique est interdit et le Béarn devient officiellement protestant. L'Édit de Nantes (1598) et l'intervention d'Henri IV, roi de France et de Navarre (1553-1610), fils de Jeanne, mettent fin aux guerres de Religion.

Pau capitale d'un Béarn français

Louis XIII (1601-1643) signe la fin de l'indépendance du Béarn et son retour dans le giron catholique. Toutes les volontés favorables au niveau national et local sont alors mobilisées afin de doter la nouvelle province française d'institutions et d'établissements propres au changement de mentalité et de religion : création d'un Parlement, attraction de différents ordres religieux, éducation et renouvellement des élites. Cette transformation politique, administrative, sociale a des incidences fortes sur la cité, qui connait alors un accroissement démographique et topographique sans précédent. Pau compte en effet 2000 habitants au début du 17e siècle et plus de 9000 à la Révolution. Les initiatives réalisées au 17e siècle visent à doter la ville d'établissements nouveaux et nécessaires, avec une polarisation certaine des pouvoirs en place autour du château et une modernisation de l'existant. L'arrivée des différents ordres religieux, de nouveaux établissements publics (bienfaisance, commerce) et leur mode d'implantation contribuent à doubler la surface urbaine. Pont et rues sont mis en place durant cette période pour permettre l'accroissement du tissu urbain. C'est pourtant à partir du milieu du 18e siècle que l'Intendance s'attache réellement à améliorer le réseau routier interne à la ville et ses connexions avec le réseau national. Cela s'inscrit dans une visée économique et militaire commune dont bénéficient l'ensemble des Pyrénées et les liaisons, même ambigües, avec l'Espagne. Ces chantiers font venir à Pau des compétences spécialisées et recherchées absentes jusqu'à présent de l'ancienne capitale, notamment des maîtres d'œuvre, ingénieurs-géographes du Roi ou ingénieur des Ponts et Chaussées qui travaillent puis s'établissent durablement sur le territoire en répondant aux commandes publiques comme privées.

Révolutions

Les ruptures liées à la Révolution laissent une empreinte profonde dans la cité. La vente des biens nationaux, immeubles de l'Église ou des émigrés, constitue une aubaine foncière pour la ville. Les emprises ainsi libérées peuvent servir le projet urbain, la construction de nouveaux établissements, l'aération des quartiers centraux et l'amélioration de la distribution viaire. Chef-lieu de département et siège de préfecture, la ville parvient en outre à conserver son statut de capitale et la pérennité de l'implantation de pouvoirs politiques, d'administrations, d'établissements scolaires en centre ville. Le Premier Empire voit le lancement de nombreux efforts de constructions et d'aménagements en faveur de Pau qui souvent n'aboutissent que dans le courant du siècle.

La situation de Pau aux pieds des Pyrénées et de ses stations thermales, la renommée de son climat et l'arrivée du chemin de fer en 1853 expliquent son développement comme destination privilégiée et station touristique courues dès 1830. Pour illustrer cette croissance, à la fin du siècle, la population paloise dépasse les 30000 habitants ; le nombre annuel des hivernants est estimé entre 2000 et 6000 personnes durant la deuxième moitié du siècle. La ville accueille alors une clientèle venant de toute l'Europe pour la saison hivernale et se transforme pour mieux la recevoir : promenades, architecture de culture, sports et loisirs, architecture domestique diversifiée et services en tous genres. Les maîtres d'œuvre et artisans se font plus nombreux, plus spécialisés et si leur origine n'est pas paloise, ils trouvent à Pau une clientèle et des chantiers qui justifient parfois leur installation définitive. Par les réseaux sociaux de l'époque, Pau parvient (enfin ?) à attirer quelques grands noms nationaux de l'époque pour ses constructions, ses infrastructures et ses jardins : Jean-Charles Adolphe Alphand, Adolphe Bertrand, Émile Bertrand...

De 1900 aux "années Labarrère"

La prospérité de la ville ne se dément pas, mais le succès de la station touristique décline durant la première moitié du 20e siècle. Les élus y sacrifient pourtant encore une partie de leur action, tentant d'inverser cette tendance. La construction neuve touche autant les quartiers centraux que la périphérie grandissante de la ville. La période d'Entre-deux-Guerres est particulièrement florissante, montrant une certaine continuité dans la volonté d'équiper la ville de tous types d'équipements. Là encore, l'urbanisme, l'architecture de l'administration, l'architecture domestique comme l'architecture de culture, sports et loisirs illustrent l'investissement de maîtres d'ouvrage nombreux et audacieux qui pour la première fois, peuvent être palois d'origine, comme Joseph Larregain ou Fernand Noutary, exemples qui perpétuent en outre une tradition familiale consacrée à l'architecture. Léon Jaussely intervient en qualité d'urbaniste pour la réalisation du Plan d'aménagement, d'embellissement et d'extension de la ville, document destiné à penser et réguler les interventions urbaines futures.

Comme partout en France, les Trente glorieuses sont marquées par un besoin de modernisation du logement et d'un accroissement nécessaire de ses capacités (entre autres facteurs l'exode rural ou les troubles géopolitiques). La découverte de gisements de gaz à Lacq en 1951 rend d'autant plus nécessaire ces actions en faveur du logement, la ville attirant une main d'œuvre nombreuse et l'implantation d'entreprises nouvelles. La période d'après-guerre est caractérisée par des opérations de création et de requalification de l'habitat, en centre ville comme en périphérie, à partir des années 1960 (opération taudis au Hédas en 1955, surélévation du Palais des Pyrénées, création de grands ensembles à Dufau-Tourasse puis Ousse des Bois). L'urbanisme est régi par le biais de différents outils, plan d'aménagement en 1947, programme d'aménagement de 1956, plans directeurs de 1963, 65 et 69... souvent mis en branle dans le cadre de politiques nationales incitatives.

André Labarrère (1928-2006) est élu maire de Pau en 1971 et le reste jusqu'en 2006, en cumul avec diverses responsabilités politiques locales et nationales. La longueur de son mandat explique en partie les nombreux changements vécus par la ville. Il contribue à la doter la ville de grands équipements, en périphérie comme en centre ville (centre Bosquet 1988, Palais des sports 1991, Zénith 1992, lancement d'une réflexion sur la création d'une médiathèque alors dessinée par Zaha Hadid (projet réalisé mais sous une maîtrise d'œuvre différente...). Ces projets sont favorisés entre autres par l'ouverture d'un accès à l'autoroute A64 par Pau en 1977 et la réflexion sur le développement des voies de circulation internes et externes.

Aires d'études Pau
Adresse Commune : Pau

Pau est bâtie au Moyen Âge grâce aux avantages naturels qui lui offre sa géographie : le franchissement du Gave en rapport avec des voies de communication qui traversent le territoire depuis la Proto-histoire, une topographie escarpée propice à la défense. Le pouvoir vicomtal béarnais, qui émerge entre le 10e et le 12e siècle, favorise une occupation permanente, de type castelnau, et son développement. Le constat sous le règne de Gaston Fébus rend compte de la présence d'un petit village, qui devient ville au siècle suivant avec l'implantation de la capitale béarnaise, puis navarraise à Pau. Les guerres de Religion et leurs conséquences ont un impact certain sur la province et son chef-lieu, rattachés à la France en 1620. La ville prend alors un statut plus important et abrite de nombreuses institutions, religieuses, politiques, éducatives, ... La période post-révolutionnaire confirme ce statut, la ville maintenant sa position stratégique par l'obtention de la présence des administrations nouvellement créées.

La vogue climatique et touristique des 19e et 20e siècles relance une phase d'expansion, d'étalement urbain lié à de nouveaux modes de vie demandeurs d'espace. Les équipements créés dans la deuxième moitié du 20e siècle, notamment durant les années "Labarrère" et dans les parties nord de la ville, confortent cette tendance.

cf. Texte libre - Les étapes du développement palois

La conscience patrimoniale

Si le château est protégé dès 1840 et présent sur la première liste des Monuments historiques, la conscience patrimoniale paloise est relativement récente. La démolition de nombreuses villas dans les années 1970 et 80 conduit la municipalité à se doter d'outils de protection adaptée, une zone de protection du patrimoine architectural urbain et paysager ZPPAUP étant approuvée en 2007.

La ville compte aujourd'hui 14 monuments protégés au titre des Monuments historiques, comme la maison Bernadotte ou l'église Saint-Martin. Plusieurs protections de sites ont également été mises en place (allées de Morlaàs, place de Gramont et ses abords ou Horizons palois...).

Les quartiers historiques sont protégés par un site patrimonial remarquable avec deux échelles de gestion : une Aire de valorisation de l'architecture et du patrimoine (AVAP, opposable depuis mars 2019 et remplaçant la ZPPAUP), un secteur sauvegardé avec plan de sauvegarde et de mise en valeur (PSMV) dont le périmètre a été établi en 2016 (plan en cours d'étude et de création). Le Plan Local d'Urbanisme intercommunal, effectif depuis mars 2019, comporte un volet patrimonial.

Sites de proctection secteur sauvegardé, zone de protection du patrimoine architectural urbain et paysager, site classé, site inscrit

La ville de Pau couvre aujourd'hui 3100 hectares environ. Elle compte aujourd'hui plus de 77000 habitants. Elle est limitrophe, au nord, de Buros et Montardon, à l'est d'Idron et Bizanos, au sud de Gelos et Jurançon, à l'ouest de Billère et Lons. Elle est le centre de l'actuelle communauté d'agglomération Pau-Béarn-Pyrénées regroupant 31 communes et plus de 240000 habitants.

Le site originel est celui d'un éperon barré de près de 30 mètres de haut surplombant un gué naturel sur le Gave de Pau, sur un chemin liant le piémont pyrénéen au sud et les plaines de pâturage au nord, entre autres celles du Pont-Long. L'occupation pérenne de l'éperon et sa fortification n'interviennent que relativement tard, sous la forme d'un donjon surveillant le débouché des coteaux méridionaux, le passage sur le fleuve et les plaines environnantes. Les berges du Gave ont vraisemblablement offert de tous temps des matériaux pour la construction et la vie quotidienne. Les forêts de Lousse et du Larron ainsi que le Pont-Long ont composé les principaux communaux, aux ressources (bois, glandée, ...) exploitées, enviées et disputées par les communautés locales et environnantes.

Le castelnau, bourg aggloméré au château, a connu un développement vers l'est, la partie occidentale du domaine seigneurial demeurant réservée à l'usage des seigneurs. Cette extension a nécessité une adaptation à la topographie accidentée du site, avec notamment le franchissement de la Bié Cabe, (ou vieille rue) première rue tortueuse du bourg, et du Hédas, affluent du Gave parallèle à son cours au nord ayant entaillé un profond ravin. De nombreux ouvrages d'art permettent un accès aux terres vierges à défricher, vers le nord notamment. La ville est ainsi constituée autour du château et le long de deux axes parallèles à la ligne de crête, d'environ 1 km de long, qui concentrent d'une part les institutions au fur et à mesure de leur création, d'autre part l'habitat, plutôt dense. Le reste du territoire communal abrite quelques fermes dispersées et souvent isolées, comme le montre le plan cadastral de 1812.

Les périodes postérieures voient se poursuivre l'occupation des terres au-delà du centre historique, sur un mode plus lâche, témoin notamment d'un art de vivre et d'habiter propre au phénomène de villégiature (villas en leur parcs entre autres). Le territoire communal est agrandi au cours du 19e siècle, avec l'annexion de parcelles détachées des communes de Jurançon, Gelos, Lons et Billère. Deux grands ensembles sont construits au nord du territoire, sous la forme de barres et de tours, intégrant l'environnement arboré du site. Les réaménagements contemporains signent la diminution progressive du réseau hydrographique secondaire, en ville comme dans la périphérie (Hédas, La Herrère, l'Ousse des Bois...). Quelques exploitations agricoles subsistent encore au nord de de la ville.

Références documentaires

Documents figurés
  • "Plan de la ville de Pau sur le Gave". Dessin en couleur, par Hippolyte Matis, 1717.

    Archives départementales des Yvelines : A438
  • Plan de la ville de Pau. Dessin à l'encre, par l'ingénieur géographe du Roi Louis Moisset, 1773.

    Bibliothèque patrimoniale, Pau : 220127
  • Plan cadastral, atlas constitué de 15 planches, 1812.

  • "Plan de la ville de Pau et ses environs" par les frères Caton. Dessin, 1893.

    Bibliothèque patrimoniale, Pau : 220275
  • Plan d'aménagement, embellissement et extension. Dessin à l'encre et aquarelle, par l'architecte-urbaniste Léon Jaussely, 1933, 1/5000.

    Archives de la communauté d'agglomération, Pau-Béarn-Pyrénées : 4Fi146
  • Plan d'urbanisme et schéma directeur de Pau. Photographie, par Charles Montagne, 1965.

    Archives de la communauté d'agglomération, Pau-Béarn-Pyrénées : 19Fi903
Bibliographie
  • TUCOO-CHALA Pierre (dir.). Histoire de Pau. Toulouse : éditions Privat, 1989.

  • CHADEFAUD Michel. Aux origines du tourisme dans le pays de l'Adour. Cahiers de l'Université de Pau, 1988.

  • BIDOT-GERMA Dominique, DEVOS Cécile, JULIAT Christine (dir.). Atlas historique de Pau. Pessac : éditions Ausonius, 2017.

  • BIDOT-GERMA Dominique. Petite histoire de Pau. Pau : éditions Cairn, 2013.

  • DESPLAT Christian. Pau et le Béarn au XVIIIe siècle. Deux cent mille provinciaux au siècle des Lumières. Biarritz : J et D éditions, 1992.

  • TUCOO-CHALA Pierre. Petite histoire du Béarn (du moyen âge au XXe siècle). Pau : Princi Negue editor, 2000.

  • DUSSOL Dominique. Pau art déco. Bordeaux : Le Festin, 2011.

  • FABRE Georges (dir.). Carte archéologique de la Gaule - 64 - Les Pyrénées Atlantiques. Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 1994.

Liens web

(c) Ville de Pau ; (c) Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel - Devos Cécile
Cécile Devos , né(e) Dufau (15/03/1980 - )
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- Laroche Claude