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Présentation de l'opération d'inventaire du patrimoine mobilier public du département des Landes

Dossier IA40001603 réalisé en 2005

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L'opération, commencée en 2005, s'est fixé un objectif inédit dans le cadre de l'ancienne région Aquitaine, celui du recensement exhaustif du patrimoine mobilier public d'un département, en l'occurrence celui des Landes, le deuxième de la France métropolitaine par son étendue.

Genèse de l'opération

A son début, l'enquête s'inscrivait dans la continuité d'un pré-inventaire des objets mobiliers de la propriété publique non gardée, effectué sur commande du Conseil général des Landes entre 1987 et 1996. Cette tâche, confiée dans un premier temps (1987-1989) à deux contractuelles pour douze cantons du département, puis à partir de 1991 à un troisième chercheur (le signataire de ces lignes) pour les seize cantons restants (*), consista dans l'élaboration de fiches dactylographiées, complétées par un plan de situation des objets dans l’édifice, par des copies de documents d’archives (inventaires de 1906, contrats, correspondance...) dépouillés aux Archives départementales, enfin par une illustration photographique (diapositives couleur). Ce travail, inégal dans son degré de qualité et d'achèvement et conduit en dehors du cadre méthodologique de l'Inventaire général, demandait une reprise complète. Le Conseil général, propriétaire de ce fonds documentaire, souhaitait d'autre part en assurer la pérennité et en faciliter la diffusion au public grâce à l’informatisation des données. Il fut décidé, dans un premier temps, de limiter l'opération à la constitution, à partir du matériau existant, de dossiers documentaires selon les normes de l’Inventaire et au versement des notices informatiques réalisées dans la base nationale Palissy du ministère de la Culture.

Très rapidement, cette reprise a minima s'avéra toutefois insatisfaisante devant la richesse du corpus appréhendé et les enjeux patrimoniaux qui sous-tendaient l'opération. D'autre part, l'actualisation nécessaire des dossiers, près de deux décennies après l'enquête de pré-inventaire, mit en lumière de nombreuses erreurs et omissions entachant le premier travail effectué et fit ressentir le besoin d'un approfondissement de la recherche et d'un élargissement de la sélection des œuvres faisant l'objet de dossiers individuels. Enfin, la cohérence intellectuelle du projet imposait la rédaction de notices sur les édifices contenants, destinées à souligner le lien organique, souvent indissoluble, entre les œuvres mobilières et les lieux pour lesquels elles furent créées ou acquises. L'opération, conçue à l'origine comme la simple reprise d'une documentation pré-existante, a donc évolué en une véritable enquête a novo.

(*) Les cantons de Peyrehorade et de Saint-Sever, ayant déjà fait l’objet d’opérations de recensement par l’Inventaire d’Aquitaine, avaient été écartés de l’enquête. Le second, dont l'étude de 1970 était restée inaboutie, a été réintégré dans l'opération en cours en 2015.

L'aire d'étude

Le département des Landes, comme la plupart des autres subdivisions territoriales françaises, ne constitue pas une entité géographique ou historique homogène. Du point de vue religieux, qui intéresse au premier chef une enquête sur les objets mobiliers publics (cultuels à plus de 90%), le territoire considéré dans ses limites actuelles est resté jusqu'à la Révolution partagé entre les diocèses d'Aire et de Dax, auxquels s'ajoutaient quelques portions de l'archidiocèse de Bordeaux et du diocèse de Bazas au nord et de l'évêché béarnais de Lescar au sud. Incorporé après le Concordat de 1801 au vaste diocèse de Bayonne, le département ne recouvra son autonomie religieuse qu'en 1822 avec le rétablissement du siège épiscopal d'Aire-sur-l'Adour (rattaché à la province ecclésiastique d'Auch), transféré à Dax en 1933.

D'autre part, les conditions de développement économique très inégales des différentes sous-régions composant cet ensemble - schématiquement, les riches pays de l'Adour avec la Chalosse au sud versus la Grande Lande déshéritée au nord - ont sans nul doute influé sur l'ambition des réalisations architecturales et mobilières sous l'Ancien Régime. L'essor de la culture du pin dans la moitié septentrionale du département à partir du XIXe siècle et la richesse produite ont toutefois inversé la donne et expliquent pour partie la floraison d'églises néogothiques ou néoromanes qui marque le Second Empire et le début de la Troisième République.

Le département compte 331 communes, réparties en 30 cantons à partir de 1973, chiffre réduit à 15 après le nouveau découpage cantonal de 2015. Certaines de ces communes sont issues de la réunion de plusieurs anciennes paroisses, ce qui explique la présence, en particulier dans la partie orientale et sur la frange méridionale du département, de plusieurs lieux de culte dans une même commune - le nombre maximal étant atteint à Parleboscq (ancien canton de Gabarret), avec ses sept églises. Pour s'en tenir au patrimoine religieux catholique, ce sont 440 édifices qui sont concernés par l'opération d'inventaire, dont une cathédrale (Dax) et une cocathédrale (Aire).

Délimitation du cadre de l'enquête

L'opération embrasse la totalité du patrimoine mobilier conservé dans les édifices publics du département, principalement celui des lieux de culte, mais aussi le mobilier ancien des mairies et celui d’établissements comme les hôpitaux ou les théâtres. A été choisie une définition souple et extensive de la notion de "patrimoine mobilier", qui puisse rendre compte du lien déjà évoqué entre édifice contenant, décor et mobilier stricto sensu. Les créations des frères Mazzetti à la cathédrale de Dax ou à l'église du Mas d'Aire, mêlant mobilier de marbre, sculptures, peintures et décors muraux de stuc en un bel composto indissociable, sont un exemple éloquent de la pertinence de cette acception élargie du terme. Sont ainsi prises en compte des œuvres qui ne relèvent pas du mobilier aux termes de la règlementation des Monuments historiques : la sculpture monumentale (tympans, chapiteaux historiés, clefs de voûte), les verrières (parfois le seul décor subsistant d'églises "réaménagées" au lendemain du concile de Vatican II), les peintures murales (fragiles et davantage sujettes aux variations du goût), voire certains revêtements de sol particulièrement remarquables (cathédrale de Dax, église de Sorde-l'Abbaye).

Si le recensement en cours de réalisation vise à l’exhaustivité, il n'entend pas traiter sur un pied d'égalité la totalité du corpus abordé. De manière traditionnelle, l'effort d'approfondissement porte d'abord sur les œuvres singulières – les unica –, en particulier sur les vestiges ante-révolutionnaires, d'une relative rareté dans la partie septentrionale du département. Plus novatrice que cette approche de type "beaux-arts" est l'étude des ensembles mobiliers homogènes d'un point de vue historique, formel ou iconographique, tels les grands décors religieux de la seconde moitié du XIXe siècle conçus d'une seule haleine (églises de Tartas ou d'Uza) ou encore les programmes décoratifs républicains (mairie de Seignosse). D'autre part, une attention particulière est légitimement réservée aux productions locales ou régionales, qu'elles soient de nature artisanale (orfèvrerie de Saint-Sever ou de Mont-de-Marsan) ou proto-industrielle (fabriques de vitrail peint bordelaises ou paloises, forges d'Uza). Ce dernier thème recoupe par bien des aspects celui de la production sérielle de l’époque contemporaine, longtemps dédaignée par la recherche, mais qui est aujourd'hui prise en compte au titre de l'histoire des mentalités (statuaire dite "de Saint-Sulpice") ou de l'interprétation statistique. Enfin, l'élargissement nécessaire du champ de la recherche amène à se pencher sur certaines réalisations récentes, qui constitueront le patrimoine de demain (mobilier de l'église d’Amou par Dominique Kaeppelin, 2006).

Il faudra enfin, à l'issue de l'enquête, mener une réflexion sur les problèmes spécifiques liés à la communication au public de données concernant des objets mobiliers et à son corollaire, la sécurité matérielle des œuvres in situ. Cette réflexion associera les municipalités propriétaires, les desservants affectataires, ainsi que les acteurs locaux (CAOA) et régionaux (Monuments historiques) de la protection patrimoniale.

Modalités de l'opération et bilan provisoire

L'opération, commencée en 2005, est menée par un seul chercheur, aidé épisodiquement par un conservateur en 2005-2006 pour la saisie des premières données issues de l'enquête de pré-inventaire, puis par des stagiaires en 2011, 2015 et 2017 pour des études ponctuelles sur une commune spécifique (Herm, Saint-Sever et Montaut). La couverture photographique est assurée par le même chercheur, avec l'apport de prestataires extérieurs pour les œuvres mobilières les plus importantes. Ces moyens réduits n'autorisent qu'une avancée relativement lente de l'enquête.

A l'automne 2016, 242 communes ont été prospectées (soit 73,11%), près de 30 000 objets ou ensembles d'objets repérés ; 6 305 d'entre eux, répartis dans 298 édifices, ont été étudiés de manière approfondie dans des dossiers individuels. Ceux-ci sont consultables pour partie dans la base de données nationale Palissy ; les derniers en date, à partir de l'année 2011, sur la nouvelle plate-forme de diffusion Gertrude. Le nombre d'images photographiques mises en ligne dépasse les 28 000.

Aires d'études Landes
(c) Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel - Maisonnave Jean-Philippe