Logo =Inventaire Général du Patrimoine Culturel - Retour à l'accueil

Pointe du Bec d'Ambès

Dossier IA33008883 réalisé en 2014

Fiche

Á rapprocher de

Dénominations écart
Aire d'étude et canton Estuaire de la Gironde (rive droite)
Hydrographies Gironde la Dordogne la
Adresse Commune : Bayon-sur-Gironde
Lieu-dit : Bec d'Ambès
Cadastre : 2014 C

Au 17e siècle, le domaine du Bec faisait partie de la terre de la Menaude (lieu-dit d'Ambès) et de la baronnie d'Ambès, appartenant à la famille Lachèze, qui compte plusieurs conseillers au parlement de Bordeaux.

Une carte dressée en 1692 représente le" Bec d'enbez", constitué par des sédiments estuariens récents qui ont formé un bourrelet limoneux délimitant une cuvette marécageuse au centre ; les contours en sont irréguliers, notamment à la pointe qui se prolonge par des bancs de sable et des îlots mouvants. Dès cette époque, un moulin à vent y est installé sur la rive sud-ouest. A partir du 17e siècle, cet "entre deux mers" a fait l’objet d’importants travaux d’assèchement, confiés à partir de 1653 à l’entrepreneur Joseph de Labatut, avec la construction de digues et d’un réseau de canaux, permettant une mise en culture des terres de Montferrand et d’Ambès, et notamment le développement de la viticulture.

Le 7 septembre 1720, la terre de la Menaude est adjugée à Joseph Nunès-Pereyre, banquier de Bordeaux. L'un de ses fils, également nommé Joseph, hérite en 1735 des "deux isles du Bec et dépendances" ; il se prénomme aussi dès lors Joseph Nunès-Pereyra Dubec. En 1774, un partage est réalisé entre ses filles : on mentionne "un bien situé au bec d'Embès, concistant en maison logement de paysan, grange, terres labourables, aubarèdes, vimières et prairies". Par alliance matrimoniale, le domaine passe par la suite entre les mains des Lopès-Dubec.

Au cours des siècles, ce secteur se transforme avec un engraissement progressif du bec et un allongement de l’île Cazeau voisine. Cette transformation de la confluence a été soulignée par de nombreux observateurs, de nombreux experts : dès le 18e siècle, les ingénieurs Magin et Lamothe s'intéressent au phénomène. Au début du 20e siècle, le géographe Charles Duffart invoque, lors du 42e Congrès des Sociétés Savantes en 1904, un ouvrage de la fin du 15e siècle, le routier de Pierre Garcie dit Ferrrande, marin considéré comme le premier hydrographe français, qui indique que Bourg est "le travers de la pointe du bec Dambeys, devers le nord", ce qui signifierait que Bourg était à cette époque à l’aplomb du bec, alors baignée par les eaux de l’estuaire et aujourd’hui sur les bords de la Dordogne. Duffart ajoute que "l’île Cazeau, depuis 1725, s’est allongée de 2750 mètres vers le SE et a pénétré de la Gironde en Garonne ; ses rives vers le sud ont gagné 270 mètres sur le fleuve dans l’axe de Cazeau. L’allongement du Bec d’Ambès a été de 775 mètres à vol d’oiseau en un siècle". Il s’agit donc d’un secteur particulièrement mouvant.

En 1724, Claude Masse indique dans son mémoire : "et à mesure que ce terrain s’est solidé les peuples l’ont habité et cultivé dont il y a un très grand nombre de maisons le long des rivages et pour se garantir de l’inondation dans le temps des soubernes ou vimes, ils ont fait des digues le plus prest qu’ils ont pu du bord des rivières et ensuitte ont planté des vignes qui y viennent admirablement bien poussant des tiges fort hautes et grosses et fort proches l’une de l’autre à proportion des autres vignes (…) ces vignobles produisent une quantité de fruits extraordinaire par un grand nombre de grappes longues et grosses infiniment plus que dans les graves ce qui fait une prodigieuse quantité de gros vins rouges épais tirant sur le noir que l’on appelle vin de paleux des plus mauvais à boire qui soit, surtout quand il est nouveau mais très propre à estre transporté sur mer principallement pour les voyages de long cours où il résiste beaucoup à la mer et s’y bonifie (…)". C’est ce que confirme également la carte du Cours de la Garonne en 1759.

En comparant la carte de Belleyme et l’Atlas du département de la Gironde publié en 1888, on note que l’allongement de l’île Cazeau dans la Garonne entraîne le rétrécissement de la passe empruntée par les bateaux pour remonter jusqu’à Bordeaux. Cette zone a tendance à s’envaser et la hauteur d’eau n’est plus suffisante pour des bateaux dont le tirant d’eau peut aller jusqu’à 7m50. On arrive à marée basse à une profondeur de seulement 1m60, ce qui oblige les bateaux à attendre la marée haute et ce qui a entraîné de nombreux échouages de bateaux dans ce secteur. Les débats sont vifs tout au long du 19e siècle pour assurer et améliorer la navigabilité de la passe du bec d’Ambès. Parmi les nombreux experts qui se prononcent, le comte de Vivens fournit en 1824 puis en 1840 un rapport sur les Nouvelles recherches sur les encombrements toujours croissants de la Garonne inférieure et de la Gironde. En 1826, un Rapport sur l’état actuel du cours de la Garonne et les moyens de l’améliorer est présenté à l’Académie des sciences, belles-lettres et arts de Bordeaux ; il préconise l’établissement d’un canal traversant les marais de Montferrand et permettant de court-circuiter la pointe en passant par la Dordogne : "Ainsi les navires partis de Bordeaux entreraient dans le canal à Lormont le suivraient jusqu'à Notre-Dame d'Ambès, en sortiraient pour entrer dans la Dordogne qui à ce qu'il paraît, offre un chenal facile et suffisamment profond depuis ce point jusqu'à la Gironde en passant devant le port de Bourg". Au milieu du 19e siècle, des travaux d’endiguement condamnent la passe de Garguil qui permettait aux bateaux de passer entre l’île Cazeau et l’île du Nord et de rejoindre la Garonne par le bras de Macau. La digue établie entre les deux îles ainsi que celle de Macau dirigent les courants vers la passe du Bec d’Ambès et condamnent le bras de Macau. Tous les efforts se concentrent donc sur la passe du Bec dont il faut maintenir la largeur et la profondeur.

Finalement dans les années 1880, on entame d’importants travaux pour élargir la passe aux dépens de l’île Cazeau toute proche.

Au début du 20e siècle, des cartes postales montrent un paysage, également décrit par quelques voyageurs du 19e siècle. Ainsi, lors d'une excursion dans le bourgeais, rapportée dans la revue viticole La Vigne américaine, en 1881, des membres de plusieurs sociétés viticoles sont invités par M. Chenu-Laffitte, propriétaire viticole à Bourg, pour une balade au départ de Bordeaux en bateau à vapeur : "Au moment où nous arrivons au Bec-d'Ambès, M. Chenu nous fait remarquer combien les parties de vignes submergées tranchent sur celles qui ne le sont pas par leur riche végétation et surtout par leur feuillage d'un vert foncé, qui ressort agréablement au milieu du feuillage jaunissant et maigre des vignes non submergées. Il s’agit là des paysages viticoles à l’époque du phylloxéra puisque ces terres de palus permettaient la submersion des vignes, au moyen de pompes, et donc de tuer l’insecte ravageur (...). Lorsque nous allons doubler la pointe du Bec-d'Ambès, le brouillard s'élève, un beau soleil vient éclairer les coteaux de vignes que nous avons en face de nous ; nous voici arrivés à Bourg-sur-Gironde (…). M. Chenu-Lafitte (…) nous conduit ensuite au cru d'Equem (…). Des jardins et de la terrasse de cette belle propriété, on jouit d'une vue immense sur le Médoc, dont nous sommes séparés par la Gironde. Nous avons en face de nous, un peu sur notre droite, la région de Margaux ; plus près, au milieu du grand fleuve, l'île Cazeau, en grande partie couverte de vignes, sur une longueur de cinq à six kilomètres et une largeur moyenne d'un kilomètre. Un peu sur notre gauche nous dominons les palus d'Ambès et le large lit de la Dordogne à sa jonction avec la Gironde".

Entre 1928 et 1933, l’aménagement d’un port pétrolier à Ambès assure la desserte d’une usine de raffinage et d’un dépôt d’hydrocarbures. Une murette en béton armé est construite pour conforter le bec et protéger le site des eaux envahissantes : à plusieurs reprises au cours du 20e siècle, ces travaux d’endiguement seront confortés et les cuves de stockage colonisent la pointe d’Ambès. Cet endiguement et ce développement du bec d’Ambès ont conduit à la pénétration de ce territoire dans les limites communales de Bayon, limites établies par le plan cadastral dit napoléonien au début du 19e siècle (en 1819-1820, le bec est compris dans la commune d'Ambès). Lors de la révision du cadastre en 1933, force est de constater que la pointe du bec relève de la commune de Bayon. Or l’implantation de la raffinerie d’Ambès a une conséquence fiscale importante pour les communes qui l’accueillent et Bayon ne souhaite pas se voir amputer de cette pointe de terre lucrative. On assiste alors à une forte opposition des deux communes, mais les limites des communes ne seront pas modifiées et le bec dépend encore aujourd’hui de Bayon et lui apporte un revenu bienvenu pour le budget de la commune.

Période(s) Principale : 19e siècle
Principale : 20e siècle

Le Bec d'Ambès forme la confluence entre la Dordogne et la Garonne, à la naissance de l'estuaire la Gironde.

La pointe du Bec d'Ambès, occupée par les cuves du dépôt pétrolier d'Ambès, dépend de la commune de Bayon.

Statut de la propriété propriété privée

Annexes

  • Archives de la commune d'Ambès

    AD Gironde, 2 O 603. Lettre du directeur des contributions directes au préfet, 27 novembre 1933.

    Révision des évaluations foncières de propriétés non bâties prescrite par la loi du 22 mars 1924 et la loi du 13 juillet 1925 : ne comporte point une nouvelle délimitation territoriale des communes mais seulement la constatation de changements survenus tant dans la consistance que dans la nature de culture et le classement des parcelles cadastrales ; mise à jour du plan cadastral de la commune d'Ambès, plan levé des alluvions qui postérieurement à la confection de l'ancien cadastre (1815) se sont constituées dans le lit du fleuve en aval de la pointe de terre appelée Bec d'Ambès, qui marque le confluent de la Garonne et de la Dordogne. Sur le plan ainsi levé, le même service a reporté la limite fluviale des communes d'Ambès et de Bayon, telle que décrite dans les procès-verbaux officiels de délimitation rédigés en 1813 et 1815, elle est dessinée sur le plan cadastral d'assemblage de la commune d'Ambès, dressé à la même époque ; la limite intercommunale coupe les alluvions en deux parties dont l'une, l'extrême pointe, se trouve comprise à l'intérieur du périmètre de la commune de Bayon, tandis que l'autre, soudée à l'ancien bec d'Ambès, est seule située dans le territoire de la commune d'Ambès.

    AD Gironde, 2 O 603. Rattachement à la commune d'Ambès d'une portion de territoire affectée à la commune de Bayon : demande de renseignement du Préfet, rapport de l'ingénieur du service vicinal, août-octobre 1935.

    AD Gironde, 2 O 603. Lettre au préfet, 4 novembre 1935.

    La pointe actuelle du Bec d'Ambès est formée de terrains gagnés artificiellement sur les eaux, à la suite des travaux entrepris par l'Etat et ultérieurement par le port Autonome. Ces terrains affectent la forme d'un triangle de 1300m de longueur environ et donc actuellement partie du domaine public fluvial de l'Etat géré par le Port Autonome de Bordeaux ; avis que l'ensemble devrait être rattaché à Ambès, déjà exprimé dans un rapport du 2 décembre 1929, signé Lévêque.

    AD Gironde, 2 O 603. Extrait du registre des délibérations du conseil municipal de Bayon, 26 décembre 1936.

    Proteste énergiquement contre les prétentions de la commune d'Ambès ; mémoire en réponse à la demande par la commune d'Ambès de rattachement de la pointe du bec, appartenant à la commune de Bayon : révision du cadastre a été terminée en juin 1933 ; "depuis 5 ou 6 ans, le désert de jadis qu'on ignorait est devenu, est un petit, un minuscule Transwal, une véritable mine d'or, et alors ce lopin de terre dont jadis Ambès n'avait cure, cesse d'être méprisé et devient l'objet de sa convoitise ; en effet depuis l'installation de la raffinerie et du dépôt d'hydrocarbure, ces entreprises paient à divers titres aux communes d'Ambès et de Bayon de très fortes redevances qui se sont élevées en 1934, pour la première à près de 200.000 francs et pour la deuxième à 25.000 frcs ; ces chiffres sont d'ailleurs destinés à augmenter avec l'accroissement des entreprises et constituent une grosse partie du budget de ces communes (la moitié pour Bayon) ; ils représentent 160f environ pour chacun des 1200 habitants d'Ambès et 35f seulement pour chacun des 700 habitants de Bayon, la disproportion est comme on le voit énorme.

    AD Gironde, 2 O 603. Mémoire définitif de la commune d'Ambès en faveur du rattachement à son territoire de tous les terrains composant actuellement le bec d'Ambès, 25 juillet 1937.

    L'administration des ponts et chaussées ayant fait construire des épis en Dordogne et en Garonne, en aval du Bec, des alluvions se sont déposés qui ont allongé le Bec vers l'ouest. Ces alluvions ont été consolidées en 1921 et 1922 par une forte digue à l'intérieur de laquelle ont été déposées les vases retirées du fleuve. Au résultat de quoi la limite entre les deux communes au lieu de se trouver en rivière à l'ouest du bec, coupe la pointe de terre nouvellement formée dont une partie est ainsi attribuée à la commune de Bayon ; révision du cadastre en 1833.

    AD Gironde, 2 O 603. Séance du conseil général : commune d'Ambès : demande de rattachement de la partie du Bec d'Ambès dépendant de la commune de Bayon, M. Chasseloup rapporteur, 26 octobre 1937.

    1902-1903 : construction de la raffinerie de pétrole.

  • Extraits d'ouvrages

    Séance publique de l'Académie royale des sciences, belles-lettres et arts de Bordeaux. Rapport à l’Académie de Bordeaux sur l’état actuel du Cours de la Garonne, et les moyens de l’améliorer, fait au nom d’une commission composée de Messieurs Guilhe, Leupold, Billaudel, Lermier et Blanc-Dutrouilh. M. Blanc-Dutrouilh, rapporteur, 1826.

    p. 97 : (...) L'état du lit de la Garonne et de la Gironde n'est plus le même qu'il était autrefois ; le fait est constant ; il est prouvé par la tradition, la comparaison des anciennes cartes avec les nouvelles et le relevé des sondes des pilotes.

    Les changemens principaux ont eu lieu entre Bordeaux et Pauillac.

    A l'inspection des anciennes cartes, on voit que depuis l'île de Patiras, vis-à-vis Pauillac jusqu'au Bec-d'Ambès, il n'existait au milieu du lit que trois îles de peu d'étendue ; celles du pâté, de Carmeil ou du Nord et de Cazeaux, et deux autres plus petites entre ces premières et la rive gauche ; savoir : l'île de Mons et celle de Macau.

    Déjà en 1752 (1), l'île de Macau était réunie à la terre, et les îles de Cazeaux et du Nord avaient pris plus d'étendue ; cependant, il existait encore entre ces deux îles une passe étroite mais profonde (le Garguil), par laquelle les navires sortant de la Garonne, et ayant suivi le chenal profond entre l'île de Cazeaux et la rive gauche, pénétraient dans la Gironde.

    Maintenant, l'intervalle entre l'île de Patiras et le Bec-d'Ambès est un véritable archipel sur la rive gauche, où, indépendamment des hauts fonds on compte quinze îles ou bancs qui découvrent (2) ; la passe du Garguil est impraticable ; quand même on parviendrait à la désobstruer, elle deviendrait inutile parce que l'entrée de l'ancien chenal est fermée pour les navires par les bancs au-dessus de Macau.

    Il ne reste donc plus qu'une seule passe pour entrer de la Gironde dans la Garonne, celle de la rive droite entre l'île de Cazeaux et le Bec-d'Ambès. Cette passe existait autrefois, mais elle n'était pratiquée que par les petits bâtimens.

    L'état de cette passe est variable. Depuis 1752, une petite île qui s'était autrefois formée sur les bas fonds à la pointe du Bec et qui avait disparu, s'est reformée de nouveau et a ensuite été enlevée par les courans. Au lieu de deux passes que formait cette île, l'une joignant la rive droite, connue sous le nom de passe de Barbe de Squirre, l'autre plus près de l'extrémité sud de l'île de Cazeaux, il n'en existe plus qu'une seule très étroite ; enfin, la hauteur d'eau dans ces passes, à basse mer, n'a pas été constamment la même : elle est indiquée de six pieds dans la carte de 1752. D'après le relevé des sondes des pilotes, elle n'était plus que de quatre pieds en frimaire an 10, et seulement de trois pieds en 1804 et 1805 ; depuis 1806 ces sondes donnent cinq, six et sept pieds (3).

    Les rives de la Gironde ont elles-mêmes éprouvé des changemens ; d'immenses alluvions se sont formées sur quelques points de la rive gauche principalement vis-à-vis l'île du Nord, et l'on observe que sur la rive opposée, la pointe du Bec-d'Ambès s'est corrodée (4).

    (…) Ce canal aurait pour objet de faire éviter aux navires les passages difficiles du Bec-d'Ambès et de Bassens, en les contournant. Commençant dans la Garonne au-dessous du cap de Lormont, il suivrait pendant quelque temps le rivage, s'attacherait aux dernières déclivités des côteaux de l'Entre-deux-Mers, traverserait les marais de Monferrand, et enfin déboucherait dans la Dordogne à peu de distance au-dessous de l'église de Notre-Dame d'Ambès ; des écluses à sas seraient pratiquées à ses deux extrémités. On le remplirait au moyen des eaux prises dans la Garonne ou dans la Dordogne, les jours où elles seraient limpides, et la quantité d'eau perdue par l'évaporation les filtrations et le jeu des écluses, serait remplacée par celle des ruisseaux qui descendant de l'Entre-deux-Mers, versent actuellement, soit dans le marais de Monferrand, soit dans la Garonne et la Dordogne.

    Ainsi, les navires partis de Bordeaux entreraient dans le canal à Lormont, le suivraient jusqu'à Notre-Dame d'Ambès, en sortiraient pour entrer dans la Dordogne, qui à ce qu'il paraît, offre un chenal facile et suffisamment profond depuis ce point jusqu'à la Gironde, en passant devant le port de Bourg.

    Votre commission a entendu, avec le plus grand intérêt, le développement des vues particulières qui lui ont été présentées par un de ses membres sur la direction et l'assiette de ce canal, les moyens d'exécution et les ouvrages d'art, les opérations de desséchement des terrains qu'il traverserait, ainsi que sur la dépense de ces divers ouvrages.

    Prévoyant la difficulté de l'établissement de digues qu'il faudrait établir dans le marais, sur un sol mobile et avec des terres tourbeuses, notre honorable collègue a proposé le choix entre deux moyens qui rendraient possible l’exécution de ce canal. (…)

    (1) Carte manuscrite, levée par les ordres de M. de TOURNY, intendant de Guienne en 1752.

    (2) Carte de M. RAOUL, levée en 1812 et 1813. La commission regrette vivement de n'avoir pu obtenir la communication des plans et des sondes faits, dans l'été de 1825, par M. Bontemps-Beaupré, dans l'objet de dresser une nouvelle carte de la rivière de Bordeaux.

    (3) Les sondes des pilotes des mois de janvier et d'Avril portent de 6 à 7 pieds. On assure que des sondes particulières, prises au mois de Mars, ont donné neuf pieds.

    (4) En comparant la carte du cadastre terminée en 1824 à celles du géographe Beleyme, levée vers 1780, on voit que la pointe du Bec-d'Ambès a perdu, dans cet intervalle de temps, environ 115 toises. Pendant les onze ans écoulés entre le premier tracé de la carte cadastrale en 1813 et sa vérification en 1824, la rivière a envahi quarante-cinq mètres de terrain.

    CHAREAU Paul (1804-1872). Guide de Bordeaux à la mer, 1865.

    p.98

    De Macau, notre léger locomoteur nous reporte sur la rive droite, que nous côtoyons encore jusqu'à, ce qu'enfin nous ayons doublé le Bec-d'Ambès. Là, nous avons atteint le confluent de la Dordogne et de la Garonne, point admirable de jonction des deux rivières dont les eaux, désormais mélangées, forment le grand fleuve qui, sous le nom de Gironde, va couler jusqu'à l'Océan.

    Ici, toute description est superflue. Il nous faudrait un pinceau magique et une richesse de coloris dont nous nous avouons incapables pour reproduire le ravissant tableau qui s'offre aux yeux émerveillés.

    Il suffit de tourner le dos à la proue du Prince-Impérial, puis de promener les regards sur le délicieux panorama en face duquel on se trouve, pour être convaincu de notre insuffisance.

    Nous indiquerons seulement, à l'observateur placé comme nous l'avons dit, les points principaux de la vue imposante, de la grandiose composition que la nature s'est plu à étaler dans ses plus larges proportions et dans ses plus magnifiques développements : au centre, la riche végétation du Bec-d'Ambès ; à droite, les plaines luxuriantes du Médoc ; à gauche, les sites pittoresques dont la multiple variété forme un contraste charmant avec les gigantesques accidents de ce vaste et sublime tableau.

    "Les cotes et les palus du Bourgeais". La Vigne américaine : sa culture, son avenir en Europe. 12/1881.

    p. 364

    (...) Mais bientôt les coteaux disparaissent ; il n'y a plus à notre droite et à notre gauche que des palus presque partout complantés en vignes. Sur les bords de la rive droite que nous côtoyons on voit de distance en distance, à travers les roseaux, les tuyaux d'aspiration des pompes qui viennent puiser dans le fleuve les eaux destinées à submerger d'immenses étendues de vignes.

    La submersion a donné de si beaux résultats dans la Gironde, elle a un si grand avenir pour tous les vignobles de palus dont on ne compte peut-être pas moins de vingt à vingt-cinq mille hectares, qu'un très grand nombre de propriétaires a recours aujourd'hui à ce moyen de se préserver des ravages du phylloxéra ; il n'est pas douteux que leur exemple sera généralement suivi.

    Au moment où nous arrivons au Bec-d'Ambès, M. Chenu nous fait remarquer combien les parties de vignes submergées tranchent sur celles qui ne le sont pas par leur riche végétation et surtout par leur feuillage d'un vert foncé, qui ressort agréablement au milieu du feuillage jaunissant et maigre des vignes non submergées.

    Lorsque nous allons doubler la pointe du Bec-d'Ambès, le brouillard s'élève, un beau soleil vient éclairer les coteaux de vignes que nous avons en face de nous ; nous voici arrivés à Bourg-sur-Gironde.

    (…) M. Chenu-Lafitte nous explique le mode de culture et de taille usité dans le Bourgeais et nous conduit ensuite au cru d'Equem, sa maison paternelle, qui appartient aujourd'hui à son beau-frère, M. le docteur H. Bichon. Des jardins et de la terrasse de cette belle propriété, on jouit d'une vue immense sur le Médoc, dont nous sommes séparés par la Gironde.

    Nous avons en face de nous, un peu sur notre droite, la région de Margaux ; plus près, au milieu du grand fleuve, l'île Cazeau, en grande partie couverte de vignes, sur une longueur de cinq à six kilomètres et une largeur moyenne d'un kilomètre. Un peu sur notre gauche nous dominons les palus d'Ambès et le large lit de la Dordogne à sa jonction avec la Gironde (...).

    HAUTREUX. "Les passes de la rivière de Bordeaux". Actes de l'Académie nationale des sciences, belles-lettres et arts de Bordeaux, 1889.

    Formation des îles Saint-Louis, Grand Fagnar, Petit-Fagnar et île Verte ; Déplacement de la barre du Bec d’Ambès : p.141

    En 1723 [sur la carte de Masse], il n’existe que les îles de Patiras, Pâté, l’île du Nord et celle de Cazeau. En 1874, nous avons en plus : les îles Saint-Louis, Grand Fagnar, Petit-Fagnar et l’île Verte. Depuis le Bec d’Ambès jusqu’à Pauillac, la passe de navigation a subi un déplacement considérable ; en 1723, les navires franchissant le Bec d’Ambès gagnaient la rive droite vers Plassac, suivaient jusqu’à Blaye et traversaient sur la rive gauche, en face de Beychevelle, pour atteindre le mouillage de Pauillac. Actuellement, après avoir passé le Bec-d’Ambès, on longe l’île Cazeau, l’île du Nord et l’île Verte et on gagne la rive gauche vers le fort du Médoc (…). Pour suivre ces changements considérables nous possédons :

    -la carte de Masse, de 1723

    -la carte de Bélin, de 1764

    Les cartes déjà indiquées de 1812, 1825, 1853, 1874, 1886 et les sondages des pilotes de 1764 jusqu’à nos jours.

    Dans la carte de Bélin, les deux Fagnar n’existent pas encore, non plus que l’île Verte ; la traverse de la rivière se fait déjà en amont de l’île du Pâté. Les sondages des pilotes mentionnent l’île Verte vers 1792. Cette île était un vaste banc que les riverains avaient exhaussé au-dessus des hautes marées par des perrés. La carte de Masse mentionne qu’en 1707 l’île d’Argenton, près de Blaye, a été détruite par la mer. C’est donc toujours pendant le XVIIIe siècle que se sont produits depuis l’embouchure jusqu’au Bec-d’Ambès les grands bouleversements. Pendant cette période de perturbation du Bec-d’Ambès, les navires avaient passé dans le bras de Macau, et reprenaient la côte Est de l’île du Nord en passant par le détroit du Garguil. Cependant le banc amont de Macau s’étant à son tour exhaussé, la passe devint impraticable et l’on dut revenir à la passe du Bec où il n’y avait que 3 pieds d’eau en 1802. Depuis le commencement de ce siècle, cette passe du Bec a continué à être la seule pratiquée par la navigation ; elle a présenté des oscillations considérables en profondeur et en direction [tableau].

    Ce sont des variations qui se maintiennent entre 3 et 9 pieds. Quant aux oscillations de direction, qui très probablement causent celles en profondeur, elles sont produites par le déplacement latéral du banc du Bec, qui tantôt se porte vers l’île Cazeau, tantôt vers la rive du Bec (…). Depuis le Bec d’Ambès jusqu’à Pauillac, les passes se sont tellement modifiées depuis la carte de Masse, qu’une comparaison point par point ne peut être faite, et nous nous bornons à présenter les deux parcours qui doivent être considérés isolément en profondeur [tableau].

    "42e Congrès des Sociétés Savantes à la Sorbonne, section de Géographie historique et descriptive, séance du mercredi 6 avril". L'Avenir d'Arcachon : organe des intérêts politiques, industriels et maritimes de la contrée, 10 avril 1904.

    (...) M. Charles Duffart fait deux communications de la plus haute importance pour la géographie historique et descriptive du Sud-Ouest de la France. La première sur l’Extension moderne de la Presqu’île d’Ambès et de l’île de Cazeau en Gironde. La deuxième sur la Navigation en Gironde au XVe siècle d’après le routier de Garcie dit Ferrande.

    La presqu’île d’Ambès est formée d’une série de bancs vaseux de la Dordogne, rejetés, dès les temps quaternaires au pied des coteaux de Montferrand, du lit du fleuve vers le Sud et successivement soudés à la terre ferme, depuis colmatés.

    D’après les explorations géologiques faites par l’auteur dans la presqu’île pendant plusieurs années consécutives, la Garonne ne semble pas contribuer à l’extension d’Ambès. Cette extension s’opère au détriment de la Gironde sur laquelle la presqu’île empiète. Pierre Garcie dit Ferrrande, dans son routier donne une indication capitale dès le XVe siècle en relatant la position du cap d’Ambès par le travers de Bourg et de Cazau. La précieuse carte manuscrite de Claude Masse, ingénieur de Vauban, en partie découverte en 1898 par M. Charles Duffart est un autre témoin, mais cette fois bien vivant, de Cazeau et d’Ambès à la fin du XVIIe siècle. Par sa rigoureuse exactitude et sa grande échelle la carte de Masse donne la clef de la marche de l’appareil géologique de cette partie de la Gironde.

    L’Île Cazeau, depuis 1725, s’est allongée de 2750 mètres vers le S-E et a pénétré de la Gironde en Garonne ; ses rives vers le sud ont gagné 270 mètres sur le fleuve dans l’axe de Cazeau.

    L’allongement du Bec d’Ambès a été de 775 mètres à vol d’oiseau en un siècle.

    Un point historique est acquis, Bourg était en Dordogne vers 1450 quand Garcie dit Ferrande naviguait, et non en Gironde comme on l’a cru à tort. L’alignement de Bourg et de Macau par le travers du Bec laisse Bourg à plus de 1300 mètres au N.-E. On se trouve donc d’accord avec les faits historiques, datés de 1451 à 1488, cités à l’appui de la thèse de M. Charles Duffart. La ville de Bourg ne peut pas avoir été en Gironde, à aucune époque historique, et l’appellation de Bourg sur Gironde, qui a remplacé celle de Bourg sur Dordogne, ne se justifie pas (…).

    Société de géographie commerciale (Bordeaux). Revue de géographie commerciale. 1937/07-1937/09.

    p. 16

    Chronique régionale : Le Port de Bordeaux en 1935

    (...) Le travail d’endiguement de la presqu’île du Bec d’Ambès pouvait être considéré comme pratiquement achevé en fin d’année ; la partie aval de la presqu’île est protégée d’une façon continue sur une longueur de 3900 mètres, sur le côté Dordogne et de 8200 mètres sur le côté Garonne.

  • Extraits des Mémoires de Claude Masse

    Mémoire relatif à la Carte du 54me quarré, où est partie du cours de la Garonne et Dordogne et les Villes de Blaye et Bourg.

    Archives historiques de la Défense, Vincennes

    "Du pays entre deux mers

    La partie de cette contrée qui entre en cette carte est un terrain bas entre les rivières de Garonne et Dordogne. La tradition tient que toute cette grande espace a esté jadis baigné de la mer et que par la suitte des temps le limon des rivières ont insensiblement formé des bancs et illes et illettes et par succession de temps ce sont joint ensemble et les rivages en bord de ces deux rivières sont plus élevées que l ’intérieur de cette presqu’isle qui est encore aujourd’huy en prairies desséchées et partie encore innondé presque toute l’année ; surtout le grand marais de Monferrand qui n’est qu’en partie dans cette carte ; et à mesure que ce terrain s’est solidé les peuples l’ont habité et cultivé dont il y a un très grand nombre de maisons le long des rivages et pour se garantir de l’innondation dans le temps des soubernes ou vimes. Ils ont fait des digues le plus prest qu’ils ont pu du bord des rivières et ensuitte ont planté des vignes qui y viennent admirablement bien poussant des tiges fort hautes et grosses et fort proches l’une de l’autre à proportion des autres vignes ; les fils et tiges sont soutenus par de grand échalas qu’ils appellent aubre ; et sont plus haut que les grands hommes ; ces vignobles produisent une quantité de fruits extraordinaire par un grand nombre de grapes longues et grosses infiniment plus que dans les graves ce qui fait une prodigieuse quantité de gros vins rouge épais tirant sur le noir que l’on appelle vin de paleux des plus mauvais à boire qui soit surtout quand il est nouveau mais très propre à estre transporté sur mer principallement pour les voyages de long cours où il résiste beaucoup à la mer et s’y bonifie et on le porte communément aux isles de la Mérique et en Basse Bretagne sont les peuples le trouvent excelent de cette qualité et les gascons n’en font point grand usage excepté les pauvres gens qui en boivent faute d’autre. On en fait aussy de l’eau de vie".

  • Légende de la carte de 1692

    Carte des rivières de la Gironde et de la Dordogne depuis leurs embouchures jusqu'à Bordeaux et Libourne avec toutes les sondes, 1692.

    AD Gironde, 2 Fi 2068

    "(...) Il y a six ou sept ans que l’Isle de Carmeil et l’Isle de Poyanne estoient séparées et il y a 15 ans qu’on y pouvoit passer un navire tirant 14 pieds d’eau de basse mer et présentement elles se joignent de manière qu’elles ne font plus a présent qu’une mesme isle. A deux ou 300 brasses de la pointe sud est de l’Isle de Blaye estoit une Isle qui diminua peu à peu et qui enfin estant devenue de la grandeur d’environ 10 brasses fut emportée en une nuit par une soubsbeume (?) il y a environ 15 ans. 8 jours après il y vint 15 pieds d’eau qui ont demeuré de mesme 3 ou 4 ans et présentement il s’y refait un banc. L’isle de Margot s’en ira de mesme peu à peu et les pilotes remarquent que depuis 2 ans, elle a diminué de plus de 10 brasses sur la largeur le courant ayant emporté tout le péré qu y étoit.

    (...) Les grands vaisseaux de 15 pieds d’eau venant de Bordeaux viennent mouiller entre les moulins du Bec et celuy de Peugues pour attendre le gros de l’eau de vive eau ou de mort d’eau veu que la mer y monte jusques à 15 pieds d’eau et au moins 9 ou 10 pieds si le vent est bon un vaisseau de 15 pieds lever aux deux tiers de flot et passe devant que la mer [illisible] (...)".

Références documentaires

Documents d'archives
  • Commune d'Ambès. Dossiers d'administration générale, 1812-1940.

    Archives départementales de la Gironde : 2 O 603
Bibliographie
  • CAVIGNAC Jean. "Le domaine du Bec d'Ambès et ses propriétaires aux XVIIIème et XIXème siècles". Le Blayais. Actes du XXXVIe Congrès d'études régionales tenu à Blaye les 6 et 7 octobre 1984. Fédération Historique du Sud-Ouest, 1988.

    p. 135-149
  • CHAREAU P., MAILLÉRES G. Guide de Bordeaux à la mer. Bordeaux : Typographie Lavertujon, 1865.

    p. 98
  • HAUTREUX. "Les passes de la rivière de Bordeaux". Actes de l'Académie nationale des sciences, belles-lettres et arts de Bordeaux, 1889.

    p. 111-184
  • "Rapport à l’Académie de Bordeaux sur l’état actuel du Cours de la Garonne, et les moyens de l’améliorer, fait au nom d’une commission composée de Messieurs Guilhe, Leupold, Billaudel, Lermier et Blanc-Dutrouilh. M.Blanc-Dutrouilh, rapporteur". Académie nationale des sciences, belles-lettres et arts (Bordeaux). Séance publique, 1826.

  • VIVENS (vicomte de). Nouvelles recherches sur les encombrements toujours croissants de la Garonne inférieure et de la Gironde / Recherches sur les causes de ces encombrements. Bordeaux : Imprimerie et Lithographie de Henry Faye, 1840. (1824).

Périodiques
  • "Les cotes et les palus du Bourgeais". La Vigne américaine, 12, 1881.

    p; 362-374
  • L'Avenir d'Arcachon, [journal] années 1877 à 1931.

    10 avril 1904
(c) Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel ; (c) Conseil départemental de la Gironde - Steimer Claire