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Église paroissiale Saint-Jean-Baptiste

Peintures du chœur : Baptême du Christ, Agneau de Dieu et Tétramorphe, symboles christiques

Dossier IM40007789 réalisé en 2019

Fiche

Dénominations peinture monumentale
Titres Baptême du Christ
Agneau de Dieu et Tétramorphe, symboles christiques
Aire d'étude et canton Tartas ouest
Adresse Commune : Laluque
Emplacement dans l'édifice chœur

Ces peintures sont, grâce au registre paroissial tenu par le curé Pierre Lartigau (1853-1882), les mieux documentées parmi les campagnes de décoration que connut successivement l'église dans le dernier tiers du XIXe siècle. Après la découverte en 1873 d'un cycle de peintures du XVe siècle sur le thème de la Passion, la décision fut prise de ne pas restaurer ces fragments, jugés dans un état trop dégradé, et de les recouvrir par un nouveau décor destiné à parachever les importants travaux d'agrandissement et d'embellissement de l'église menés depuis 1864 sous la conduite de l'abbé Lartigau. Il en fut de même pour le cul-de-four de l'abside, qui devait porter une figuration du Jugement dernier ou de la Déisis (le "Dôme de Sainte-Sophie de Constantinople" qu'on crut alors y discerner est certainement une interprétation fantaisiste de la Jérusalem céleste).

C'est apparemment le curé Lartigau qui engagea les artistes chargés de l'exécution des nouvelles peintures en 1873. La partie purement ornementale fut confiée au décorateur bayonnais d'origine parisienne Jules Courtignon (1829-?). La scène du Baptême du Christ, quant à elle, fut peinte par Gustave-Pierre Dagrand (1839-1915), alors installé à Bayonne et plus connu pour son activité de peintre-verrier - le cul-de-four de Laluque est à ce jour la seule décoration murale attestée de sa main. Dagrand réutilisa pour l'occasion un modèle déjà employé, le Baptême du Christ de Julius Schnorr von Carolsfeld (1794-1872), gravure extraite de Die Bibel in Bildern (Leipzig, 1860, planche 175), qui avait déjà inspiré une de ses verrières à l'église de Peyre en 1870 (réf. IM40003588), et dont les maisons Gesta de Toulouse et Mauméjean de Pau firent aussi grand usage (Barsac, Bonnegarde, Castelnau-Chalosse, Saint-Geours-de-Maremne, Bégaar, etc.).

Si l'abbé Lartigau détaille précisément le décor du cul-de-four et les ornements végétaux qui l'entourent, sa description des motifs figurés sur le mur de l'hémicycle lors de la campagne de 1873 (un "velours cramoisi avec les monogrammes de St Jean et des fleurs d’or") ne correspond pas aux médaillons symboliques qu'on y voyait encore avant 2007. Il en est de même pour l'Agneau et le Tétramorphe qui orne aujourd'hui la voûte en berceau de la travée droite de chœur, non mentionné par l'abbé mais qu'on retrouve en revanche, en tout point identique, à l'église de Saint-Aubin, décor peint en 1932 par le Bordelais Ernest Leduc. A moins qu'il ne s'agisse simplement de l'exploitation d'un modèle commun, il est donc probable que le décor originel de Dagrand et Courtignon a été modifié à une époque ultérieure. Aucune trace documentaire de cette reprise éventuelle n'a toutefois été retrouvée.

Lors de la dernière restauration du décor par l'agence Architecte Patrimoine du Bouscat en 2007, le parti a été pris de dégager l'essentiel des peintures gothiques retrouvées sur le mur de l'hémicycle, en supprimant de ce fait la plus grande partie du décor mural de 1873 qui les recouvrait. Ce choix, évident eu égard à l'importance de la découverte, a toutefois entraîné une discordance visuelle marquée et la rupture de l'unité décorative recherchée au XIXe siècle, dont la restauration a par ailleurs révélé le grand intérêt.

Période(s) Principale : 3e quart 19e siècle
Dates 1873, daté par source
Stade de création copie interprétée d'estampe
Auteur(s) Auteur : Dagrant ou Dagrand Gustave-Pierre,
Gustave-Pierre Dagrant ou Dagrand (1839 - 1915)

Né Pierre-Gustave Dagrand en 1839, change son nom en Gustave-Pierre Dagrant en 1889. Peintre-verrier à Bayonne, puis à Bordeaux (7, cours Saint-Jean).


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peintre, attribution par source
Auteur : Courtignon Jules Louis,
Jules Louis Courtignon (1829 - )

Prénom usuel : Jules. Peintre-décorateur né à Paris en 1829, impliqué dans l'insurrection parisienne de juin 1848 (mis en liberté le 3 septembre suivant), installé à Bayonne à l'occasion de ses travaux dans la cathédrale de cette ville (en association avec son fils). Il travailla également pour les cathédrales de Reims, de Rouen, de Boulogne, d'Albi et de Fréjus, ainsi qu'à la chapelle impériale de la Villa Eugénie de Biarritz, au château d'Abbadia (1884) et à l'église Saint-Martin de Pau (1883-1884). Marié à Bonsecours (76) le 9 mai 1853 avec Fleuriste (sic) Fanny (ou Florine Stéphanie) Claro, il en eut une fille, Clémence-Marie (née à Blosseville-Bonsecours le 25 mai 1853, mariée à Bayonne le 30 décembre 1872 avec le peintre-décorateur Adolphe Auguste Martial Jousseaume, né à Champagné en Vendée le 16 février 1844), et un fils, Albert (né à Paris le 28 août 1863), horloger-bijoutier, marié à Ciboure le 26 septembre 1891 avec Jeanne Marie Marguerite Semper.

Jules Courtignon fut domicilié successivement à Paris (164, rue du Faubourg-Saint-Denis) en 1848, en Normandie en 1853, à Bayonne (place de la Course dans le quartier Saint-Esprit) en 1872.


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peintre, décorateur, attribution par source
Auteur de la source figurée : Schnorr von Carolsfeld Julius,
Julius Schnorr von Carolsfeld (1794 - 1872)

Julius (prénom usuel) Veit Hans Schnorr von Carolsfeld, né à Leipzig et mort à Munich, peintre et graveur du mouvement nazaréen.


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graveur

Le décor, réalisé essentiellement à la détrempe et partiellement à l'huile (Baptême du Christ), couvrait (avant la restauration de 2007) la totalité du mur en hémicycle, les ébrasements des cinq fenêtres, le cul-de-four de l'abside, la voûte en berceau de la travée droite et l'arc-triomphal. Les motifs décoratifs répétitifs sont exécutés au pochoir.

Catégories peinture murale
Matériaux enduit, support, détrempe à la colle, peint au pochoir
enduit, peinture à l'huile
Précision dimensions

Dimensions non prises.

Iconographies Baptême du Christ, mandorle, Saint-Esprit, colombe, ange, ciel
Agneau mystique, Le Tétramorphe
symbole, lion, cerf, balance, fouet, ciboire, hostie, vigne, blé, ancre, Pélican mystique, croix, livre, Alpha et Oméga, Chrisme, colombe, oiseau, poisson
ornementation, faux appareil, frise, palmette, rinceau
Précision représentations

Mur de l'hémicycle (avant 2007). Au-dessus du lambris de demi-revêtement, un faux appareil gris-vert liseré de rouge, à motifs de tiges feuillues, interrompu à mi-hauteur par un bandeau à fond bleu, orné de rinceaux néo-romans entourant des médaillons quadrilobés à redents ; ceux-ci portent des figurations symboliques : lion, cerf, balance avec épis de blé, flagellum. Au registre supérieur, séparé de l'inférieur par une corniche feinte à palmettes, un faux appareil beige rosé à double joint, sur lequel se détachent quatre médaillons circulaires à fond jaune or : ciboire et hostie entourés de vigne et de gerbes de blé, ancre (Espérance), Pélican mystique (Charité) et croix avec livre portant l'alpha et l'oméga (Foi). Couronnant l'élévation, une frise de palmettes circonscrites vertes et jaunes sur fond bleu. Dans les ébrasements des fenêtres, des vases à anses d'où sortent de hautes tiges feuillues auxquelles sont accrochés des médaillons circulaires rouges, décorés alternativement de couples d'oiseaux et de poissons.

Cul-de-four de l'abside. Au centre, dans une mandorle en amande ourlée de rayons d'or, est figuré le baptême du Christ par saint Jean-Baptiste (dédicataire de l'église). La mandorle se détache sur un ciel d'azur ; au-dessus d'elle, la colombe du Saint-Esprit dans un nimbe crucifère rouge et or (pourtant déjà figurée dans la scène du baptême) ; de part et d'autre, s'élevant au-dessus de rochers entourés de nuées blanches, deux couples d'anges en adoration, vêtus de robes aux couleurs symboliques (respectivement rouge et vert, bleu et jaune or, rouge, vert et rose), la tête ceinte de nimbes dorés, les ailes déployées.

Voûte de la travée droite. Sur un fond beige rosé semé de croix rouges fleuronnées et nimbées et de fleurettes bleues, un motif central composé d'un carré posé sur la pointe, avec l'Agneau de Dieu vexillaire dans un cercle rouge ourlé de rayons d'or, entouré de quatre demi-lunes avec les symboles du Tétramorphe sur fond or (chacun tient un livre, sauf l'homme de saint Matthieu, qui tient un phylactère avec le nom de l'évangéliste).

Arc-triomphal. Sur l'intrados de l'arc, une frise de motifs végétaux (demi-palmettes perlées vertes) mêlés à des imbrications perlées rouges et bleues sur fond beige, bordée de frises de palmettes circonscrites et de dents de scie dorées. Sur l'extrados de l'arc, côté nef, le chrisme entre l'alpha et l'oméga sur fond rouge dans un médaillon circulaire entouré de rinceaux de vigne, dont deux colombes becquettent les grappes.

Inscriptions & marques inscription concernant l'iconographie, latin, peint
Précision inscriptions

Inscriptions (voûte de la travée droite, sur les livres ou phylactère du Tétramorphe) : VICI LET (sic pour VICIT LEO, repeint fautif en 2007) (lion de saint Marc) ; MAGNIFICAT (bœuf de saint Luc) ; IN PRINCI[PIO] (aigle de saint Jean) ; S. MATHAEUS (homme de saint Matthieu).

États conservations oeuvre restaurée
Précision état de conservation

Peintures restaurées en 2007. Le décor mural de 1873 a été en grande partie supprimé à cette occasion pour dégager les peintures médiévales sous-jacentes, en laissant toutefois quelques témoins sur les côtés nord et sud.

Statut de la propriété propriété de la commune

Annexes

  • Extraits du registre paroissial de l'abbé Pierre Lartigau (1871-1882, Archives diocésaines de Dax) concernant les peintures murales de l'église de Laluque

    "La coupole du sanctuaire vient de recevoir une splendide peinture. Comme elle est belle, élevée et spacieuse, la fabrique a voulu l’enrichir d’une magnifique décoration représentant le baptême de Notre-Seigneur. Il y avait anciennement des peintures, mais on n’a pu découvrir la nature de ces peintures. Seulement les peintres décorateurs, M. Courtignon et M. Dagrand de Bayonne, qui ont fait les présentes peintures en 1873, ont cru y remarquer le Dôme de Ste-Sophie de Constantinople. Il n’a pas été possible de les restaurer. / [En marge : Anciennes peintures gothiques] Monseigneur de Suarez-d’Aulan, évêque d’Acqs, dans le procès-verbal de la visite pastorale du 6 juillet 1739, parle des anciennes peintures gothiques, qu’il dit se trouver en bon état. Ces peintures étaient du 15ème siècle. Elles représentaient la passion de Notre Seigneur entre les croisées avec la pendaison de Judas. Il y avait 16 tableaux qui ont été écrasés, dénaturés et détruits en 1793. Ils ont été découverts en gratant (sic) les murs en 1873. La pendaison de Judas, l’arbre et Jésus devant Pilate se lavant les mains, étaient bien conservés, mais les autres étaient tellement détériorés qu’il a été impossible de les réparer. Tout avait été mutilé, et même tout avait à peu près disparu."

    "[Peintures avec leur signification symbolique. Qualité des peintres.] Les peintures de la coupole et de tout le sanctuaire ont été faites par M. Courtignon, né à Paris, actuellement à Bayonne et peintre de la cathédrale de cette ville. Il a fait son tour de France, il a fait des peintures dans beaucoup de cathédrales, notamment à Reims, sous la présidence du cardinal Gousset, archevêque de cette ville, à Rouen, à Boulogne, à Alby (sic) sous Monseigneur de Gerphanion, à Fréjus sous Monseigneur Jordany, etc. Il a fait encore les peintures de la chapelle impériale de la Villa-Eugénie de Biarritz. / Les personnages ont été faits par M. Dagrand, peintre-verrier à Bayonne, artiste distingué. La fabrique, qui voulait orner dignement la coupole et tout le sanctuaire, n’a pas hésité de confier ce beau travail à de pareils hommes. / L’arceau de fleurs, qui sépare les personnages de la coupole d’avec les étoiles, représente la foi, l’espérance et la charité. Les trois épis droits au-dessus de la foi représentent la Sainte Trinité, les deux épis penchant vers la terre représentent le judaïsme et le protestantisme, qui meurent faute de la sève vivifiante qui donne la vie – comme le catholicisme. Les pampres et les raisins verts représentent l’espérance ; les fleurs rouges représentent la charité. Les couleurs rouges entre les croisées, représentant le velours cramoisi, avec les monogrammes de St Jean et des fleurs d’or, signifient son ardente et brillante clarté, lacens et ardens. Les peintures vertes au bas de l’arc-triomphal représentent les peintures du Moyen âge. Les aubes, au lieu d’être unies comme maintenant, étaient attachées avec des nœuds et des cordons pendans (sic) sur les épaules. / [Coût des peintures] Tout ce magnifique travail a coûté à la fabrique la somme de deux mille francs."

Références documentaires

Documents d'archives
  • Registre paroissial de Laluque, par l'abbé Pierre Lartigau (1871-1882).

    Archives diocésaines, Dax
Bibliographie
  • SCHNORR VON CAROLSFELD Julius. Die Bibel in Bildern von Julius Schnorr von Carolsfeld. Leipzig : Wigand, 1860.

    planche 175
(c) Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel - Maisonnave Jean-Philippe