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Église paroissiale Saint-Jean-Baptiste (Saint-Barthélemy)

Peinture monumentale du vaisseau central : Les fondateurs de la Compagnie de Jésus

Dossier IM40005178 réalisé en 2013

Fiche

Dénominations peinture monumentale
Titres Les fondateurs de la Compagnie de Jésus
Aire d'étude et canton Montfort-en-Chalosse
Adresse Commune : Poyanne
Emplacement dans l'édifice vaisseau central, arcature des parties hautes

L'église de Poyanne doit à des circonstances historiques particulières la présence de ce décor consacré aux figures fondatrices de la Compagnie de Jésus. Après la révolution espagnole de 1868 et la chute de la reine Isabelle II, le gouvernement provisoire anticlérical supprima la Compagnie et expulsa les jésuites du sanctuaire de Loyola (Azpeitia, Pays basque). Ceux-ci trouvèrent refuge en France. Après quelques mois d'errance, le supérieur général de la Compagnie, le Père Felipe Gomez, acheta le 3 mai 1869 au baron Léopold Moreau de Bellaing (mort en 1876) son château de Poyanne, afin d'y installer la maison professe et le noviciat de la province de Castille. La demeure accueillit ainsi dans un premier temps soixante-douze jésuites espagnols puis, au fil des années, jusqu'à cent religieux et autant de novices (surnommés les poyaneos). Ils en furent expulsés dès 1881, en application des décrets anticléricaux français du 29 mars 1880, tout en en conservant légalement la propriété (qui ne fut cédée à la famille Coyola qu'en 1910). Durant ces douze années de présence effective à Poyanne, dix-sept jésuites moururent au château et furent inhumés au cimetière communal, où leur tombeau collectif est toujours visible.

A une date non précisée, un ou plusieurs membres de la communauté, avec l'accord du maire Coudroy et du curé Rosié, entreprirent d'orner de peintures murales le faux triforium de l'église paroissiale toute proche et à peine achevée - sa consécration eut lieu le 6 septembre 1869, quatre mois après l'arrivée des religieux. Le choix thématique, hautement militant, se porta naturellement sur l'histoire de la Compagnie et sur son rayonnement universel, en un moment où son existence même était menacée. Les huit arcades de la nef abritent ainsi les effigies des étudiants (les "amis dans le Seigneur") qui fondèrent la Compagnie avec Ignace de Loyola à Montmartre le 15 août 1534 - saint François Xavier, Alfonso Salmeron, Jacques Lainez, Nicolás Bobadilla et Simao Rodrigues (seul manque le Savoyard Pierre Favre) -, ainsi que les trois cofondateurs arrivés après coup : Claude Le Jay, Pasquier Brouet et Jean Codure. Si l'absence de Pierre Favre s'explique sans doute par la nécessité d'adapter le nombre des personnages figurés à celui des espaces disponibles, celle d'Ignace de Loyola est plus surprenante, à moins que sa présence n'ait été considérée en quelque sorte comme immanente. Chacune des figures est accompagnée d'attributs et d'inscriptions (en latin, grec, hébreu ou arabe) qui évoquent les pays lointains où la Compagnie a étendu sa mission d'apostolat (Indes, Brésil, Japon, Floride, Nouvelle-Espagne) ou encore les actions notables de la carrière de tel ou tel jésuite (ainsi le rôle éminent tenu par Jacques Lainez au concile de Trente est-il souligné par une citation de l'Ecclésiaste). Bien qu'aucune source visuelle n'ait pu être identifiée, il est probable que les personnages et les trophées liturgiques sont inspirés ou copiés de modèles gravés, peut-être publiés dans un ouvrage apologétique sur la Compagnie.

Une circonstance de l'histoire des jésuites à Poyanne fournit peut-être un terminus ante quem pour l'exécution du décor. En août 1873, les religieux organisèrent dans l'église des fêtes fastueuses pour célébrer la béatification de Pierre Favre, promulguée par Pie IX le 5 septembre 1872. Bien que le compte-rendu de l'événement paru dans l'Écho religieux des Pyrénées et des Landes (sous la plume de l'abbé Pierre Lartigau) ne mentionne pas les peintures, il paraît plus probable qu'elles aient été exécutées avant qu'après les cérémonies. Il aurait été étonnant, en effet, que Pierre Favre, l'un des trois membres de la Compagnie originelle (avec Ignace et François Xavier) portés sur les autels, fût précisément le seul écarté du programme décoratif.

Période(s) Principale : 2e moitié 19e siècle

Les peintures sont exécutées à l'huile, en camaïeu de brun et de beige, sur des toiles découpées en arc brisé ; celles-ci sont marouflées et clouées dans les arcatures aveugles, groupées en triplet, qui forment un faux triforium au-dessus des grandes-arcades des quatre travées du vaisseau central.

Catégories peinture murale
Structures en arc brisé
Matériaux toile, support, en plusieurs éléments, peinture à l'huile, camaïeu, marouflé
Mesures h : 160.0
Iconographies cycle thématique, religieux, jésuite, trophée liturgique
en pied, saint François Xavier, Jacques Lainez, Nicolas Bobadilla, Simao Rodrigues, Claude Le Jay, Alfonso Salmeron, Pasquier Brouet, Jean Codure
Précision représentations

Les peintures occupent des arcatures en arc brisé, groupées en triplets. L'effigie en pied d'un jésuite, peinte en camaïeu de beige imitant la sculpture sur un socle circulaire vu en perspective da sotto in su, occupe l'arc central ; dans les arcs latéraux sont peints des trophées liturgiques (pour les triplets des 1ère et 3e travées) ou des inscriptions en diverses langues (pour les 2e et 4e travées). L'ordre de lecture part du côté gauche (sud) de la 4e travée, se poursuit du côté droit (nord), puis dans la 3e travée côté gauche et ainsi de suite.

4e travée, côté gauche : saint François Xavier (1506-1552) portant étole, bourdon et coquille de baptême, allusion à son rôle majeur dans l'évangélisation des Indes et du Japon.

4e travée, côté droit : Jacques (Diego) Lainez (1512-1565), deuxième général des jésuites de 1558 à 1565, tenant un livre titré "Trento", évoquant le concile de Trente auquel Lainez participa comme théologien pontifical.

3e travée, côté gauche : Nicolás Bobadilla (1511-1590), grand prédicateur, représenté les mains liées (?), peut-être par allusion à son expulsion d'Allemagne par Charles-Quint. Trophées liturgiques : à gauche, crucifix, livre ouvert, hache, flambeau, burettes, carquois, arc et flèches, lances, pique, scie ; à droite, ostensoir, livre ouvert, lance, glaive, flèche, palme, couronne de laurier, chaîne avec menotte.

3e travée, côté droit : Simao Rodrigues de Azevedo (1510-1579), jésuite portugais, tenant un livre fermé. Trophées liturgiques : à gauche, ciboire, livre ouvert, carquois, arc et flèches, lance, pique ; à droite, calice et hostie, livre fermé, mitre, crosse, étole, bourdon, bénitier, lance et pique.

2e travée, côté gauche : Claude Le Jay (1504-1552), jésuite savoyard, premier recteur du collège jésuite de Vienne.

2e travée, côté droit : Alfonso Salmeron (1515-1585), théologien pontifical au concile de Trente avec Jacques Lainez, exégète de l’Écriture sainte.

1ère travée, côté gauche : Pasquier Brouet ou Paschase Broët (1500-1562), jésuite picard, tenant un livre fermé. Trophées liturgiques : à gauche, monogramme MA, livre ouvert, barrette de prêtre, bourdon de pèlerin avec gourde, carquois et flèches, étole, couronne de laurier ; à droite, calice et hostie, livre fermé, mitre, crosse, étole, bourdon, bénitier, lance et pique.

1ère travée, côté droit : Jean Codure (1508-1541), jésuite provençal, tenant un livre fermé. Trophées liturgiques : à gauche, calice et hostie, livre ouvert, cierge, crosse, étole, lance, pique, couronne de laurier ; à droite, monogramme IHS, livre fermé, trois crosses, croix épiscopale, rouleaux avec sceaux, croix pastorale et étole.

Inscriptions & marques inscription concernant l'iconographie, latin, peint
inscription, latin, grec, hébreu, arabe, peint
Précision inscriptions

Le nom latin de chacun des personnages est inscrit sur le socle qui le supporte ; les panneaux qui encadrent les effigies portent, soit un trophée liturgique accompagné du nom d'un pays où l'action du jésuite concerné s'est exercée (voir iconographie), soit de longues citations des Écritures en diverses langues (latin, grec, hébreu, arabe), apparemment sans lien direct avec les lieux d'apostolat du personnage.

Triplet de saint François Xavier : S. Fr. Xaverius (panneau central) ; inscriptions hébraïques non déchiffrées (panneaux latéraux).

Triplet de Jacques Lainez : P. J. Lainez (panneau central) ; IN OMNI OPERE / DEDIT / CONFESSIONEM / SANCTO / ET EXCELSO / IN VERBO GLORIA / DE OMNI / CORDE SVO / LAVDAVIT / DOMINVM / QVI FECIT ILLVM. / ECCLI. XLVII. 9.10 (panneau de gauche ; traduction : "Dans toutes ses œuvres il a rendu grâces au Dieu saint, et il a béni le Très Haut par des paroles pleines de sa gloire. Il a loué de tout son cœur le Seigneur qui l'avait créé. L'Ecclésiastique, 47, 9-10") ; IN OMNI ORE / QVASI MEL / INDVLCABITVR / EJVS / MEMORIA / IPSE / EST DIRETVS / IN POENITENTIAM / GENTIS / ET TVLIT / ABOMINATIONES / IMPIETATIS. / ECCLI. XLIX. 2 (panneau de droite ; traduction : "Son souvenir sera doux à la bouche de tous les hommes comme le miel [...]. Il a été destiné pour faire entrer le peuple dans la pénitence, et il a exterminé les abominations de l'impiété. L’Ecclésiastique, 49, 2-3).

Triplet de Nicolás Bobadilla : P. N. Bobadilla (panneau central) ; BRASIL, IHS, MA (panneau de gauche, sur le livre ouvert) ; JAPON, IHS (panneau de droite, sur le livre ouvert).

Triplet de Simao Rodrigues : P. S. Rodericius (panneau central) ; NUEVA / ESPAÑA (panneau de gauche).

Triplet de Claude Le Jay : P. D. Jaius (panneau central) ; inscription grecque (panneau de gauche ; extrait du Psaume 40, 11 ; traduction : "Je n'ai pas celé ta justice au fond de mon cœur, j'ai dit ta fidélité et ton salut, je n'ai pas caché ton amour et ta vérité à la grande assemblée") ; inscription grecque (panneau de droite ; extrait de la Première Épître aux Corinthiens, 13, 4 ; traduction : "L’amour prend patience, l’amour rend service, l’amour ne jalouse pas, il ne se vante pas, ne se gonfle pas d’orgueil").

Triplet d'Alfonso Salmeron : P. A. Salmeron (panneau central) ; inscriptions arabes non déchiffrées (panneaux latéraux).

Triplet de Pasquier Brouet : P. P. Brouet (panneau central) ; FLO/RI/DA (panneau de gauche, sur le livre ouvert).

Triplet de Jean Codure : P. J. Codurius (panneau central) ; CONC. / DE / TRENTO (panneau de droite, sur le livre).

Précision état de conservation

Les toiles sont encrassées, plusieurs sont souillées de déjections d'oiseaux. Le panneau à gauche de l'effigie de Jean Codure est partiellement détaché du mur.

Statut de la propriété propriété de la commune
Intérêt de l'œuvre À signaler

Annexes

  • Extrait de l'"Écho religieux des Pyrénées et des Landes", aout 1873, p. 573-574.

    "Triduum solennel dans l'église de Poyanne, célébré par les R.P. Jésuites espagnols en l'honneur du Bienheureux Pierre Favre (Lefebvre) de la Compagnie de Jésus, béatifié par le Souverain Pontife Pie IX, le 5 septembre 1872. / Les fêtes de Poyanne ont été brillantes [...]. L'église, belle comme l'épouse des Cantiques, était splendidement ornée d'une féerique guirlande de fleurs, de riches étendards, de 15 à 20 lustres d'un éblouissant éclat d'or ; l'angélique figure du bienheureux PIERRE FAVRE avait été exposée sur le maître-autel tout resplendissant de mille lumières, dès le soir du 5 août, veille du Triduum. Le sanctuaire, la nef principale, la façade de la porte d'entrée offraient, comme riches décors, de beaux tableaux retraçant la vie du bienheureux. [...] / Le bel éclat de ces majestueuses cérémonies était encore relevé par la tenue angélique de cette sainte phalange de Jésuites espagnols qui habitent la maison de Poyanne, au nombre de plus de deux cents, auxquels s'étaient joints une foule d'autres Jésuites. [...] / P. Lartigau, curé de Laluque."

Références documentaires

Périodiques
  • LARTIGAU Pierre. "Triduum solennel célébré dans l'église de Poyanne". L'Écho religieux des Pyrénées et des Landes. Semaine religieuse des diocèses de Bayonne, Tarbes et Aire-Dax, août 1873.

    p. 573-574

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