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Église abbatiale Saint-Sever

Ostensoir (n° 1)

Dossier IM40006208 réalisé en 2015

Fiche

Dénominations ostensoir
Titres
Numérotation artificielle 1
Aire d'étude et canton Saint-Sever
Adresse Commune : Saint-Sever
Adresse : place du Tour du Sol
Emplacement dans l'édifice sacristie

Cet ostensoir fut réalisé par l'orfèvre et bronzier d’art parisien Louis Bachelet (actif de 1844 à 1877), sur des dessins d'Eugène Viollet-le-Duc (aujourd'hui conservés dans le fonds Poussielgue-Rusand à la Médiathèque de l'architecture et du Patrimoine à Paris). Parmi les nombreux objets de ce type que Bachelet produisit en trente ans de carrière, on compte notamment un « soleil » spectaculaire offert au pape Pie IX en 1870. Celui de Saint-Sever, haut de près d’un mètre, se distingue par la richesse de son programme iconographique, que l'on retrouve (notamment le concert d'anges musiciens) avec quelques variantes sur un ostensoir conservé à l'église Saint-Louis-des-Chartrons à Bordeaux.

D'après une notice nécrologique parue en 1888, c'est la baronne de Toulouzette, née Marie-Élisabeth de Basquiat de Mugriet (1815-1888), qui aurait offert l'objet en 1874. Une inscription gravée sous la base mentionne cependant pour donateur son mari et cousin, le baron Benoît Joseph Marie Alphonse de Basquiat de Toulouzette (1808-1873). Sans doute un don de la baronne fait en mémoire de son mari (décédé le 7 juillet de l'année précédente), explique-il cette contradiction. Les pierres précieuses et les pierres fines qui ornent l'ostensoir proviennent de bijoux donnés par les Basquiat et par d'autres familles alliées. Le monogramme JB qui figure sur une chevalière sertie sur la tige pourrait être celui du baron de Toulouzette (dont le prénom usuel semble toutefois avoir été Alphonse plutôt que Joseph).

L'église possède plusieurs autres objets de Bachelet, un baiser de paix (réf. IM40006232), un seau à eau bénite (réf. IM40006221), un ciboire (réf. IM40006201) et une croix d'autel (réf. IM40006190), peut-être acquis à une date voisine du don de l'ostensoir, qui constitue la pièce-maîtresse de l'ensemble.

Période(s) Principale : 3e quart 19e siècle
Dates 1874, daté par source
Lieu d'exécution Commune : Paris
Auteur(s) Auteur : Bachelet Louis,
Louis Bachelet

Orfèvre actif de 1844 à 1877 à Paris (ateliers au 16, rue de Verneuil, magasins au 58, quai des Orfèvres), il collabora avec Viollet-le-Duc et Ruprich-Robert.


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orfèvre
Auteur : Viollet-le-Duc Eugène-Emmanuel,
Eugène-Emmanuel Viollet-le-Duc (1814 - 1879)

De Viollet-le-Duc, le filtre de la mémoire collective a coutume de se souvenir des emblématiques chantiers de restauration, Notre-Dame de Paris, Carcassonne, Vézelay, Saint-Sernin et autres cathédrales. Or, son œuvre, ne se limitant pas à l'architecture religieuse gothique, s'avère en réalité bien complexe. Parmi ses projets d'architecte et ses publications de théoricien, il s'intéressa particulièrement au thème de l'habitation humaine. Aussi sa vision de l'architecture domestique se manifesta-t-elle diversement du point de vue stylistique, mais avec toujours un fil conducteur fondamental. Celui-ci est incarné par la quête de modernité nationaliste, fondée sur le savoir-faire et l'expérience de ses prédécesseurs.

La théorie

Du point de vue théorique, Viollet-le-Duc considérait, à l'instar de ses confrères, que l'architecture devait s'adapter au besoin de la société, au mode de vie des hommes. Pour cette raison, estimant le principe du château comme obsolète, son idéal d'habitation fut représenté par un hôtel particulier dans ses Entretiens sur l'architecture, publiés entre 1864 et 1872, avant de s'exprimer par la problématique plus démocratisable de la "maison". A partir des années 1870, ce thème fit d'ailleurs l'objet d'un volume de sa série éditoriale destinée initialement aux adolescents, intitulé Histoire d'une maison, où il exposa avec grande pédagogie la vie d'un chantier depuis la conception du plan jusqu'à son exécution.

Traduisant les usages de toute une société, le plan revêt une dimension fondamentale dans sa conception architecturale qui se réclame du rationalisme. Viollet-le-Duc privilégie l'optimisation des espaces et de la circulation ainsi que l'économie du chantier et des déplacements humains. Ses théories érigent l'édifice et son ornementation en un ensemble homogène et un véritable organisme vivant où la présence de chaque élément s'explique par sa fonction, qu'il déduisait de ses observations de l'architecture gothique.

Les chantiers

Mais, s'il s'inspirait de l'esprit et du génie des constructions médiévales, cela n'impliquait pas nécessairement d'en reproduire absolument le style. Il n'est donc pas surprenant que son corpus d’œuvres domestiques se caractérise par sa diversité esthétique. En termes de restauration, Viollet-le-Duc fut missionné par Napoléon III à partir de 1858 sur le chantier colossal du château de Pierrefonds, qui devint un modèle d'architecture et de décoration néogothique, et ce malgré une frontière fluctuante souvent décriée entre restauration et création. Les milliers de dessins et de projets qu'il réalisa pour Pierrefonds inspirèrent ses autres chantiers néogothiques et ceux de ses disciples.

Aussi, les restaurations des châteaux de Roquetaillade, en Gironde, et de Pupetières, en Isère, tout comme celles de la Flachère, dans le Rhône, ou de Montdardier, dans le Gard, s'inscrivent-elles dans les pas du chantier de Pierrefonds. L'architecte réhabilita ces édifices en associant la démarche archéologiste, fondée sur la recherche de vérité historique, et le parti pris créatif, appuyé sur l'hypothèse architecturale. En revanche, dans ces chantiers, comme dans de nombreuses restaurations privées, il confia la décoration à ses collaborateurs, en l'occurrence à Edmond Duthoit pour Roquetaillade et à Denis Darcy pour Pupetières.

Mais "Viollet" sut s'affranchir des édifices gothiques, ce qui le conduisit, après la chute de Napoléon III, à prendre en charge la restauration du château d'Eu, demeure ancestrale de la famille d'Orléans. S'adaptant à la volonté de ses commanditaires, c'est un mélange de styles académiques, essentiellement Louis XV et Louis XVI, qu'il imagina pour cette demeure. D'ailleurs, le domaine de la création ex-nihilo fut plus facilement propice aux libertés esthétiques. Si le château d'Abbadia relève du style néogothique de Pierrefonds et de ses avatars, la maison Sabatier, dite "Le Prieuré", est un exemple manifeste du style néo-Louis XIII. Cette demeure située à quelques encablures de Pierrefonds fut construite selon un plan académique, voire palladien, vraisemblablement dû à l'influence de son commanditaire. La maison Jacquesson, hôtel particulier édifié à Châlons-sur-Marne, témoigne également de cette capacité à bâtir dans un style plus conventionnel.

Quant à la maison individuelle, l'architecte en concrétisa ses idéaux avec la construction de sa résidence personnelle, le chalet La Vedette, bâti à Lausanne, où il s'installa pour se consacrer à la montagne durant les dernières années de sa vie. La Vedette montre bien cette volonté de s'adapter à l'environnement naturel et culturel du chantier, c'est-à-dire aux ressources matérielles, au paysage et à l'architecture traditionnelle.

Enfin, Viollet-le-Duc s'intéressa également à la problématique de l'habitat collectif, impliquant immeubles de rapport ou à loyer. Exposés dans ses Entretiens sur l'architecture, ses principes sur la question furent appliqués dans ses édifications d'immeubles parisiens, dont les plus connus se situent rue de Douai, rue de Liège, rue Chauchat et rue Condorcet. Toujours fondés sur le principe constructif gothique, avec notamment une forte attention portée à la modénature, ces édifices s'éloignent manifestement de l'esthétique médiévale pour épouser davantage celle de leur environnement urbain haussmanien, rendue nécessaire par les codes d'urbanisme. Comme La Vedette, l'immeuble de la rue Condorcet était un projet personnel. Au dernier étage, il y aménagea son cabinet, ce qui explique la présence d'une sculpture de hibou grand duc, ornementant l'un des meneaux et se référant à l'identité de son propriétaire par un jeu d'homonymie bien connu.

Le corpus civil de Viollet-le-Duc n'est pas encore connu en intégralité mais il ne fait aucun doute que son ampleur est considérable. Il ne se limite d'ailleurs pas aux constructions domestiques mais investit également, au moins en théorie, le domaine de l'architecture publique. Quant au style néogothique, viollet-le-ducien et autre, il ne fit pas de vieux os en France à partir du dernier quart du XIXe siècle, hormis quelques citations pittoresques dans les stations de villégiature. Toutefois, l'esprit rationaliste restauré et prôné par l'architecte perdura et fut érigé comme le fondement de la doctrine architecturale moderne voire révolutionnaire de l'Art nouveau.


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dessinateur, auteur du modèle, attribution par source
Personnalité : Basquiat de Mugriet Marie-Élisabeth de, dit(e) baronne de Toulouzette,
Marie-Élisabeth de Basquiat de Mugriet , dit(e) baronne de Toulouzette (1815 - 1888)

Née en 1815, morte à Saint-Sever le 4 janvier 1888 ; fille d'Alexis de Basquiat, baron de Mugriet, et d'Augustine Pujos ; épouse de son cousin Benoît Joseph Marie Alphonse de Basquiat, baron de Toulouzette (1808-1873), dernier héritier de cette branche de la famille. Inhumés tous deux au cimetière municipal de Saint-Sever (carré 6, tombe 16).


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donateur, attribution par source
Personnalité : Basquiat Benoît Joseph Marie Alphonse de, dit(e) baron de Toulouzette,
Benoît Joseph Marie Alphonse de Basquiat , dit(e) baron de Toulouzette (1808 - 1873)

Prénom usuel : Alphonse. Né à Saint-Sever le 20 octobre 1808, mort dans la même ville le 7 juillet 1873. Époux de sa cousine Marie-Élisabeth de Basquiat de Mugriet (1815-1888). Inhumés tous deux au cimetière municipal de Saint-Sever (carré 6, tombe 16).


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donateur, attribution par source

Base à huit lobes, nœud torique, tige cylindrique, plateforme circulaire au sommet de la tige, gloire circulaire à seize flammes et seize rayons, lunette circulaire, lunule mobile, croix sommitale soudée. Tige et pied assemblés par vis et écrous à ailettes ; lunette à charnière ; perles, pierres précieuses (éclats de diamant, rubis, émeraude, saphirs) et pierres fines (turquoises, améthystes, béryls verts, opales, obsidiennes) serties en bâte festonnée et serties à griffes autour de la gloire ; filigranes sur la base, le nœud et la plateforme, faux filigranes fondus autour de la lunette.

Catégories orfèvrerie
Structures pied, polylobé
Matériaux argent, repoussé, ciselé au trait, ciselé au mat, fondu, gravé, doré
pierre précieuse
pierre fine
perle
Mesures h : 93.0
d : 30.0
la : 40.0
d : 13.0
d : 10.8
Iconographies croix, ange, musicien, phylactère, Tétramorphe
ornementation, pampre, trèfle, rinceau, volute, crochet végétal, rayons lumineux
Précision représentations

Base : le bord est décoré d’une frise de chevrons et trèfles, chaque lobe porte une croix formée par des améthystes rondes claires et foncées ainsi que des perles et turquoises ; le talus est décoré de rinceaux et de fleurs sertis de pierres rondes (émeraude, turquoise, opale et améthystes). Tige : la partie inférieure porte une obsidienne rectangulaire sur le revers et un saphir ovale sur la face orné du monogramme d'or JB, le nœud orné de volutes et de rinceaux repose sur des crochets végétaux. Plateforme : quatre anges musiciens et un ange tenant un phylactère. Au-dessus, sur la face, un ange debout tenant un phylactère surmonté de deux anges soutenant la gloire. Gloire : décorée de pampre et de quatre motifs trilobés contenant les symboles des évangélistes tenant chacun un phylactère.

Inscriptions & marques garantie gros ouvrages 1er titre Paris 1838-1973
marque d'auteur
inscription concernant le donateur, gravé
date, gravé
inscription concernant le propriétaire, monogramme
inscription, gravé
inscription concernant l'iconographie, latin, en relief
poinçon
Précision inscriptions

Poinçon de garantie (sur un rayon au revers et sur la poignée de la lunule). Poinçon de fabricant sur la lunule : LB, une pensée, une étoile (losange horizontal). Une bigorne sur la gloire et une autre sur l'anneau intérieur de la lunette.

Marque d'auteur (gravée sous la base) : BACHELET / Maître orfèvre / 58, quai des Orfèvres / Paris.

Inscription concernant le donateur et date (gravées sous la base) : Don du baron de Toulouzette / à l’église de St Sever / (Landes) / 1874.

Inscription concernant le propriétaire (sur le saphir serti sur la tige, sans doute provenant d'une chevalière) : monogramme JB.

Inscription (gravée sous la base) : VALr : 22 000 Fcs.

Inscription concernant l'iconographie (estampée sur les phylactères des deux anges sur la gloire) : DOMINE EXAUDI ORATIONEM MEAM ["Seigneur écoute mes supplications" ; extrait du Psaume 143, 2-3].

États conservations manque

Précision état de conservation

Il manque une pierre autour de la tige, en haut et une perle au sommet de la croix sommitale.

Malgré l'existence d'un autre exemplaire très proche à l'église bordelaise Saint-Louis-des-Chartrons, ce modèle spectaculaire de Bachelet ne semble avoir été fabriqué qu'en très petit nombre (aucun autre exemplaire ne figure dans les bases nationales de recensement mobilier). L'originalité du programme iconographique et la qualité de la ciselure justifieraient une mesure de protection au titre des Monuments historiques.

Statut de la propriété propriété de la commune
Intérêt de l'œuvre À signaler

Annexes

  • AP Saint-Sever. Registre paroissial. Nécrologie de la baronne de Basquiat de Toulouzette, 1888

    Registre paroissial de Saint-Sever, tome I, p. 81-82. Nécrologie de la baronne de Basquiat de Toulouzette, 1888.

    "Mort de la baronne de Basquiat, bienfaitrice de l'église, à Toulouzette le 4 janvier. C'est à elle que nous devons le bel ostensoir orné de pierreries, les deux grands lustres qui sont au-dessus des stalles, la décoration de la chapelle du Sacré-Cœur et une infinité d'autres choses."

Références documentaires

Documents d'archives
  • Registre paroissial de Saint-Sever. Nécrologie de la baronne de Basquiat de Toulouzette, 1888.

    tome I, p. 81-82 (année 1888) Archives paroissiales, Saint-Sever
(c) Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel - Fascianella Linda - Maisonnave Jean-Philippe