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Marais ou "mattes" et aménagements hydrauliques

Dossier IA33004089 réalisé en 2013

Fiche

Á rapprocher de

Appellations mattes
Parties constituantes non étudiées vanne, écluse
Dénominations rivière aménagée
Aire d'étude et canton Estuaire de la Gironde (rive gauche)
Adresse Commune : Valeyrac

En 1623, le duc d’Epernon, seigneur de Lesparre, cède aux habitants de Valeyrac moyennant une rente annuelle "un terrain appelé matte qui contient environ 1500 journaux sur le bord de la Gironde".

Ces terres sont appelées "mattes" ou "mathes". Il s’agit du nom local pour désigner un polder, soit une terre basse artificiellement gagnée sur les eaux par la construction de digues. Ces nouveaux territoires sont cultivés pour le froment et dévolus au pacage des troupeaux.

Sur les cartes anciennes du 18e siècle est figurée une route qui traverse ces marais.

Vers le milieu du 18e siècle, les Valeyracais demandent la mise en culture de ces terres qui sont encore la plus grande partie de l'année sous les eaux, et donc inexploitables. D'après F. Jouannet, ce n’est qu’en 1788 que les marais sont asséchés. Les travaux ont nécessité la construction de digues, l’aménagement de fossés, de canaux et de vannes-écluses sur les chenaux de Guy (au nord) et de Troussas (au sud) pour drainer les eaux.

Sur le plan cadastral de 1831 apparaît ce qui pourrait être une digue ou un chemin formant levée, encadré de fossés. L'entretien de cette digue est une préoccupation permanente au cours du 19e siècle.

La "matte" demeure une vaste prairie communale, jusqu’en 1880, où elle est vendue à différents propriétaires. Une partie est acquise au début du 20e siècle par le Syndicat de la Matte de Valeyrac.

Période(s) Principale : 1er quart 17e siècle
Principale : 4e quart 18e siècle
Principale : 4e quart 19e siècle
Principale : 1ère moitié 20e siècle

La commune est ceinturée par des terres humides désignées par les termes de "palus", "marais" ou "matte" : il s'agit des terres basses longeant l'estuaire ainsi que les zones encadrant les chenaux ou cours d'eau : du nord au sud, les chenaux de Goulée, le chenal de Graveyron et le chenal de Troussas. Le bâti et les parcelles de vignes se concentrent hors de ces zones humides sur les "croupes graveleuses", terres plus élevées formées de "graves" ou cailloux.

La "matte" correspond plus précisément aux terres gagnées sur l’estuaire, drainées et cultivées, dont le sol est formé d’alluvions. Elle est protégée de l'envahissement des eaux estuarienne par une digue, quadrillée de fossés de drainage et accessible par des chemins tracés perpendiculairement à la rive.

Les "marais" également assainis à l'aide de fossés de drainage et par la canalisation des chenaux s'étendent d'est en ouest le long de ces cours d'eau. Ces derniers sont dotés de vannes ou de pores à flots permettant la régulation des eaux dans les terres.

Annexes

  • Compléments documentaires

    AD Gironde. C 1334. mattes. Nouveau bail à fief cédé par le Duc d'Epernon aux habitants de Valeyrac, 30 janvier 1623 :

    "Par devant Etienne Dast, notaire royal […]

    Arnault de Capdeville, procureur d’office de la baronnie de Castelnau et juge de la seigneurie de Baissevelle, comme ayant charge et procuration du très haut et très puissant seigneur messire Jean Louis de La Valette duc d’Epernon, pair et colonel général de France […] a baillé, quitté, délaissé et transporté […] à Pierre Seurin, sieur de Laberdasse faisant tant pour lui que pour Marie Seurin sa nièce et mineure, et aussy pour Jean et Pierre Magne ses neveux, et pour sieur Antoine de Superville, marchand, Siméon de Lalo, Vivien Hostenc, habitants du dit lieu de Laberdasse […]

    Pièce de terre et matat servant de gerbage qui est sise et située en ladite paroisse de Valeyrac appelée communément la matte, ainsi qu’elle confronte du côté du nord à la mer, du côté du midi aux terres labourables et prés des habitans de laditte paroisse, d’un bout vers le levant a larouille des Rouilles et estey appelé communément la Rouille de Ladignac et du couchant à l’estey appelé communément Lachenau du Guy, et ce au devoir d’un sol tournois de droit et devoir d’exporle ou reconnaissance annuelle de seigneur ou asservat, quand le cas y échoira, et pour trois livres tournois et de cens et rente fonciere et directe annuele et perpetuele […]"

    AD Gironde. C 1334. Mattes. Intendance de Bordeaux : Courrier adressé à l’Intendant de Bordeaux, Boutin, Paris 1er Xbre 1761 :

    (...) "une partie des habitants de Valeyrac qui demandent la permission de partager entre eux un terrain appelé matte qui contient environ 1500 journaux sur le bord de la Gironde et qui leur a été concédé par le Duc d’Epernon sire de Lesparre en 1623 à la charge d’une rente annuelle. J’ai en même temps mis sous les yeux de M. le Contrôleur Général les réflexions que contient vôtre lettre soit sur l’utilité dont il serait de dessécher plusieurs marais qui sont dans vôtre Généralité et de défricher et mettre en valeur une quantité immense de landes et de terres incultes, soit sur la forme à employer pour y parvenir et la compétences des juges qui pourraient en connaitre, M. le Contrôleur Général ne peut qu’approuver les vues dont vous êtes animé sur un objet aussi important et si digne de l'attention du Conseil, mais il ne pense point qu'il soit possible de donner atteinte par une loi nouvelle aux dispositions de l'édit du mois d'avril 1667 et de l'ordonnance des Eaux et Forêts du mois d'août 1669, dont le principal objet a été de conserver et de perpétuer la jouissance indivise des habitants de la campagne sur les landes, marais et pâtis communs (...).

    La requête des habitants de Valeyrac fait mention, entre autres, 1e d'un canal de Goulée qui a été formé au dessus pour dessêcher les marais de Lesparre ; 2e d'autres marais salants pratiqués au-dessous et dont les vannes et autres constructions contribuent à l'épanchement et au séjour des eaux dans la prairie dont il s'agit ; 3e de levées et de ponts qu'il a fallu pratiquer pour que les troupes séjournassent dans cette prairie et pour y conserver pendant leur séjour des magasins convenables (...)".

    AD Gironde. C 1334. Mattes. Intendance de Bordeaux : Mémoire sur le dessèchement et le partage de la matte de Valeyrac, 3 avril 1765 :

    « La matte de Valeyrac située en Médoc dans le territoire de la paroisse du même nom est un communal de la contenance d’environ deux mil journaux dont les copropriétaires ne tirent jusqu’à présent aucune utilité, sa superficie couverte presque en totalité pendant la majeure partie de l’année par les eaux de la mer n’offre qu’une faible ressource pour le pâturage d’un petit nombre de bestiaux, et la trop grande quantité de sels dont la terre se trouve imprégnée depuis un temps considérable la rend très peu propre à la végétation, quoique le sol soit par lui-même d’une très bonne qualité.

    Il serait bien essentiel pour le bien général et celui de la paroisse de Valeyrac en particulier de rendre à la culture son terrain aussi prétieux (sic) de seules causes accidentelles mais faciles à surmonter en atterant [?] le fonds, et par eux les habitants [?] d’un produit sûr et avantageux. Ils seraient à portée de former d’excellents pâturages, d’entretenir un grand nombre de bestiaux de différente espèce, et de se faire un revenu annuel en froment très considérable, si ce terrain était à l’abri des inondations, qu’il éprouve par le flux et le reflux de la mer. Une digue que l’on opposerait à ses entreprises successives et journalières produirait cet effet désirable ; c’est ainsi que l’on a mis en valeur, une étendue de terrain considérable dépendant du territoire de Soulac, et la matte de Valeyrac est la seule dans ce canton qui reste encore en friches.

    Les ouvrages à faire pour opérer ce dessèchement ne formeraient pas un objet de dépense considérable, et la part des habitants [?] qui ont des droits à exercer sur ce communal sont prêts à concourir au succès de cette entreprise par une contribution proportionnée à la part qui doit leur revenir légitimement.

    Les seigneurs ou possesseurs de fiefs dans cette paroisse sont trop éclairés sur leurs véritables intérêts et trop attachés au bien public pour ne pas donner leur consentement à cette entreprise, et le voeu général de la paroisse est de voir incessamment procéder au dessèchement et partage de ce communal dans l'espérance fondée de trouver par le résultat de cette opération une augmentation de bien être pour leur fortune et un remède contre les maladies qui tous les ans attaquent leur santé, maladies occasionnées par les seules vapeurs salines qui s'exhalent du fonds de ce marais, dont l'air est chargé pendant les grandes chaleurs, et que chacun d'eaux respire insensiblement (...) ».

    AD Gironde. 2 O 3998. Digues. Travaux d'entretien des digues, 1820 – 1880 :

    Notes :

    - 1820 : la digue qui défendait la matte commune avait été détruite depuis longtemps : couverte à toutes les marées ; urgence d'élever une digue sur une plus grande dimension que celle qui existait.

    - 1880 : des travaux d'entretien des digues de la matte sont réalisés sur environ 400 m : blanchissage, boisage à neuf et terrassement à la digue de la matte commune.

    JOUANNET F., Statistiques du département de la Gironde. Bordeaux : La vigne jeune imprimeur, 1837, tomes 1 et 2.

    « Valeyrac : 81 : Marais desséché en 1788. Il était inféodé depuis 1623 ».

    COCKS Charles, FERET Edouard. Bordeaux et ses vins classés par ordre de mérite. Bordeaux : Féret, 1868 (2e édition).

    « Valeyrac : […] Son territoire est varié : sur les bords de la Gironde, on trouve des terres d’alluvion consacrées aux céréales ».

Références documentaires

Documents d'archives
  • Nouveau bail à fief cédé par le Duc d'Epernon aux habitants de Valeyrac, 30 janvier 1623.

    Archives départementales de la Gironde : C 1334
  • Intendance de Bordeaux : Courrier adressé à l’Intendant de Bordeaux, Boutin, paris 1er Xbre 1761.

    Archives départementales de la Gironde : C 1334
  • Décision du conseil municipal relative aux règlements et mode de jouissance des communaux du barrail des bœufs et de la jonca de Sipian, 1812.

    Archives départementales de la Gironde : 2 O 3998
  • Délibération du conseil municipal relative à la mise à l'étude de la construction d'un pont en bois entre les villages de Troussas et By sur le chenal, 1848.

    Archives départementales de la Gironde : 2 O 3998
  • Mandat de paiement pour un fossé fait à la matte communale de Valeyrac, 1854.

    Archives départementales de la Gironde : 2 O 3998
  • Travaux d'entretien des digues, 1820 - 1880.

    Archives départementales de la Gironde : 2 O 3998
  • Partage et vente de la matte communale de Valeyrac entre les différents ayants-droits, 1880 - 1895.

    Archives départementales de la Gironde : 2 O 3998
  • Taxes sur les pâturages dans les passes de Valeyrac, 1903.

    Archives départementales de la Gironde : 2 O 3999
  • Reconstruction de la digue, 1923.

    Archives départementales de la Gironde : 2 O 3999
Documents figurés
  • Carte du 9e quarré de la généralle de Médoc. Dessin, encre, couleur, papier, par Claude Masse (géographe), 1708 [IGN, non coté].

    IGN (Institut national de l'information géographique et forestière)
  • Carte de l’embouchure de la Garonne jusqu’au bec d’Embesse. Dessin, encre et aquarelle, par Desmarais, 1759.

    Archives nationales, Paris : F 14 10059/1/
  • Carte géométrique de la Guyenne dite Carte de Belleyme, feuille n°6, levés vers 1763-1764, éch. 1/43200 env.

  • Plan cadastral napoléonien, 1831.

    section A Archives départementales de la Gironde : 3 P 538
Bibliographie
  • COCKS Charles, FERET Edouard. Bordeaux et ses vins classés par ordre de mérite. Bordeaux : Féret, 1868 (2e édition).

  • JOUANNET, Vatar François. Statistique du Département de la Gironde. Bordeaux : La vigne jeune imprimeur, 1837, tomes 1 et 2.

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