Logo =Inventaire Général du Patrimoine Culturel - Retour à l'accueil

Maison

Dossier IA24001274 inclus dans Ville de Montignac réalisé en 2011

Fiche

Dossiers de synthèse

Parties constituantes non étudiées jardin
Dénominations maison
Aire d'étude et canton Vallée de la Vézère - Montignac
Adresse Commune : Montignac
Adresse : 70 rue de Juillet
Cadastre : 1813 C1 293 ; 2011 AO 35

Maison construite au cours de la deuxième moitié du XIVe siècle comme le suggèrent les caractéristiques de ses trois fenêtres géminées du premier étage qui appartiennent (ou appartenaient, car deux d'entre elles ont été très refaites) au gothique rayonnant en pleine expansion dans le Midi au tournant de ce siècle. Ces baies géminées, rectangulaires et à lancettes trilobées, possèdent un linteau chanfreiné comme les piédroits, à écoinçons pleins pour celle de gauche, à écoinçons ajourés pour les deux autres, selon un modèle particulièrement courant en Aquitaine, comme à Bazas, Fronsac, Sainte-Foy-la-Grande ou Macaire. Elles sont aussi fréquentes en Périgord, à Périgueux, Issigeac ou Sainte-Croix-de-Beaumont et, à écoinçons pleins, à Beynac et à Montignac (fenêtre dans le mur-pignon de la maison à l’angle des rues de Versailles et des Jardins). Un autre trait caractérise la façade sur rue : la présence d’un cordon d’appui mouluré doté de figures terminales, formule là encore dominante dans le Midi (mais qui ne se retrouve pas partout, comme par exemple aux maisons de Saint-Émilion).

Cette demeure richement ornée aurait appartenu, selon la tradition, à maître Raymond de Beynac, notaire de Montignac (1378) et procureur général du comté de Périgord (1399), qui tenait du seigneur-châtelain de Montignac "los hostals de Bonbarrau" en 1383 (Fournioux 2002, p. 54). Toutefois, le lien n'est pas fait entre ces mentions (ou la tradition) et la maison actuelle : il pourrait s'agir d'une autre maison, disparue ou très modifiée, située dans ce faubourg.

Quoi qu'il en soit, la maison bâtie au cours de la seconde moitié du XIVe siècle témoigne de l’aisance de quelques familles montignacoises mais aussi de l’étendue de la ville vers le nord-est à cette époque, puisque la maison est située à près de 300 mètres de l’enceinte du bourg castral, le noyau primitif de la petite cité. Cette extension de la ville par un faubourg s’étirant bien au-delà de son périmètre initial doit être mise en relation avec la création du « rio de Bonbarrau », un long canal de dérivation de la rivière du Laurence, située à 3,5 km au nord-est de Montignac, qui fut créé pour alimenter plusieurs moulins (dont deux en cœur de ville) placés sur son parcours – comme à Bergerac avec la dérivation du Caudeau. Cela revient à dire que ce canal fut créé peu avant ou en même temps, car la maison fut implantée directement dessus : le canal a été couvert par une voûte en pierre de taille à cet effet. La mise en évidence de ce rapport direct entre maison et canal révèle également combien les questions de salubrité étaient une préoccupation du maître d’ouvrage, suivant un constat récemment fait à Saint-Émilion par Agnès Marin et David Souny : comme les cavités creusées sous les maisons de ville saint-émilionnaises, l’implantation de la maison a été pensée en fonction du canal comme futur réceptacle des divers effluents que produit inévitablement un habitat (eaux de pluies, eaux usées et déjections).

De plan rectangulaire simple en profondeur, l'édifice comprend un rez-de-chaussée (aujourd'hui partiellement enterré côté rue) primitivement ouvert à la fois sur la rue et sur l'arrière par deux grandes arcades brisées (elles sont aujourd'hui partiellement ou entièrement murées en blocage de moellons) ; à l'intérieur, le mur de refend est aussi ouvert par une grande arcade brisée. A l'origine, le rez-de-chaussée était donc vraisemblablement entièrement dévolu au stockage et sans doute au commerce : les arcades sur rue étaient munies d'un mur-bahut pour servir de boutique, comme le suggère la présence d'une feuillure à leurs emplacements supposés - et non du chanfrein droit qui adoucit les angles des arcades au-dessus. La maison comprenait un premier étage à usage d'habitation qui est aujourd'hui desservi sur l'arrière par un petit escalier en vis en pierre (en partie modifié) et par une coursière en bois aujourd'hui entièrement refaite. Autrement dit, la maison bâtie au cours de la seconde moitié du XIVe siècle partageait le programme polyvalent commun à de nombreuses maisons médiévales en Aquitaine : un niveau d’habitation au premier étage surmonte un rez-de-chaussée dévolu aux activités de production et d’échange – des boutiques ouvertes directement sur la rue par des arcades plus ou moins grandes et partiellement fermées en partie basse par des murs-bahuts.

La maison a peut-être subie les outrages de la guerre de Cent Ans, bien qu'elle n'en porte pas de stigmate. Quoi qu'il en soit, elle a ensuite été modifiée : percée de petites fenêtres au rez-de-chaussée, elle a aussi été entièrement recouverte par une nouvelle charpente lors d'une campagne de travaux menée entre 1498 et 1503, comme l'ont révélé les résultats d'analyses dendrochronologiques (Belingard 2014, spécialement p. 15). Le type de charpente, simple, à chevrons, entraits et faux-entraits sans contreventement, atteste que cette charpente était alors couverte par des lauzes (le contreventement était assuré par les carrassons formant le voligeage qui étaient chevillés ou cloués aux chevrons et les liaient entre eux). Probablement au cours des années 1520-1540, une grande croisée a été insérée au premier étage de la façade sur rue entre deux fenêtres géminées, tandis qu'étaient réaménagées les pièces intérieures. En témoignent la grande cheminée du rez-de-chaussée et d'autres pierres aujourd'hui remployées dans une porte.

Sur le cadastre de 1813, la maison est flanquée d'une petite construction annexe adossée à son mur pignon nord. De nombreuses ouvertures ont été bouchées au cours des siècles. Dans la deuxième moitié du XXe siècle, un meneau de fenêtre de l'étage a été recréé.

Période(s) Principale : 2e moitié 14e siècle , (?)
Principale : limite 15e siècle 16e siècle , datation par dendrochronologie
Secondaire : 2e quart 16e siècle , (?)
Secondaire : 4e quart 20e siècle , daté par tradition orale
Dates 1498, datation par dendrochronologie
1503, datation par dendrochronologie

Implantée sur l'une des artères principales du bourg de Montignac, la maison est également bâtie directement sur l'ancienne dérivation du Laurence qui passe sous la demeure (le canal est couvert d'une voûte). De plan rectangulaire simple en profondeur, l'édifice comprend un rez-de-chaussée (aujourd'hui partiellement enterré côté rue) primitivement ouvert largement à la fois sur rue et sur l'arrière par de grandes arcades brisées (la plupart aujourd'hui murées en blocage de moellons) ; le mur de refend est aussi ouvert par une grande arcade brisée à ce niveau. Une porte donnant sur l'arrière présente un cadre composé exclusivement d'éléments de remploi : les piédroits à listel sont ceux d'une ancienne cheminée, le linteau est constitué d'un appui de fenêtre mouluré et le couronnement d'une pierre ornée de lettres en bas-relief sur lesquelles repose un écu renversé gravé d'un cœur entourée d'un motif décoratif à entrelacs, le tout surmonté d'un fragment de manteau de cheminée animé de corps de moulures. Le premier étage de la maison, à usage d'habitation, est desservi sur l'arrière par un petit escalier en vis en pierre (en partie modifié) et par une coursière en bois aujourd'hui entièrement refaite. Mais l'aspect actuel le plus remarquable de l'édifice est sans conteste sa façade sur rue, en moyen appareil, particulièrement soignée. Si son rez-de-chaussée porte les vestiges de deux grandes arcades alternant avec deux portes en arc brisé, et de deux petites fenêtres (murées), son premier étage est tout différent au-dessus d'un cordon d'appui mouluré séparant les deux registres de la façade. L'étage est percé de deux fenêtres géminées à deux lancettes subtrilobées, et d'une troisième du même type (mais avec les écoinçons supérieurs ajourés) aujourd'hui bouchée. Au-dessus, le corps de logis est couvert par un toit à longs pans entre deux pignons qui portent les souches des cheminées. La charpente, homogène (exception faite de petites modifications mineures), est à chevrons formant ferme d'un type simple, qui portait certainement autrefois de la lauze : 2 chevrons, 1 entrait, 1 faux-entrait par ferme. Chaque ferme, renforcée par des jambettes en partie basse, ne présente pas de panne, de panne faîtière ou de poinçon. La numérotation de la charpente est cohérente et continue, de I à XVII ; elle est portée sur les chevrons, les faux-entraits et les jambettes. A noter également : toutes les jambettes portent les marques d'un clayonnage disparu, qui atteste que le comble servait de grenier ou de fenil. Les chevrons ont une largeur comprise entre 13 et 14,5 cm, l'espacement entre les fermes est compris entre 49,5 et 60 cm. Selon un couvreur du pays, les ardoises actuelles de la toiture proviendraient des carrières d'Allassac.

Murs calcaire pierre de taille
moellon
Toit ardoise
Étages 1 étage carré
Couvertures toit à longs pans
Représentations écu ornement géométrique coeur
Statut de la propriété propriété privée
Intérêt de l'œuvre à signaler

Références documentaires

Documents figurés
  • Plan cadastral ancien de la commune de Montignac, 1813 (AD Dordogne, 3P3 3210-3228)

    Section C, 1ère feuille Archives départementales de la Dordogne : 3P3 3210-3228
Bibliographie
  • GARRIGOU-GRANDCHAMP Pierre. "Introduction à l'architecture domestique en Périgord aux XIIIe et XIVe siècles". Congrès archéologique de France, 1998. Paris : Société Française d'archéologie, 1999. P. 17-45.

    p. 28 (ill. 13) et p. 39
  • FOURNIOUX, Bernard. Montignac au Moyen âge : histoire du peuplement et de l’occupation du sol. Périgueux : Bernard Fournioux, 2002.

    p. 54 et 80 (ill.)
  • BELINGARD Christelle. Rapport : Analyse par dendrochronologie de bois de la charpente du n° 70 rue de Juillet, à Montignac (24). Limoges, 2015.

  • GARRIGOU-GRANDCHAMP Pierre. « Saint-Émilion et les maisons du Midi aquitain », in Saint-Émilion. Une ville et son habitat médiéval (XIIe-XVe siècles), Lyon, Lieux-Dits, 2016, p. 212-241.

Liens web

(c) Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel - Ferlier Ophélie - Pagazani Xavier