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Maison de charité, hôpital et manufacture royale de coton, puis maison de retraite et mairie

Dossier IA24003139 réalisé en 2014

Fiche

Appellations Maison de charité
Destinations maison de retraite, mairie
Parties constituantes non étudiées chapelle
Dénominations hôpital, filature
Aire d'étude et canton Monpazier (commune) - Monpazier
Adresse Commune : Monpazier
Adresse : 24 rue Notre-Dame , 2-4 rue Galmot
Cadastre : 1845 SU 302 à 304 ; 1986 AC 222, 223

La présence d’un hôpital à Monpazier est attestée depuis le Moyen Âge : le subdélégué Lacam rappelle en 1762, exhumant pour cela le testament d’Aymeric de Rampieux (1328) [1], qu’un tel établissement a d’abord existé hors les murs avant qu’une maison de la rue Saint-Michel (ancienne rue Saint-Joseph ?) ne s’y substitue au sein même de la bastide. Aucun vestige ni aucun texte ne subsiste de ces premiers édifices (hormis, éventuellement, la mention d’un couvent à Monpazier par le chanoine Tarde dans ses chroniques [2]), mais des pièces du fonds de Pourquery à Bergerac et des Archives départementales de la Gironde suggèrent qu’un hôpital est toujours actif au 18e siècle [3]. En revanche, dès 1766, de nombreuses sources viennent éclairer la création à Monpazier – ou la refonte, donc – d’une maison de charité de grande envergure : à la fois hôpital, orphelinat et filature royale de coton.

Deux institutions sont à l’origine de cette fondation : le chapitre de Monpazier, en la personne de son archiprêtre M. de Laborie, et les Dames de la Miséricorde, mandatées par l'évêque de Sarlat pour tenir l'hôpital existant en ville au 18e siècle. Le lieu de la création de la maison de charité est tout choisi : dès 1699, Mademoiselle de Gironde, baronne de Lavaur, avait légué un emplacement où établir un hospice. Il semble que l’initiative de la fondation revienne aux sœurs, qui proposent dès 1766 aux chanoines de prendre à leur charge le vœu que Mlle de Gironde, à condition que ces deniers les soutiennent [4] ; l’archiprêtre du chapitre entérine immédiatement leur proposition, rappelant tout de même que la testatrice n’avait pas laissé les fonds suffisants pour que les chanoines donnent suite à ses souhaits jusqu'à cette date. Appuyée sur une construction antérieure, au vu de la date "1670" gravée sur une porte de l'aile est (peut-être un élément du couvent voisin des Récollets, dont le décor floral du bossage du portail est semblable à celui de cette porte, à moins qu'il ne s'agisse de l'ancienne maison de la donatrice), deux ailes neuves sont issues d'une seule et même campagne de construction, au croisement des rues Notre-Dame et Galmot.

L’établissement, en partie construit avec des pierres remployées de l’enceinte urbaine, est opérationnel dès 1775 et « revêtu des lettres patentes du roi » [5]. En 1778, Paule Latapie, inspecteur des manufactures, relève l’intérêt de l'établissement de Monpazier, pourvu d’une quarantaine de rouets sur lesquels on file un coton en provenance de Saint-Domingue ou de la Guadeloupe. Surtout, en 1780 une visite du site donne lieu à un compte rendu très précis, rédigé par M. Mousson de Lestang, qui détaille l’aménagement de l’hôpital, de la chapelle, des quartiers d’habitation, de la filature, etc. [6]. Faire correspondre les éléments décrits avec les bâtiments visibles aujourd’hui n’est cependant pas chose aisée : la maison de charité a probablement englobé une partie du couvent des Récollets et/ou l’a complété, d'un porche notamment, construit dans le prolongement de la rue Galmot.

La Révolution menace la maison de Charité et il faut toute la pugnacité de M. de Laborie pour qu’elle demeure [7]. Toutefois, elle est rapidement amenée à partager ses locaux avec l’administration publique et le tribunal de justice de paix. La part affectée à l’hôpital reste néanmoins importante et cet établissement conserve une activité prépondérante aux 19e (une plaque en façade rappelle l’existence d'un orphelinat en 1855) et 20e siècles [8].

La chapelle a été totalement réaménagée aux 19e et 20e siècles.

Notes :

[1] Archives départementales de la Gironde, C 1105.

[2] TARDE Jean. Les chroniques. Annotées par le vicomte Gascon de Gérard. Paris : Oudin, 1887.

[3] Archives municipales de Bergerac, fonds de Pourquery ; PONS Jacques, 1997.

[4] CHARRIER Gustave. "Pièces relatives aux diverses communautés religieuses de Monpazier". Bulletin de la société historique et archéologique du Périgord, t.23. Périgueux : 1896, p.221.

[5] Ibid., p.223 ; PONS Jacques, 1997, P.14.

[6] Voir le document reproduit en annexe.

[7] Archives départementales de la Dordogne, Q 313. Voir le document reproduit en annexe.

[8] Une partie des pièces de sa comptabilité est conservée aux archives municipales de Monpazier.

Période(s) Principale : 3e quart 18e siècle
Secondaire : 3e quart 17e siècle
Secondaire : 3e quart 19e siècle
Dates 1670, porte la date
1855, porte la date

L’édifice occupe l’angle d’un îlot voisin de la place des Cornières. Il est formé de trois ailes ordonnées selon un plan en U dont les angles sont soulignés par de petits pavillons, qui épousent les contours du "moulon" bordant ainsi trois rues différentes. La cour intérieure délimitée par ces trois corps de bâtiments est longée, au nord, par une galerie en pierre sur piliers accessible au moyen d’un escalier droit à repos. L’édifice est constitué de trois niveaux – deux dans la plus grande partie de l’aile nord qui abrite la chapelle –, tous logeables, au vu de l’espace sous toiture que libère la charpente à brisis.

L’intérieur conserve quelques éléments remarquables mais épars : la volé droite d’escalier dans l’aile ouest, sur laquelle fut remontée la rambarde en fer forgée de l’escalier du couvent voisin ; une cheminée assez archaïque au premier étage du pavillon sud-ouest ; un large escalier en charpente du 18e siècle, sans doute amputé de décorations comme celles visibles dans d’autres maisons du bourg. L'aile nord, quant à elle, héberge une chapelle dont la façade montre l'accès et deux travées de baies hautes ; l'intérieur, présente une galerie et un simple plafond.

Murs calcaire moellon
Plans plan régulier en U
Étages 1 étage carré, étage de comble
Couvrements
Élévations extérieures élévation à travées
Couvertures toit à longs pans brisés croupe brisée
Escaliers escalier dans-oeuvre : escalier droit, en maçonnerie
escalier dans-oeuvre : escalier tournant à retours sans jour, en charpente
Techniques sculpture
Représentations fleur
Précision représentations

Une fleur à 4 pétales est sculptée sur l'agrafe de la porte de l'aile est.

Statut de la propriété propriété d'une personne morale
Intérêt de l'œuvre à signaler

Annexes

  • Lettre adressée par M. de Laborie aux citoyens administrateurs du département de la Dordogne en 1792.

    Lettre adressée par M. de Laborie aux citoyens administrateurs du département de la Dordogne en 1792.

    (Archives départementales de la Dordogne, Q 313).

    Aux citoyens administrateurs du département de Dordogne.

    Citoyens

    La ville de Monpazier [mot illisible] depuis des siècles après un hospice ou elle pu réunir toutes les Œuvres que renferme la cause de l’humanité pauvre et affligée. on y avoir travaillé dans différents tems et toujours sans succès. Tantost c’étois les moyens qui manquois ; tantost c’étant la discorde qui empechois qu’on en fis usage.

    Enfin le citoyen Barthelemy Laborie étant venu en 1758 occuper la place d’archiprêtre de cette ville, parvins à y faire construire une maison de charité, dirigée par quatre sœurs hospitalières, ou 1. l’humanité affligée étois soulagée dans deux sales destinées à recevoir les pauvres malades ou 2. les pauvres enfants garçons, et filles, orphelins et orphelines reçus, élevés et formés au travail. Il y avois des ateliers pour le cotton, et des ateliers pour la laine. Le procès verbal qui en fut dressé en 1777 et qui est cy joins en constatera l’autenticité, et vous convaincra combien cet établissement étois propre a vivifier la ville de Monpazier, et toute la contrée, et qu’il le faisois en effet. La révolution a [en vérité] ralenti un peu les opérations de cet établissement mais elles pourront aisément être ravivée lorsque le jour si désiré de la paix luira sur la république française.

    Croiriez vous, citoyens, que la commune de Monpazier médite dans ce moment la destruction de cette maison, sous le prétexte illusoire d’une amélioration. On veut dit on la vendre et en transporter les œuvres dans la cy devant maison des Récollets. On veut réunir dans cette maison aux [mot illisible] d’un hopital, celles d’un tribunal [2ème folio] de juge de paix, et celles de l’administration municipale. Sur quoi Citoyens, voici les réflexions et les réclamations en même temps, de Barhelemy Laborie.

    D’abord, quel assemblage d’œuvres aussi disparates ! Les unes sont très bruyantes et très tumultueuses ; et les autres demandent beaucoup de tranquillité, de silence et de recueillement. * qui en demandent plus que de pauvres malades dans leurs souffrances et les personnes respectables qui en prennent soin.

    Ensuite, pourquoi toucher à une maison qui ne manque de rien ; ou tout est disposé et distribué pour les œuvres auxquelles elle est destinée, et laquelle peut être conservée dans cet état sans beaucoup de dépenses ! Tandis que la maison des Récollets étant aujourd’hui dans la plus grande dégradation il en coutera immensement pour la réparer, immensément pour l’approprier aux œuvres d’un hopital, et prodigieusement chaque année pour l’entretenir ; ce qui est certainement au dessus des facultés collectives de la commune de Monpazier. ainsi la maison de charité [se ?] vendra, quelque particulier qui y [affaire ?] vraisemblablement s’en accommodera, et l’hopital s’evanouira. Et ainsi se verefiera la sentence connue : que le mieux est souvent le grand ennemi du bien.

    a ces raisons de convenance, Citoyens, j’ajoute celle de la lesion que l’on fais à mes droits, que voicy : j’ay acheté a mes depens le local ou est placée la maison de charité. J’ay fais [là en vérité] cession à l’administration, d’une partie ; mais je me suis refusé d’en jouir pendant ma vie. L’autre partie est encore ma propriété n’en ayant disposé par aucun acte qui la transporte en l’administration. C’est-à-dire que je suis ici propriétaire, là usufruitier de cette maison. [3ème folio] il faut néanmoins en excepter une petite partie qui n’est pas le dixième du total de la maison ; qui appartient depuis longtems a l’administration.

    en outre j’ai bati cette maison en total, je l’ay meublée et je l’ai pourvue de tout a mes depends ou avec les secours des ames bien intentionnées, sans que la commune n’ay fourni la moindre des choses.

    parlons [mot illisible] vous voyés, Citoyens, que cette maison etant mon ouvrage et etant batie sur mon fond, on ne peut y toucher sans ma participation, et que je suis autorisé à reclamer contre l’entreprise de la commune ; ce que je fais très certainement ; parce que j’aime trop la cause de l’humanité qui toute ma vie a fais mon plus grand attrait, et que j’aime trop le bien de la ville de Monpazier que j’ay habité pendant quarante années pour ne pas m’y opposer de toutes mes forces [esperant] mon droit.

    Ce considéré il vous plaise, Citoyens, recevoir par la présente mon opposition ; il vous plaise repousser ou suspendre la demande qui vous serois faite de votre attache à la vente de la maison de charité de Monpazier ; en fin faire inhibitions provisoires pour qu’il ne soit pas procédé à ladite vente et faire justice.

    Bath. Laborie

    Perigx. 29 therm. An. 4e. [Périgueux, le 6 août 1792]

Références documentaires

Documents d'archives
  • Lettre adressée par M. de Laborie aux citoyens administrateurs du département de la Dordogne, 1792.

    Archives départementales de la Dordogne : Q 313
Bibliographie
  • L'HONNEUR R. (docteur). Monpazier : logis, gens et faits d'autrefois. Monpazier : s.d. [vers 1950].

Périodiques
  • CHARRIER Gustave. "Pièces relatives aux diverses communautés religieuses de Monpazier". Bulletin de la société historique et archéologique du Périgord, t.23. Périgueux : 1896.

    p. 221-231
(c) Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel ; (c) Commune de Monpazier - Quost Baptiste