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Les maisons et les fermes de la commune de Thonac

Dossier IA24004351 réalisé en 2013

Fiche

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Aires d'études Vallée de la Vézère
Dénominations maison, ferme
Adresse Commune : Thonac

L’occupation du territoire est attestée dès la Protohistoire. Toutefois, il faut attendre les XIIIe et XIVe siècles pour rencontrer des mentions textuelles et des vestiges tangibles d'une occupation du sol. Les textes rapportent en effet la présence de plusieurs "mas" ou "bordaria" (exploitations rurales d’une certaine importance) ou encore d'un moulin : le "molendino Johannis Bermon" (le moulin de La Bermondie) en 1304, la "Grinha" (Grigne) en 1383, les "Malhols" (Maillol) en 1402. Toutefois, seul ce dernier site comporte les vestiges d'une construction, d'ailleurs antérieure au texte qui le cite : un pan de mur en moyen appareil de pierre de taille et un jour vertical en plein-cintre datant du XIIIe siècle.

Aux XIVe et XVe siècles, le territoire présente une forte densité nobiliaire, synonyme de grandes exploitations agricoles et de métairies liées à elles. Hors les trois plus importantes seigneuries, Peyretaillade (Losse), La Bermondie et Belcayre, on peut énumérer La Vergne, La Chapoulie, Le Breuil, Le Buisson, Labatusserie, Logénie et La Vidalie, sans compter "Le Chaptal" (cité comme repaire noble à Thonac par Gourgues, p. 69, mais que nous n'avons pas pu identifier). Ce propos doit cependant être nuancé : l'origine médiévale de plusieurs de ces domaines n'étant pas avérée, quelques-uns sont certainement des créations modernes ; et certains d'entre eux, certes appelés "repaire noble" ou "domaine noble" dans les textes, appartenaient ou dépendaient directement, soit du seigneur de Peyretaillade (La Vidalie, Le Buisson), soit de celui de La Bermondie (La Vergne), mais n'étaient peut-être pas tenus en propre par un petit seigneur. Là encore, un seul site conserve des éléments visibles de cette période, la ferme de La Ribeyroullie. Celle-ci présente le vestige d'un pan de mur percé par deux portes en arc brisé à longs claveaux du XIVe siècle. En tout, sur les 18 sites de la commune de Thonac dont l'origine peut remonter à l'époque médiévale, seuls trois possèdent encore des éléments de cette période.

Les occurrences sont bien plus nombreuses pour les XVe et XVIe siècles (près de 18 % du corpus), période correspondant à la reconstruction de l’après-guerre de Cent Ans, qui semble avoir été particulièrement intense dans le territoire. Il s'agit, pour l'essentiel, de quelques pans de murs en moellon percés de baies (portes en arc brisé ou cintré, fenêtres à traverse ou croisillon en pierre, jours rectangulaires) dont l’ébrasement est constitué d’un simple chanfrein droit, localisés aussi bien à La Logénie, à La Vergne, La Chapoulie, au Colombier, au Maillol, aux Chabannes ou à La Ribeyroullie. A La Pagésie, les trois domaines du lieu-dit, une ferme et deux maisons isolées, remontent tous à cette période ; deux d'entre elles se distinguent en outre par un linteau de fenêtre et de porte plus sophistiqué, avec une petite accolade (le linteau de la fenêtre de l'une d'elles est en remploi). Le bâti du début des Temps modernes transparait également dans le bourg, à l'église et à proximité d'elle, par plusieurs maisons, dont trois de belles dimensions. Toutes ont un point commun : le rez-de-chaussée est un niveau de stockage, l'habitation étant systématiquement placé au premier étage. La proximité de la Vézère n'est certainement pas étrangère à cette configuration, qui permettait aux habitants de se prémunir des crues récurrentes de la rivière.

Sans commune mesure, les édifices des XVIIe et XVIIIe siècles sont bien mieux représentés (avec 37 occurrences, soit près de 45 %) et largement majoritaires. La maison du Buisson du XVIIe siècle est datée par deux millésimes gravés dans la pierre, ce qui doit être signalé car la pratique est généralement peu répandue au cours de ce siècle. Cette pratique l'est bien plus au siècle suivant, où l'on compte 5 édifices datés par un chronogramme pour la commune au XVIIIe siècle. Les maisons de ce siècle se caractérisent essentiellement par des murs en moellon recouverts d’enduit et raidis par des chaînes d’angle et des cadres de baies (à linteau ou plate-bande en arc segmentaire, caractéristique qui est un marqueur chronologique) en pierre de taille. Les couvertures semblent avoir été très majoritairement en lauze, même si peu de bâtiments les ont conservées (12 occurrences, contre 44, soit plus de 75 %, où la lauze a disparu mais est avérée par des vestiges en place). Ce bâti se caractérise dans les hameaux par de petits logis en rez-de-chaussée et comble, parfois prolongés par une dépendance. L’efflorescence de cette époque, surtout du XVIIIe siècle, est aussi confirmée par la carte de Belleyme (levée en 1768) qui figure tous les hameaux et écarts actuels déjà en place, et deux routes royales importantes, menant à Périgueux, Montignac et Saint-Léon-sur-Vézère, voies de communication qui offraient des débouchés à la production locale, tout comme la Vézère. La carte de Belleyme indique également la présence de grandes zones viticoles, autour du Breuil et l'Escourtaudie, de La Pagésie, de Grigne et La Combe, de Maillol, La Girbaudie, Losse, La Ribeyroullie, La Bermondie et Belcayre, ce qui est confirmé par la présence d'un chai en soubassement dans certaines de ces exploitations.

Le XIXe siècle, et plus précisément le deuxième quart (avec 33 % des dates portées), est une période de forte activité de construction, d’agrandissement ou d’embellissement, peut-être suite à la parenthèse imposée par la Révolution. Il est mieux documenté, du fait de l'exploitation des matrices cadastrales (réalisées en 1813 pour la commune), mais aussi des premiers recensements démographiques : sans surprise, cette période correspond également à un fort accroissement de la population, qui passe de 502 habitants en 1793 à 613 en 1851, au début du second empire. Il se signale surtout par la construction de maisons à un étage et comble à surcroît, dont la façade est habituellement ordonnancée. Il se signale aussi par l'abandon de la baie segmentaire et un retour à la baie rectangulaire (à arête vive), avec des percements plus réguliers ; les fenêtres sont munies d’une feuillure pour des volets extérieurs.

Les données pour la seconde moitié du siècle, et en particulier pour le troisième quart, semblent a priori contradictoires : le nombre des dates portées tombe à seulement 13 %, tandis que les édifices de la même période en datation relative sont en augmentations (avec 15 occurrences, contre seulement trois pour la première moitié du siècle). S'ajoute à cela une chute constante de la population. Les causes et leurs conséquences s'expliquent : la grave crise phylloxérique et l'exode rural de la période expliquent la baisse démographique et, dans le même temps, le nombre des constructions (principalement des agrandissements) en augmentation est sans doute lié aux investissements faits pour moderniser les exploitations agricoles préexistantes et lutter contre la crise, et par le développement du bourg de Thonac. Toutefois, ce phénomène de grande activité architecturale semble fortement décliner après la décennie 1870. De nombreux sites, aujourd'hui abandonnés ou en ruine, voire disparus, témoignent de l'exode rural et de la déprise agricole très forte subie par la commune au cours de la période : ce sont la Viragerie, Geariget, Labatut, la Tustedie, La Combe, La Piladie. Les Grignes, qui était un petit hameau, n'a conservé que quelques bâtiments, encore occupés ; les autres ont disparus ou sont en ruine.

Le sentiment général qui domine au regard de cette histoire des maisons et fermes de la commune de Thonac touche aux nombreuses reprises visibles dans beaucoup de maisons et fermes : il n'est pas rare qu'un même bâtiment ait fait l'objet de remaniements à toutes les principales époques précitées, au XVIe siècle, au XVIIIe puis encore au XIXe siècle. Cette tendance générale traduit la pérennité d'occupation des sites au cours de l'histoire et leur adaptation à de nouveaux besoins et de nouvelles exigences.

Période(s) Principale : 13e siècle , (?)
Principale : 14e siècle
Principale : 15e siècle
Principale : 16e siècle
Principale : 17e siècle
Principale : 18e siècle
Principale : 19e siècle
Principale : 20e siècle

Le nombre d’édifices repérés (61 maisons et fermes) permet l’établissement de statistiques directement exploitables qui, en outre, complètent celles recueillies dans les autres communes de l’aire d’étude, et autorisent à esquisser quelques tendances générales.

Les maisons paysannes situées dans les hameaux ou en village sont composées d’unités d'habitation assez modestes, attenantes en série de constructions, juxtaposées à de petites dépendances agricoles (grange-étable, fournil, bergerie) ou, le plus souvent, indépendantes, les dépendances prenant place en face de la maison. Ces habitations basses, majoritairement de plain-pied avec le sol de la cour (75 %) mais aussi souvent placées sur une cave ou un étage de soubassement (près de 25 %) pour racheter le dénivelé très marqué dans certains hameaux, dotées simplement d'un comble non habitable (faisant office de grenier, de séchoir à tabac ou de clédier), comportent habituellement une porte unique et une fenêtre en façade. Elles sont généralement organisées sur une cour commune, ouverte ou limitée par les constructions environnantes, souvent la grange-étable faisant face à la maison du fermier. Le matériau de gros-œuvre est le moellon calcaire, enduit (sauf suppressions récentes) ; la pierre de taille est réservée aux chaînages et à l'encadrement des baies. Les toitures, à forte pente, sont généralement à longs pans (70 %) ou des baies (26 %), rarement en comble brisé (1,6 %). Le plus souvent couvertes de tuiles plates (39 %) ou mécaniques (34 %), elles le sont aussi par des lauzes (12 %), toutefois dans une proportion nettement moindre que dans leur état ancien où la lauze dominait (près de 75 %).

Les dépendances agricoles, diverses, reflètent une polyculture vivrière. Le système de la grange-étable domine les équipements habituels de la ferme : four à pain, puits, porcherie-poulailler, remise, hangar. D'autres dépendances, remise ou hangar, attenantes ou séparées du logis, complètent habituellement ces ensembles organisés sur cour.

Toits tuile mécanique, calcaire en couverture, tuile plate
Murs calcaire moellon
calcaire pierre de taille
enduit partiel
enduit
Décompte des œuvres bâti INSEE 203
repérées 61
étudiées 60
(c) Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel - Pagazani Xavier