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Les maisons et les fermes de la commune de La Bastide-Clairence

Dossier IA64002770 réalisé en 2018

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L'enquête sur l'architecture domestique et agricole de La Bastide-Clairence, effectuée en 2018-2019, est inscrite dans la mission d'inventaire topographique menée durant une année dans le territoire communal. Les chiffres du recensement de l'INSEE de 1982 donnaient 219 résidences principales, mais aussi une trentaine de résidences secondaires. Ces chiffres s’élèvent au recensement de 2015 à 410 résidences principales et 105 résidences secondaires, dont 395 "maisons". Dans le cadre de l'enquête, le repérage a été effectué depuis la voie publique ou les cours de ferme, et les observations consignées dans une grille de repérage. Seules les maisons construites avant 1980 ont été repérées ; celles dont l'ampleur des remaniements ne permettait plus une analyse architecturale et d'en proposer une datation ont été écartées. Au total, ce sont 188 maisons ou fermes qui ont été repérées, soit environ 62 % des maisons de la commune. Sur ce chiffre, 39 ont été sélectionnées, pour leur représentativité ("typicum") ou pour leur caractère exceptionnel à l'échelle du corpus ("unicum"). L'observation extérieure des édifices a été complétée par des visites d'intérieurs, indispensables pour la compréhension de l'organisation interne des bâtiments (distribution, situation et structure de l'escalier...), et pour l'examen des équipements domestiques anciens, tels que les cheminées, les potagers ou les éviers. Ces visites, réalisées dans le cadre du repérage de terrain ou à la suite de rendez-vous avec les propriétaires, ont porté sur environ un quart du corpus.

1. Contextualisation

En plus du village qui trouve son origine dans la fondation d'une bastide au nord-ouest du territoire, la commune regroupe sept quartiers : Pessarou, La Chapelle, Touron, Lassarrade, Bidon, Agnescous et La Côte. Le paysage est fortement vallonné, parcouru de deux cours d'eau principaux : l'Aran, appelé localement La Joyeuse, et L'Arbéroue. L'activité agricole est dominée par l'élevage extensif d'ovins et de bovins, façonnant un paysage de prairies, et pour lequel une culture de maïs à petite échelle est pratiquée dans les rares parcelles en plaine. La vigne était cultivée jadis sur les versants des coteaux dans l'environnement des fermes, mais cette culture a quasiment disparu aujourd'hui.

Comme dans le reste du Pays basque, l'"etxe" (ou maison), et par extension, le quartier ou le village, ont une importance capitale dans l'organisation de la société. La famille s'identifie à sa demeure, au point d'en prendre le nom ; la maison n'appartient pas à un individu mais à toute la famille. Les maisons, massives, sont dispersées sur le territoire, souvent isolées, dans un paysage façonné par l'activité pastorale, ou regroupées par quartiers, hameaux où la vie sociale est plus intense. Ces espaces bâtis, en apparence distendus, possèdent toutefois des lieux de rassemblements, aujourd'hui matérialisés par la place du fronton.

Le relief, fait de collines aux pentes parfois prononcées et de petits vallons, ainsi que le climat océanique, constituent des contraintes physiques d'implantation et d'adaptation du bâti au milieu : afin de protéger les maisons des précipitations portées par les vents d'ouest, cette élévation est peu ouverte, voire aveugle, sous une toiture à croupes ou à demi-croupe. En revanche, la façade principale, orientée généralement vers le levant et plus rarement au sud, est largement ouverte, protégée par l'avancée de la toiture. L'adaptation du bâti au relief est également très étroite par l'aménagement d'un premier niveau en soubassement dans l'amont de la pente, pour s'abriter au mieux des vents et bénéficier d'un accès direct à l'étage.

Les maisons se rencontrent généralement en hauteur sur la dorsale des coteaux, sur leurs versants ou en bordure des petites vallées, isolées ou groupées dans les hameaux ou le village ; les secteurs les plus élevés et isolés sont le domaine des bergeries ou "bordes".

2. Éléments de datation

Sur le terrain, les éléments architecturaux repérés constituent des critères de datation en première analyse. Les formes de baies varient peu, l'attention des bâtisseurs s'est surtout portée sur la porte d'entrée de l'élévation principale. Aux 16e et 17e siècles, l'encadrement de cette porte forme généralement un arc plein-cintre, parfois en anse de panier. Les rares d'encadrements moulurés repérés sont simplement chanfreinés, ou à moulures prismatiques pour des croisées. Le linteau droit à arêtes vives est aussi fréquent à la fin du 17e siècle. La forme des baies évolue au 18e siècle, témoignant, ici comme ailleurs, d'un goût prononcé pour l'arc segmentaire, pour les encadrements de pierres mais aussi de bois, très courants dans le cas des fermes les plus modestes. L'arc segmentaire est généralisé au 19e siècle.

Des inscriptions et des chronogrammes (dates portées) surmontent souvent l'entrée principale. Les dates sont gravées sur les agrafes, sur les linteaux ou sur des plaques surmontant les baies. Elles sont plus fréquentes sur les fermes que sur les maisons du village. Leur relevé systématique, en écartant les remplois et dates douteuses ou fantaisistes, a permis de mesurer leur fréquence selon les époques. Les millésimes sont particulièrement présents durant la fin du 17e siècle, le deuxième quart du 18e siècle et le premier quart du 19e siècle. Ces périodes ont donc probablement été des moments de fort développement de la construction, ou du moins, de rénovation du bâti.

La mise en œuvre des matériaux est également un critère de datation important. L'utilisation du bois, ressource abondante et de proximité, est répandue durant tout l'Ancien Régime. Son usage privilégié peut aussi s'expliquer par la qualité variable de la pierre locale. Les structures de poteaux reposant sur des dés de pierres et soutenant la charpente sont représentées par de nombreuses maisons ou fermes construites entre les 15e et 18e siècles. Ce procédé est combiné à des murs de refends maçonnés. L'usage du bois d’œuvre étant assez répandu à travers les siècles, il n'est pas possible d'établir une datation précise sans constitution d'un solide référentiel et sans investigations plus poussées, notamment dendrochonologiques. Cependant, la mise en œuvre des pans de bois, les assemblages et les décors portés peuvent permettre préciser des datations.

3. Matériaux de construction

Le bois, constituant généralement la structure des maisons et des fermes, ou utilisé pour les charpentes ainsi que pour les cloisons à pans de bois, est issu d'essences locales comme le chêne ou le châtaigner. Il est mis en œuvre en assemblages de poteaux posés sur des dés de pierre, portant les poutres qui soutiennent les planchers, puis les fermes des charpentes. Les édifices présentent une structure sur poteaux s'élevant de fond en comble, selon une organisation tripartite généralement lisible dans la façade principale. Les pans de bois sont des éléments importants des façades, habituellement mis en œuvre aux deuxième et troisième niveau, ainsi que pour les cloisons intérieures.

Les types de pierres sont variés. La "pierre de pays" est un mélange de grès, de marne et de calcaire et se décline en nuance ocres, orangées et grises. La médiocre qualité de ces pierres, extraites de gisements proches, en fait un matériau idéal pour le remplissage des murs en moellons, entre d'épaisses chaînes d'angles aux pierres de dimensions plus conséquentes. Les pierres de taille sont utilisées pour les encadrements, notamment dans les entrées principales en arc plein-cintre, ou encore pour des croisées à meneaux. La pierre extraite de carrières de la commune voisine d'Ayherre se rencontre également dans le territoire : il s'agit d'un calcaire gris foncé, ponctuellement utilisé pour des encadrements moulurés, comme pour la Maison Médecin. A partir de la fin du 18e siècle, l'usage de la pierre de Bidache se répand dans le territoire, privilégié pour la mise en valeur des encadrements des ouvertures de maisons "bourgeoises". Elle se reconnait par sa teinte gris clair légèrement dorée, souvent travaillée avec un léger bouchardage. Elle se retrouve en parement de façon exceptionnelle dans le village, à la Maison Chastrot.

Les mortiers traditionnels sont réalisés avec des sables extraits des cours d'eau qui parcourent la commune. La chaux est produite localement. Des vestiges de fours à chaux ont notamment été repérés sur le terrain et dans la documentation, près des maisons Istile, Colombots, Suzanne et Iharse.

Enfin, la terre est déclinée en plusieurs usages. La brique est employée ponctuellement, en hourdage de pans de bois, comme à la Maison Perrique. Le torchis, désigné localement sous le terme "argamasa", est utilisé en remplissage dans les cloisons, visible par exemple dans les combles de la Maison Carresse ; il peut être maintenu par du grillage dans une utilisation plus récente. La terre est aussi le matériau de couverture exclusif, la tuile creuse étant le seul mode de couverture identifié dans le territoire. L'argile était probablement extraite dans des veines exploitées à proximité des maisons, par exemple en contrebas de la Maison Larriou. La mémoire collective n'a retenu qu'un seul emplacement de tuilerie, à proximité de la Maison Barrandégui.

4. La composition d'ensemble

La composition la plus courante est simple : la ferme comprend une cour ouverte donnant sur le bâtiment principal, regroupant logement et dépendances agricoles. Celles-ci sont l'étable, la bergerie, le chai, le fenil et le grenier. Quelques citernes ont été conservées, et les puits sont rares ; la Maison Colombots possédait sa propre fontaine.

Cet ensemble est parfois complété d'un corps de bâtiment secondaire, abritant couramment la porcherie, le poulailler et le four à pain, souvent adossé latéralement. Sa fonction rend nécessaire son décrochement à l'extérieur, pour les raisons pratiques et hygiéniques.

Les cours fermées sont rares, mais deux cas disparus sont documentés : il s'agit de deux maisons de maîtres du quartier La Chapelle, Colombots et Gardéra. Toutes les deux présentaient une cour fermée accessible par un portail avec des amortissements sphériques. La Maison Cailleba conserve encore son portail, probablement plus modeste que celui des deux maisons précédemment évoquées.

A partir des années 1970, les mutations de l'agriculture conduisent à l'établissement de plusieurs bâtiments agglomérés autour de la ferme "historique". Ce sont essentiellement des stabulations, répondant aux besoins des nombreux élevages, dont les troupeaux s'agrandissent, mais aussi des remises et hangars destinés à abriter les machines agricoles toujours plus imposantes.

5. Les typologies

Les variations typologiques des maisons et des fermes dépendent des différents stades d'évolution du bâti ou, à partir de la fin du 18e siècle, de la volonté des commanditaires de se démarquer des constructions anciennes.

Un premier type correspond à des maisons étroites, d'une seule travée, avec logis à l'étage. Ce type, surtout repéré dans le village, est adapté au parcellaire étroit planifié lors de l'arpentage de la bastide. En revanche, il constitue une rareté dans les campagnes, avec plusieurs exemple au quartier La Chapelle, dont seulement deux sont toujours en état : les maisons Perrique et Chourio. D'autres petites fermes qui semblent correspondre à cette typologie, sont en état de ruine, comme les maisons Charlot et Bertrand.

Un deuxième type de maisons semble constituer une évolution du type précédent, par extensions latérales, au delà des anciens murs gouttereaux. Dotées de murs entièrement maçonnés, ces maisons sont couramment tripartites, mais sont caractérisées par des têtes de murs en encorbellement encadrant la travée centrale. Les maisons Peyruga, Peru en sont des exemples.

Le type le plus fréquemment représenté dans les campagnes, probablement aussi ancien que le premier groupe, correspond à des fermes de plan massé tripartite. Il regroupe les fermes présentant une structure entièrement en bois, soutenue par des poteaux sur des dés de pierre. L'élévation principale reflète l'organisation interne, avec une large travée centrale et deux travées latérales. Les pans de bois sont fréquemment utilisés dans les parois des niveaux supérieurs. Le pignon est parfois ajouré, afin de favoriser l'aération des combles servant de fenil et de grenier : les exemples sont nombreux, à Arrousséou, Barrandégui, Enhors... L'organisation symétrique de la façade est parfois perturbée par des extensions latérales, comme pour la Maison Picote.

A partir de la fin du 18e siècle, un nouveau type se développe localement, par ailleurs bien représenté dans tout le territoire de l'ancien royaume de Navarre. Il s'agit de maisons de maître de plan massé et de volume cubique, présentant des travées régulières et des ouvertures homogènes, ainsi qu'un toit à croupes. Ces maisons sont parfois le fruit de remaniements importants, l'intérieur ayant gardé son organisation traditionnelle alors que l'enveloppe extérieure, maçonnée, a été harmonisée. C'est les cas de nombreuses maisons "bourgeoises" présentant des encadrements en pierre de Bidache. Certaines maisons illustrent la transition entre l'ancien et le nouveau mode de construction, comme les maisons La Croisade et Marchand, qui ne sont pas encore parfaitement symétriques. Les maisons Bignasse et Lacroix relèvent notamment de cette esthétique. La Maison Uhalde, de plan rectangulaire, constitue une variation de ce type.

Enfin, comme une extension de ce dernier type, quelques rares exemples de maisons reprennent ce modèle en le reproduisant à des dimensions plus monumentales : il s'agit des maisons Colombots et Gardera, qui appartenaient toutes les deux à des familles de notables. Reflétant le statut social élevé de leurs propriétaires, elles marquent une certaine ostentation en comparaison des fermes ordinaires et courantes du territoire.

Les maisons du village comportent des spécificités typologiques différentes des maisons rurales, liées notamment à la structure foncière et parcellaire de la bastide. Les constructions sont juxtaposées, la plupart des maisons sont séparées par un androne, dont certains ont été bouchés, créant des mitoyennetés. Elles sont majoritairement bâties sur une bande parcellaire régulière d'environ 6 mètres sur 18 mètres. Il s'agit donc de maisons de plan long et étroit, leur typologie est définie par deux biais d'analyse : leur orientation et leur extension.

Leur orientation est clairement un élément qui a définit l'aspect et l'organisation interne de la maison. Les maisons dont l'élévation principale donne sur la rue sont orientées à l'est ; elles occupent donc toute la partie ouest de la rue Notre-Dame et de la rue Saint-Jean. Elles présentent souvent les mêmes caractéristiques : leur façade sous pignon couvert ouvre au premier niveau par une porte à gauche, les niveaux supérieurs sont à pans de bois. A l'intérieur, comme le reflète la position de la porte, le couloir occupe tout la partie sud, distribuant les pièces dans la partie nord. Quant aux maisons dont l'élévation principale est orientée à l'ouest, elles occupent toute la partie est de la rue Notre-Dame, ainsi que la rue Saint-Jean-Passemillon. Elles présentent de façon récurrente une façade maçonnée sous une croupe, probablement reprise entre la fin du 18e siècle et le début du 19e siècle, comme l'indiquent les encadrements en pierre de Bidache. C'est notamment le cas des maisons Gaucheron, Joantho, ou encore de la Maison Forgues sur la place. Pour ce type de maison, les pans de bois sont conservés uniquement sur l'élévation secondaire donnant à l'arrière, à l'est, comme c'est le cas des maisons Coulin ou Marchand.

L'importance de l'emprise foncière de certaines maisons traduit l'aisance financière de quelques familles qui ont pu recomposer le parcellaire, par la fusion de deux voire trois bandes parcellaires originelles de la bastide : la Maison David en regroupe deux, la Maison Castagnet trois. Dans ce cas, l'organisation de la façade est différente, traduisant une volonté de recentrer l'axe de la maison. A l'intérieur, un couloir central distribue les différentes pièces de l'habitation. Le puits de jour ouvert dans la cage d'escalier est particulièrement important pour éclairer ces maisons aux dimensions plus conséquentes.

6. Les élévations

Les élévations sont souvent représentatives de l'organisation interne, avec une majorité de structures tripartite, et parfois une asymétrie apportée par des extensions latérales ou des remaniements successifs. Le principe de symétrie avec le rythme ternaire fenêtre-porte-fenêtre, est de plus en plus apprécié à partir du 17e siècle, et s'impose entre le 18e et le 19e siècle. Les maisons ne comportent pas plus de trois niveaux et la grande majorité en présente deux, comprenant un rez-de-chaussée surmonté de combles à surcroît, ou d'un étage en surcroît dans quelques cas. La hauteur des maisons est aussi un symbole de richesse : rares dans la campagne, les maisons de trois niveaux sont toutefois plus répandues dans le village.

Dans la campagne, la plupart des fermes bâties sur le versants des collines ont une implantation adaptée au relief naturel. Si le rez-de-chaussée de l'élévation principale est de plain-pied, l'arrière est fréquemment en soubassement par décaissement du terrain, leur permettant une protection face aux intempéries venant de l'ouest, tout en jouant sur celui-ci pour aménager une rampe donnant directement accès depuis l'extérieur au fenil. Cette différence de niveau se retrouve aussi à l'intérieur, avec un sol qui est ascendant au fond de la maison, jusqu'à parfois créer une rupture de niveau dans la remise centrale ou "ezkaratz", comme dans la Maison Peru ou encore Gachen, où ce grand espace est divisé en deux par un demi-niveau.

7. Les couvertures

Les couvertures sont toutes à longs pans, avec quelques variantes selon les types de maison et leur évolution. La forme de toiture le plus commune est celle du toit à longs pans à pignon couvert symétrique ou asymétrique, avec croupe ou demi-croupe couvrant la partie ouest. Certaines fermes ayant connu un fort développement au milieu du 20e siècle, ont vu se greffer à l'ouest de leur corps principal un vaisseau perpendiculaire couvert par un toit à long pans.

Les maisons du dernier type, qualifiées de maisons de maître ou "maisons bourgeoises", présentent quant à elles des toits à longs pans à croupes.

Les lucarnes, peu répandues, sont surtout présentes dans le village : la plupart abritent des baies passantes donnant un accès au niveau de comble. L'aménagement de chien-assis, ouvrant les combles d’anciennes fermes ou de villas contemporaines, correspond à une évolution architecturale récente.

8. Les décors

L'effort décoratif est souvent limité à l'élévation principale et peu développé. Les éléments de structure participent à l'ornementation des édifices. Les parties visibles de l'extérieur peuvent être travaillés : encadrements, débords de charpente, pans de bois... Dans le cas d'élévations à pans de bois, les poutres, notamment les sablières, sont couramment sculptées de motifs géométriques en frise, tels qu'accolades, rosaces, fleurs stylisées, denticules, gouttes. Les maçonneries de pierre de taille se prêtent également une recherche d'esthétique, avec des encadrements chanfreinés, ou des moulurations plus sophistiquées. Les têtes de mur formant encorbellement mouluré en quart-de-rond sont courants, ils sont dans quelques cas sculptés plus finement par des réglettes séparant les quart-de-rond. Les têtes de murs de la Maison Perrique présentent un motif de rouelle inédit dans la commune. Des emplacements symboliques ou stratégiques peuvent être marqués par un linteau ou une agrafe particulièrement soigné. En plus du nom des habitants de la maison et de millésimes, des jeux de typographie des lettres et des chiffres, parfois déformés à l'extrême, rendent la lecture difficile ou énigmatique, par simple souci d'esthétique, par exemple à la Maison Guillebert. Des bordures travaillées, des motifs des virgules, des svastikas comme à Guillemin, en encore des représentations d'animaux (Gardera) ou de visages humains (Salié), peuvent accompagner ces inscriptions.

La couleur est également un moyen de distinction des élévations. La peinture des pans de bois permet l'accentuation des contrastes. L'esthétique régionaliste basque a valorisé le recours à la couleur, par une utilisation très répandue du rouge, ainsi que du vert ou encore du bleu. Cependant, cet usage des couleurs n'est probablement pas tout à fait représentatif d'une architecture traditionnelle, comme en témoignent les photographies du début du 20e siècle : beaucoup d'élévations à pans de bois du village étaient simplement enduites à la chaux et le bois peint d'un gris-bleu discret. Si le recours à la polychromie n'était probablement pas aussi répandu qu'aujourd'hui, les couleurs des matériaux et de la pierre des encadrements en particulier, participaient toutefois à l'ornementation des élévations. Des effets fauves sont visibles sur plusieurs maisons de la place, dont les arcades ouvrant sous les couverts sont composées de claveaux en calcaire à inclusions de silex, posés en alternance de façon symétrique. Les encadrements en briques avec agrafe de pierre, comme dans le cas de l'école de Pessarou, relève de la même esthétique.

Enfin, l'arrivée de l'enduit au ciment dans les années 1950 a permis le développement de nouveaux types d'ornementations. Les ouvertures à encadrement en léger ressaut sont alors soulignées par de la peinture grise, comme sur la Maison Sylvain. La plasticité du ciment permet un traitement original des soubassements, ornés de faux appareillage de pierres, ou encore de motifs géométriques réguliers comme des hexagones, dans le cas de la Maison Maïtona.

9. Distribution intérieure

La distribution intérieure varie selon l'implantation du bâti, qu'il s'agisse d'une ferme dans la campagne ou d'une maison de bourg. L'organisation de la plupart des maisons est modelée en fonction de l'orientation du plan. Les observations de terrain ont permis de relever un principe récurrent : la remise centrale est présente dans toute les fermes du territoire. Appelée localement "sotou" en gascon, ou "ezkaratz" en basque, elle est destinée à entreposer le matériel agricole et à distribuer les différentes pièces ; l'escalier est placé dans l'un de ses côtés, et les animaux peuvent y circuler comme les humains. La hauteur sous plafond de cet espace serait justifiée par les nécessitées du battage du blé lorsqu'il se faisait à la main, le maniement du fléau nécessitant une hauteur importante.

L'étable occupe généralement tout le côté ouest, perpendiculairement à la partie antérieure. Elle est parfois ouverte par une large porte en bois à double vantaux dans l'un des murs gouttereau. Quand il y a un chai, il occupe l'angle nord-ouest, et constitue une petite pièce caractérisée par le peu d'ouverture et sa fraîcheur, liée à sa fonction. La bergerie n'occupe pas une partie fixe. Comme la pièce à vivre, elle occupe soit l'angle sud-est, soit l'angle nord-est. Dans de rares cas, la pièce à vivre se situait à l'étage. Elle est identifiable par la présence d'une cheminée, parfois doublée d'un potager, et d'une niche où sont aménagés l'évier en pierre et le placard mural. Les chambres se situent dans l'un des collatéraux, dans quelques cas, elles peuvent être situées à l'étage, sur le côté sud.

L'étage est habituellement dédié aux récoltes. Le fenil est souvent accessible depuis une petite porte sur l'élévation principale, ou, quand elle a été aménagée, par une rampe située à l'arrière. Le grenier occupe parfois la partie sud-est. L'aération est particulièrement étudiée pour faciliter une circulation de l'air : le pignon ajouré, les petits jours triangulaires ou hexagonaux en terre cuite, les espaces ouverts laissés entre les pannes reposant sur les murs gouttereaux... Tout est aménagé afin que l'air circule depuis l'est vers le sud, afin d'assurer les meilleures conditions de conservation du fourrage et des grains.

Les mêmes principes se retrouvent dans les maisons du village, avec la contrainte supplémentaire d'un espace limité par la mitoyenneté. Le rez-de-chaussée est ainsi parcouru par un couloir latéral, un local donnant sur la rue, apparenté à la remise des fermes, constitue une ancienne boutique ou un atelier. La pièce à vivre consiste en une grande pièce chauffée par une imposante cheminée, elle est souvent doublée d'une souillarde. Elle se situe soit au rez-de-chaussée, soit au premier étage. Selon son orientation, la maison peut disposer à l'arrière d'une remise ou d'une petite pièce ayant pu servir d'écurie ou d'étable.

10. Dispositions paysagères

L'espace, particulièrement dégagé autour des fermes, ouvre sur de vastes prairies dédiées à l'élevage. Elles sont généralement jouxtées d'un jardin potager, remplacé par un jardin d'agrément quand la fonction agricole a disparu. Des bouquets de chênes anciens à proximité des bâtiments permettent de limiter l'impact du vent ; disposés en alignement, ils marquent probablement d'anciennes limites de propriétés.

Dans le cas du village, et au-delà des différences de structure, le point commun entre toutes les maisons, lié à la structure originelle de la bastide, est la présence d'un jardin à l'arrière, appelé localement "casalot", particulièrement important pour la subsistance des habitants de ces maisons "urbaines" dans une économie traditionnelle. La particularité locale est qu'ils débouchent des deux côtés sur un cours d'eau, la joyeuse à l'ouest, et Larrouillasse à l'est. Les limites de propriétés sont matérialisées par des murets directement reliés aux maisons, ou par des plantations en alignement. Une organisation planifiée d'un casalot est notable dans le cas de la Maison David, avec un chemin marquant l'axe central, et une symétrie renforcée par des plantations disposées en miroir. A l'arrière des maisons de la rue Notre-Dame, des murs de soutènement peuvent donner par un petit escalier sur les rues "de derrière", que constituent la rue du Moulin et la rue Saint-Jean-Passemillon.

L'architecture des maisons et des fermes de La Bastide-Clairence reflète les influences architecturales d'un territoire à la charnière de deux grands ensembles culturels, la Gascogne et le Pays basque, autant que les adaptations des habitants aux contraintes du milieu et à l'urbanisme caractéristique d'une bastide. L'architecture traditionnelle a constitué une source d'inspiration pour le bâti contemporain, qui fait fortement référence aux héritages, comme en témoigne la tendance néo-régionaliste dominante. Les principes d'urbanisme en vigueur depuis la deuxième moitié du 20e siècle prônent la recherche d'homogénéité et le respect d'archétypes. Ces dispositions réglementaires encouragent les constructeurs à user des techniques modernes en adaptant le vocabulaire traditionnel aux exigences actuelles, jusqu'au pastiche et parfois au trompe-l'œil (dans le cas de la Maison Garraregui, reconstruite vers 2000) de la rusticité architecturale.

Aires d'études La Bastide-Clairence (commune)
Dénominations maison, ferme
Adresse Commune : La Bastide-Clairence
Période(s) Principale : 4e quart 15e siècle
Principale : 16e siècle
Principale : 17e siècle
Principale : 18e siècle
Principale : 19e siècle
Principale : 20e siècle
Typologies Plan massé bipartite, Plan massé tripartite, Plan massé proche du carré, volume cubique, Plan massé asymétrique, Plan rectangulaire, entrée dans le mur gouttereau, Plan rectangulaire, entrée dans le petit côté, Plan rectangulaire, habitation à l'étage
Toits tuile creuse
Murs grès
calcaire
bois pan de bois
enduit
Décompte des œuvres bâti INSEE 395
repérées 188
étudiées 39

Références documentaires

Bibliographie
  • BIDART Pierre, COLLOMB Gérard, Pays aquitains, bordelais, gascogne, pays basque, béarn, bigorre. Paris : Berger-Levrault, 1984 (L'architecture rurale française, Corpus des genres, des types et des variantes).

  • DARNERE F. La Bastide Clairence au XIVe siècle. T.E.R. Bordeaux : Université de Bordeaux, 1969.

    Service du patrimoine et de l'Inventaire, région Aquitaine : TU DAR
  • DUVERT Michel, BACHOC Xemartin. Charpentiers basques et maisons vasconnes. Bayonne : Société des amis du Musée Basque, 2001.

  • LALANNE Guy (dir.). La Bastide Clairence. Ciboure : Jakintza, 2018.

  • LOUBERGE Jean. La maison rurale en Pays basque. Florat : éditions Créer, 1981.

Périodiques
  • DUVERT, Michel. "Documents pour servir à l'histoire des charpentiers basques (mahisturuak)". Munibe, n° 57, 2005, p. 375-390.

  • REGNIER Jean-Marie. "Maisons de Labastide-Clairence aux XVII et XVIIIe siècles", Ekaina, n°10, Juin 1984.

    p. 104-112 .
(c) Commune de La Bastide-Clairence ; (c) Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel - Larralde Alexandra
Alexandra Larralde

Chargée de l'inventaire général du patrimoine culturel de La Bastide-Clairence.


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