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Le patrimoine lié à l'eau de la commune de La Bastide-Clairence

Dossier IA64002768 réalisé en 2018

Fiche

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Aires d'études La Bastide-Clairence (commune)
Localisation Commune : La Bastide-Clairence

Le passage de deux cours d'eau, la Joyeuse et l'Arbéroue, a constitué un facteur favorable à l'implantation d'une localité et au développement de son territoire au Moyen Âge. Elle doit surtout sa création à l'existence d'un plan d'eau, le Pont de Port, point extrême de navigabilité sur la Joyeuse pour les chaloupes provenant du port de Bayonne. Les archives anciennes font régulièrement mention de ce port où étaient acheminées les marchandises, au voisinage d'une maison forte, la Nau Peciada, implantée afin de surveiller ce point stratégique du Royaume. Cependant aucun document ne permet de restituer précisément la configuration des lieux. Le plan cadastral de 1835 montre un bief à son emplacement, en contrebas du village. Une carte postale ancienne permet de se faire une idée de la superficie occupée par l'eau dans cette zone, avant la canalisation et le crouvrement du ruisseau Larouillasse dans les années 1960.

Avec l'arrivée de nouveaux habitants dans la bastide créée un an auparavant, un premier moulin est bâti en 1313. C'est le premier d'une liste de dix moulins à eau qui ont été établis dans ce territoire sous l'Ancien Régime. Différents types d'usines rythmaient les cours d'eau : principalement les moulins à farine, au nombre de huit, dont certains dépendaient de grandes maisons comme Iharse, Suzanne, Jacques, Colombots, Pierretoun... D'autres moulins ont permis le développement d'activités artisanales, tels les foulons, destinés à fouler la laine. Un canal de dérivation de la Joyeuse a été aménagé à cet effet en amont du Moulin de la Ville, longeant la partie ouest de la bastide, afin d'alimenter le foulon. L'activité de tannerie était également très développée dans la commune ; l'écorce des chênes tauzin, récupérée dans les forêts communales, constituait un bien précieux pour alimenter les moulins à tan, comme celui de Lahountine. Après la cessation de ces activités artisanales dans la première moitié du 20e siècle, la plupart des moulins ont disparu. Seuls la toponymie et les vestiges d'aménagements hydrauliques témoignent aujourd'hui encore de leur emplacement, comme la cascade du moulin de Pessarou, près de Joinillon.

Les chemins longeant les cours d'eau ont probablement constitué les premières voies de circulation. Un chemin en amont du Moulin de la Ville, encore assez dégagé, poursuit la route d'Hasparren. Un chemin longeant le ruisseau Larouillasse permettait également de contourner la bastide par l'est. La traversée des cours d'eau a été facilité par la construction de ponts. Le Pont de l'Escapat est un exemple de pont ancien situé sur un chemin important. La plupart ont été remaniés, la mouvance constante des cours d'eau rendant toute construction éphémère et nécessitant un entretien régulier : en témoigne une délibération de conseil de ville du 4 juin 1760, qui expose le cahier des charges de travaux menés par deux maçons de Bardos pour la réalisation d'un muret contenant le cours de La Joyeuse, ainsi que le renforcement d'un pont voûté au quartier Langlé, à Enhors.

Des aménagements permettant d'amener l'eau potable au plus près des habitants sont également visibles dans la commune, à l'image de la pompe à bras conservée sur la place, qui jusqu'à une époque avancée servait encore au forgeron. Plusieurs citernes en béton ont également été repérées dans des fermes éloignées des cours d'eau : c'est le cas à la Maison Laflaque, ou encore à la Maison Gazats. Pour abreuver les animaux, outre la possibilité de descendre les troupeaux au cours d'eau le plus proche, des abreuvoirs étaient aménagés : on en trouve un sur la place au village, alimenté par la pompe à bras, mais également dans certaines fermes comme à Pancousset, où l'abreuvoir est adossé à l'élévation principale. Un dispositif hygiénique ancien a été révélé au début des années 2000, lors de travaux de réfection des voies du village. Un réseau d'évacuation des eaux usées a alors été mis au jour, localement appelé "lou dalou", entièrement maçonné de dalles de calcaire. Les fluides étaient dirigés vers le bas de l'agglomération et s'évacuaient dans la Joyeuse.

Les lavoirs, publics ou privés, constituent d'autres héritages patrimoniaux liés à l'eau : le lavoir du moulin de la ville, le mieux conservé, a été restauré au début des années 2000. Mais les pierres à laver de lavoirs plus modestes sont aussi visibles à différents endroits : un chemin entre Chilo et Garbaillou donne accès à un petit lavoir à même la berge de la Joyeuse. Un petit bassin avec une pierre est également visible près de la nasse du Moulin de Colombots. Enfin, des lavoirs plus récents, en béton, sont visibles à l'arrière du jardin de la Maison Habains, ainsi qu'à l'arrière de la Maison Chinon, sous un appentis.

L'eau a aussi joué un rôle non négligeable dans les croyances locales. La fontaine sur laquelle a été bâtie la chapelle Notre-Dame-de-Clairence est un exemple de la ferveur que pouvait générer les eaux reconnues pour leurs propriétés bienfaitrices. La fontaine Saint-Jean-Baptiste, à Pessarou, continue de faire l'objet d'un pèlerinage, même si celui-ci est aujourd'hui plus confidentiel. Enfin, la communauté juive disposait probablement de ses lieux d’ablutions : un bassin de la Maison Vieille a ainsi pu servir de Mikveh, de même que le ruisseau Larouillasse, proche du cimetière israélite, les rituels de purifications ayant forcément nécessité l'élection d'un lieu dédié.

Enfin, le rapport à l'eau a évolué depuis le 20e siècle avec le développement des activités sportives et de loisir. La piscine communale construite en 1868, près du site historique du Pont de Port, est l'un des tous premiers équipements communaux des environs.

Période(s) Principale : 14e siècle , (détruit)
Secondaire : 18e siècle
Secondaire : 19e siècle
Principale : 20e siècle

Annexes

  • Extrait du Cahier des Charges du 4 juin 1760 pour la réalisation de travaux entre le lavoir et le Pont de Port et le Pont d'Enhors

    Cahier des charges entre le Corps de ville et deux maçons de Bardos pour les travaux de réalisation du canal de pont de Port et de construction de ponts :

    1/ Ceux-ci établiront un canal en pierres laussées par le fond, muré par les côtés et couvert de grosses pierres plates sur une largeur de 10 pouces en quarre, et le dit canal prendra le terrain où il y a actuellement des sources à la plaine du pont de Port depuis la chaussée à côté de la prairie de La croix jusqu'au lit de la rivière.

    2/ Les maçons feront une muraille en pierre sèche de la hauteur et de l'épaisseur qui ont été prescrites par le Sr Bidart d'Hasparren et sera placée cette muraille depuis le lavoir au pont de Port tirant vers les arbres qui sont sur la plaine, de façon que l'eau de la rivière soit contenue dans son lit, et le canal ci-dessus ordonné sera pratiqué dans cette muraille de pierre sèche de façon que les eaux des sources découlent dans le lit de la rivière.

    3/ Les maçons referont et mettront en état un petit pont de voûte situé au quartier de Langlé sous lequel les eaux du marais d'Enhors passent".

Références documentaires

Documents d'archives
  • Matrice cadastrale de La Bastide-Clairence, propriétés foncières bâties et non-bâties, 1835-1912.

    Archives communales, La Bastide-Clairence : 1G3-4
Documents figurés
  • Plan cadastral napoléonien de La Bastide-Clairence, 1835.

    Archives communales, La Bastide-Clairence : 1G1
Bibliographie
  • DARNERE F. La Bastide Clairence au XIVe siècle. T.E.R. Bordeaux : Université de Bordeaux, 1969.

    Service du patrimoine et de l'Inventaire, région Aquitaine : TU DAR
  • LALANNE Guy (dir.). La Bastide Clairence. Ciboure : Jakintza, 2018.

(c) Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel ; (c) Commune de La Bastide-Clairence - Larralde Alexandra
Alexandra Larralde

Chargée de l'inventaire général du patrimoine culturel de La Bastide-Clairence.


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