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Île du Grand Fagnard puis île Boucheau, aujourd'hui île Nouvelle

Dossier IA33004519 réalisé en 2013

Fiche

Précision dénomination île
Appellations île du Grand Fagnard, île Boucheau
Parties constituantes non étudiées ensemble agricole
Dénominations écart
Aire d'étude et canton Estuaire de la Gironde (rive droite)
Hydrographies Gironde La
Adresse Commune : Saint-Genès-de-Blaye
Lieu-dit : Île Bouchaud
Cadastre : 1832 D ; 2013 OD

Les cartes d'Ancien Régime représentant les rivages de l'estuaire de la Gironde, telle la Carte de Masse du début du 18e siècle, montrent la présence d'une île en perdition, dite d'Argenton, près des rivages de Saint-Genès, et plusieurs bancs de sables "qui ne couvrent ou ne découvrent que dans les grandes eaux". La transformation du "fagnard", banc de sable stabilisé figurant sur les cartes de Cassini et de Belleyme de la fin du 18e siècle, en une île véritable, date de la charnière des 18e et 19e siècles. Appelé "Grand fagnard", il ne semble cartographié pour la première fois qu'en 1825.

Bientôt dénommée Île Boucheau, la nouvelle terre est rattachée administrativement à la commune de Saint-Genès et figure, à ce titre, sur le plan cadastral de 1832. Elle apparaît alors lotie en grandes parcelles de terres cultivées et en prés, tandis que la vigne est encore limitée à 2 petites parcelles. La pointe nord, soumise aux marées, est, quant à elle, plantée de joncs. Deux fermes existent également du côté est. A cette date, la propriété de l'île est divisée entre un certain Jacques Barthelemy, habitant de l'île, et De La Martony, domicilié à Bordeaux. Cette propriété est acquise par Alexandre-Julien Fonade dans les années 1840 qui entreprend en 1848-1851 des travaux de confortement des rives, d'amélioration du "peyrat" au devant de sa maison et, selon le registre des augmentations de la matrice cadastrale, de nouvelles constructions en 1854. C'est sans doute à ce propriétaire qu'est dû le développement du vignoble insulaire, le "Château Boucheau" étant mentionné dans l'ouvrage Bordeaux et ses vins dès l'édition de 1868. Après avoir étendu ses possessions à l'ensemble de l'île, il entreprend la reconstruction de la ferme du second domaine en 1873 et le forage d'un puits artésien en 1875. Sa veuve fait rehausser le "peyrat" de la rive est en 1879. Un certain Nadaud, probablement l'architecte blayais Aurélien Nadaud, est mentionné à cette occasion comme fondé de pouvoir ; était-il pour autant l'architecte attitré d'Alexandre-Julien Fonade ? Aucun document ne permet de l'affirmer à ce jour. Quoi qu'il en soit, un nouveau bâtiment est édifié dans le premier domaine en 1880. L'ensemble de l'île et de ses dépendances est mis en vente en 1896. Avec une population insulaire totale légèrement inférieure à une trentaine de personnes à cette époque, de nouvelles constructions de maisons sont encore enregistrées dans la matrice cadastrale au début du 20e siècle.

A la suite de l'initiative privée de Fonade, un projet de cordon d'enrochement est établi par les ingénieurs des Ponts et Chaussées puis réalisé par l'entrepreneur Viaud fils entre 1859 et 1862. Des formations alluvionnaires, signalées dans les années 1880, contribuent au doublement de la superficie de l'île au début du 20e siècle ; ces terres émergées et plantées de joncs sont alloties par les établissements Richard et Muller à la même époque, travaux ayant porté la surface cultivable à une centaine d'hectares, pour une production annuelle dépassant les 500 tonneaux de vins rouges et approchant les 100 tonneaux de blancs.

Le vignoble, classifié "en palus" dans l'édition de 1898 de Bordeaux et ses vins et détenu par les associés Alban Privat et Fernand Muller, est mentionné dans l'édition de 1922 entre les mains d'un certain Julien Damoy. Il est précisé que l'île est presque entièrement complantée de vignes, que de grandes améliorations ont été apportées et que la vinification y est pratiquée in situ. Une illustration figurant dans cette même édition, et une photographie publiée par Théophile Malvezin, donnent des vues des bâtiments tels qu'ils se présentent alors. Le cuvier, "pourvu des derniers perfectionnements" et fonctionnant à la vapeur, est réputé "comme un modèle du genre". Un local est affecté, par ailleurs, pour l'établissement d'une école destinée aux enfants du personnel en 1934.

La fusion progressive de l'île Boucheau avec sa voisine au sud, dite Île Sans Pain, est effective dans les années 1930, l'ensemble étant dénommé Île Nouvelle.

Soumis aux crises viticoles, le vignoble insulaire est abandonné au profit de la populiculture puis du maïs dans la seconde moitié du 20e siècle, et les bâtiments délaissés. Le Conservatoire du Littoral rachète l'ensemble de l'Île Nouvelle en 1991 et en confie la gestion au Département de la Gironde. Les derniers bâtiments de l'Île Boucheau sont détruits et le choix est fait de la "renaturation" de cet espace. Une brèche naturelle dans la digue au nord-est, due à la tempête Xynthia de 2010, permet désormais à l'eau de pénétrer dans l'île selon l'importance des marées. Les dernières vues aériennes de l'île montrent que le phénomène est maintenant bien engagé, suivi scientifiquement depuis 2012.

Période(s) Principale : limite 18e siècle 19e siècle
Principale : 2e quart 19e siècle
Principale : 3e quart 19e siècle
Principale : 4e quart 19e siècle
Principale : 1er quart 20e siècle
Secondaire : 1er quart 21e siècle

Selon la représentation du "château" figurant dans l'édition du Cocks et Féret de 1922 et la photographie publiée par Malvezin, la maison de maître se présentait comme un corps de logis rectangulaire, semble-t-il de 11 travées en façade, d'un étage et étage de comble abrité sous un toit à brisis. Une construction adossée en appentis figurait à l'arrière. Au-delà se trouvait la maison du régisseur, construction de pierre de taille d'un étage à pignon en façade, prolongé par les logements du personnel. Une photographie des années 2000 montre les vestiges d'un autre bâtiment, probablement un cuvier, présentant une façade soignée en pierre de taille à pignon découvert.

Murs calcaire pierre de taille
Toit ardoise, tuile creuse
Étages 1 étage carré, étage de comble
Couvrements
Couvertures toit à longs pans brisés croupe brisée
toit à longs pans pignon couvert
pignon découvert
États conservations détruit
Statut de la propriété propriété d'un établissement public de l'Etat, Propriété du Conservatoire du Littoral, Département de la Gironde gestionnaire.
Sites de protection loi littoral

Annexes

  • Etablissement de "peyrats" et travaux de mise en défense de l'île Boucheau

    Archives départementales de la Gironde, SP 2904

    - Défense des rives de l'île de Bouchau [sic], 8 novembre 1848 : autorisation délivrée à Alexandre Fonade d'exécuter des travaux défensifs sur l'île.

    - Prolongement d'un peyrat sur l'île Bouchaud, 10 janvier 1849 : autorisation délivrée à Blanchet de prolonger un petit peyrat qui sert à l'exploitation de la propriété située sur la côte orientale de l'île Bouchaud.

    - Réparation d'une cale et travaux défensifs de rives, 17 avril 1851 : arrêté préfectoral autorisant le dénommé Fonade à réparer la cale saillante devant sa maison au sud de l'île Boucheau et à achever les travaux défensifs à la rive ouest et nord de l'île.

    - Construction d'un peyrat sur la rive droite de l'île Bouchaud, 5 décembre 1871 : autorisation délivrée à Fonade de construire un peyrat sur la rive droite de l'île Bouchaud dont il est propriétaire, au droit de l'allée de la maison d'habitation.

    - Entretien d'un peyrat sur l'île Bouchaud, 29 mai 1872 : autorisation délivrée à Fonade de recharger le peyrat à l'est de l'île Bouchaud et le prolonger jusqu'à la ligne de basse mer.

    - Entretien d'un peyrat sur l'île Bouchaud, 20 novembre 1876 : autorisation délivrée à Fonade de recharger le peyrat de la rive est de l'île Bouchaud.

    - Exhaussement d'un peyrat sur la rive est de l'île Bouchaud, 27 décembre 1879 : autorisation délivrée à Nadaud de Blaye suite à la demande formulée par la veuve Fonade d'exhausser le peyrat sur la rive est de l'île ; enrochements de moellons recouverts de débris de carrière [...].

    - Entretien d'un peyrat et défense de la pointe nord de l'île Bouchaud, 22 février 1889 : autorisation donnée à la veuve La Fonta d'exhausser le peyrat de l'est, de réparer celui de l'ouest et de mise en défense de la pointe nord de l'île Bouchaud par des piquetages et des enrochements ; pointe nord "défendue par des enrochements en moellons disposés de manière à relier par une pente douce la plage sur la partie supérieure de la berge".

  • Annonce de la revente de l'île Boucheau, 1896

    L'Espérance, 19 avril 1896 : revente sur surenchère [...] de l'île Boucheau et de ses dépendances, ayant appartenu à M. Fonade.

    [...] Désignation des immeubles à vendre :

    Une propriété rurale appelée l'île Boucheau, [...] comprenant maison de maître et de cultivateurs, chais, cuvier garni de vaisseaux vinaires, et autres bâtiments de servitudes et d'exploitation, cours, jardins, prés, vignes, hauts barrails, pacages et alluvions, d'une contenance par suite des alluvions de cent hectares environ.

    Cette propriété est vendue telle qu'elle s'étend, poursuit et comporte, avec toutes ses appartenances et dépendances, et tous les immeubles par destination qui y sont attachés, [...] et qui comprennent notamment treize cuves écoulant chacune environ 15 000 litres, une fouloire montée sur rails, un égrappoir avec sa machine à vapeur, un chemin de fer Decauville, avec ses wagons, deux machines à inonder, les chevaux et charrettes et ustensiles aratoires servant à l'exploitation du dit domaine.

    Mise à prix : 625 800 francs.

  • Le témoignage d’une institutrice sur l’île Bouchaud

    Texte rédigé par Melle Odette Noguès (future Mme Lopenague), Bouchaud 1937-1938.

    Première publication (presque intégrale) dans le Journal de Gauriac en 1995. Deuxième publication : extraits du texte original dans la revue L’estuarien n° 44 de 2013. Texte original remis au Conservatoire de l’estuaire de la Gironde le 16 octobre 2012.

    Document en ligne sur le site du Conservatoire de l'estuaire de la Gironde, URL : <http://estuairegironde.net/doc/docu/nogues_temoignage.pdf>

    Extraits :

    [...] De la jetée partait une petite route qui conduisait à la partie habitée de l’île, trois ou quatre cents mètres plus loin environ. Du côté droit de la route, il y avait une vaste cour avec la partie droite occupée par les logements des ouvriers; le fond par des dépendances, c’est à dire l’écurie, l’étable, le matériel agricole et de l’autre côté de la cour se trouvaient le cuvier, les chais, etc. Avant d’arriver chez le régisseur il y avait un vaste espace avec du côté de la rivière la partie habitée : au début ma classe, à côté mon habitation... À la suite et se touchant, il y avait les maisons des ouvriers comprenant pour chacune une grande pièce en bas et une autre en haut...Ensuite, au fond de la cour, il y avait l’étable, les écuries, le matériel agricole et, faisant face à la rangée de maisons, les chais. Au milieu de la cour, il y avait la pompe.

    [La maison du régisseur] était située au bout du chemin venant de la rivière ainsi que celle du batelier ; la maison du régisseur occupait un côté de terrain et presque à côté habitait le batelier. [...] Pourquoi un régisseur ? Eh bien parce que cette île était une propriété privée. Elle appartenait à M. Damoy, qui avait demandé une école pour les enfants des travailleurs agricoles. Sur l’île on cultivait surtout la vigne ; j’appris ensuite qu’il y avait des champs d’artichauts et de l’élevage, et comme sur la plupart des grandes propriétés, il y a le régisseur qui est en fait le maître. Vivaient là, aussi, une dizaine de familles qui travaillaient sur l’île. La principale culture était la vigne qui donnait les vins Damoy.

    [...] Ma classe et mon logement étaient situés au début de la cour, c’est-à-dire que la classe était la première pièce de la rangée de logements. À côté ma cuisine avec au-dessus ma chambre et à la suite les habitations des ouvriers. Le tout se tenant. Cette cuisine comprenait une grande cheminée, une table, un évier et un buffet. Un escalier conduisait au premier où était ma chambre fort bien entretenue avec un plancher bien ciré. Il y avait un lit, une commode et un poêle à bois. Tout cela était bien suffisant pour moi. La pièce qui servait de salle de classe ouvrait d’un côté sur la cour des habitations et de l’autre côté sur la cour de récréation. Il y avait un préau et, à la suite, les jardins des ouvriers.

    [...] Sur le côté gauche (droit ?) de la route, à environ 60 mètres, parmi de grands arbres, on l’apercevait à peine, il y avait le château. C’est là que venait, fort rarement d’ailleurs, à ce que l’on m’a dit, le propriétaire de l’île. Le château était une fort belle maison bourgeoise avec un étage et flanquée de deux tours. Pendant la période des vendanges et de la vinification, une partie du premier étage était occupée par un “ingénieur” comme on disait sur l’île, je pense un “oenologue”, qui venait de Paris. [...]

Références documentaires

Documents d'archives
  • Matrices cadastrales et états des sections, 1834-début du 20e siècle.

    Archives départementales de la Gironde : 3 P 405/01-06
  • Ecole de l'île Boucheau, 1934 : transformation de l'école libre en école laïque (20 enfants scolarisés).

    Archives départementales de la Gironde : 2 O 3172
  • Arrêtés préfectoraux concernant des autorisations d'établissement de cales et "peyrats" sur les rives de la Gironde.

    Archives départementales de la Gironde : SP 2904
Documents figurés
  • Plan cadastral napoléonien, 1832.

    section B Archives départementales de la Gironde : 3 P 405
Bibliographie
  • BOCHEUX Antoine. Histoire de l’île Nouvelle, naissance et évolution d’une île de l’estuaire de la Gironde. Mémoire de maîtrise d’histoire contemporaine, sous la direction de C. Bouneau et D. Coquillas, université Michel de Montaigne-Bordeaux 3, 2004.

  • BOCHEUX Antoine. "L'île Nouvelle, de sa formation à la tempête de 1999". L'Estuaire de la Gironde, les cahiers n° 7, actes du 8e colloque publiés par le Conservatoire de l'estuaire de la Gironde, 2007.

    P. 34-60.
  • BRUTAILS Jean-Auguste. Les îles de la Basse Garonne et de la Gironde ; contribution à l'histoire de la rivière de Bordeaux. Bordeaux : Gounouilhou, 1913.

    P. 22-23.
  • COCKS Charles, FERET Edouard. Bordeaux et ses vins classés par ordre de mérite. Bordeaux : Féret, 1868 (2e édition).

    P. 346.
  • COCKS Charles, FERET Edouard. Bordeaux et ses vins classés par ordre de mérite. Bordeaux : Féret et Fils, 1874 (3e édition).

    P. 432.
  • COCKS Charles, FERET Edouard. Bordeaux et ses vins classés par ordre de mérite. Bordeaux : Féret, 1898, revue et augmentée de 450 vues de châteaux viticoles (7e édition).

    P. 264, 628.
  • COCKS Charles, FERET Edouard. Bordeaux et ses vins classés par ordre de mérite. Bordeaux : Féret, 1922 (9e édition).

    P. 338-339, 875.
  • FERET Edouard. Statistique générale du département de la Gironde. Bordeaux : Féret, 1878.

    P. 66-67.
  • MALVEZIN Théophile. Les grands vins de Bordeaux. Bordeaux : L’Oenophile, imp. G. Gounouilhou, s.d. [après 1922].

    P. 39.
Périodiques
  • L´ESPERANCE. Journal de l´arrondissement de Blaye, littérature, beaux-arts, commerce, agriculture et annonces, 1836-1904.

    [exemplaires en ligne sur le site Gallica.fr : https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32768861f]

    19 avril 1896, p. 4.

Liens web

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