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Île de Patiras

Dossier IA33006389 réalisé en 2011

Fiche

Œuvres contenues

Précision dénomination île
Appellations île de Patiras
Dénominations écart
Aire d'étude et canton Estuaire de la Gironde (rive droite) - Blaye
Adresse Commune : Saint-Androny
Lieu-dit : île Patiras

L´île émerge vers 1625, résultat d´un processus de déplacement et d´agglomération d´alluvions ainsi que d'une partie des sables et graviers provenant de l’ancienne île d’Argenton. En 1628, des lettres patentes signalent que Patiras fait l´objet d´une concession à rente annuelle à Jacques de Thiville de Rochevert et Denis de Cazaux. Ce dernier en devient propriétaire vers 1630. Le centre de l’île est suffisamment affermi et hors d’eau pour être couvert d’herbes et de roseaux tandis que les extrémités sont en vase. Vers 1825, une nouvelle île apparaît, appelée île Philippe. La commune de Saint-Androny en prend procession le 2 novembre 1835. Elle est définitivement réunie à Patiras en 1950.

Sa situation au milieu du fleuve et sa proximité avec Pauillac en font, tout au long du 18e siècle, un lieu stratégique pour le mouillage de bateaux remontant l’estuaire et mis en quarantaine à cause des risques de contagion de maladies, comme la peste.

Dès le début du 18e siècle, une grande partie des terres sont exploitables. Elles sont affermées et dédiées à l’élevage et à la culture de céréales et une ferme, dite la métairie de Saint-Paul, est bâtie au nord-est de l’île. Vers 1770, les documents concernant les états de dépenses relatifs à la navigation indiquent la réquisition de la grange et des bœufs de la métairie pour entreposer provisoirement les marchandises des navires en quarantaine. Entre la fin du 18e siècle et le début du 19e siècle, les risques de contagions de maladies de bateaux provenant de la Nouvelle-Angleterre ou des Antilles conduisent au projet d’installation d’un lazaret sur l’île. Ainsi, le rapport sur la recherche d'un local propre à l'établissement d'un lazaret du 23 novembre 1800, indique qu’elle "est cultivée en son entier, savoir en gros et menus grains dans sa partie nord et en prairies dans celle du sud. Elle comporte un seul établissement à son extrémité nord occupé par six personnes attachées à la culture et un gardien pour les animaux. [...]." Malgré l’arrêté préfectoral du 18 mai 1803, le projet de lazaret n'est pas réalisé faute de financement suffisant. Finalement, c’est une ordonnance royale de 1822 qui décide de la construction du lazaret à Trompeloup à Pauillac.

Au début du 19e siècle, la culture de la vigne est introduite. Les états de section de la matrice du cadastre de 1832 montrent les parcelles de vignes concentrées au centre de l’île, autour des bâtiments de la Sirène. Sur le plan cadastral, des constructions figurent au nord, à Saint-Paul, au centre, à La Sirène et à La Trinité, et enfin, au sud, à Sougnet. Selon Michel Aka, dans son ouvrage consacré à Patiras, les nouveaux propriétaires font bâtir en 1820 deux maisons sur la propriété qui deviendra Valrose : l’une à l’est, pour y loger l’ouvrier agricole et sa famille pour un coût de 3 400 francs ; l’autre, destinée au métayer et couplée avec un parc à bestiaux, pour un total de 4 000 francs. Dix ans plus tard, une nouvelle maison est construite à Valrose pour un ouvrier et sa famille. Toutes ces constructions ont été réalisées à frais communs, les propriétaires étant en indivision.

De nombreux peyrats sont également signalés sur le plan cadastral, tout autour de l’île et principalement à l’ouest, ainsi qu’un port, dit port de la Sirène, et deux "conches" : celle des pêcheurs à l´ouest et la "conche d´abord" à l´est. Ces aménagements facilitent la communication entre l’île et le continent.

Avec l’intensification de la viticulture au cours de la seconde moitié du 19e siècle, le système de bail à fermage disparaît au profit d´une gestion des cultures avec régisseurs. Des chais et des cuviers sont bâtis ainsi que des logements pour les ouvriers et leurs familles. Vers 1858, le propriétaire, un certain Dolley, fait ériger une chapelle domestique, dédiée à Notre-Dame-des-îles.

En 1859, la décision ministérielle du 2 novembre, relative à l’établissement d’une ligne de feux pour éclairer l’intérieur de la Gironde et sécuriser la navigation, prévoit l'installation d'un feu à Patiras. Pour autant, ce n’est qu’en 1879 que le phare actuel est construit, complété par l'aménagement d'un débarcadère avec un chemin d’accès sur la rive nord-ouest.

En 1862, le propriétaire de l’île Bouchaud voisine, M. Foncade, souhaite renforcer la pointe nord de son île. Le projet pour lutter contre l’érosion consiste à établir un barrage entre la pointe sud de Patiras et la pointe nord de Bouchaud. Le 13 novembre 1863, par décret, les travaux sont déclarés d’utilité publique. Ils sont réalisés par l’entrepreneur Jacques Escarraguel. Néanmoins, en 1869, les travaux sont suspendus car ce barrage pose des problèmes à la grande navigation sur l’estuaire. Dix ans plus tard, les ingénieurs sont autorisés à terminer les fondations de cette digue-barrage afin de maintenir la protection contre l’érosion. Réduits au minimum, ces travaux ne gênent plus la navigation.

Pendant la crise du phylloxéra, les domaines viticoles de Patiras connaissent un essor important grâce à la méthode de submersion des parcelles de vignes pendant les mois d’hiver, permettant de tuer l’insecte. Les années 1880 voient la construction d’une maison de maître avec une tour à la Trinité, les chais-cuviers tripartites et de nouveaux logements d’ouvriers à Valrose.

Selon Michel Aka, une instruction primaire est dispensée par le frère Félix Le Masson, qui tient en fermage une partie de l’île, aux enfants de la colonie qu’il dirige. Ce n’est que dans les années 1930 qu’une école est installée, dans un local loué et abritant la classe et le logement de l’instituteur. En 1951, une école est construite sur une parcelle appartenant à la commune par la famille Fonsale.

A la fin du 20e siècle, la viticulture cesse au profit d’une intensification de la céréaliculture. La plupart des bâtiments des différents domaines sont alors abandonnés.

Période(s) Principale : 17e siècle
Principale : 18e siècle
Principale : 19e siècle

Patiras est l’île la plus septentrionale de l’archipel de Gironde. Elle fait face à Pauillac sur la rive gauche et à Saint-Androny sur la rive opposée. Sa forme en amande est caractéristique des îles de l’estuaire. Au nord-ouest y est implanté le phare tandis qu’au centre et au sud de l’île se situent les anciens domaines d’exploitations viticoles et agricoles. Une digue ceinture l’ensemble, ponctuée de pontons ou de "peyrats" au niveau du phare et de chaque ancien domaine.

Annexes

  • Extraits des COCKS et FERET, Bordeaux et ses vins

    Édition de 1893 :

    " Le Château-Sirène appartient à M. Amaury de la Monneraye. Il comprend plus de 45 hectares, entièrement consacrés à la culture de la vigne. Ce domaine est devenu un vignoble modèle et l´un des plus remarquables de la Gironde. Ses vastes chais et cuviers sont supérieurement installés, et leur agencement est aussi pratique que perfectionné. Tous ses travaux d´irrigation, de submersion, d´outillage et constructions nouvelles ont été conduits admirablement par les soins de M. l´ingénieur Théodore Leysen.

    Le vin du Château-Sirène est produit par 3/4 cabernet, 1/4 merlot, malbec et petit-verdot. Il a un agréable bouquet, du moelleux, un titre alcoolique élevé et une très grande finesse due à ses cépages, notamment à l´ancienneté d´une portion importante du vignoble. La production peut atteindre largement de 400 à 450 tonneaux dans les bonnes années.

    A l´exposition universelle de Paris 1889, M. de La Monneraye a obtenu pour son Château-Sirène une médaille d´argent, la plus haute récompense dans les vins de cette catégorie.

    L´exploitation générale se fait au moyen d´un chemin de fer Decauville".

    Édition de 1908 :

    "Château de Patiras : Un vignoble dont les produits, vins rouges et vins blancs, jouissant d´une grande estime comme vins grands ordinaires, et sont toujours vendus directement aux consommateurs. Ce vignoble, d´une étendue de 101 hectares, est composé de cépages tous de choix, moitié en vignes de trente-cinq à quarante ans et moitié en vignes de sept à vingt-cinq ans. Il produit environ 700 tonneaux de vins rouges et 125 tonneaux de vins blancs, tous susceptibles d´une longue conservation par le vieillissement naturel.

    Cru Sirène-nord : Des plantations magnifiques d´arbres fruitiers dont les produits sont hors ligne pour leur saveur. Les pruneaux secs à cuire, variété perfectionnée de la prune d´Agen, prune d´ente, sont préparés avec les plus grands soins de propreté dans des étuves à l´abri de la poussière. Il est inutile de les laver pour les faire cuire".

    Édition de 1929 :

    "Le cru La Tour-Blanche-de-Patiras fait partie des vignobles de Valrose et Sirène-Nord ; il est formé des meilleurs cépages blancs, qui ont noms sauvignon, muscadelle et sémillon, qui se trouvent dans ces deux vignobles et, par suite, produit des vins de premier ordre ; on peut compter sur une production moyenne de 30 tonneaux. Ce cru est déjà connu depuis de nombreuses années et est indiqué dans les éditions de Bordeaux et ses Vins."

    Édition de 1949 :

    "Le Château de Patiras, au centre du domaine de la Trinité, donne son nom à un magnifique vignoble, complanté en cépages fins, et minutieusement cultivé suivant les vieilles traditions médocaines ; une vinification soigneusement conduite, une cuverie moderne, garantissent les remarquables qualités et tenue de ses vins renommés qui sont très recherchés par le haut commerce. M. Fonsales-Alibert est aussi propriétaire des crus Trinité-Valrose et Sirène-Sud, produisant une moyenne de 80 tonneaux d´excellents vins blancs. Appellations contrôlées : "Bordeaux supérieur " et "Blaye ".".

  • Compléments bibliographiques

    FERET, Edouard. Statistique générale du département de la Gironde. Bordeaux : Féret, 1878 :

    "L´ILE SAINT-LOUIS ou PHILIPPE, située à 30 kilom. du Bec d´Ambès, fait partie de la commune de Saint-Androny. Longueur, 2.100 m., largeur maximum, 280 m. Elle n´existait pas en 1825 ; elle n´avait en 1842 que 3 hect. ; aujourd´hui elle en compte 42, mais la surface cultivée, entourée de digues, n´est que de 9 hect. On y récolte des artichauts, du blé et de l´avoine. Les prairies en dedans et en dehors des digues servent de pacages. Cette île appartient à M. La Fonta. Population, 3 personnes.

    L´ILE DE PATIRAS, située à 18 kilom. du Bec d´Ambès, fait partie de la commune de Saint-Androny. Longeur, 3.600 m., largeur maximum, 600 m. Sa superficie, qui était en 1752 de 125 hect., en atteint aujourd´hui 280, dont 110 hect. de vignes et 100 de terres labourables entourées de digues qui n´ont pas moins de 10 hect. de superficie, et en dehors desquelles en trouve 60 hect. de prairies. Elle est habitée par 25 familles et 40 à 50 personnes de population flottante. Elle appartient à MM. Lorois, de la Monneraye et Dollet. L´Etat possède aussi une petite parcelle sur laquelle est établi un phare.

    Un projet de barrage du bras compris entre l´île Bouchaud et l´île Patiras a été déclaré d´utilité publique par un décrêt du 13 novembre 1863 qui a affecté une somme de 220,000 fr. à ce travail. On a consacré à cette entreprise, en1867 et en 1868, 151,460 fr. 69 c. En 1869, les crédits ont tous été employés à relever les digues du bras de Macau, et ce travail est depuis lors suspendu faute d´argent. La question de fermeture de ce bras fait l´objet d´études nouvelles. On va probablement commencer les travaux sous peu."

    JOANNE, Paul (dir). Dictionnaire géographique et administratif de la France et de ses colonies. Paris : Hachette, 1890, fol L 16-46 :

    "L´ile Bouchaud ou du Grand-Vagnard, qui prend à l´estuaire 8 hect., tandis qu´elle n´en prenait que 44 en 1812, et où vivent 40 personnes pourvues d´eau potable par un puits artésien débitant 20 lit. par seconde : il est question de l´unir par des digues à l´île immédiatement en aval ; l´île de Patiras, qui est la plus grande de toutes celles de la Gironde : dépendante de Saint-Androny, v. de la rive dr., en face de la ville de Pauillac (rive g.) par son extrémité d´aval, sa surface s´est plus que doublée depuis l´an 1752, puisque de 125 hect. elle est arrivée à 280 sur lesquels habitent 25 familles, plus 40 à 50 individus de population flottante ; l´île Philippe ou île Saint-Louis, annexe de l´île de Patiras au N.E., n´a encore que 42 hect., mais il faut dire qu´en 1842 elle se bornait à 9 hect., et qu´elle n´existait pas en 1825".

    GUILLON, J.-M.. Les grands vins de Bordeaux. Bordeaux : Société de l'annuaire de la Gironde, 1939 :

    "Il y a dans l´île de Patiras la Val-Rose, belle maison bourgeoise entourée d´une vaste propriété ; et au village de Gayet, la maison de M. David, qui a un pavillon, des arbres et un mur de clôture. " [...] "Il y a encore, dans l´île de Patiras, les propriétés de MM. Rondeau (Val-Rose), Daulay et Laurey, qui récoltent chacune de 100 à 120 tonneaux".

  • Dépouillement du fonds du Port Autonome de Bordeaux, 2002/086 n°1181, AD Gironde : 9ème section - Rivières navigables et flottantes : île de Patiras

    Construction d’un barrage entre les îles Bouchaud et Patiras, 1862-1870

    - réclamation de M. Foncade propriétaire de l’île Bouchaud au sujet des érosions de l’île, 1862.

    - décision ministérielle du 9 janvier 1862 déclarant que l’administration n’est pas responsable des dommages dont se plaint M. Foncade et autorisant la présentation d’un projet pour la fermeture du bras.

    - décision ministérielle du 9 août 1862 ordonnant de soumettre le projet à une enquête d’utilité publique et nautique.

    - devis du projet de barrage entre les îles Bouchaud et Patiras, par M.M. Drœling (ingénieur en chef) et Joly (ingénieur ordinaire), Bordeaux le 30 juin 1862 : "Lieux d’extraction des moellon : art. 5. – Les moellons proviendront des carrières situées sur la rive droite de la Gironde et de la Dordogne".- décret du 13 novembre 1863 déclarant les travaux d’utilité publique.

    - adjudication et exécution des travaux : Escarraguel (entrepreneur), 1867-1870.

    Achèvement des travaux d’endiguement entre les îles Bouchaud et Patiras 1876-1879

    - projet des 24-28 août 1876 demandé par la dépêche ministérielle du 15 juillet 1876

    - décision ministérielle du 3 janvier 1879 approuvant le projet et autorisant l’exécution des travaux par l’entrepreneur du bail d’entretien des digues.

    - extrait des plans de sondages de la Gironde à joindre au rapport de l’ingénieur soussigné relatifs à la situation du barrage entre les îles Bouchaud et Patiras. Bordeaux, le 24 août 1876.

    - Rapport de l’ingénieur ordinaire, Régauld, Bordeaux le 24 août 1876, relatif au barrage entre les îles Bouchaud et Patiras : "Par une dépêche en date du 15 juillet 1876, M. le ministre des travaux publics invite les ingénieurs du service maritime à présenter un rapport sur la situation des travaux d’endiguement entrepris dans la Gironde entre les îles Bouchaud et Patiras.Les travaux dont il s’agit ont été approuvés par un décret du 13 novembre 1863 et adjugés au sieur Jacques Escarraguel le 12 février 1867 […]. Les études entreprises dès 1869 sur le régime de la rivière ayant fait naître des doutes sur l’utilité du barrage projeté au point de vue de la grande navigation, les travaux ne furent pas continués et l’entreprise fut liquidée. […] Mais il s’est manifesté un fait, qui, sans détruire les motifs d’ajournement, paraît de nature à donner raison dans une certaine mesure aux vœux des conseils électifs et aux plaintes des particuliers. La crête du barrage dans son état actuel présente la figure indiquée sur le profil ci-joint. Elle n’est pas horizontale du côté d’amont elle dépasse le niveau de l’étiage […], et du côté d’aval elle s’abaisse au-dessous du même niveau de 0.90 et cela tout près de la pointe sud de l’île de Patiras. Cette différence de niveau dans les divers points de la crête de barrage doit produire et produit effectivement un déversement des eaux du jusant qui du grand bras de la Gironde vont se précipiter contre la rive sud de l’île et la menacer d’un danger réel. Pour éviter les graves dommages qui peuvent résulter de cet état de choses, il importe de recharger le barrage et de dresser sa crête suivant la ligne plus élevée près des îles qu’au milieu. […] En conséquence de ce qu’il précède, nous sommes d’avis qu’il y a lieu de la part de l’Administration supérieure d’autoriser les ingénieurs à recharger la crête du barrage commencée entre les îles Bouchaud et Patiras."

    - Décision ministérielle des travaux publics du 3 janvier 1879 : " [...] 1)D’autoriser les ingénieurs à terminer les fondations de la digue dont la construction a été entreprise entre les îles Bouchaud et Patiras, en réduisant le travail au strict nécessaire pour protéger la tête amont de la seconde de ces deux îles [...] 2)De les autoriser également à confier l’exécution de ce travail à l’entrepreneur de l’entretien de cette partie du fleuve.

    - soumission du sieur Clément Viaud, demeurant à Gauriac, en charge de l’entretien des digues, 28 janvier 1879

  • Dépouillement de la sous-série 5 M 75, AD Gironde

    Lettre de l'agent maritime à l'administration départementale de la Gironde relative aux mesures de quarantaines de navires, 22 pluviôse an IV (11 février 1796) : "Citoyen, Le ministre de la marine et des colonies m'ayant prescrit le 4 nivôse de prendre de concert avec l'officier chargé des mouvements maritimes en ce port toutes les mesures convenables pour que les navires américains venant des ports de la Nouvelle Angleterre fassent exactement une quarantaine de 14 jours et cette mesure n'ayant pu être exécuté que par des moyens sur et par le concours de diverses autorités, j'ai cru en la plus grande importance de rédiger l'instruction ci-jointe pour le bureau de santé à établir à Pauillac. Laquelle instruction a été adressée [Cme] Conte et moi l'administration municipale du dit Pauillac avec la lettre toute ci-jointe également la copie. Je crois devoir vous donner connaissance de ces différentes dispositions afin qu' de votre coté vous puissiez concourir à leur meilleur effet en ce qui pourra nous concerner et je pense qu'animés du zèle le plus pur pour le salut de tous vos concitoyens, vous adopterez comme nous avons cru devoir l'établir le [Cme] Conte et moi, la création du bureau de santé dont il s'agit, si essentiellement commandé par les circonstances à raison des maladies affreuses qui règnent dans la Nouvelle Angleterre à qui le gouvernement ni pourra sans doute qu'appuyer?"

    Instruction pour le bureau maritime conservateur de la santé à établir à Pauillac, 22 pluviôse an 4 (11 février 1796) : "Le bureau doit être composé d'un membre de l'administration municipale, de l'officier des classes de la marine du lieu, d'un officier de santé connu et d'un interprète en langue américaine. Il aura à ses ordres une chaloupe armée du nombre d'hommes nécessaire. Il se transportera à l'arrivée de chaque bâtiment américain le long de bord en ayant soin de garder le vent. Il ne communiquera avec l'équipage du navire mouillé au lieu désigné pour la quarantaine d'aucune autre manière que par la parole. Le signal d'un navire en quarantaine une fois rendu dans le lieu de mouillage lequel lieu sera indiqué par le bâtiment stationnaire de la République qui le premier à ordre d'aller reconnaître les navires arrivants, sera un pavillon bleu au mât de misaine ou tout autre à ce signal le bureau de santé pourra le reconnaître comme navire quarantenaire et le transporter le long de bord, tout de suite s'il est possible. [...] Il commencera par requérir le capitaine de faire paraître tout son équipage et les passagers s'il y en a sur le pont. [...]"

    Rapport sur la recherche d'un local propre à l'établissement d'un lazaret, 2 frimaire an 9 (23 novembre 1800) : Nous ingénieurs maritimes, sous-chef des mouvements et chirurgien major de la marine en ce port préposé par le commissaire principal et [?] de ses ordres pour rechercher dans le [court] ou le voisinage des rivières de la Gironde un local convenable à l'établissement d'un lazaret provisoire autorisé par la dépêche du ministre de la marine du 17 du mois dernier au préfet maritime du 5e arrondissement, nous sommes transportés [?] sur l'île de Patiras située au milieu de la rivière et à trois quart de lieues dans l'est de Pauillac. Cette île mesure 1600 toises en longueur et 180 dans la plus grande largeur. Elle est cultivée en son entier, savoir en gros et menus grains dans sa partie nord et en prairies dans celle du sud. Elle comporte un seul établissement à son extrémité nord occupé par six personnes attachées à la culture et un gardien pour les animaux. [...]."

    Lettre du commissaire principal de la marine au préfet du département de la Gironde relative au lieu d'emplacement d'un lazaret, 4 frimaire an 9 (25 novembre 1800) : "[…] le lieu le plus favorable pour l'établissement d'un lazaret […] que la petite île de Patiras située au milieu de la rivière et à trois quart de lieues dans l'est de Pauillac convenait parfaitement pour remplir l'objet qu'on se propose. Mais cette île appartenant aux citoyens Forget et Mongin, boucher de cette commune, je ne puis donner des ordres nécessaires pour y faire construire les cabanes qui doivent servir de logement aux marins et à l'officier de santé qu'autant que vous voudrez bien prendre un arrêté qui mette à disposition de la marine l'emplacement nécessaire pour cet établissement, comme s'agissant de l'intérêt général. [...]"

    Arrêté préfectoral d'autorisation d'installation d'un lazaret, 5 frimaire an 9 (26 novembre 1800) :

    "[…] article 1er : Il sera construit à l'extrémité de l'île de Patiras sur la pointe du côté de Pauillac, un premier bâtiment composé d'un rez-de-chaussée et d'un premier étage. Ce bâtiment est destiné à loger le chef de l'île chargé de la direction du mouvement et de l'exécution de tourtes les opérations relatives à l'établissement et au service du Lazaret d'observation. On y entrera par une avant-cour fermée d'une barrière en fer qui embrassera toute l'étendue de la dite avant-cour et par conséquent le bâtiment est placé dans son centre. Au rez-de-chaussée de ce premier édifice seront renfermés les agrès et apparaux du bateau de service et tous les objets d'approvisionnement nécessaires à la mise en activité des procédés d'usage, pendant les quarantaines ordonnées par les membres du bureau de santé et d'administration dont il sera porté dans la suite du présent arrêté réglementaire.Au premier étage seront logés le chef de l'établissement, sa suite, un chirurgien de sa pharmacie, le patron du bateau de service et son aide, un aubergiste ou restaurateur dont la cuisine et ses dépendances seront placés au rez-de-chaussée, enfin les gardiens des divers enclos et un concierge ou un portier.Le chef seul correspondra directement avec le bureau de santé et d'administration qui à défaut d'emplacement convenable dans l'île tiendra ses séances à Pauillac, et qui de là, par voie du bateau de service, transmettra ses ordres au chef de l'établissement sur la durée des quarantaines, sur la nature des remèdes et des parfums à administrer que sur la méthode à suivre dans l'exécution des mesures de salubrité qu'il jugera ) propos de prescrire suivant l'exigence des circonstances à l'égard des passagers, équipages et marchandises susceptibles dans le cas de subir la quarantaine.L'appartement du chef de l'établissement dominera sur toute l'étendue de l'ile, il sera éclairé au nord et au sud par des croisées qui prendront du plancher jusqu'au plafond et qui donneront entrée sur un balcon régnant à l'extérieur tout autour de l'édifice.Les autres logements tant du chirurgien de résidence, du patron de bateau et de son aide, que du restaurateur, des gardiens et du portier seront adossés aux appartements du chef et de sa suite sans aucune communication intérieure des uns aux autres.

    Article 2e : A six toises de la barrière de clôture du premier édifice mentionné en l'article précédent, et en suivant les sinuosités de l'ile de manière que l'entrée de chaque enclos soit rapprochée le plus possible du bord de l'ile donnant du côté de Pauillac, sera construit un second corps de bâtiment avec de nombreuses fenêtres percées dans la direction du nord au sud, pour y faciliter le renouvellement et la libre circulation de l'air.Ce corps de bâtiment sera divisé en diverses chambres ou cellules au rez-de-chaussée, qui n'auront aucune communication intérieure entre elles et qui toutes auront leurs entrées distinctes et séparées par une très vaste cour commune qui circulera tout autour de l'édifice et qui sera fermée par une muraille haute au moins de six pieds. Les portes d'entrées et de sortie donneront sur la rivière du côté de Pauillac.Le bâtiment placé au milieu du dit enclos sera l'asile des passagers et des équipages soumis à la simple quarantaine d'observation, dans tous les cas où les circonstances aggravantes et des symptômes de contagion n'obligeraient pas le bureau de santé de l'administration à leur appliquer une retraite plus isolée dans un enclos particulier dont il sera parlé ci-après, pour y être traités et soignés séparément suivant la nature de leur maladie, pendant une quarantaine et plus longue et plus rigoureuse que celle qui se fera dans le premier enclos dont la véritable et unique destination est suffisamment expliquée par le premier article.

    Article 3e : Immédiatement à la suite du mur de clôture de l’enclos désigné au précédent article, seront construits deux vastes hangars ou salles, toujours dans la direction du nord au sud.Ils seront ouverts de tous côtés par des arcades afin que les hardes et marchandises qui y seront déposés avec toutes les précautions capables d’empêcher aux vents de tout emporter.

    Article 4e : L’un de ces hangars formera un enclos séparé ayant son entrée et sa sortie sur la rivière du côté de Pauillac. Il sera destiné uniquement à recevoir les objets de cargaison, ballots, marchandises de genre susceptible, soumis à la simple quarantaine d’observation, dans tous les cas où pendant la traversée des bâtiments partis des lieux suspects il ne se sera manifesté dans les dits bâtiment aucun accident qui puisse augmenter les craintes de son approche, et les soupçons d’une contagion prête à se développer.

    Article 5e : L’autre hangar construit de la même manière, également aéré de toutes parts, formant un second enclos séparé du premier, ayant comme lui ses issues particulières du côté de la rivière sera destiné à recevoir les hardes et marchandises de genre susceptible, qui y seront mises en purge avec toute la sévérité des précautions les plus propres à empêcher toute communication et propagation du mal, pendant toute la durée de leur quarantaine et des épreuves auxquelles elles seront soumises.

    Article 6e : A l’extrémité de l’île, dans sa partie la plus élevée en même temps la plus reculée et la moins fréquentée sera formé un dernier enclos bien muré, dont l’entrée et la sortie seront également placées sur le bord de la rivière dans la direction du nord au sud, et sans aucune communication avec les autres enclos et édifices de l’île.Au milieu de ce dernier enclos sera construit un corps de bâtiment divisé en cellules bien exposées à tous les vents et destinés à loger les personnes attaquées de maladies contagieuses.C’est dans ce local qu’elles feront la quarantaine rigoureusement usitée pour les cas d’une contagion portant des indices de malignité véritablement caractérisée ; elles y recevront jusqu’à leur parfaite convalescence et l’entière consolidation de leurs plaies, tous les secours qu’exigent leur situation et la gravité de leur maladie, en observant à leur égard les précautions de mesures de prévoyance dont l’omission ou la négligence seraient dans le cas de compromettre l’état de santé des autres enclos, et en général des autres parties de l’île.Dans le cas de mort pendant la durée de la quarantaine les cadavres seront ensevelis avec de la chaux vive, dans une fosse profonde qui sera creusée dans l’une des extrémités de l’enclos, et dans l’autre extrémité du même enclos seront brûlés toutes les hardes et tous effets à usages du défunt.Les personnes qui auront touché ces cadavres, ou même auront communiqué de prés avec les malades avant leur décès, seront-elles-mêmes soumises à une quarantaine rigoureuse qui ne commencera que du jour de la sépulture : elles prendront des hardes neuves et elles se laveront le corps au vinaigre, à l’époque ou commencera leur quarantaine."

Références documentaires

Documents d'archives
  • Archives départementales de la Gironde, C 1, [non consulté] : Ordonnance de MM. Faucon de Ris, de Labourdonnaye, de Lamoignon et de Boucher, intendants de Bordeaux (mouillage de navires à l'île de Patiras) , 1686-1726.

  • Archives départementales de la Gironde, C 369, [non consulté] : Correspondance du subdélégué de Lesparre avec l'Intendant : île de Patiras, 1762-1763.

  • Archives départementales de la Gironde, C 2352, [non consulté] : Domaine îles et graviers. Aliénation ; île de Patiras, 1731-1778.

  • Archives départementales de la Gironde, C 369, [non consulté] : Correspondance du subdélégué de Lesparre avec l'Intendant : île de Patiras , 1762-1763.

  • Archives départementales de la Gironde, C 1683, [non consulté] : Correspondance entre Esmangart (Intendant de Bordeaux) avec les ministres Bertin et de Boyres (île de Patiras) , 1770-1771.

  • Archives départementales de la Gironde, 5 M 75 : Projet d'établissemnt de lazaret sur l'île de Patiras [non consulté], 1802-1804.

  • Archives communales, Registre des délibérations 1824 1836 : Délibération du conseil municipal : prise de pocession d'un banc de sable, 2 novembre 1825.

  • Archives communales, Registre des délibérations 1950 - 1980 : Délibération du conseil municipal : construction d'une école sur l'île de Patiras, 5 novembre 1950.

  • Archives communales, Registre des délibérations 1950 - 1980 : Délibération du conseil municipal : adjudication des travaux de l'école, sur l'île, 5 mai 1951.

  • Archives communales, Registre des délibérations 1950 - 1980 : Délibération du conseil municipal : recensement des habitants de Patiras, 26 janvier 1955.

  • Amélioration des passes de la basse Garonne et de la Gironde : construction d’un barrage entre les îles Bouchaud et Patiras , 1862-1870.

    Archives départementales de la Gironde : Fonds du Port Autonome de Bordeaux, 2002/086 n°1181
  • Décret de déclaration d'utilité publique des travaux, 13 novembre 1863.

    Archives départementales de la Gironde : Fonds du Port Autonome de Bordeaux, 2002/086 n°1181
  • Adjudication à Escarraguel (entrepreneur) des travaux pour la construction d'endiguement entre les îles Bouchaud et Patiras, 1867.

    Archives départementales de la Gironde : Fonds du Port Autonome de Bordeaux, 2002/086 n°1181
  • Achèvement des travaux d’endiguement entre les îles Bouchaud et Patiras, 1876-1879.

    Archives départementales de la Gironde : Fonds du Port Autonome de Bordeaux, 2002/086 n°1181
  • Lettre de l'agent maritime à l'administration départementale de la Gironde relative aux mesures de quarantaines de navires, 22 pluviôse an IV (11 février 1796).

    Archives départementales de la Gironde : 5 M 75
  • Instruction pour le bureau maritime conservateur de la santé à établir à Pauillac, 22 pluviôse an 4 (11 février 1796).

    Archives départementales de la Gironde : 5 M 75
  • Rapport sur la recherche d'un local propre à l'établissement d'un lazaret, 2 frimaire an 9 (23 novembre 1800).

    Archives départementales de la Gironde : 5 M 75
  • Lettre du commissaire principal de la marine au préfet du département de la Gironde relative au lieu d'emplacement d'un lazaret, 4 frimaire an 9 (25 novembre 1800).

    Archives départementales de la Gironde : 5 M 75
  • Arrêté préfectoral d'autorisation d'installation d'un lazaret, 5 frimaire an 9 (26 novembre 1800).

    Archives départementales de la Gironde : 5 M 75
  • Lettre de la société de médecine de Bordeaux au citoyen Dubois, conseiller d'état, préfet du département de la Gironde, 28 frimaire an 9 (19 décembre 1800).

    Archives départementales de la Gironde : 5 M 75
  • Lettre du ministre de l'intérieur au citoyen Dubois conseiller d'état préfet du département de la Gironde relative aux précautions sanitaires d'un lazaret, 10 ventôse an 11 (1er mars 1803).

    Archives départementales de la Gironde : 5 M 75
  • Arrêté préfectoral relatif à la construction et à distribution des divers édifices du lazaret d'observation, 28 floréal an 11 (18 mai 1803).

    Archives départementales de la Gironde : 5 M 75
Documents figurés
  • Carte des rivières de la Gironde et Dordogne depuis leurs embouchures jusqu'à Bordeaux / Libourne. papier, encre, aquarelle, par [s.n.], 1692 [Archives départementales de la Gironde, 2 Fi 2068].

  • Carte des limites de Saintonge et de Guyenne. Dessin, encre et aquarelle, par Masse, Claude (cartographe), 1723-1724 [, ].

  • Carte de l´embouchure de la Garonne jusqu´au bec d´Embesse. par Desmarais, 1759 [Archives nationales, F 14 10059/1/].

  • Carte de Belleyme, planche n°12. Plan, papier, plume, par Belleyme (de), Pierre, 1762-1784 [Archives départementales de la Gironde, 2 Fi 1499].

  • Plan cadastral, section A dite de l'île de Patiras. Encre couleurs, par Delâge-Dumoulin (géographe), mars 1832.

    Archives départementales de la Gironde : 3 P 370
  • Plan cadastral, Section B, troisième feuille, dite de Fréneau et des Tiers. encre couleurs, papier, par Delâge-Dumoulin (géographe), mars 1832 [Archives départementales de la Gironde, 3 P 370].

  • Carte du cours de la Gironde de la pointe de Grave à Pauillac d´après la reconnaissance hydrographique publiée au Dépôt des cartes et plans de la Marine. par Manen (ingénieur hydrographe), 1874 - 1875 [Archives nationales, F 14 10059/2/pièce24].

  • Plan et profil en long : projet de relèvement du barrage entre les îles Bouchaud et Patiras. Papier, encre, aquarelle, par (s.n.), novembre 1876.

    Archives départementales de la Gironde : Fonds du Port Autonome de Bordeaux, 2002/086 n°1181
Bibliographie
  • AKA, Michel. Une île de l'estuaire. Cussac-Fort-Médoc : Société Archéologique et Historique du Médoc, 2011.

  • BRUTAILS, Jean-Auguste. Les îles et la basse Garonne et de la Gironde, contribution à l'histoire de la rivière de Bordeaux. Bordeaux : Imprimeries Gounouilhou, 1913.

  • FERET, Edouar. Statistique générale du département de la Gironde. Bordeaux : Féret, 1878.

  • FICHOU, Jean-Christophe, LE HENAFF, Noël, MEVEL, Xavier. Phares. Histoire du balisage et de l'éclairage des côtes de France. Douarnenez : Le Chasse-Marée, 2006.

  • GUILLON, J.-M. Les grands vins de Bordeaux. Bordeaux : Société de l'annuaire de la Gironde, 1939.

  • JOANNE, Paul (dir). Dictionnaire géographique et administratif de la France et de ses colonies. Paris : Hachette, 1890, fol L 16-46.

Périodiques
  • Compères des îles. Univers de l'estuaire, Univers de l'estuaire. 2006.

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