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Établissement thermal

Dossier IA64002658 inclus dans Station thermale des Eaux-Bonnes réalisé en 2018

Fiche

Á rapprocher de

Dénominations établissement thermal
Aire d'étude et canton Pyrénées-Atlantiques
Adresse Commune : Eaux-Bonnes
Adresse : 1 rue Louis-Barthou
Cadastre : 2018 AN 135

Les embryons de l'établissement thermal (XVIIe siècle-1828)

Le développement de la station des Eaux-Bonnes est étroitement lié à la nature des aménagements destinés à l'exploitation de ses eaux curatives. Ses sources sont connues depuis le XIIe siècle et fréquentées régulièrement depuis au moins la Renaissance où elles sont considérées comme "eaux d'arquebusades". Jusqu'à la première décennie du XIXe siècle, la Source Vieille, principale résurgence exploitée, fait l'objet d'aménagements rudimentaires et provisoires sous forme de quatre cabanes en bois. Suite au décret napoléonien de l'an XII (1804), qui encourage la construction de deux bâtisses respectivement dédiées à l'accueil des curistes et des militaires, la commune envisage l'édification d'un établissement thermal plus confortable. Un premier projet est alors édifié en 1828 par l'ingénieur Cailloux.

Les premiers thermes durables et l'essor de la station

La reconstruction de l'établissement originel, sur un projet de l'architecte départemental Jean Latapie qui intervient également aux Eaux-Chaudes, est amorcée en 1837, mais le chantier est retardé en raison des intempéries. Au bâtiment néoclassique de Latapie, est adjoint un "vaux-hall" et la première chapelle.

A compter de 1840, un nouveau médecin thermal, Jean-Baptiste Darralde, exerce son activité dans la station qui lui doit une prospérité fulgurante. Un notable local, le dénommé Taverne, bâtisseur notamment de l'hôtel de France, nommé cette année-là fermier des sources des Eaux-Bonnes, est démis de sa fonction pour n'avoir pas rempli tous ses engagements, en particulier la destruction du vaux-hall pour aménager un espace de promenade. La maîtrise d'ouvrage du chantier est confiée à l'un de ses rivaux, M. Tourné, adjoint au maire et propriétaire d'une importante pension de voyageurs située en face des thermes, qui est alors nommé régisseur des travaux sous la direction de Latapie. Dès sa nomination en tant que régisseur, Tourné insiste d'ailleurs auprès de la commune afin de verser une indemnité de 2.000 francs aux entrepreneurs Pehourcq et Casassus en raison des pertes causées par les intempéries trois ans plus tôt.

En 1849 est effectuée la démolition des baraques en planches, construites quelques années auparavant à titre provisoire par les dénommés Raymont Incamps, Joseph Balous, Jean Loumiet, M. Touch Lapoudre, Martin Grousset et Jean Lopital Percale près de l'établissement thermal sur une parcelle communale, en raison de leur mauvais aspect et de l'entrave à la circulation qu'elles pouvaient occasionner. L'autorité locale souhaite en effet mettre à profit ce terrain à des fins plus appropriées aux besoins des curistes.

Extensions et remaniements sous le Second Empire et la Troisième République : l'âge d'or de l'établissement thermal

Le succès de l'établissement est également dû à l'attachement que lui porte l'impératrice Eugénie, qui s'y rend en cure en 1855 et en 1860, moment où elle commande la construction de l'hospice militaire (futur Hospice Sainte-Eugénie). Face au succès de l'exploitation thermale, la commune d'Aas, propriétaire du site des Eaux-Bonnes jusqu'en 1861, engage des agrandissements en 1848 et 1855 sous la direction de l'architecte départemental Gustave Lévy afin d'absorber la patientèle supplémentaire. Ces extensions se développent sur l'aile gauche de l'établissement néoclassique.

En 1871, des travaux d'entretien sont entrepris afin de réparer, entre autres, les toitures en très mauvais état et de remplacer certaines vasques et des baignoires. Deux ans plus tard, l'architecte départemental Pierre Gabarret réalise, dans cette optique, un projet de mobilier thermal - vasque et baignoire. L'exécution en est confiée au marbrier local, Jean-Pierre Battault en août 1873 après la destruction des exemplaires originels par le maçon Esturonne. Six ans plus tard, les travaux de rénovation des installations sanitaires, notamment l'aménagement d'une salle de gargarisme annoncée dans les journaux, se poursuivent, toujours sous la direction de Gabarret. Cette fois, c'est le carrier Jacques Laplace, établi à Arudy, qui en obtient la maîtrise d’œuvre. Il réalise ainsi les cabinets de bains, les lieux d'aisance, les vasques de la salle des gargarismes, le portique, les carrelages - dans le couloir des bains, le vestibule, les cabinets et les seuils -, ainsi que les baignoires en marbre d'Arudy. Durant cette période, les maîtres d’œuvre et artisans du chantier provenant globalement de la localité comptent l'entrepreneur Charles Courrèges, le plâtrier Lubin, le carrier Jacques Laplace, les marbriers Antoine et Jean-Pierre Battault, les manœuvres Jean Madame et Victor Grousset, et le serrurier Jean-Baptiste Vandres, qui presque tous possèdent une maison dans la commune.

Dans les années 1870, la municipalité maintient l'exploitation en ferme de l'établissement thermal. L'appel à adjudication publié en 1875 implique non seulement la gestion des thermes mais aussi la construction d'un casino, équipement manquant à la station durant son âge d'or. Le bail est attribué pour une durée de vingt-neuf ans à la société Winceslas Chancerelle et Cie, basée à Quimper, qui entre rapidement en conflit avec la commune en raison des travaux de construction du casino. Outre l'affermage, la commune obtient en 1875 l'autorisation de vente d'eau en bouteille de toutes les sources des Eaux-Bonnes. Leurs vertus sont vantées dans la presse thermale et les encarts publicitaires faisant l'éloge "d'un médicament de premier ordre" déposé dans l'ensemble des pharmacies locales.

En 1881, Gabarret dessine un jardin botanique pour le parvis situé entre la mairie et la Maison Tourné, sur la place des Thermes, où il implante notamment une pépinière d'essences "alpestres". La même année, est évoquée la transformation du premier étage du bâtiment néoclassique, autrefois affecté au logement du médecin thermal, remanié en salon de loisirs.

En 1885, alors que l'affaire du casino vient enfin de trouver une issue - judiciaire -, les thermes pâtissent de leur localisation au pied de la Butte au Trésor. Des dommages importants sont occasionnés par des éboulements sur la toiture. Quelques années plus tard, des travaux de décoration sont entrepris, en particulier dans le vestibule, que l'on dote de verrières conçues entre 1897 et 1904 par la fabrique tourangelle J.P. Florence et Cie, et le bureau de l'administration attenant dont le plafond est agrémenté de peintures néoclassiques.

Durant la Troisième République, l'établissement et la commune engagent une véritable politique de communication, par la publication d'encarts publicitaires dans la presse thermale ainsi que par la diffusion d'affiches, à l'instar de l'ensemble des stations de villégiatures balnéaires, thermales ou climatiques. Les Eaux-Bonnes vantent alors les propriétés de leurs sources pour soigner les maladies des voies respiratoires.

Le déclin de l'activité thermale au XXe siècle

Un inventaire du mobilier et du matériel réalisé en 1908 montre que la commune se trouve alors en grande précarité et que le patrimoine thermal devient une charge toujours plus difficile à assumer. Elle ne parvient pas à rembourser ses emprunts, opérés systématiquement pour les investissements liés aux équipements thermaux, et subit une importante baisse de fréquentation, qui annonce un lent déclin tout au long du siècle. En 1910, la municipalité est alors autorisée à continuer l'affermage des thermes à condition que le concessionnaire verse une caution de 100.000 francs correspondant à la dette communale envers le Crédit Foncier.

Dans ce contexte, l'établissement thermal, vieillissant comme l'ensemble des équipements de la station, est remanié par l'architecte Jules Noutary entre 1916 et 1927 afin de raviver la dynamique sanitaire et économique locale. En plus des travaux d'entretien courants, Noutary procède à une extension supplémentaire unifiant les deux ailes du Second Empire. Mais la Seconde Guerre mondiale et la médicalisation de la cure thermale enrayent durablement la fréquentation de l'établissement, quand bien même la commune bénéficie de la fréquentation des enfants de l'Entraide sociale installée dans l'ancien Hôtel de la Paix à proximité des thermes.

La construction de l'audacieuse "bulle thermale" dans les années 2010

Face au déclin de la fréquentation thermale amorcé durant les Trente Glorieuses, la commune des Eaux-Bonnes opte pour le pari d'une extension innovante proposant des prestations adaptées aux attentes de la société du XXIe siècle. Elle décide donc de procéder à un agrandissement de l'établissement, afin de créer un espace thermoludique propice à l'étalement de la saisonnalité et la diversification des profils de baigneurs destiné, notamment, à attirer la clientèle de la station de ski de Gourette durant la saison hivernale.

Le concours d'architecte est remporté par Luc Demolombe, spécialisé dans la construction d'espaces thermoludiques, qui imagine une structure en bois et feuilles de plastique transparentes contrastant diamétralement avec le parti académique de l'établissement du XIXe siècle.

Période(s) Principale : 2e quart 19e siècle
Dates 1829, daté par source
1837, daté par source
1848, daté par source
1860, daté par source
1867, daté par source
1916, daté par source
Auteur(s) Auteur : Cailloux, ingénieur des Ponts et Chaussées, attribution par source
Auteur : Latapie Jean, architecte départemental, attribution par source
Auteur : Gabarret Pierre,
Pierre Gabarret

Architecte communal des Eaux-Bonnes dans les années 1870-1880.


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architecte communal, attribution par source
Auteur : Battault Jean-Pierre, marbrier, attribution par source
Auteur : Cantel,
Cantel

Marbrier installé à Bayonne dans les années 1870.


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Auteur : Courrèges Charles,
Charles Courrèges

Entrepreneur actif aux Eaux-Bonnes dans les années 1860-1880.


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entrepreneur, attribution par source
Auteur : Laplace Jacques,
Jacques Laplace

Carrier à Arudy en 1878.


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carrier, attribution par source
Auteur : Noutary Jules-Antoine,
Jules-Antoine Noutary (1870 - )

Architecte à Pau (14, rue Valéry-Meunier).


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Auteur : Lévy Gustave, architecte départemental, attribution par source
Auteur : Florence Jean Prosper, dit(e) J.P. Florence et Cie,
Jean Prosper Florence , dit(e) J.P. Florence et Cie (1849 - 1917)

Verrier actif de 1883 à 1905. Succède à Lucien-Léopold Lobin en 1892 avec ses neveux Lucien et Emile Lobin. Ils s'associent avec leur oncle Jean-Prosper Florence ; l'atelier prend le nom de "Lobin-Florence". Les frères Lobin quittent l'atelier en 1893. De 1893 à 1895, seul le nom de J.P. Florence apparaît en signature. J.P. Florence s'associe avec Henrich et Bigot, deux contremaitres de l'atelier, en 1897 ; signe alors "J.P.Florence et Cie" ou "Florence. Bigot. Heinich". L'atelier ferme en 1904. Les dernières verrières sont posées en 1905.

Source : répertoire des peintres-verriers : http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/marque_fr?ACTION=NOUVEAU&USRNAME=nobody&USRPWD=4%24%2534P


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peintre-verrier, attribution par source
Auteur : Demolombe Luc, architecte, attribution par source

L'établissement thermal est implanté au pied de la Butte au Trésor, éminence rocheuse d'où jaillit la plus ancienne source des Eaux-Bonnes nommée la Source Vieille. En raison des contraintes topographiques, il se développe le long du chemin d'accès, si bien que sa façade principale n'est pas directement visible depuis l'entrée de la station. Cela explique la nécessité de définir un signal monumental pour signifier sa présence, enseigne incarnée par la chapelle implantée face à la voie d'accès principale. L'édifice constitue le cœur historique des Eaux-Bonnes, le moteur de la croissance de ses aménagements, autour duquel se déploient progressivement de nouvelles constructions et un véritable tissu urbain.

Sa conception s'inscrit globalement dans le courant d'une architecture spécifique à l'émergence des stations thermales de la première moitié du XIXe siècle. En raison de l'institutionnalisation des eaux curatives, la réalisation de ces établissements est confiée aux architectes départementaux et relève nécessairement du style de l'architecture officielle. En outre, compte-tenu de l'imaginaire associé au culte des eaux renvoyant à l'antiquité gréco-romaine, le parti pris néoclassique, en vogue à l'époque romantique, devient rapidement la référence en matière d'architecture thermale. L'établissement des Eaux-Bonnes n'échappe pas à ce courant faisant émerger une logique urbaine nouvelle spécifique aux villes d'eaux et de villégiature.

Les thermes de Jean Latapie

Le bâtiment originel adopte des proportions relativement modestes, qui évoluent par la suite en fonction de la progression de la fréquentation et des avancées médicales. Jean Latapie conçoit à l'origine un plan carré organisé autour d'un patio. L'entrée se compose d'un vestibule, ouvrant autrefois sur un salon de thé à gauche et un escalier toujours existant à droite, puis, au centre, sur le patio, autour duquel se répartissaient dix cabines de bain. Au fond de cette vaste et haute salle, trône encore la fontaine de la Source Vieille dominée par un oculus doté d'une verrière multicolore. Au premier étage, des salons, des chambres et des salles de soins rayonnaient autour du patio agrémenté de baies transparentes. Cette distribution a été légèrement modifiée lors du remaniement pensé par Gustave Lévy sous le Second Empire.

Les élévations obéissent strictement aux préceptes de l'architecture néoclassique, fondée sur le principe de la symétrie et l'inspiration antique, ce qu'illustre en premier lieu la façade principale ordonnancée, dominée par un fronton triangulaire et ponctuée de trois arcades en plein cintre. Cette façade d'entrée, élégante mais peu originale, est similaire à celle du pavillon central des Grands thermes de Bagnères-de-Bigorre, dont les ailes s'étendent cependant davantage en longueur. La couverture pyramidale est couronnée par un petit lanternon apportant une douce lumière dans le patio. L'architecte a puisé dans les matériaux de proximité, en particulier la pierre d'Arudy utilisée pour l'ensemble de la modénature et le soubassement. Les murs de parement sont, quant à eux, recouverts d'un enduit clair, qui, en fonction des périodes, a également été rouge ou ocre.

Jean Latapie avait en outre doté les thermes d'un vaux-hall, bâtiment destiné à des divertissements variés, implanté dans l'ancienne cour - ou place des Thermes - à l'emplacement de l'extension réalisée sous le Second Empire. Près de cet espace, se trouvaient les cabanes commerciales en planches construites à l'initiative de notables locaux, que la commune d'Aas, alors propriétaire du site, fit détruire.

Les extensions et remaniements du Second Empire et de la Troisième République

L'affluence grandissante à la fin de la Monarchie de Juillet conduit à bâtir une extension sur la gauche de l'édifice originel dans le même style officiel néoclassique de l'architecture thermale contemporaine, produisant homogénéité et cohérence entre parties ancienne et nouvelle. Cette première extension se compose d'un corps de bâtiment rectangulaire et d'un prolongement sur l'arrière de la parcelle laissant place à l'espace extérieur de déambulation nommé place des Thermes. Les cabines de soin situées à gauche du patio sont donc remaniées en espace de circulation accueillant notamment des vitrines. Ainsi les portes en plein-cintre ouvrant initialement sur les cabines sont-elles ajourées et se muent en une élégante arcature entre les deux espaces. De même, les baies en plein-cintre de la façade latérale originelle, en partie remaniée, sont conservées et ouvrent sur l'extension à proprement parler. La salle en question, entourée d'arcatures tantôt aveugles tantôt ajourées, se déploie sur toute la hauteur de l'édifice, constituant un volume spacieux et lumineux grâce aux baies du premier étage. Dans la continuité de l'ancien salon de thé, transformé en bureau administratif, à gauche du vestibule, est installée au sein de l'extension une galerie de repos où furent exposées les collections du Musée Gaston-Sacaze au début du XXe siècle. Le soubassement de cet agrandissement est quant à lui dédié à des locaux techniques. Sous le Second Empire, les guides touristiques décrivent précisément les équipements et prestations de l'établissement récemment remanié, désormais doté de vingt baignoires, soit deux fois les capacités d'accueil initiales, ainsi que d'une buvette, de salles de pulvérisation et de gargarisme.

A compter de la Troisième République, des travaux d'entretien et d'amélioration sont régulièrement exécutés. Par exemple, on procède à la réfection des toitures recouvertes de zinc et d'ardoises, des parties supérieures des cheminées, au remplacement de l'originelle vasque collective en zinc des gargarismes par une vasque en marbre blanc de 3.50 m, de baignoires devenues trop petites par des exemplaires également en marbre blanc identiques à ceux de l'établissement d'Orteig, et à la réfection de la tuyauterie en plomb des bains et bains de pied. Les marbres blancs d'Italie utilisés pour ces équipements projetés par Gabarret sont fournis et sculptés par le marbrier Jean-Pierre Battault établi aux Eaux-Bonnes et le carrier Jacques Laplace installé à Arudy. Par ailleurs, un projet de réparation et d'addition des années 1870 mentionne les matériaux de gros œuvre employés, comme le mortier en ciment de Portland, largement utilisé au XIXe siècle, le carrelage en pierre de Louvie ou d'Arudy, les poteaux d'huisserie en sapin, les menuiseries en chêne ainsi que la peinture à l'huile à trois couches pour les décors, notamment pour la grande baie du vestibule. Il s'agit en somme de matériaux et de techniques courants pour l'époque, entre tradition et innovation - à condition que celle-ci soit économique. En ce qui concerne la salle des gargarismes, qui fait l'objet d'un traitement particulier à partir de 1878 pour remplacer l'originelle installation collective, elle se trouve au premier étage de l'édifice de Latapie. De chaque côté d'une allée centrale, sont répartis les espaces individualisés séparés par des cloisons, entre lesquelles se dressent les vasques en pierre de Louvie appuyées sur des socles en marbre d'Italie. Ces installations ont été conservées dans les aménagements de 2017. L'extension du Second Empire, formant une sorte d'équerre, est elle-même agrandie par Noutary qui unit ses deux ailes perpendiculaires par une adjonction implantée sur la dernière partie à découvert de l'ancienne place des Thermes.

L'inventaire du mobilier dressé en 1908 détaille les équipements et les différents espaces des thermes répartis en sections masculines et féminines. Ils comprenaient entre autres dix cabines ordinaires, deux cabines de luxe, des salles d'arquebusades - sans doute dédiées aux soins traumatologiques -, des douches nasales, des salles de humage, des bains de pied et de santé, des bains sulfureux ou encore une buanderie et une salle d'embouteillage.

La partie droite du premier étage du bâtiment originel abritait, quant à elle, des appartements d'abord investis par les fermiers des eaux, puis par le docteur Meunier en 1881, et enfin par les régisseurs de l'établissement. Cet espace portant encore la trace des décors du XIXe siècle et des années 1960 se compose à l'heure actuelle de deux grandes salles désaffectées et en mauvais état, couvertes de parquet en points de Hongrie et ornées de restes de peintures murales néogothiques, de boiseries et de trémies de cheminées. Leurs baies intérieures ouvrent directement sur le patio de l'édifice originel tandis que les baies extérieures donnent sur la route menant à la Source Froide.

L'extension de Luc Demolombe : la "bulle" thermale

Le parti pris de l'extension récente contraste diamétralement avec le style académique néoclassique, qui, à l'époque, relevait d'une relative modernité. La nouvelle structure est implantée sur l'ancienne place des Thermes dans le prolongement de l'agrandissement du Second Empire. Comme dans la plupart de ses réalisations, l'architecte, spécialiste de la modernisation des établissements thermoludiques, associe une structure en bois complexe et une quête de lumière, de confort et de dialogue avec l'extérieur. L'extension, développée sur le plan rectangulaire de l'ancienne place des Thermes et de ses galeries, se compose d'une base couverte de lattes de bois horizontales entrecoupées par des baies se déployant sur toute la longueur. Cette base sert de support à la singulière "bulle" thermale, une structure en bois polyédrique en forme de sphère et recouverte de couches plastiques préférées au verre en raison de leur légèreté. Le projet présenté au concours, exécuté partiellement, prévoyait des aménagements supplémentaires au sein de la place du Gouvernement et du jardin Darralde, où la place et le parc remaniés étaient agrémentés de sphères en verre faisant écho à la bulle thermale, afin de créer une continuité et une cohérence dans l'espace urbain.

Le rez-de-chaussée abrite l'espace thérapeutique thermal avec un grand bassin, un vaporarium et des douches, destinés à divers types de soins et d'exercices. Autour du bassin, se répartissent les piliers porteurs de la structure de la bulle, à la fonction tant architectonique qu'ornementale, et surtout du bassin installé en son sein à plus de cinq mètres de hauteur avec vue sur le village. On accède à cet espace par le premier étage, qui accueille en outre un hammam, un sauna, un espace de chromothérapie, un bassin ludique et diverses autres salles de détente et cabines de soins individuelles. L'étage est couronné par une terrasse agrémentée de baignoires chauffantes permettant d'admirer les flancs de montagne ou la bulle thermale et le petit bourg ossalois. Les divers niveaux de l'extension sont desservis par un escalier en bois clair surmonté d'une verrière aux motifs multicolores abstraits.

Cette extension a conduit à un réaménagement général de l'ensemble de l'établissement. Ainsi le patio de l'édifice originel abrite désormais le bureau de l'accueil prenant place dans un cube préservant les aménagements historiques. L'agrandissement du Second Empire est plus particulièrement destiné à la prise en charge sanitaire des curistes et leur entrée dans les espaces thermaux : la grande salle est ainsi équipée d'un vaste comptoir, de fauteuils d'attente et de portiques d'entrée électroniques ; l'ancienne galerie ayant abrité le Musée Gaston-Sacaze a été transformée en vestiaire ; le prolongement de l'aménagement du Second Empire a été remanié en salle de repos avec chaises longues. Quant aux locaux techniques, ils sont localisés à l'arrière ou dans le soubassement de l'extension, laissant ainsi le confort de la lumière aux espaces réservés au public. L'édifice est parachevé par une structure hors-œuvre de fer et de bois comprenant un escalier et des coursives, installée à des fins de sécurité et de fonctionnalisme.

Murs moellon enduit
pierre pierre de taille
bois essentage de planches
Toit ardoise
Étages 2 étages carrés, étage de comble, étage de soubassement
Élévations extérieures élévation ordonnancée
Couvertures toit à longs pans croupe
pignon couvert
Escaliers escalier dans-oeuvre
escalier hors-oeuvre
États conservations remanié
Techniques vitrail
Représentations homme, vue de ville
Statut de la propriété propriété de la commune, Exploitation par contrat d'affermage.
Intérêt de l'œuvre à signaler

Annexes

  • Exploitation de l'établissement thermal des Eaux-Bonnes

    La gestion des eaux, impliquant diverses problématiques liées aux usages, à la charge et au bénéfice de leur exploitation, est une question essentielle afin de comprendre le fonctionnement de la station. Jusqu'en 1860, les sources appartiennent au village d'Aas situé sur la montagne voisine. Le village opte pour le principe de l'affermage des eaux, hormis durant une brève période entre 1808 et 1821 où la gestion des eaux pyrénéennes est transférée par décret à la Caisse centrale des établissements thermaux des Pyrénées. Certains fermiers se sont distingués par leur influence sur l'essor de la station, comme Taverne dans les années 1830 et Cazaux dans les années 1840, ou Camille Lombart à la fin du Second Empire. Entre 1875 et 1895, l'affermage est adjugé à la Société Winceslas Chancerelle et Cie. A partir de l'entre-deux-guerres, l'exploitation des sources des Eaux-Bonnes et des Eaux-Chaudes s'effectue de façon conjointe, d'abord par la Compagnie fermière des Eaux-Bonnes et des Eaux-Chaudes, puis, après guerre, par l'Entraide Sociale. Les eaux sont exploitées depuis la fin des années 1990 par la société Valvital.

    Les médecins affectés à l'établissement thermal jouent également un rôle essentiel dans le succès de la station. Aux côtés des prestations de cure et de délassement, ils représentent des moteurs d'attraction à part entière de par leur expertise, la qualité de leurs soins et leur notoriété, en particulier Jean-Baptiste Darralde durant la Monarchie de Juillet, et Valéry Meunier sous la Troisième république, sans oublier Herman Pidoux et Noël Gueneau de Mussy, qui ont mené d'importants travaux sur les eaux locales, et Théophile de Bordeu, le père du thermalisme pyrénéen, qui donna une impulsion décisive à l'activité thermale ossaloise et bigourdane dès le XVIIIe siècle en valorisant les propriétés de leurs eaux. Dans une démarche commémorative, l'espace de la buvette est d'ailleurs rebaptisé Salle Pidoux en 1884, à la demande du docteur Valéry Meunier, qui y fait apposer une plaque de marbre noir avec inscription en lettres dorées ainsi qu'un buste sculpté à l'effigie du célèbre médecin.

    Outre leur fonction sanitaire principale, ces grands thermes permettaient un éventail de prestations secondaires contribuant à la qualité de leur accueil et d'une offre touristique et culturelle à la hauteur des attentes de la haute-société. Aussi l'une des salles de l'établissement accueillait-elle une librairie, tenue par l'éditeur Lafon dans les années 1880, un petit théâtre, une voiture à bras, un vaux-hall - pavillon de divertissement - installé temporairement sur l'ancienne place des Thermes, un promenoir couvert autour de la Butte au Trésor, ou encore le Musée Gaston-Sacaze au début du XXe siècle, avant la dispersion de sa collection.

    D'un point de vue logistique, les curistes étaient munis de cartes payantes délivrées par l'établissement qui devaient être récupérées par les garçons de bain et déposées dans une boîte accessible uniquement par le receveur municipal. Le contenu des cartes devait être méthodiquement reporté sur les journaux à souche puis sur un livre de compte récapitulatif. La saison débutait le 15 mai et se terminait le 31 octobre, mais la buvette de la Source Vieille restait cependant accessible aux étrangers et aux habitants de la localité tout au long de l'année. Durant la Belle Époque, le concessionnaire évoqua la précarité des employés de l'établissement qui n'étaient rémunérés que par les pourboires des étrangers, ce qui le conduisit à solliciter une subvention afin de les rétribuer plus dignement.

  • Présentation du décor des thermes des Eaux-Bonnes

    Les décors historicistes du XIXe siècle

    Les décors du bâtiment de Latapie relèvent des courants historicistes en vogue tout au long du XIXe siècle. Les portes d'entrée en bois sculpté de la façade principale sont agrémentées de verrières à motifs géométriques ornées de médaillons figurés représentant le portrait archétype d'un guide (tel le célèbre guide Lanusse), devant une représentation idéalisée des Eaux-Bonnes. Les sols du vestibule et du bureau attenant sont couverts d'un carrelage d'inspiration médiévale reproduisant à l'infini un motif de croix latine. Le bureau attenant, rebaptisé Salle Maurice Gilbert, se compose de boiseries néogothiques s'élevant à 1.50 m du sol habituelles des intérieurs bourgeois de l'époque. La salle est dominée par un décor néoclassique dédié aux quatre médecins emblématiques ayant consacré leurs recherches aux eaux de la station : Théophile de Bordeu, Jean-Baptiste Darralde, Herman Pidoux et Noël Gueneau de Mussy, dont les noms ornent les médaillons aux armoiries de la vallée d'Ossau répartis aux quatre coins du plafond. Le décor peint en trompe-l’œil et en tonalités sobres, fidèles à l'esprit néoclassique, y représente un ciel investi par des hirondelles ou des martinets tournoyant au-dessus d'une pergola circulaire ornée de bouquets de fleurs, rappelant les fabriques pittoresques d'inspiration hellénique installées dans les jardins du XVIIIe siècle.

    Le grand vestibule carré reçoit un décor sobre composé de la modénature apparente en pierre d'Arudy, contrastant avec l'enduit blanc des murs, qui autrefois accueillait des textes publicitaires. Cet espace bénéficiant du puits de lumière du lanternon est dominé par une verrière multicolore carrée mêlant géométrie néogothique et néoclassique. L'espace transitoire et l'extension de Lévy reçoivent le même traitement en sobriété des décors muraux, qui ont toutefois été rehaussés par les élégants carrelages en mosaïques de style Art Déco apposés par Jules Noutary durant l'entre-deux-guerres.

    Au fond du patio, l'espace dédié à la buvette, baptisé Salle Pidoux, se compose d'une salle d'attente où trône, à droite, la niche abritant le buste sculpté en hommage au médecin et surmontant une vasque en marbre blanc. La salle est constituée d'un mur de soubassement en pierre grise d'Arudy et d'une vaste niche ovoïdale en marbre blanc. Celle-ci est elle-même agrémentée d'une niche en ogive gothique où sont insérés un oculus et un vitrail arborant le nom de la Source Vieille telle une lumière providentielle apportant le salut de l'âme et du corps. L'espace de la buvette et du salon d'attente sont délimités par un comptoir en marbre blanc, matériau également utilisé pour la vasque où l'on distribue les eaux. Le carrelage de mosaïque en damier noir et blanc date vraisemblablement des réaménagements de Noutary.

    Au premier étage, le logement de fonction recèle quelques vestiges de décor du XIXe siècle, avec des peintures murales composées d'entrelacs végétaux. Si les trémies des cheminées sont encore en place et fonctionnelles, leurs manteaux a en revanche disparu. Les fenêtres en menuiseries caractéristiques du XIXe siècle sont dotées de verrières aux motifs géométriques simples et opaques.

    Le parti pris épuré et les nouveaux matériaux du XXIe siècle

    La sobre décoration de l'extension du Second Empire est dynamisée par quatre suspensions sphériques et polyédriques de Demolombe faisant écho à la structure de la bulle thermale et introduisant des éléments de modernité dans l'espace historique, ce qui fait de cette salle un espace de transition réunissant les deux entités du complexe thermal.

    Pour des questions hygiéniques et règlementaires, les espaces sanitaires et thermoludiques sont systématiquement recouverts de carrelage, dont les motifs évoluent en fonction des salles. Le couloir menant aux bassins se caractérise par des bandes horizontales blanches et bleues donnant l'impression d'allonger ses dimensions et invitant à la déambulation, tandis que les murs du vestiaire sont ornés de carreaux unis pastels. Dans l'espace de bains, l'imposante structure en bois soutenant la bulle contraste avec la pierre d'Arudy de la modénature et les carrelages clairs des installations. L'espace de la douche, en forme de spirale, est tapissé de petits carreaux ocres et irisés surlignés par quelques bandes rouges indiquant, à des fins sécuritaires, les degrés de l'escalier.

    A l'étage, la salle thermoludique se décompose en plusieurs espaces identifiables grâce à l'individualisation de leurs décors qui reçoivent le caractère esthétique et l'imaginaire de leurs lieux d'influence. Les espaces sont ainsi à la fois autonomes et complémentaires les uns des autres, selon un procédé apprécié au XXIe siècle qui concilie intimité et grands espaces. Le hammam et la douche afférente adopte des motifs orientalisants conjugués de façon schématique et abstraite : au sol, des entrelacs entrecoupés dirigés vers la douche de chromothérapie tapissée de carreaux noirs évoquent des eaux ondoyantes, tandis que les baies en arc oriental encadrant l'entrée de la salle de hammam sont agrémentées de motifs étoilés évoquant le soleil et la chaleur méditerranéenne dans une composition quasi-mystique. Quant au sauna, il se caractérise logiquement par la prépondérance du bois clair typique des pays nordiques où les parois se composent d'un emboîtement de madriers en référence au chalet scandinave. C'est à ce niveau que l'on accède au bassin suspendu logé au cœur de la bulle thermale.

    Enfin, après avoir gravi les degrés de l'escalier géométrique, rappelant les formes du modernisme écossais de Mackintosh, on accède à des espaces de détente et des cabines de soins individuelles dans un décor marqué par l'omniprésence du bois clair et les larges ouvertures favorisant la lumière. Les baies vitrées ouvrent sur des terrasses en lames de bois pouvant faire office de solarium ainsi que sur un espace de repos apaisant et intimiste surplombant le bassin suspendu et dominé par une suspension polyédrique monumentale en bois brut et blanc à vocation exclusivement ornementale.

Références documentaires

Documents d'archives
  • Bâtiments communaux, travaux de réparation de l'établissement thermal, 1840-1879. Correspondances et documents divers (notamment documents n° 1 à 6 : Cahier des charges de l'exploitation, 1877 ; correspondance avec le préfet, 18 avril et 21 décembre 1840 ; correspondance du maire, 31 mars 1849 ; devis estimatif des travaux d’amélioration par Turon, 1871 ; correspondance et mémoire de Jean-Pierre Battault, 1873 et 1879 ; mémoire de fourniture de Jacques Laplace, 1878 ; détail de cabinet de bains et de la salle de gargarismes par Gabarret, 1877).

    Archives municipales, Eaux-Bonnes : B1
  • Thermalisme, Grand établissement thermal, 1877-1912 (notamment : cahier des charges pour l'adjudication des sources, 1877 ; inventaire du mobilier et du matériel des établissements thermaux, 1908 ; correspondance avec le Crédit Foncier, 1910).

    Archives municipales, Eaux-Bonnes : T5
  • Bâtiments communaux, établissement thermal, 1863-1885.

    Archives municipales, Eaux-Bonnes : B2
  • Augmentations et diminutions survenues dans les contenances et les revenus portés sur les matrices cadastrales année 1863.

    Archives municipales, Eaux-Bonnes
  • Fonds Noutary. Travaux communaux, établissement thermal (1916-1927).

    Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques : 20 J 49, 50, 53
Documents figurés
  • Conseil général des Bâtiments. Deux projets de bains pour les Eaux-Bonnes, 1809.

    Archives nationales, Paris : F/21/1895 (Jaquette 2617)
  • Conseil général des Bâtiments Civils. Plans de l'établissement thermal des Eaux-Bonnes, par Jean Latapie, 1828.

    Archives nationales, Paris : F/21/1895 (Jaquette 2639)
  • Plan géométrique de la ville des Eaux-Bonnes, et visuel pour les promenades qui sont indiquées par des lignes ponctuées, terminé sur le terrain dans le courant du mois de juillet 1841. Dessin par F. Noble, lithographie E. Vignancour.

    Bibliothèque nationale de France, Paris : Cartes et plans, GE DL 1842-262-2
  • Plan cadastral des Eaux-Bonnes dressé par J. Turon le 17 septembre 1863, vu et approuvé par le préfet le 27 avril 1866.

    Archives municipales, Eaux-Bonnes
  • Plan des Eaux-Bonnes, dans Guide Joanne, Hachette, 1894.

Bibliographie
  • JAM (BOUILLÉ R. de). Guide de Pau aux Eaux-Bonnes : suite des excursions à pied. Pau, E. Vignancour, 1869.

  • JARRASSÉ Dominique. Les thermes romantiques. Bains et villégiature en France de 1800 à 1850. Publications de l'Institut d'Études du Massif Central, Clermont-Ferrand, 1992.

  • MIGNOT Marie-Pascale. Les Eaux-Bonnes, station thermale des Pyrénées-Atlantiques. DRAE Aquitaine, 1986.

  • VASTEL Édouard. Guide des voyageurs et des malades aux Eaux-Bonnes. Paris : Béchet jeune, 1838.

Périodiques
  • Courrier d'Eaux-Bonnes, 19 juin 1884.

    P. 1.
(c) Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel ; (c) Université de Pau et des Pays de l'Adour - Delpech Viviane