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Église paroissiale Saint-Paulin

Dossier IA33004284 inclus dans Village de Jau-Dignac-et-Loirac, dit Le Centre réalisé en 2012

Fiche

Vocables Saint-Paulin
Dénominations église paroissiale
Aire d'étude et canton Estuaire de la Gironde (rive gauche) - Saint-Vivien-de-Médoc
Adresse Commune : Jau-Dignac-et-Loirac
Lieu-dit : le Centre
Cadastre : 2013 B5 913

Dès 1790, les trois anciennes paroisses de Jau, Dignac et Loirac sont rassemblées pour ne former qu’une seule et même commune ; chacune d’elles était dotée d’une église et d’un presbytère. Il est question, dès cette époque, de construire une église "centrale", parti largement défendu par les archevêques de Bordeaux Mgr d'Aviau et Mgr de Cheverus. Ce projet suscita l'opposition de la population locale, chaque habitant étant attaché à son église. A partir de 1840, le projet de construction d'une nouvelle église est relancé par le cardinal Donnet. L'emplacement choisi se trouve à égale distance des trois hameaux, sur un terrain au lieu-dit de Camhaut, appartenant à E. Martial, vicaire général du diocèse de Bordeaux qui l'avait acquis de MM. Dejeans et Pradel.

Le conseil municipal propose la démolition des trois anciennes églises en mauvais état et l'utilisation de leurs matériaux pour la construction de l'église "centrale". Un plan est dressé par l'architecte François Pieau en 1840 mais ce projet n'est pas réalisé.

D'après les archives diocésaines consultées par Chantal Monguillon, le curé Chauchard propose dans un premier temps l'établissement d'une église provisoire : il s'agirait de construire la nef centrale d'un bâtiment qui en compterait trois et d'utiliser cet espace, en attendant la construction du plan définitif. L'archevêque conseille de "s'en tenir à une architecture grecque avec des arceaux en plein-cintre" et sollicite l'architecte pauillacais Escarraguel pour suivre le chantier. Le conseil de fabrique, dans sa délibération du 15 décembre 1840, invite le curé Chauchard à s’entendre au plus vite avec M. Escarraguel pour fournir le plan de la future église, le devis de la construction et la rédaction du cahier des charges. La fabrique s'engage également à céder à la commune le terrain ainsi que les matériaux issus de la démolition des anciennes églises. Le curé obtient l'interdiction des églises de Jau et de Dignac, tandis que l'église de Loirac est détruite en 1841. Les matériaux doivent servir aux fondations de la nouvelle église. L'émotion et l'hostilité qui en résultent entraînent l'arrêt des travaux de la nouvelle église ; le culte est à nouveau célébré dans l'église de Dignac pour apaiser les tensions locales. Est même évoquée la possibilité de travaux de réparations à effectuer dans les églises de Jau et de Dignac, ainsi qu'au presbytère de Jau. Il est également proposé que l'église de Dignac soit érigée en succursale. Le curé Chauchard, fervent partisan de la construction de la nouvelle église est alors remplacé par l'abbé Abbadie, afin de calmer les esprits. Le ministre de la Justice et des Cultes ratifie l’érection de Dignac en succursale, le 18 avril 1842.

Les travaux de la nouvelle église - elle est alors désignée comme église de Loirac remplaçant le monument détruit - sont toutefois réengagés ; des dons permettent la construction du clocher ; en avril 1843, elle est quasi achevée mais considérée localement comme une propriété privée, élevée aux frais de l'archevêque et sur un terrain appartenant au vicaire Martial. En juin 1844, les travaux se terminent mais le statut de l'église pose question. Le 13 octobre 1846, l’archevêché annonce au préfet "la bénédiction et l’ouverture de la nouvelle église de Loirac, dimanche prochain 18 octobre". Le 26 août 1849, le ministère de la Justice et des Cultes autorise le trésorier de la Fabrique de Jau à accepter du vicaire général Martial la donation de l’église de Loirac. Puis, la Présidence de la République, sur proposition de l’archevêque, décrète le 25 mars 1850 que "l’église de Loirac, section de la commune de Jau-Dignac-Loirac, arrondissement de Lesparre, Gironde, est érigée en succursale". Par décret du 22 septembre 1850, Jau et Dignac sont désignées chapelles de secours. Le conseil municipal ne s’oppose plus alors à l’ouverture du culte dans l’église à nouveau appelée "centrale", qui commande une seule paroisse, dédiée à saint Paulin de Nole.

Le Centre devient chef-lieu de la commune par décret du 21 mars 1851 et un nouveau village se forme autour de l’église Saint-Paulin de Nole. Les églises de Jau et de Dignac sont supprimées par décret du ministre de l’Instruction Publique et des Cultes, le 21 juin 1851. La Commission des Monuments historiques en permet la démolition le 3 janvier 1854. Les cloches des anciennes paroisses sont transportées dans la nouvelle église, ainsi que certains ornements religieux.

Dès 1859, la voûte de l'église nécessite des réparations.

En 1867, le maire s’engage à régulariser la situation de la commune et accepte de reconnaître l'église comme église communale. Il promet d’obtenir des héritiers Martial la donation des terrains sur lesquels l'église a été construite.

Selon Chantal Monguillon, le conseil municipal commande en 1889 une nouvelle cloche aux ateliers d'Emile Vauthier à Saint-Émilion ; dans la séance du 25 octobre de cette année, il est indiqué que "une cloche doit sonner dans un clocher pointu comme en ont les nouvelles églises aux alentours et non dans une tour carrée comme un donjon". La flèche en pierre est donc ajoutée en 1890. Chantal Monguillon indique que les lettres GL et C y sont gravées, respectivement sur les faces sud et nord.

En 1901, des travaux sont exécutés au portail et le clocher est doté d'un beffroi par l'architecte Godet. En 1904, des réparations sont apportées à la voûte par l'architecte Gustave Nieudan, sous la conduite de l'entrepreneur Hosteing. Des travaux ont également lieu en 1913.

Période(s) Principale : 2e quart 19e siècle
Secondaire : 4e quart 19e siècle
Dates 1840, daté par source
Auteur(s) Auteur : Pieau François, architecte, attribution par source
Auteur : Godet Pierre,
Pierre Godet

Architecte à Lesparre.


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architecte, attribution par source
Auteur : Nieudan Gustave, architecte, attribution par source
Auteur : Vauthier Émile,
Émile Vauthier

Fils d'Antonin Vauthier, fondeur de cloches à Saint-Émilion (Gironde), installé dans l'ancien couvent des dominicains.


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fondeur, attribution par source
Auteur : Hosteing, entrepreneur, attribution par source
Auteur : Escarraguel Guillaume,
Guillaume Escarraguel (1er avril 1778 - 21 mai 1863)

1778 (Lasserre-de-Prouille, Aude) - 1863 (Pauillac). Souvent nommé Escarraguel père dans la documentation.


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architecte, attribution par travaux historiques

L’église est située au centre du village. Elle présente la particularité d'être disposée selon un axe sud-est/nord-ouest, le chevet n'étant pas orienté.

Elle s’organise selon un plan en croix latine. Elle est bâtie en moellon enduit et la façade est traitée en pierre de taille ; les chaînages d’angle, les jambes harpées, les encadrements des baies, les solins de murs et la flèche du clocher sont également en pierre de taille.

La façade ouvre sur la place publique et dans l’axe de la rue de l’Église, menant au cimetière à l'est. Reprenant des éléments à l’antique, elle est traitée en bossage, scandée de 4 pilastres à chapiteaux corinthisants supportant un entablement et un fronton triangulaire mouluré, orné de modillons à coquilles en éventail. Le tout est couronné d'un socle en pierre de taille supportant une statue de Vierge à l'Enfant. La porte d’entrée, à chambranle mouluré, est surmontée d'une corniche. Au-dessus, une niche en plein-cintre ménagée dans la façade abrite la statue de saint Paulin.

Les murs gouttereaux de la nef sont rythmés d'une arcature alternativement aveugle ou percée d'une fenêtre en plein-cintre. Les bras de transept présentent un chaînage d'angle en bossage plat et un fronton mouluré surmonté d'une croix. Y sont greffées deux annexes en rez-de-chaussée abritant les sacristies. Sur le flanc nord, à l’extrémité est, est percée une porte dotée d'un porche à colonnes et chapiteaux circulaires à palmes soutenant un entablement et un fronton triangulaire ; sur le flanc sud, une excroissance du même type, mais aveugle, abrite les fonts baptismaux.

Le chevet est marqué par la présence de la tour de clocher greffée à l'abside semi-circulaire ; une tourelle d'escalier en permet l'accès. De base carré, le clocher s'élève jusqu'à 25 mètres, puis est surmonté d'une flèche en pierre de 8 mètres. Construite en moyen-appareil, la tour présente un chaînage d'angle en pierre de taille lisse jusqu'à un larmier qui délimite un second niveau avec chaînage d'angle à bossage plat, percé d'une fenêtre cintrée. Puis, une corniche à modillons est ornée de merlons formant des créneaux décoratifs. La flèche polygonale est ajourée d'oculus et ornée de crochets.

A l’intérieur, l’église comprend une nef unique de 7 travées scandées de pilastres soutenant un entablement avec corniche à coquilles en éventail. Elle est voûtée en berceau avec doubleaux sculptés de caissons à fleurs. Elle est éclairée par des fenêtres hautes ménagées dans le berceau de la voûte. Les bras de transept sont dotés d'autels secondaires, dédiés à la Vierge et à saint Joseph. L'abside en cul-de-four est flanquée de deux annexes, servant de sacristies.

Au centre de la nef est suspendu un ex-voto sous forme de maquette de bateau. Sur le côté nord se trouvent les fonts baptismaux, une plaque commémorative dédiée aux combattants tombés durant la Première Guerre mondiale et une chaire en bois.

Murs calcaire moellon enduit
pierre de taille
moyen appareil
Toit tuile creuse, tuile mécanique
Plans plan en croix latine
Étages 1 vaisseau
Couvrements voûte en berceau
cul-de-four
Couvertures toit à longs pans croupe
flèche en maçonnerie flèche polygonale
Escaliers escalier dans-oeuvre
Techniques sculpture
Représentations acanthe, pomme de pin, torsade, coquille, Vierge, saint, crochet, fronton, ornement végétal, fleur, pilastre
Précision représentations

Les chapiteaux de la façade sont ornés de feuilles d'acanthe, de pommes de pin et d'une torsade. Le fronton est orné de modillons en forme de coquilles en éventail.

Statut de la propriété propriété de la commune

Annexes

  • Documentation complémentaire

    AD Gironde, 2 O 1966. Copie de la délibération du 4 novembre 1843.

    Monsieur le maire ouvre la séance et donne communication de deux extraits de délibérations prises par le conseil de fabrique de Jau le 1er octobre dernier. Dans l'une, ce conseil réduit à la simple majorité déclare accepter la donation faite par M. Martial à la fabrique de l'église en construction. Dans l'autre, il demande l’autorisation de distraire des 4000 francs qui ont été légués à la fabrique de Jau la somme de 2000 francs pour être employé au mobilier de la dite église (...).

    Considérant que (...) l'église nouvelle qui a été élevée loin de toute habitation sans enquête préalable en dépit de toutes les réclamations (...) de la population presque entière est un moyen de terminer la discorde et les haines profondes que ce projet d'église unique a (...)

    Considérant que cette église n'a été bâtie aux frais de l'archevêque sur un emplacement du territoire de Loirac, acheté au nom d'un vicaire général, que parce qu'il a été impossible, malgré tous les moyens employés, de faire concourir la commune à cette dépense inutile et ruineuse ;

    Considérant que la dite église dont les travaux furent suspendus et ensuite repris, malgré la promesse de rebâtir à Loirac l'église illégalement démolie, a été enfin terminée, non pas dans l'intérêt de la population qui s'est toujours énergiquement opposée à cette construction, et qui s'y oppose encore, mais bien pour satisfaire un amour propre, l'Eglise qui accoutumée à voir tout plier sous sa volonté de fer s'est indignée de rencontrer une résistance légitime dans l'exécution d'un projet aussi révoltant ;

    Considérant enfin que la donation de cette église, sujet de tant de discordes, a été acceptée provisoirement le 1er octobre dernier par les trois membres du Conseil de fabrique appartenant à la section de Loirac, et qui ont été choisis par l'archevêque pour être les instruments passifs de ses projets hostiles, et qui malheureusement pour l'intérêt général, forment avec le curé la majorité du conseil ;

    (...) le conseil municipal déclare regarder l’acceptation même provisoire faite sans enquête préalable par ces trois membres et le curé non seulement comme injuste mais encore comme contraire aux véritables intérêts des trois sections de la commune. En conséquence, il proteste contre cette acceptation et persiste dans les justes réclamations formulées dans ses délibérations du 18 juillet et du 3 août 1841.

    Il regardera toujours l'église nouvelle comme une propriété privée. Il persévérera à empêcher par tous les moyens qui seront en son pouvoir qu'elle devienne un jour propriété communale et comme telle à la charge de la commune qui la repousse (...).

    AD Gironde, 2 O 1966. Lettre du sous-préfet de Lesparre au préfet, 27 février 1852.

    Monsieur le Préfet,

    J'ai l'honneur de vous adresser deux délibérations, l'une du conseil de fabrique, l'autre du conseil municipal de Jau, Dignac et Loirac, ayant pour objet d'obtenir l'autorisation de démolir les églises ou chapelles de Jau et de Dignac et d'employer les matériaux de ces édifices à faire construire un presbytère, une mairie et une maison d'école auprès de la nouvelle église appelée centrale.

    La commune de Jau, Loirac et Dignac dont la population n'atteint pas 1800 habitants formait autrefois trois communes séparées et chacune d'elles avait son église. En 1840, il fut question de démolir ces églises et d'en employer les matériaux à la construction d'une seule église au centre des trois secteurs. Ce projet trouva de la résistance parmi les habitants de Jau et de Dignac parce que l'église projetée devait être située sur le territoire de Loirac.

    La nouvelle église n'en fut pas moins construite. Je pense cependant qu'à cette époque il eut mieux valu laisser les choses dans l'état où elles étaient. La construction de l'église centrale a causé une irritation indéfinissable qui sera bien longue et bien difficile à se calmer. Ce n'est là du reste qu'une opinion personnelle que je n'exprime qu'à vous, Monsieur le Préfet. Mais maintenant que l'Administration est entrée dans cette voie, je pense qu'il est nécessaire qu'elle y persévère jusqu'au bout.

    La chapelle de Loirac fut seule démolie sans difficulté et ses matériaux employés à la construction de la nouvelle église ; mais la résistance des populations de Jau et de Dignac fit conserver les leurs. Depuis cette époque, l'existence simultanée de l'église centrale et des deux chapelles de Jau et de Dignac entretient entre ces populations une division fâcheuse, une irritation chaque jour croissantes.

    La plus grande partie des propriétaires de Jau et de Dignac ne vont pas à l'église centrale, et non contents de cela, ils empêchent leurs ouvriers de s'y rendre, en les menaçant de les chasser ou de ne plus les faire travailler.

    Par décret du 22 septembre dernier, l'église de Loirac a seule le titre de succursale, et ses deux autres annexes ont été érigées en chapelles de secours. Je suis convaincu que si ces chapelles étaient démolies, la division qui existe entre les habitants des trois sections serait bien plus tôt apaisée ; autrement elle durerait autant que leurs églises.

    Le projet du conseil municipal et du conseil de fabrique est de faire construire auprès de cette église, un presbytère, une mairie et une maison d'école, et de faire de cet endroit le centre principal de la commune. Le conseil municipal et le conseil de fabrique demandent en outre par les mêmes délibérations, que les presbytères de Jau et de Dignac soient aussi démolis. je pense à ce sujet qu'il n'y a pas lieu d'accorder cette autorisation et qu'il est préférable que ces édifices seront seulement vendus.

    Ce n'est qu'après l'adoption de ce projet que la municipalité de Jau pourra soumettre à l’approbation de l'autorité supérieure les plans et devis des travaux à exécuter (...).

    AD Gironde, 2 O 1966. Église paroissiale. Travaux, 1913.

    Dans l’église, le plafond lézardé à plusieurs endroits tombe parcelle par parcelle. Certains motifs de décoration placés à douze mètres de hauteur se détachent, plusieurs sont déjà tombés ; heureusement quand il n’y avait personne ; mais chaque jour il peut en tomber de nouveau (…). D’un autre côté, l’église de style empire, remarquable comme bâtiment par ses proportions bien complètes, mérite d’être sauvegardée et doit être conservée avec son cachet primitif d’imposante simplicité.

Références documentaires

Documents d'archives
  • Mandat de paiement à l'attention de François Pieau, architecte. Plan d'une église centrale, 10 mars 1840.

    Archives départementales de la Gironde : 2 O 1966
  • Construction d'une sacristie, 1844.

    Archives départementales de la Gironde : 2 O 1966
  • Réparations de la voûte, 1859.

    Archives départementales de la Gironde : 2 O 1966
  • Devis et paiement pour l'achat d'une cloche en cuivre rouge et étain, au fondeur Vauthier (Saint-Emilion), 1890.

    Archives départementales de la Gironde : 2 O 1966
  • Construction d'un beffroi, 1890.

    Archives départementales de la Gironde : 2 O 1966
  • Réparations au clocher, par l'architecte Godet, 1901.

    Archives départementales de la Gironde : 2 O 1966
  • Église paroissiale. Travaux, 1913.

    Archives départementales de la Gironde : 2 O 1966
  • Réparations au clocher, 1935.

    Archives départementales de la Gironde : 2 O 1966
  • Travaux à l'église (croisées et portail), 17 novembre 1901.

    Archives municipales, Jau-Dignac-et-Loirac : Registre de délibérations du conseil municipal (non coté)
  • Réparations au clocher, 20 janvier 1935.

    Archives municipales, Jau-Dignac-et-Loirac : Registre de délibérations du conseil municipal (non coté)
Bibliographie
  • MONGUILLON Chantal. L'île aux trois clochers Jau-Dignac-Loirac. Pauillac : Société archéologique et historique du Médoc, 2018 (Hors-série de la revue Les cahiers méduliens).

    p. 26-36
(c) Conseil départemental de la Gironde ; (c) Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel - Riberolle Jennifer