Logo =Inventaire Général du Patrimoine Culturel - Retour à l'accueil

Église paroissiale Saint-Laurent

Dossier IA40001595 réalisé en 2014

Fiche

Œuvres contenues

Vocables Saint-Laurent
Dénominations église paroissiale
Aire d'étude et canton Mugron
Adresse Commune : Mugron
Adresse : place Frédéric-Bastiat
Cadastre : 2014 AB 69

L'ancienne chapelle Saint-Laurent, peut-être bâtie au XIVe siècle, était une simple annexe de l'église voisine de Nerbis. Partiellement brûlée lors du passage des troupes protestantes en 1569, elle fut restaurée seulement de 1751 à 1753, travaux qui consistèrent en un agrandissement, un exhaussement des murs et un remeublement complet. A l'issue de cette campagne, l'édifice fut enfin érigé en église paroissiale le 1er octobre 1754, décision qui entraîna un long litige avec la cure de Nerbis. En 1777, à la demande du curé Jean-Pierre Monferrant, l'architecte Saillard, de Saint-Sever, rebâtit le clocher sur la façade occidentale, pour une somme de 4586 livres. En 1793, l'église, transformée en temple de la Vertu et en salle de club républicain, fut vidée de son contenu ; en revanche, la décision de la municipalité d'abattre le clocher ne semble pas avoir été mise à exécution. Rendue au culte après le Concordat, l'église s'avéra rapidement insuffisante pour la population du bourg en constante expansion (2188 habitants en 1854). Après l'exécution d'un décor de boiseries et de stucs par le Montois d'origine italienne Pierre Pera et le doreur M(a)invielle, un projet d'agrandissement (ajout d'une chapelle au nord), rédigé le 22 avril 1838 à la demande du curé Liquet, resta sans suite faute des ressources.

Devant le blocage de la situation, Bernard-Roch Domenger (1785-1865), maire, conseiller général et principal propriétaire de Mugron, décide en 1856 de construire une nouvelle église à ses frais. Les plans en sont rédigés en 1860 (datés du 28 novembre) par l'architecte bordelais Gustave Alaux, assisté de l'architecte départemental Alexandre Ozanne (les deux hommes collaborent également la même année à l'église de Morcenx, 1860-1863). Après trois années d'atermoiements dus au refus de l’État de s’associer au projet et à des polémiques au sujet de l'emplacement du futur édifice, décision est prise de détruire la vieille église et de construire la nouvelle sur son emprise, augmentée de cinq mètres pris sur le jardin de la maison Chantilly, propriété des Domenger. L'autorisation de démolition est accordée en mai 1864 et un traité signé le 26 juin suivant entre Domenger et l'entrepreneur bordelais Jean Fleurant jeune, pour une somme totale de 113.506,44 francs. Peu après le début de la démolition (11 juillet), le culte est transféré le 26 juillet dans le chai Servat (autre propriété des Domenger). Une dernière difficulté surgit alors que l'ouverture des travaux de construction est imminente : jugé insuffisant pour le nombre estimé des fidèles, le projet d'Alaux et Ozanne est augmenté in extremis d'une travée de nef supplémentaire, portant la longueur de l'édifice à 48 mètres au lieu des 42 initialement prévus. La première pierre est posée le 26 janvier 1865 et le chantier se déroule régulièrement jusqu'à la consécration par l'évêque Louis-Marie Épivent le 2 décembre 1866 (Bernard Domenger était mort dès le 14 avril 1865). Si le décor sculpté et la vitrerie sont exécutés l'année-même de l'achèvement des travaux, le carrelage actuel en ciment comprimé n'est réalisé par le cimentier mugronnais François Jambon qu'entre mai 1880 et avril 1881. L'église est meublée au cours des décennies qui suivent la consécration, grâce aux dons des paroissiens, au premier rang desquels la veuve de Domenger, née Blanche d'Antin (1805-1899), qui sera inhumée avec son mari, par autorisation spéciale, dans le chœur de l'église.

Période(s) Principale : 3e quart 19e siècle
Dates 1860, daté par source
Auteur(s) Auteur : Alaux Gustave,
Gustave Alaux (1816 - 1882)

Jean-Paul Louis Gustave Alaux, né à Bordeaux le 29 novembre 1816 à Bordeaux, mort dans la même ville le 23 mars 1882 ; fils du peintre Jean-Paul, dit Gentil-Alaux.


Cliquer pour effectuer une recherche sur cette personne.
architecte, attribution par source
Auteur : Ozanne Alexandre,
Alexandre Ozanne (1828 - 1888)

Né à Bonascq (Calvados). Architecte départemental des Landes de 1859 à 1879.


Cliquer pour effectuer une recherche sur cette personne.
architecte départemental, attribution par source
Auteur : Fleurant Jean, dit(e) Fleurant jeune,
Jean Fleurant , dit(e) Fleurant jeune

Entrepreneur à Bègles près Bordeaux dans la seconde moitié du XIXe siècle.


Cliquer pour effectuer une recherche sur cette personne.
entrepreneur, attribution par source
Auteur : Sébastien, sculpteur, signature
Auteur : Jambon François,
François Jambon

Cimentier à Hagetmau (Landes) dans la seconde moitié du XIXe siècle.


Cliquer pour effectuer une recherche sur cette personne.
maçon, attribution par source
Personnalité : Domenger Bernard Roch Marie,
Bernard Roch Marie Domenger (1785 - 1865)

Né à Mugron (Landes) le 15 août 1785, mort dans la même ville le 14 avril 1865. Riche négociant en vins, principal propriétaire de Mugron, dont il fut le maire de 1834 à 1865 (après son beau-père le baron d'Antin) et le conseiller général de 1851 à 1864. Épouse à Mugron le 12 novembre 1832 Marie Hippolyte Blanche d'Antin (1805-1899), fille du baron Pierre Jean de Dieu d'Antin et de Marie-Victoire de Castelnau. Érige à ses frais la nouvelle église de Mugron (1865-1866).


Cliquer pour effectuer une recherche sur cette personne.
commanditaire, attribution par source
Personnalité : Domenger d'Antin Blanche,
Blanche Domenger d'Antin , né(e) d'Antin (1805 - 1899)

Blanche d'Antin (an XIII - 1899), fille aînée de Jean-de-Dieu d'Antin, baron de Sauveterre, maire de Mugron, préfet des Basses-Pyrénées (1770-1844), et de Marie-Victoire de Castelnau (1768-?) ; épouse en 1832 Bernard-Roch Domenger, conseiller général des Landes (1785-1865) ; bienfaitrice de l'église de Mugron.


Cliquer pour effectuer une recherche sur cette personne.
donateur, attribution par source
Auteur : Saillard,
Saillard ( - 1813)

Architecte communal de Saint-Sever à la fin de l'Ancien Régime, pendant la période révolutionnaire et sous l'Empire ; rebâtit en 1777 le clocher de l'église Saint-Laurent de Mugron, transforme le couvent des Jacobins de Saint-Sever en l'an IV et celui des Ursulines en 1807-1813, restaure le clocher de l'église d'Eyres-Moncube en 1813.


Cliquer pour effectuer une recherche sur cette personne.
architecte communal, attribution par source

L'édifice de style néogothique, canoniquement orienté, est construit en pierre calcaire de Bourg (Gironde) pour le clocher, la façade occidentale, le chevet et les absidioles, les contreforts et encadrements des baies ; en pierre de Montfort et de Nousse (Landes) pour les murs en moellon de la nef et du transept ; en pierre de taille de Mugron pour les bases et socles ; en pierre d'Angoulême pour la sculpture ornementale (chapiteaux, culots, clefs de voûte). Il est couvert d'ardoise ou de tuiles à l'exception du clocher (flèche en pierre). Les toits à longs pans du vaisseau central et du transept ainsi que la croupe polygonale de l'abside sont couverts d'ardoise et butent sur des pignons découverts ; les toits en appentis des collatéraux et les toits à croupe des absidioles et des sacristies sont couverts de tuiles plates mécaniques. L'ensemble des élévations extérieures est raidi par des contreforts talutés.

Le massif occidental est constitué par un clocher-porche dans-œuvre couvert d'une flèche octogonale en pierre, à fausses lucarnes et clochetons angulaires ; au premier niveau, une tribune ouvre sur le vaisseau principal. Le plan en croix latine comporte trois vaisseaux de cinq travées communiquant par des grandes-arcades en tiers-point sur piliers fasciculés. La nef ouvre à l'est sur un transept saillant à croisée carrée. Celle-ci est prolongée par un chœur à deux travées droites et abside à trois pans ; de part et d'autre, dans le prolongement des bas-côtés, des absidioles de deux travées, également terminées par des pans coupés. Dans l'angle rentrant formé par ces absidioles avec les chapelles du transept se logent sacristies et réserves. L'intérieur est entièrement voûté de croisées d'ogives retombant sur les dosserets des piliers dans le vaisseau central, sur des colonnes adossées dans les collatéraux, le chœur et les absidioles, sur des culots dans les bras du transept. Toutes les fenêtres sont des lancettes en arc brisé, à l'exception des deux roses polylobées des bras du transept. Les sols sont recouverts d'un dallage à carreaux gris et noirs en ciment comprimé.

Murs calcaire moellon enduit
calcaire pierre de taille
ciment
Toit ardoise, tuile plate mécanique, pierre en couverture
Plans plan allongé
Étages 3 vaisseaux
Couvrements voûte d'ogives
Couvertures toit à longs pans croupe polygonale
appentis
flèche polygonale
Escaliers escalier dans-oeuvre
Techniques sculpture
vitrail
peinture
Représentations crochet
Précision représentations

Crochets feuillagés sur les chapiteaux des piliers de la nef et des colonnettes du chœur.

Mesures h : 40.0 m
l : 48.0 m
la : 18.0 m
Statut de la propriété propriété de la commune

Annexes

  • Extraits du registre paroissial de Mugron (1842-1950) concernant le projet de construction d'une nouvelle église et sa réalisation, 1864-1866 (AP Mugron)

    P. 22-27. "1864. Projet de construction d'une nouvelle église. / En 1860, M. Domenger, pourvu d'une fortune considérable, avait ouvert son âme à une intention pleine de générosité. Il voulut doter la ville de Mugron d'une église neuve qui par la largeur de ses proportions, devait suffire aux besoins de la population religieuse, toujours trop à l'étroit dans l'église ancienne. Ajoutons qu'en même temps, par la beauté et l'élégance du style, cette église projetée devait ajouter un nouveau lustre à la ville qui la verrait s'élever dans son sein. Alors, sous les premières ardeurs de l'enthousiasme qui éclate toujours dès qu'on entend formuler devant soi une proposition aussi avantageuse qu'inattendue, le conseil municipal accepta les plans et devis proposés et la place fixée pour la construction du nouvel édifice, mettait l'église dans les allées Chantilly du midi au nord ; pour exécuter ce projet, on détruisait la halle actuelle pour la rebâtir sur les ruines de la Maison Mora appartenant à M. Domenger qui la faisait renverser. / Sous l'active et intelligente impulsion de M. d'Auribeau, préfet des Landes, les plans et devis de cette église furent envoyés à Paris au Conseil des bâtiments avec demande d'un secours de 2.500 francs. Il s'écoula plusieurs mois avant qu'on ne vît arriver une réponse des hauts conseils du ministère. Cette réponse arriva cependant et pour avoir été longtemps attendue, elle n'en fut pas meilleure. Les Conseil des bâtiments, sans rejeter précisément le plan comme défectueux, refusait néanmoins toute forme de secours parce que, disait-il, en réduisant l'élévation du clocher on pouvait facilement retrouver les 2.500 francs demandés. C'était une difficulté très grave qui ne pouvait être levée que par l'acceptation d'une église tout à fait mesquine ou par la libéralité de M. Domenger qui prendrait à lui seul toute la dépense. [p. 23] / A cette difficulté venaient s'adjoindre d'autres plus embarrassantes peut-être parce qu'elles tenaient à la disposition des esprits. En effet, durant les longs mois que l'on avait passés à délibérer aux conseils du ministère, l'enthousiasme s'était attiédi ; les oppositions avaient eu le temps de se former ; quelques rivalités de prépondérance entre les divers quartiers de la ville donnaient beau jour à des discussions qui menaçaient de ne jamais finir et qui avaient assoupi les ardeurs pleines de générosité de M. Domenger. On ne parlait plus de l'église que pour travestir en raillerie de mauvais aloi la libéralité de celui qui l'avait promise à la ville. Autour de lui on dissertait avec bruit et de grandes clameurs pour prouver que de tous les sites à choisir pour la construction de la nouvelle église, on s'était arrêté tout juste au plus mauvais : d'abord, parce que l'abside de l'église était à quelques mètres du profond ravin qui termine la place Chantilly du côté de la route [une ligne biffée], on s'exposait à voir tomber l'édifice sous son propre poids par suite des éboulements successifs qui ne pourraient être arrêtés que par des travaux d'art et des dépenses très considérables. De plus, en détruisant la halle pour construire l'église sur ses ruines, on ne donnait à la ville comme compensation qu'une halle bâtie dans les conditions les plus défavorables au commerce et à la circulation. Ces raisons, mises en avant avec une certaine violence de paroles plus ou moins empreintes de conviction, ne laissaient pas que d'impressionner le peuple et on était généralement très peu disposé à accueillir sans murmurer la construction de l'église dirigée de tous les premiers avis et les premiers plans de M. d'Auribeau, acceptés et proposés au conseil municipal par M. Domenger. Pour surmonter tous ces divers obstacles et déjouer toutes ces oppositions, on eût pu dans un autre temps compter sur le caractère résolu et l'habileté de négociation dont était doué le vénérable M. Liquet, curé de la paroisse de Mugron. Mais Dieu avait envoyé à ce saint Pasteur une grande et suprême infirmité qui le rendait complètement impuissant à s'occuper de cette affaire comme de beaucoup d'autres qui pouvaient intéresser le bien de la paroisse. M. Liquet était devenu aveugle depuis l'année 1856. On ne saurait donc être étonné de voir un silence complet entourer le projet d'une nouvelle église de Mugron. Il ne pouvait en être autrement.

    Mais, dès qu'après la démission de M. Liquet, la cure de Mugron eût passé entre les mains d'un nouveau Pasteur, le projet de l'église à bâtir revint à la mémoire de tous et M. Domenger se sentit de nouveau attiré vers cette œuvre si belle et si honorable pour lui à tous les points de vue. Le curé s'en préoccupa surtout devant Dieu dans ses prières, car pour surmonter les difficultés qui sont inséparables de toute négociation à ouvrir avec un vieillard de 78 ans, par caractère irrésolu, timide, hésitant, ennemi de l'agitation, de la contrariété et de la lutte, et de plus pour fermer la porte aux oppositions si diverses que tant d'esprits, fâcheusement aigris, se sentaient disposés à continuer, il fallait que Dieu, souverain maître des cœurs et des volontés, montrât la puissance de sa main. C'est ce qui arriva. Après trois mois de négociation, sans trouble, sans secousse et sans agitation, de l'avis de Monseigneur et de M. le Préfet, et du consentement des membres du conseil municipal, il fut décidé qu'on bâtirait l'église neuve sur l'emplacement de l'ancienne en prenant sur le jardin de M. Domenger cinq mètres de terrain que demandait l'exécution régulière du plan dressé par M. Allau [sic], architecte de Bordeaux. Par cette décision, on coupait court à toutes les plaintes des contradicteurs puisqu'on ne déplaçait pas la halle et l'église agrandie et plus belle s'élevait sur les ruines de l'ancienne. Tous les sacrifices étaient pour M. Domenger, qui se chargeait à lui seul sans subside du gouvernement de la construction de l'édifice et aussi et surtout pour Madame Domenger qui donnait une portion du jardin qui lui était cher et précieux non seulement à cause de ses agréments mais surtout parce que c'était un héritage de famille. Quelques difficultés de détail sur le traité à faire avec l'entrepreneur M. Fleurans [sic] furent heureusement aplanies par M. Perris, conseiller de Préfecture, ami de M. Domenger et enfin le 26 du mois de juin 1864, sous le pontificat de Pie IX, sous le gouvernement de Napoléon III Empereur des Français et sous l'épiscopat de Mgr L. Marie Olivier Epivent, on fit se consommer l'acte solennel qui immortalisera la mémoire de M. Domenger dans la ville de Mugron. M. Domenger, bienfaiteur, M. Fleurans, entrepreneur, M. Goislard de Monsabert, membre de la Fabrique et M. le curé de la paroisse étant présents, M. Perris, rédacteur du traité, en donna lecture définitive en la forme qui suit : /

    [page 24] 1864. Traité pour la construction d'une église sur la place publique de Mugron. / Entre les soussignés Bernard Domenger, propriétaire et maire de Mugron d'une part, et Jean Fleurant, entrepreneur de travaux publics, / Il a été convenu ce qui suit : / 1. Le sieur Fleurant s'engage à construire, pour le compte de M. Domenger acceptant une église à trois nefs, conformément aux plans dressés par M.M. Allau [sic] & Ozanne architectes, à la date du 28 9bre 1860 et rectifiés suivant les indications du duexième devis dressé par les mêmes architectes à la date du 10 mars 1864, lesquels plans et devis ont été, ne varietur, signés et paraphés par les soussignés. / 2. Le sieur Fleurant s'engage à exécuter les conditions de ce devis, sauf en ce qui concerne les points ci-après : / 3. Il fera faire à ses frais et en pierre de Montfort ou de Nousse tous les arcs formerets tels qu'ils figuraient au premier devis du 28 novembre 1860 pour une somme de 2.000 fr. et qui ont été supprimés, par raison d'économie dans le devis du 10 mars 1864. / 4. Comme compensation, il lui sera accordé de faire avec cette même pierre de Montfort ou de Nousse tous les doublages intérieurs, angles rentrants, colonnettes engagées &a qui ne supportent que de faibles charges et en tout point exposés à l'humidité ou au mauvais temps. Les bases, socles de ces colonnes engagées seront d'ailleurs exécutés en pierre de Mugron et les chapiteaux en pierre d'Angoulême. / 5. Les fondations de l'église pourront être exécutées avec du mortier de chaux grasse au lieu de chaux hydraulique à la condition que cette chaux proviendra des fours de Toulouzette, d'Audon ou de Bidau, mais avec la condition expresse que tout le corps de l'église sera construit avec la même chaux. (1) [Note : (1) N.B. Par un arrangement particulier consenti entre M. Domenger et le Sr Fleurant, toutes les conditions de l'église seront faites avec de la chaux hydraulique, moyennant un supplément sur le prix du devis de 1.000 fr.] / 6. Les quatre lucarnes ou les quatre clochetons de la flèche pourront être exécutés en pierre de Bourg comme la flèche elle-même, au lieu de pierre d'Angoulême, sauf les colonnettes dont le fût, la base & le chapiteau seront en pierre dite de Mugron ou d'Angoulême. / 7. Le Sr Fleurant pourra se procurer la pierre de Bourg de telle grosseur et dimension qu'il jugera convenable pour remplir avec le moins de perte possible l'appareil indiqué par les architectes sans s'assujettir aux dimensions de 0,70 x 0, 33 x 0, 33 indiquées au devis. / 8. Le Sr Fleurant s'engage à suivre exactement les plans de détail et les ordres d'exécution qui lui seront donnés par les architectes et à se soumettre à leur direction exclusive pour tout ce qui concerne son entreprise. / 9. M. Domenger se réserve le droit de fournir au Sr Fleurant du bois de chêne pour la charpente de l'église à la seule condition que ce bois sera trouvé convenable par les architectes. Le prix du mètre cube rendu à pied d'œuvre sera fixé par les architectes et précompté par M. Domenger sur le 5e paiement. Dans le cas où M. Domenger n'userait pas de son droit ou que le bois proposé par lui ne serait pas agréé, le Sr Fleurant sera autorisé s'il le juge convenable à substituer en tout ou en partie le bois de sapin nord au bois de chêne pour toute la charpente de l'église. Il s'engage à exécuter à ses frais les beffrois en bois de chêne pour quatre cloches, ouvrage qui a été omis au devis. / 10. M. Domenger aura la faculté de remplacer le vitrage du devis par des vitraux. S'il exprime l'intention d'user de ce droit, le montant de cet article sera laissé à sa disposition et précompté sur le dernier paiement, sauf dix pour cent dont le Sr Fleurant bénéficiera. / 11. Le Sr Fleurant s'engage à prendre livraison moyennant la somme de mille francs de tous les matériaux de la vieille église à l'exception : 1° des trois quarts de la tuile qui seront laissés à la disposition de M. Domenger ; 2° des autels, confessionnaux, armoire, chaire, boiseries du chœur et des entrées de l'église, cloches, horloge, lesquels seront considérés comme mobilier. 3° du dallage en marbre des sanctuaires du maître-autel et de l'autel de la Vierge. Il s'engage en outre à permettre l'usage de tout ce qui, appartenant à la vieille église, sera nécessaire pour l'installation de l'église provisoire, sauf à le reprendre après au moment où l'église neuve sera livrée au culte. / Tous les frais de démolition, de nettoyage et d'enlèvement de débris seront à sa charge et il n'emploiera dans le nouvel édifice que les vieux matériaux de bonne nature et avec l'autorisation des architectes. / [page 25] 12. M. Domenger aura le droit d'utiliser le dallage en marbre dont il est parlé ci-dessus pour le sanctuaire du maître-autel de la nouvelle église. Dans ce cas, il sera fait déduction du prix du carrelage correspondant au devis moins un dixième qui profitera au Sr Fleurant. / 13. Le Sr Fleurant s'engage à commencer la nouvelle église dans le délai de quatre mois après la livraison de l'ancienne et à l'achever dans un espace de quinze mois sauf à terminer après ce délai les ravalements extérieurs. / 14. M. Domenger s'engage de son côté à livrer au Sr Fleurant la vieille église dans les trois mois de la signature du traité. / M. Domenger s'engager à payer au Sr Fleurant la somme de 113.506 f. 44 pour prix de l'église achevée. / les paiements seront divisés ainsi qu'il suit : / Après l'achèvement des fondations... 12.000,00 / quand l'édifice sera élevé à 3m33 au-dessus des fondations... 12.000,00 / quand la hauteur atteindra 6m60... 12.000,00 / quand la hauteur atteindra 11m33... 12.000,00 / quand la couverture sera terminée... 12.000,00 / après l'achèvement du clocher... 12.000,00 / après l'achèvement des voûtes... 12.000,00 / quand l'édifice sera en état de réception provisoire... 12.000,00 / quand l'édifice sera reçu définitivement et au plus tard six mois après cette réception... 19.506,44 / Total pareil... 113.506,44. / Les paiements successifs en seront faits sur un certificat des architectes. / 15. Les honoraires des architectes et leurs frais de voyage seront exclusivement à la charge de M. Domenger. / 16. S'il survient entre les parties contractantes des contestations donnant lieu à une action judiciaire, toutes les conséquences du procès et en particulier les frais d'enregistrement du présent traité seront à la charge de la partie qui succombera. / 17. Le Sr Fleurant s'engage à fermer ses chantiers les dimanche et les jours de fêtes légales. / 18. Pour l'exécution des présentes conventions, les parties élisent domicile à Mugron, savoir M. Domenger en sa demeure et le Sr Fleurant chez Mora. / 19. Afin de garantir l'exécution du présent traité, le Sr Fleurant offre indépendamment de sa propre responsabilité celle du Sr Étienne Fleurant, son neveu, demeurant à Bordeaux, rue des Rochers n° 1, lequel s'engagera solidairement avec lui et qui, s'il ne signe au présent, fournira son cautionnement solidaire sur papier timbré en se soumettant à toutes les conditions ci-dessus. / Fait double et de bonne foi à Mugron le 26 juin 1864. / Approuvé l'écriture ci-dessus, B. Domenger. / Approuvé l'écriture ci-dessus, Fleurant jeune. / Le soussigné Étienne Fleurant après avoir pris connaissance du traité ci-dessus, déclare donner la garantie qui a été promise par le Sr Fleurant, son oncle, et s'engage solidairement avec lui à l'exécution de toutes les obligations qu'il a contractées par ce traité avec M. Domenger. / Bordeaux, le 29 juin 1864. Approuvé l'écriture ci-dessus, Étienne Fleurant. / Pour copie conforme, P. Ad. Bourrus, curé.

    [Note : Le jour où M. Domenger signait ce traité, il écrivait à M. de Bellaing, résidant au château de Poyanne ces courtes mais bien émouvantes lignes : "Cette lettre est la première que j'écris après avoir signé mon engagement de bâtir l'église en éprouvant une consolation que je n'avais pas connue jusqu'ici".]

    [page 26] Suite de la session du mois de mai 1864. / Copie de la délibération du conseil municipal de Mugron autorisant M. Domenger à démolir la vieille église et à en prendre les matériaux et approuvant les plans de l'église neuve qu'il veut construire à ses frais. / Du 15 mai 1864. Reconstruction de l'église par M. Domenger, abandon des matériaux de la vieille église pour servir à la reconstruction de la nouvelle. / L'an mille huit cent soixante quatre et le quinze du mois de mai, le conseil municipal de Mugron s'est réuni sur la convocation de M. le Maire et sous la présidence de M. Despouys, premier inscrit au tableau, le maire voulant s'abstenir et l'adjoint étant malade. / Présents : M.M. Domenger, Batistant, Desclaux, Bergeron, Darrieutort, Fauret, Napias et Despouys, président. / La séance étant ouverte, M. Domenger s'est exprimé ainsi : Depuis longtemps, Messieurs, le besoin d'une nouvelle église se fait sentir à Mugron et les ressources de la commune sont loin d'être à la hauteur d'un si grand besoin. Dans cette situation, et désireux de donner à la localité qui m'a vu naître une preuve de dévouement et de lui laisser un souvenir de ma longue administration, j'ai conçu le projet de bâtir une église à mes frais, j'ai fait dresser, dans ce but, des plans et devis que j'ai l'honneur de vous soumettre. / La nouvelle église sera orientée de l’Est à l'Ouest et embrassera l'emplacement de l'ancienne plus le passage public qui existe à l'Est et cinq mètres environ que le chœur occupera en profondeur dans le jardin de Madame Domenger. / La démolition de l'église actuelle doit nécessairement précéder la construction de l'édifice nouveau et j'ai dû dès lors me préoccuper des moyens d'assurer l'exercice du culte durant la période, assez restreinte, je l'espère, de l'exécution des travaux. Mon grand magasin dont vous connaissez tous les vastes dimensions sera approprié le mieux possible à cette destination provisoire. / Après avoir tout médité, tout prévu, je crois, et lorsque rien ne s'oppose plus à ce que je mettre la main à l'œuvre, je viens, Messieurs, livrer à votre examen les plans de l'église nouvelle. Si ces plans vous paraissent mériter votre approbation, je vous prie de m'autoriser de les mettre à exécution en me permettant de démolir l'église actuelle et en limitant le concours de la commune à l'abandon des matériaux qui la composent et qui serviront à la reconstruction. / Après cet exposé, et après un sérieux examen des plans, le conseil municipal se fesant [sic] l'organe des sentiments de toute la population exprime à M. Domenger sa vive reconnaissance pour les intentions généreuses qu'il vient de manifester. Il le remercie de couronner par un acte de magnificence hors ligne une carrière administrative / [page 27] de plus de cinquante années consacrée sans relâche au bien public et signalée par de nombreux bienfaits. / Il donne pleine et entière approbation au projet qui lui est soumis et il décide conformément à la demande même qui lui est présentée que la commune ne concourra à l'entreprise que par l'abandon sans réserve des matériaux de l'église actuelle dont il autorise la démolition à la volonté de M. Domenger. / Ainsi délibéré à la Mairie de Mugron les jour, mois et an que dessus et ont signé tous les membres présents. [signatures] B. Domenger, Descaux, P. Despouys, Fauret, Bergeron, Darrieutort, Batistant. / Pour copie conforme extraite des registres de la commune de Mugron le 21 février 1865. P. Ad. Bourrus curé de Mugron."

    P. 27. "1864. Église provisoire au magasin de M. Domenger. / Pour bâtir la nouvelle église, il fallait, comme on le voit d'après le traité ci-dessus, renverser l'ancienne et chercher par conséquent un lieu convenable où nous pussions donner toute satisfaction aux nécessités de la Religion et du culte divin. La Providence et la libéralité de M. Domenger vinrent encore à notre secours. Un de ses vastes magasins, dont la construction originale remonte au temps de Louis XV, bâti par M. Servat il fut acquis par M. Domenger en 1790 et à l'heure qu'il est il a ouvert ses larges portes à notre population religieuse et moyennant des subsides fournis partie par le conseil municipal, partie par le conseil de fabrique, partie par des quêtes faites par le curé à domicile ou à l'église, il nous fut possible d'installer une église provisoire qui nous laisse attendre sans trop de chagrin la construction de la neuve et que les étrangers aiment à visiter comme une ressource peut-être unique en son genre. / Mais avant d'espérer le déménagement du vieux temple, le Pasteur voulut encore donner satisfaction à une nécessité du moment. [...] C'était la dernière [communion solennelle] qu'on devait voir dans l'ancienne église. Car le 11 juillet, les menuisiers frères Larrère commençaient à exécuter le traité qu'ils avaient souscrit contre la somme de 1600 fr. à déménager tous les meubles et boiseries de l'église et de la sacristie. Un traité semblable fut souscrit avec Gariberti [sic pour Galimberti] de St-Sever pour le démontage régulier des trois autels et du pavé des sanctuaires. On lui compta 250 f. / Et enfin les ouvrages de serrurerie, soit pour démonter soit pour rétablir en l'église provisoire furent faits par Dupérier, Haou dou Pré découvert avec Lucq, pour la somme de 60 f. / Ce fut le 26 juillet, jour de Ste Anne, qu'après avoir installé canoniquement le chemin de la croix et transporté tout ce qui paraissait indispensable pour l'exécution du culte religieux dans l'église provisoire, nous y dîmes la Messe pour la première fois. [...] / [page 28] Quelques semaines après ces fêtes, on commençait par les soins de l'entrepreneur la démolition des murs de l'église, on descendit les cloches, dont une fut installée à la mairie pour prêter son secours à l'horloge et pour servir d'avertissement pour les offices religieux. / La démolition et le déblaiement des matériaux terminés, on songea sérieusement au tracé linéaire et définitif de l'église, opération qui ne pouvait se faire sans le concours de l'architecte. M. Allau [sic] fut appelé. Dès que cet artiste fut arrivé à Mugron, M. Domenger se hâta de lui communiquer un souci, une inquiétude qui le tourmentait depuis quelques semaines : il craignait encore et plusieurs autres personnes graves craignaient avec lui que l'édifice que l'on voulait construire ne fût insuffisant pour la population exceptionnel qui s'agglomère le dimanche autour de notre clocher. Dominé par cette crainte, M. Domenger, en homme prudent, avait voulu s'assurer du nombre de fidèles qui venaient assister à la messe matutinale dans l'église de Mugron tant pour les dimanches ordinaires que pour les grandes fêtes. Le résultat de cette enquête donna pour les dimanches ordinaires le chiffre de 950 et pour les fêtes de 1100 environ. En face d'un chiffre aussi élevé, M. Domenger avait senti ses craintes s'accroître. Soumises à M. Allau, le remède fut vite trouvé : il fallait ajouter à l'église une travée de plus ; le bienfaiteur consentit immédiatement à ce surcroît de dépense, mais là n'était pas la difficulté, il fallait encore obtenir de Madame Domenger une concession de terrain plus considérable sur son jardin ; on le lui demanda pour le bon Dieu et la pieuse Dame ne sut pas refuser à son bon Maître du Ciel ce qu'elle aurait peut-être eu la tentation de refuser aux créatures. Tout fut ainsi conclu et arrêté le 5 9bre 1864 à la grande satisfaction de tous. Pour la dédommager de son sacrifice, sur la proposition de M. Despouys, président de la fabrique, on accorda à Mme Domenger une porte qui lui permettrait d'entrer de l'extérieur de son jardin dans l'église. Cette concession commencera et finira avec elle. / Le tracé linéaire de l'église commença dès le lendemain et les travaux des fouilles une fois terminés, on posa la première pierre du nouvel édifice le 26 janvier de l'an de grâce 1865, sous le pontificat de Pie IX, Mgr Epivent étant évêque d'Aire. Nous serions impuissants à dépeindre la joie dont le visage de M. Domenger se prit à rayonner au moment où voyant s'élever les fondations au niveau du sol, notre aimable vieillard put se rendre compte de ce que serait le temple du Seigneur, de sa grandeur majestueuse et de la richesse de ses décors, que l'entrepreneur se plaisait à lui faire entrevoir par avance. Affrontant, sans trop de prudence peut-être, les rigueurs d'un froid piquant ou les âpretés du soleil de février et de mars, le bon M. Domenger était toujours au milieu des ouvriers, trouvant sa meilleure récréation à voir les progrès de la construction. Dès les premiers instants du jour, son premier soin était de s'enquérir auprès de ses domestiques si les ouvriers travaillaient, et chaque fois que la pluie obligeait les ouvriers au repos, il laissait malgré lui sortir de sa bouche une parole de regret ; malheureusement, il eut bien souvent à exprimer son chagrin à ce sujet, car l'hiver fut plus fécond qu'à l'ordinaire en pluies et en tempêtes ; si bien qu'au mois de février, après quatre ou cinq semaines de travail tourmenté, M. Fleurant déconcerté par l'abondance des eaux qui inondaient les fouilles, déclara qu'en s'en tenant aux conditions du devis qui ne l'obligeait nullement à exécuter les fondations de l'édifice en chaux hydraulique, il compromettrait la solidité de l'église en exécutant ces premiers travaux avec de la chaux grasse. Que faire donc ? Il fallait congédier tous les ouvriers et suspendre tout durant près de deux mois. Lorsque M. Domenger se vit menacé d'un semblable retard, on l'entendit demander avec empressement à l'entrepreneur comment on pourrait surmonter ces obstacles. Donnez-moi mille francs de plus et sans être obligé de m'arrêter d'un seul jour, j’assoirai toutes les fondations en chaux hydraulique. La générosité de M. Domenger souscrivit immédiatement cette somme : grâce à cette largesse supplémentaire, nous nous vîmes affranchis de tout danger de retard et surtout de toute crainte sur la solidité de la construction. / Quelques semaines après, M. Allau vint visiter les travaux et de concert avec M. Domenger il détermina la place des confessionnaux et mille autres petits détails imprévus contre lesquels la bienfaisance de notre donateur ne sut fournir aucune objection. Tout allait ce semble arriver à bonne fin et au gré des désirs de tous. Au mois d'avril nous pouvions déjà nous rendre compte de ce que serait l'église : les fondations étaient complétement finies et les absides étaient déjà assez élevées au-dessus du sol pour nous laisser entrevoir en quelle place serait élevé l'autel principal. / Ce fut alors que le curé de la paroisse crut le moment opportun pour solliciter de Monseigneur l’Évêque l'honneur et la consolation de sa présence afin de bénir l'œuvre commencée et encourager le zèle et les ardeurs généreuses du vénérable M. Domenger.

    [en marge] Projet de cérémonie pour la pose de la 1ère pierre de la nouvelle église. / Sa Grandeur était alors au cours de visites pastorales dans les cantons d'Hagetmau et d'Amou ; il nous était plus facile de décider la question de notre cérémonie de pose de première pierre. M. Domenger se rendit le 6 avril avec le Pasteur de la paroisse au château de St-Cricq chez M. le Baron de Lataulade et là, au milieu des joies et des satisfactions d'une hospitalité pleine de distinction et de cordiale bienveillance, il fut arrêté que Monseigneur l’Évêque viendrait le dimanche 30 avril pour notre la confirmation à notre jeunesse et poser avec éclat la première pierre de l'autel. En se retirant, M. Domenger communiqua à son pasteur non seulement ses projets d'invitation pour la fête du 30, mais encore ses desseins de bienfaisance en faveur de l'Hospice qu'il voulait agrandir et doter tout particulièrement d'une métairie sise au quartier de Petit. [...] Au moment de rentrer dans sa maison, il pria son compagnon de voyage de venir le confesser le lendemain vendredi pour qu'il pût se mettre à même de gagner le jubilé accordé au monde catholique pour l'année 1865 et ouvert dans la paroisse de Mugron depuis le 10 mars. [...]"

  • Compte-rendu de la cérémonie de consécration de la nouvelle église le 2 décembre 1866 (AP Mugron, registre paroissial, 1842-1950, p. 41-46)

    « Cérémonie de la consécration de la nouvelle église accomplie le 2 Xbre 1866 par Monseigneur Epivent, évê[que] d’Aire et de Dax. / […] Monseigneur jusqu’au presbytère où il fut reçu avec le plus jovial empressement. Ici, je fais place à un autre pour initier d’une manière plus agréable nos descendan[t]s aux détails intéressan[t]s des fêtes qui s’accomplirent dans la ville de Mugron les 2 et 3 décembre de l’an 1866. C’est un de nos curés, présent à cette solennité, qui livra au public dans le journal le Rosier de Mégarée ses impressions. Il raconte ce qu’il a vu, ce qu’il a éprouvé sans exaltation et sans enthousiasme exagéré. Écoutons-le plutôt : / La paroisse de Mugron vient d’avoir une fête religieuse tout à fait exceptionnelle : nous voulons parler de la dédicace ou Consécration solennelle de sa nouvelle église. C’était le dimanche 3 décembre. Dès la veille, Monseigneur l’évêque d’Aire et tous les habitants de Mugron avaient dû préluder par un jeûne rigoureux à la cérémonie du lendemain, la plus unique, la plus longue et la plus imposante de la liturgie catholique. / Il ne s’agit pas seulement d’une simple inauguration et d’une bénédiction ordinaire, par laquelle on rend un édifice propre à la célébration de nos saints Mystères. Les honneurs et les privilèges de la Consécration ne s’accordent qu’à des temples chrétiens dont la grandeur, la solidité et la beauté artistique se joignent à des souvenirs précieux pour la société des fidèles. / Or, en fait de souvenirs, il n’en est pas de plus touchant que la piété noble et généreuse, vraiment patriotique et d’un caractère princier, qui a doté Mugron d’un monument religieux de premier ordre. Tout le monde sait en Chalosse, et il est bon qu’on le sache bien loin en France, que les époux Domenger, enfants l’un et l’autre de Mugron, ont voulu prendre sur eux les frais de construction et d’appropriation de leur église paroissiale, exemple admirable du saint emploi de la fortune ! / La nouvelle église, relativement très vaste, est bâtie en pierre de taille. C’est une construction du style gothique prise sur les modèles les plus purs du treizième siècle. On y voit cette légèreté, cette élégance, cet heureux ensemble de proportions, cette noble direction vers le ciel qui donnent à l’architecture ogivale tant de supériorité. / L’extérieur n’a rien que de grave et de sévère. La façade principale paraît moins frappante, parce que des nécessités locales ont obligé les architectes à engager presque tout le clocher sur la première travée de l’église, au lieu de le laisser tout entier en saillie. / Mais dès que l’on a franchi le seuil de l’édifice, on jouit pleinement de ces beautés que l’art chrétien sait donner à nos temples. Quelle grâce dans toutes ces lignes où la pierre transfigurée en poésie chante son hymne au Seigneur ! / Un transept large et spacieux sépare du chevet la nef majeure. A droite et à gauche de l’abside, se trouvent deux chapelles faisant face aux nefs latérales. / Le chœur et le sanctuaire reçoivent le jour par cinq fenêtres géminées enrichies de verrières d’un mérite incontestable qui ont été fabriquées par d’humbles religieuses de l’ordre du mont Carmel sis en la ville du Mans ; le vitrail de la fenêtre principale est surtout remarquable, il représente le ciel et ses bienheureux habitants d’après l’idée que nous en donnent les artistes de l’iconographie allemande ; à droite se voit saint Laurent, patron de la paroisse, adressant au pape saint Sixte que l’on mène au martyre ces paroles devenues légendaires : « Où allez-vous mon père sans emmener votre fils ? » A gauche apparaissent saint Pierre et saint Paul, les deux colonnes de l’église catholique. / Négligeons les autres vitraux quoiqu’il nous en coûte de ne point parler de la chapelle de la Vierge et de celle de saint Joseph, ni des brillants médaillons qui relèvent si bien les rosaces placées au-dessus des portes latérales. Le maître-hôtel [corrigé en autel] fait d’un marbre très riche en harmonie avec le style de l’église est décoré de cinq statuts [sic] en pied sous les arcatures du tombeau ; le tabernacle est surmonté d’un ciborium, destiné à l’exposition du saint Sacrement ; ses formes sveltes et élancées retracent celles du clocher aérien qui s’élève au-dessus de la porte principale occidentale avec une belle flèche et ces gracieux clochetons. / Nous ne pouvons passer sous silence les délicieuses sculptures qui s’épanouissent aux chapiteaux de toutes les colonnes. / Les voûtes repaissent la vue de leur teinte douce et leurs lignes entrecoupées, traçant ou figurant les assises de pierre. Mais leur plus précieux ornement, sans contrefit, sont les points où se croisent les arcs-ogives : ce sont les clefs de voûte, ornées d’écussons ou de fleurons très variés qui ont pour mission de perpétuer en relief et en peinture plusieurs noms devenus chers à la foi religieuse, à la piété filiale, à la reconnaissance patriotique, à la vénération ou à l’estime particulière des habitants de Mugron. On voudra bien nous pardonner d’en donner la nomenclature, sans néanmoins entrer dans le développement explicatif des symboles, des armoiries et des attributs qui servent à historier ces noms propres. / C’est d’abord au-dessus de l’autel et près de l’arc triomphal le Christ Sauveur symbolisé par l’agneau. / Viennent ensuite : / Le pape régnant, l’auguste Pie IX ; Monseigneur Louis-Marie-Olivier Epivent, notre illustre et vénéré Prélat. / à droite et à gauche un évêque de Dax et un évêque de Lescar du nom et d’une famille de D’Esclaux dont il reste deux descendan[t]s à Mugron. / au fond du transept, du côté du midi le Maire de la ville, le regrettable [sic] M. Despouys, qu’une mort récente vient d’enlever à l’amour respectueux de ses concitoyens. / Du côté du nord, le pasteur actuel de la paroisse, M. l’abbé Bourrus, dont le zèle, la prudence et l’aimable piété ont eu le mérite ou le bonheur d’amener a exécuter le projet qui devait enfanter ce monument. / Au milieu de la grande nef, M. Domenger, conseiller général, chevalier de la Légion d’honneur, fondateur désormais immortel de cette église. / Madame Domenger, née d’Antin, qui a tenu à cœur de parfaire dignement et largement l’œuvre commencée par son mari. / MM. Allaux [sic] et Ozanne, architectes distingués, l’un par la beauté de ses plans, l’autre par la sûreté de son esprit pratique. / Le douzième et dernier écusson était bien acquis à M. Fleurant, l’entrepreneur actif et intrépide de l’église, qui dirige ses chantiers avec autant d’habileté que d’ardeur ; c’est une célébrité dans son genre. / Mais nous sentons déjà que cette étude de détails nous mènerait trop loin. Mieux vaut nous arrêter et reprendre à grands traits, le compte-rendu des fêtes du dimanche. Disons que d’abord, que la pluie qui n’a cessé de tomber du matin au soir, a singulièrement assombri la solennité et retenu près de leur foyer bon nombre de gens qui auraient ajouté à l’affluence déjà considérable attirée par la circonstance. Nous ne dirons rien de la translation des reliques, de la bénédiction de l’eau, de l’aspersion sur les murailles, tout autour de l’église et répétée trois fois, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur, des alphabets grec et latin tracés par l’évêque avec la pointe de sa crosse, sur le pavé de la nef saupoudré de cendres, depuis le porche jusqu’au pied du sanctuaire, des exorcismes, prières, invocations, bénédictions, encensements, des onctions multipliées sur l’autel et sur les colonnes des piliers, de ces mille évolutions, toutes d’un sens mystique, exécutées par l’évêque et le nombreux clergé qui l’assistait. Enfin, le temple est consacré, la messe se célèbre au milieu de l’émotion générale, l’éloquent pontife parle aux foules qui se pressent dans l’enceinte religieuse, et le chant du Te Deum fait monter bien au-dessus des voûtes et jusqu’aux cieux l’expression des actions de grâce populaires. / Chaque famille avait ce jour-là ses invités. Au presbytère, un splendide banquet d’une quarantaine de couverts a réuni l’élite des notabilités qui avaient assisté à la consécration de l’église [...]. / Le lendemain lundi, vers huit heures du matin, la nouvelle église s’est remplie de nouveau d’une assistance pieuse et recueillie. Le programme annonçait un service funèbre très solennel qui devait être chanté par Monseigneur l’évêque pour feu M. Domenger, et immédiatement après, une cérémonie de confirmation pour cent-vingt adolescents. A huit heures moins le quart, Monseigneur arrivait à l’entrée du temple. Sa Grandeur a été reçue officiellement par M. le doyen de Mugron, qui, dans un discours d’une exquise délicatesse, a remercié l’illustre prélat de l’honneur insigne qu’il était venu apporter à la paroisse. [...] / "Monseigneur, / Nous avons ouï dire qu’on montrait quelque part dans la capitale des roses qui fleurissent, s’ouvrent et s’épanouissent en quelques minutes sans que l’ail les quitte. C’est l’image de notre vie, l’histoire de notre temps, l’histoire de cette église de Mugron. / En effet, il y a à peine 22 mois qu’on en jetait les fondements et déjà aujourd’hui elle s’épanouit à nos regards [...]. Cette église que Votre Grandeur a consacrée au milieu d’un concours aussi nombreux que choisi transmettra aux générations futures comme un souvenir impérissable le nom de Monseigneur Louis-Marie-Olivier Epivent avec celui de l’insigne bienfaiteur qui nous la donna. / Cet homme de bien en qui tous trouvèrent, quand il vivait, un trésor inépuisable de sages conseils, de bonne foi, de sincérité, d’amitié constante et inviolable, n’est pas ici, Monseigneur, et c’est là pour vous comme pour nous la goutte d’absinthe amère mêlée au calice de l’allégresse. Dans les œuvres saintes comme dans la vie du chrétien il faut que la douleur aussi bien que la joie aient leur jour. La construction de cette église nous en est une preuve bien douloureuse… / Pour nous consoler de cette perte à jamais regrettable [...] venez, Monseigneur, venez dire à Dieu la prière du deuil et de la tristesse : Requiem aeternam dona eis Domine, et lux perpetua luceat ei. / Cette supplication, partie de votre cœur de Pontife, réservera le sentiment d’impérissable gratitude que nous avons tous vouée à notre bienfaiteur. En l’adressant au Ciel, vous serez aussi, Monseigneur, l’interprète pieux et fidèle des aspirations les plus ardentes de cette respectable veuve, qui, depuis que Dieu les sépara, ne sait plus vivre, prier, souffrir et faire du bien que pour celui dont elle fut si longtemps l’ange dévoué. / Âme chérie ! Soyez au Ciel ! Et puis une fois couronné du diadème de gloire réservé aux cœurs généreux et bienfaisants comme le vôtre, souriez à votre Digne Compagne, à vos amis, à tous ceux qui vous connurent. Souriez aussi à ce vénéré Pontife qui vous aima et qui va vous bénir. Amen. Lundi 3 Xbre 1866." [...]

  • Extraits des reçus de la fabrique concernant la pose d'un nouveau carrelage par le cimentier François Jambon, 1880-1881 (AP Mugron)

    - Extrait d'une délibération du conseil de fabrique portant décision de refaire le carrelage de l'église grâce au produit de la vente de la maison Ménine, exécutée le 23 août 1877 pour 7000 francs devant Maître Joseph Léopold Pussacq, notaire à Mugron (6 août 1878).

    - Traité entre Éloi Lapierre, président de la fabrique, et François Jambon, cimentier à Hagetmau, pour un nouveau carrelage à l'église "en carreaux gris et noirs de ciment comprimé" à 7 francs le mètre carré (20 mai 1880).

    - Reçu de François Jambon pour la somme de 12,10 francs "pour droit d'octroi sur la quantité de huit mille carreaux fournis pour le carrelage de l'église de Mugron" (15 juillet 1880).

    - Certificat du président Éloi Lapierre attestant l'exécution des carrelages pour les "hôtels" (sic) de la Vierge et de saint Joseph et pour les fonts baptismaux (30 avril 1881).

Références documentaires

Documents d'archives
  • Monographie paroissiale de Mugron, vers 1890.

    Archives départementales des Landes : 16 J 18 b
  • Église, presbytère, cimetière (1811-1937).

    Archives départementales des Landes : 2 O 1446
  • Secours de la commune pour refonte d'une cloche (1822), etc.

    Archives départementales des Landes : 70 V 236/6
  • Inventaire des biens dépendant de la fabrique, 5 février 1906.

    Archives départementales des Landes : 70 V 236/9
  • Dons et legs à la fabrique (1817-1883) : Françoise et Marthe Dartigoeyte (1817), Pierre Fossats (1822), Marie-Anne Domenger veuve de Castelnau (1822), Pierre Darbo (1824), Marie-Anne Pujo (1852), Jean Farthoat (1854-1855), Pierre Hosseleyre (1855-1856), Saint-Jean Portelatine (1856), Jeanne Celhay veuve Bastiat (1868-1869), Catherine Latry épouse Moncade (1869-1892, refusé), Jean Lurbe (1872-1873), Béotie Hiard (1883).

    Archives départementales des Landes : 70 V 236/10
  • Plans et élévations de la nouvelle église, par les architectes Gustave Alaux et Alexandre Ozanne (1860).

    Archives paroissiales, Mugron
  • Reçus de la fabrique (1721-1730).

    Archives paroissiales, Mugron
  • Liasse de documents de la fabrique (1750-1754).

    Archives paroissiales, Mugron
  • Reddition des comptes du marguillier de Mugron, Dominique Labeirie, du 24 juin 1754 au 4 juillet 1756.

    Archives paroissiales, Mugron
  • Reddition des comptes du marguillier de Mugron, Dominique Labeirie, du 5 juillet 1761 au 20 août 1766.

    Archives paroissiales, Mugron
  • Documents divers (1808-1863) : confréries, don de la maison Menine (1817), testament de Pierre Darbo (1822), inventaire du presbytère (1865), inscriptions des cloches, etc.

    Archives paroissiales, Mugron
  • Conseil de fabrique, arrêtés de comptes et délibérations (1826-1836).

    Archives paroissiales, Mugron
  • Délibérations, arrêtés de compte de la fabrique (1826-1906), recensement de 1792.

    Archives paroissiales, Mugron
  • Bureau de la fabrique depuis 1833-1836, rénovation de l'église en 1834 (1833-1836).

    Archives paroissiales, Mugron
  • Correspondance relative à l'autel en marbre fait par Arnaud Graciette fils, de Bagnères-de-Bigorre (1834-1835).

    Archives paroissiales, Mugron
  • Registre des délibérations du conseil de fabrique (1836-1863).

    Archives paroissiales, Mugron
  • Reçus de la fabrique (1834).

    Archives paroissiales, Mugron
  • Reçus de la fabrique (1835-1836).

    Archives paroissiales, Mugron
  • Reçus de la fabrique (1839).

    Archives paroissiales, Mugron
  • Registre paroissial de l'église de Mugron (1842-1950) ("Diocèse d'Aire, paroisse de Mugron, doyenné de Mugron. Registre paroissial de l'église de Mugron à commencer du 25 août 1842").

    Archives paroissiales, Mugron
  • Ordonnance de visite pastorale de Mgr Lanneluc en l'église de Mugron (9 septembre 1842).

    Archives paroissiales, Mugron
  • Église actuelle, plans, contrats (1874-1905), reçus de la fabrique (1880, 1881, 1884, 1886, 1887, 1893).

    Archives paroissiales, Mugron
  • Registre des marguilliers de l'église Saint-Laurent, arrêtés et vérifications des comptes (1852-1906).

    Archives paroissiales, Mugron
  • Registre des délibérations du conseil de fabrique (1892-1906) puis du conseil paroissial (1906-1949).

    Archives paroissiales, Mugron
  • Notes du curé de Mugron (1912-1919).

    Archives paroissiales, Mugron
  • Documents divers : orgue, cloches, reliques (XIXe-XXe siècles).

    Archives paroissiales, Mugron
  • Livre des confraires et confrairesses enrollés en la confrairie Nostre Dame du Sainct Rosaire instituée en l'esglize de Mugron l'année mil six cens quarante deux (1642-1792).

    Archives paroissiales, Mugron
  • Reddition des comptes des confréries du Saint-Sacrement et du Rosaire de Mugron du 11 juin 1747 au 8 juin 1755.

    Archives paroissiales, Mugron
  • Registre de la confrérie du Rosaire (1860-1946).

    Archives paroissiales, Mugron
  • Liste des confrères du Saint Sacrement qui ont été reçus dans l'église de Mugron (1704-1791).

    Archives paroissiales, Mugron
  • Registre de la confrérie du Très Saint Sacrement (1781-1875).

    Archives paroissiales, Mugron
  • Cahier contenant les délibérations de l'administration de la confrérie du très Saint Sacrement établie dans l'église de Mugron (1832-1879).

    Archives paroissiales, Mugron
  • Registre des délibérations et des comptes de la confrérie du Saint-Sacrement, listes des confrères (1850-1945).

    Archives paroissiales, Mugron
  • Documents divers concernant la confrérie du Saint-Sacrement (1904-1914).

    Archives paroissiales, Mugron
  • Registre de la confrérie du Scapulaire (1803-1952).

    Archives paroissiales, Mugron
  • Registre de la confrérie du Sacré-Cœur de Jésus établie à Mugron le 11 juillet 1831 (1831-1881).

    Archives paroissiales, Mugron
  • Registre de la confrérie du Tiers-Ordre de saint François (1928-1939).

    Archives paroissiales, Mugron
  • FOIX Vincent, abbé. Monographie paroissiale de Mugron et Nerbis. 1885.

    Archives départementales des Landes : 2 F 966-1 et 2
Bibliographie
  • MEYRANX Louis-Bernard, abbé. Monographie de Mugron depuis sa fondation jusqu'à nos jours. Bordeaux : Imprimerie catholique "Jeanne d'Arc", 1911.

    p. 257-258, 269-271, 277-279, 295-296
  • LAPORTE Pierre. Chronique d'un exploit ignoré. L'église de Mugron (1864-1905). Mugron, 2003.

  • LAPORTE Pierre. Mugron, village chalossais, des origines jusqu'en 1911. Association Historique et Culturelle du Canton de Mugron, 2007.

    p. 293-302
  • BESSELÈRE Jean-Pierre. Petite chronique paroissiale à Mugron.

  • Le Second Empire, essor des Landes, 1852-1870. Catalogue d'exposition, Mont-de-Marsan, 1980-1981.

  • ROISIN Jacques. Nomenclature des orgues des Landes. S.l., 1979.

Périodiques
  • LAPORTE Pierre. "Les églises paroissiales de Mugron". Bulletin de la Société de Borda, n° 448, 1er trimestre 1998.

    p. 63-83

Liens web

(c) Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel - Maisonnave Jean-Philippe