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Église paroissiale Saint-Jean-Baptiste-Notre-Dame-des-Infirmes

Dossier IA64002657 inclus dans Station thermale des Eaux-Bonnes réalisé en 2018

Fiche

Á rapprocher de

Vocables Saint-Jean-Baptiste, Notre-Dame
Appellations Église Saint-Jean-Baptiste-Notre-Dame-des-Infirmes
Dénominations église paroissiale
Aire d'étude et canton Pyrénées-Atlantiques
Adresse Commune : Eaux-Bonnes
Adresse : place de l' Eglise
Cadastre : 2018 AN 158

Naissance d'une paroisse thermale

Au XIXe siècle, malgré la montée de l'anticléricalisme, l'église demeure un élément fondamental de l'organisation sociale et urbaine, y compris dans les stations de villégiature de bord de mer et de montagne. Rapidement après la construction de l'établissement thermal néoclassique des Eaux-Bonnes, il est donc décidé d'édifier, dans son environnement immédiat, un lieu de culte catholique. Une première chapelle néoclassique, aux proportions modestes, est alors bâtie par l'ingénieur Cailloux en 1828 pour la somme de 25.000 francs. Cet investissement conséquent démontre bien, dès cette époque, l'ambition affichée par la commune désireuse d'offrir tout le confort et les équipements nécessaires à la vie des villégiateurs. Le site est placé sous le patronage de saint Jean-Baptiste, par référence au culte des eaux qu'il inspire, ainsi qu'à Notre Dame des Infirmes, pour invoquer sa protection des malades.

La nécessité d'un édifice à grande capacité d'accueil

Cette chapelle primitive accueille les curistes jusque sous le Second Empire mais l'affluence de la station est telle que son exigüité impose un agrandissement voire une reconstruction, projetée dès 1859. La commune sollicite pour ce faire l'appui de l’État, en insistant sur le caractère indispensable du projet à l'égard "du bien-être de la colonie étrangère et de la prospérité de la commune", d'autant que le chemin de fer n'atteint pas les Eaux-Bonnes. Une nouvelle église, devant accueillir environ 790 fidèles, permettrait donc de palier ce handicap. Pour ces raisons, est envisagé en 1863 un édifice bien plus vaste, dont le projet et l'exécution sont confiés à l'architecte départemental Gustave Lévy, qui intervient régulièrement dans la commune. C'est pour un style néo-gothique, radicalement opposé à celui de l'édifice précédent, qu'optent les édiles, la Fabrique et l'architecte. Ce parti esthétique, répondant mieux au contexte du Concordat, témoigne des exigences de la société et du clergé du XIXe siècle, où la référence gothique constitue le style consacré de l'architecture chrétienne, d'autant plus aux yeux des visiteurs anglo-saxons. Selon les principes des grands théoriciens du nationalisme architectural comme Augustus W. Pugin en Grande-Bretagne ou Eugène-E. Viollet-le-Duc en France, le gothique permet en effet un retour aux sources et à l'identité du territoire national.

Première phase chaotique de la construction de l'église néogothique (1864-1869)

La construction de ce nouvel édifice est engagée en 1864 dans un style néogothique obéissant aux conventions de l'architecture sacrée du XIXe siècle. Dès le commencement, la marche des travaux est entravée par les plaintes des propriétaires voisins, en l'occurrence M. Loumiet, qui déplore les dommages occasionnés sur sa maison - le futur presbytère - par les fouilles, ainsi que Sophie Tourné, de la maison éponyme, qui rend les travaux responsables du tarissement de la source dont elle jouissait depuis 60 ans. Une partie de la maçonnerie est toutefois exécutée durant cette période, de même que la sculpture des chapiteaux réalisée par le marbrier sculpteur Paulin Battault et son rival François Weiller, dont la mise en concurrence par l'architecte cause une nouvelle affaire administrative. Les conditions du chantier dans cet environnement escarpé et boisé s'avèrent parfois dangereuses, si bien qu'un ouvrier nommé Pareilh est tué par la chute d'une souche le 22 avril 1864, provoquant l'arrêt du chantier pendant une journée, mais surtout la désertion d'une grande partie de la main d’œuvre craignant de nouveaux accidents.

Cette reconstruction permet d'ériger l'édifice en succursale de l'église paroissiale d'Aas par décret impérial du 4 avril 1868, avant même son achèvement. Les travaux sont toutefois interrompus l'année suivante à cause de problèmes financiers et d'un différend avec l'entrepreneur de travaux Courtade, également propriétaire d'un important parc immobilier près de l'église. Ce dernier se plaint dès 1865 de la disparité du projet initial et des plans fournis aux entrepreneurs, ce qui ralentit considérablement son intervention, tandis que l'architecte l'accuse, pour sa part, d'erreurs d'exécution et va jusqu'à ordonner la destruction de plusieurs de ses réalisations. En 1868, la commune s'est alors endettée à hauteur d'un million de francs auprès du Crédit Foncier de France afin de mener à bien le chantier, qui restera cependant suspendu jusqu'en 1876. Elle est toujours dépourvue de lieu de culte décent, ce à quoi le docteur Pidoux remédie en consentant à ce que les messes soient célébrées au sein de l'établissement thermal.

Après de longues démarches administratives, le marché avec Courtade est résilié en 1872 pour être remplacé, à la reprise des travaux, par Victor Grousset, également entrepreneur local. L'ingénieur Turon est, quant à lui, sommé d'effectuer à plusieurs reprises le métré et le décompte des travaux exécutés, alors que diverses expertises continuent d'immobiliser le chantier. D'autres conflits avec les entrepreneurs persistent mais sont définitivement réglés en 1878.

La reprise et l'achèvement du chantier (1876-1884)

Dans le même temps, en 1875, le préfet et la commune approuvent le règlement des travaux en date du 14 juin 1874, le dénommé Courtade souhaitant désormais en "terminer amiablement". Suite à l'issue positive de cette affaire qui a duré plus de cinq ans, Gustave Lévy commande une nouvelle expertise à l'architecte Loupot (qui dessine par la suite le somptueux maître-autel), afin de repartir sur de nouvelles bases. Une fois le chantier relancé en 1876, au même moment que le début de la construction du casino, l'abbé Daguerre, charismatique et apprécié curé de la paroisse, sollicite auprès de la commune un financement de 5.000 francs en vue de la commande d'un maître-autel particulièrement raffiné, auquel il souhaite consacrer 9.000 francs. Il s'engage en contre-partie à obtenir une partie de la somme nécessaire auprès des malades étrangers, mais sa requête est, dans un premier temps, rejetée.

En 1877, Pierre Gabarret, architecte départemental en charge de la maîtrise d’œuvre depuis le début des années 1870, assure le suivi du gros œuvre et commande l'exécution de la cloche auprès du fondeur renommé Ursulin Dencausse établi à Tarbes. La même année, la manufacture du maître verrier Jules-Pierre Mauméjean, installée à Pau, fournit les rosaces des portes latérales et de la tour-clocher. Un an plus tard, c'est, on ne sait pour quelle raison, à un autre maître verrier que s'adresse Gabarret en commandant à l'artisan clermontois Louis Chastain les verrières de l'abside. Ces trois verrières doivent les éloges prononcées par la presse locale probablement au statut de leurs mécènes, le prince Michel Stourdza (1794-1884), ancien prince régnant de Moldavie, et sa seconde épouse la princesse Smaragda. Les vitraux de la nef, dus à l'artisan bordelais Gustave Pierre Dagrand, ont été réalisés en 1881. Le perron et la balustrade relevant de l'aménagement du parvis de l'église sont, quant à eux, exécutés entre 1878 et 1879. Le chauffage central, prévu dès l'origine du chantier, est fourni par l'entreprise anglaise Calorifères Gurney, succursale de Paris, dont les travaux furent présentés à l'Exposition universelle de 1878 (sans grand succès, car son système provoquait de fortes vapeurs mal adaptées aux milieux humides - et sans doute à l'église des Eaux-Bonnes).

Malgré la reprise du chantier, les difficultés financières de la Fabrique et de la commune se succèdent, notamment lors du paiement de l'achèvement des tourelles, du beffroi et de la tribune en 1880 ou du règlement de la facture de Dencausse en 1881. Les cloches sont par la suite refondues entre 1890 et 1892 par le même artisan, qui accepte par ailleurs de graver gratuitement les inscriptions d'usage. Outre le financement de la commune et de la Fabrique, l'église bénéficie également des dons en nature de la famille Moreau-Nélaton, dont le père - Adolphe Moreau - avait partiellement financé l'aménagement de la Promenade Horizontale. Son épouse, sa belle-fille et son petit-fils, membre de l'Académie des Beaux-arts, offrirent successivement à la ville plusieurs tableaux religieux (une réplique agrandie de La Vierge consolatrice des affligés conservée à l'église Saint-Denis-du-Saint-Sacrement à Paris, une copie de La Visitation de Raphaël alors conservée au Louvre), du mobilier liturgique (un calice en argent, six chandeliers, une vierge en argent, ainsi qu'une vierge de l'Ave Maria encore placée sur l'autel du Mont-Carmel) et commandèrent directement l'autel Saint-Étienne installé dans l'un des bas-côtés. Pour ses généreuses actions envers la communauté, le conseil municipal va jusqu'à baptiser le parvis d'après le nom de cette famille en 1878, devenue l'une des plus importantes donatrices de collections muséales à l'attention de l’État français.

L'église et le maître-autel sont finalement consacrés lors d'une cérémonie fastueuse donnée le jour de l'Ascension, le 29 mai 1884, en présence de monseigneur Ducellier, évêque de Bayonne, mais aussi du grand vicaire Lasserre, du chanoine maître des cérémonies Salefranque, du chanoine honoraire archiprêtre Conderanne et des prêtres anciens et en fonction des paroisses de la région (Laruns, Aas, Louvie-Soubiron, Eaux-Chaudes, Bétharram, Oloron). La présence du clergé régional et d'une foule de curistes montre à quel point cette consécration fut un évènement de premier ordre dans la vie thermale et religieuse pyrénéenne. Les reliques et le procès-verbal de la consécration, placés dans une boîte portant le sceau épiscopal, furent entreposés dans l'établissement thermal, un lieu "propre et décent" avant la cérémonie. Les douze croix d'or sur fond bleu disséminées sur les piliers furent exécutées à l'occasion de cette cérémonie et sont destinées à en demeurer un témoignage symbolique.

Remaniements ponctuels après la Première Guerre mondiale

Désormais achevée, l'église n'en était pas moins exposée aux contraintes de son environnement spectaculaire. Des travaux, placés sous le contrôle du conservateur des Forêts, sont engagés en 1891 pour la préserver des éboulements de la raillère la surplombant ainsi que d'éventuelles chutes d'arbres. L'édifice fut également victime de malveillance, comme en 1898 où furent dérobés l'ostensoir, estimé à 350 francs, et le ciboire, évalué à 2.000 francs.

La splendeur de l'édifice n'empêcha pas, toutefois, durant l'entre-deux-guerres, l'intervention du céramiste biarrot Édouard Cazaux, qui dota la nef d'un original chemin de croix en faïence et ornementa le chœur d'un somptueux décor de céramique polychrome de style Art Déco, venu dissimuler les peintures murales néogothiques originelles. Diverses opérations d'entretien, notamment de la couverture, sont réalisées durant les Trente Glorieuses, sans altérer la physionomie d'ensemble de l'édifice, hormis par la dépose de la flèche. La fréquentation de l'édifice s'est fortement tarie avec la décroissance de l'affluence de visiteurs dans la station à partir des années 1970.

Période(s) Principale : 2e quart 19e siècle
Principale : 3e quart 19e siècle
Principale : 4e quart 19e siècle
Principale : 2e quart 20e siècle
Dates 1828, daté par source
1864, daté par source
1873, daté par source
1884, daté par source
Auteur(s) Auteur : Lévy Gustave, architecte départemental, attribution par source
Auteur : Gabarret Pierre,
Pierre Gabarret

Architecte communal des Eaux-Bonnes dans les années 1870-1880.


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architecte communal, attribution par source
Auteur : Cailloux, ingénieur, attribution par source
Auteur : Chastain Louis,
Louis Chastain

Installé à Clermont-Ferrand.


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maître verrier, signature
Auteur : Loupot Émile
Auteur : Cazaux Édouard,
Édouard Cazaux (1889 - 1974)

Sculpteur et céramiste, né à Cauneille (Landes) le 6 septembre 1889, mort à La Varenne (Maine-et-Loire) le 10 novembre 1974. Élève à l'École des beaux-arts de Paris et à l'école de Sèvres, s'installe en 1918 à La Varenne, où il produira toute son œuvre de céramiste.


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décorateur, signature
Auteur : Dencausse Ursulin,
Ursulin Dencausse (1825 - 1910)

Né à Dumes en 1825, mort à Tarbes ou à Biarrotte en 1910. Fonde sa fabrique de cloches à Tarbes et à Soues. Père de Jean-Louis-Ursulin (1861-1931), qui lui succède dès avant 1908.


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fondeur, attribution par source
Auteur : Laplace Jacques,
Jacques Laplace

Carrier à Arudy en 1878.


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carrier, attribution par source
Auteur : Battault Paulin,
Paulin Battault

En activité aux Eaux-Bonnes en 1866.


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sculpteur, attribution par source
Auteur : Courtade, entrepreneur, attribution par source
Auteur : Turon Jules,
Jules Turon

Conducteur de travaux, actif dans la seconde moitié du XIXe siècle aux Eaux-Bonnes.


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conducteur de travaux, attribution par source
Auteur : Weiller François,
François Weiller

Actif aux Eaux-Bonnes en 1866.


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sculpteur, attribution par source
Auteur : Rodo i Samaranch Pau,
Pau Rodo i Samaranch (1843 - 1894)

Sculpteur catalan installé à Pau et à Cauterets, décédé à Barcelone.


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sculpteur, attribution par source
Auteur : Mauméjean Jules-Pierre
Jules-Pierre Mauméjean (1837 - 1909)

Fils du peintre sur porcelaine Joseph II Mauméjean. Fondateur en 1860 de la fabrique de verrières Mauméjean à Pau.


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Personnalité : Moreau-Nélaton,
Moreau-Nélaton

Famille de bienfaiteurs de la station des Eaux-Bonnes, constituée de plusieurs générations : d'abord les parents M. et Mme Moreau, puis la belle-fille Mme Moreau Nélaton, puis le petit-fils M. Moreau Nélaton.


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donateur, attribution par source
Auteur : Grousset Victor,
Victor Grousset

Entrepreneur de travaux aux Eaux-Bonnes dans les années 1870.


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entrepreneur, attribution par source
Auteur : Dagrant ou Dagrand Gustave-Pierre,
Gustave-Pierre Dagrant ou Dagrand (1839 - 1915)

Né Pierre-Gustave Dagrand en 1839, change son nom en Gustave-Pierre Dagrant en 1889. Peintre-verrier à Bayonne, puis à Bordeaux (7, cours Saint-Jean).


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peintre-verrier, signature

La chapelle néoclassique : l'enseigne thermale

La première chapelle relevait du style néoclassique, habituel dans les stations sanitaires afin de revêtir le caractère thermal et de constituer un ensemble cohérent avec l'établissement thermal voisin. En effet, les thermes, contraints d'être implantés au pied de la montagne de la Butte au Trésor où se trouve la Source Vieille, présentaient leur façade principale en parallèle du chemin d'accès, si bien que seul le lieu de culte, situé face à la route au pied d'une autre montagne, pouvait signaler, dans les dispositions urbaines, la présence de l'établissement.

Cette première chapelle, aux proportions modestes, se composait d'un plan en croix byzantine et d'une élévation principale, devenue emblématique pour les visiteurs et maintes fois représentée par les artistes en villégiature. Ces derniers mettaient fréquemment en scène son entrée dominée par un fronton triangulaire, un arc en plein-cintre percé d'une baie transparente et surmontée d'un clocheton, caractéristiques de l'architecture du XVIIe siècle dont elle s'inspirait. Cette homogénéité urbaine et cette fonction communicative au service de l'activité thermale sont rompues avec le profond remaniement de l'édifice.

L'église néogothique : plan et élévations

L'église des Eaux-Bonnes, dans sa physionomie actuelle, résulte des conventions habituelles de l'architecture sacrée de la seconde moitié du XIXe siècle, en application des principes rationalistes et nationalistes plébiscités par Viollet-le-Duc et l'école diocésaine. Implantée sur la première chapelle détruite, dont elle conserve certains vestiges, elle se fonde sur un vaisseau rectangulaire achevé par une abside à cinq pans. La nef est dotée de bas-côtés surmontés d'une série d'arc-boutants soutenant les hautes voûtes d'ogives et la charpente de la nef. Malgré un respect maximal des conventions liturgiques, l'église ne put en revanche être orientée en raison des contraintes topographiques et de l'environnement bâti existant. Elle est de surcroît implantée au-dessus du cours d'eau de la Sourde, dont le lit a été ménagé dans un canal souterrain.

La façade est composée de trois travées et dominée par une tour-clocher. Le portail d'entrée, établi dans la travée centrale, est surmonté d'un tympan avec arc en ogive percé d'un oculus quadrilobé orné d'un vitrail. Les deux travées latérales sont, quant à elles, dotées de portes également surmontées de tympans gothiques percés d'oculus circulaires garnis de verrières. Une rosace se dresse au niveau des tribunes, tandis que le clocher, point de mire saisissant depuis le bout du chemin et signal du centre de l'activité urbaine, surplombe l'ensemble, renforcé par deux tourelles en poivrière et des arcs-boutants. Les élévations latérales composées de six travées délimitées par les arcs-boutants sont dotées de baies en ogives aux niveaux des bas-côtés et des tribunes.

A l'intérieur, le vaisseau de la nef est séparé des bas-côtés par une arcature néogothique tandis que la tour du clocher accueille un porche dans-œuvre et une tribune voûtée protégée par un garde-corps, lui-même ajouré d'arcs trilobés typiques de l'architecture néogothique. Dans le chœur, les trois murs de parement centraux de la voûte d'ogives à cinq quartiers sont percés de baies en ogive où s'insèrent des vitraux, alors que ceux en position latérale sont aveugles.

L'utilisation de matériaux traditionnels et modernes

En ce qui concerne les matériaux, la pierre de taille d'Arudy est fournie par le carrier Laplace, alors que les moellons sont prélevés dans la toute proche promenade de l'Impératrice. Les mémoires de travaux signalent en outre l'emploi de tuf pour la maçonnerie des voûtes, du bois de sapin et de chêne pour les charpentes, l'utilisation de pavés de marbre taillés à la boucharde pour le passage central de la nef, le porche et le perron, ainsi que des parquets en chêne. A l'instar de l'ensemble des constructions des Eaux-Bonnes et de la vallée d'Ossau, le maître d’œuvre opte pour une couverture en ardoises pyrénéennes, ayant l'avantage d'être un produit de proximité, relevant de surcroît de l'architecture vernaculaire.

Des matériaux modernes dont l'usage se développe fortement sous le Second Empire et la Troisième République sont également utilisés, tels le ciment pour le jointoiement, le béton pour la terrasse du clocher, mais aussi des agrafes de fer dans la charpente du sanctuaire, et du gros fer pour les chaînages. Des aqueducs souterrains sont de plus réalisés à l'arrière de l'église pour faciliter l'écoulement des eaux omniprésentes dans ce flanc de montagne. L'édifice est en outre doté dès l'origine d'un chauffage central dont les bouches sont fermées par des grilles en fonte.

L'histoire de la construction démontre en somme que ce chantier s'inscrit pleinement dans ce moment de transition entre techniques traditionnelles et innovation matérielle et technologique qu'instaure la seconde moitié du XIXe siècle.

Les décors

Si des représentations des décors de la première chapelle néoclassique n'ont pu être mises au jour, l'ornementation de l'église néogothique définitive se caractérise, elle, par une richesse exceptionnelle, d'autant plus lorsqu'elle est mise en rapport avec les proportions topographiques et les capacités financières de la commune. Cela met en lumière une réelle volonté de construire et d'assumer une image de prestige destinée non pas à la population locale mais aux élites nationales et internationales. La décoration et le mobilier ont été pensés en cohérence avec le style architectural, composant ainsi un ensemble homogène et unitaire où architecture et ornementation sont interdépendantes, tel que le prescrivent les théories de Viollet-le-Duc et de l'école diocésaine durant le second XIXe siècle. Les décors sont complétés par un riche mobilier relevant du même style et des mêmes théories artistiques.

Peintures murales néogothiques

Comme dans de nombreux édifices cultuels de l'époque, les décors originels, de style néogothique, consistent en une importante part de peintures murales polychromes, mettant en valeur le système architectonique en s'appuyant sur des couleurs tranchées qui illuminent l'intérieur et, associées aux verrières chatoyantes, favorisent les jeux d'ombre et de lumière. Ces peintures murales, participant ainsi à la composition d'une ambiance mystique propice au recueillement, ornaient à l'origine à la fois la nef et le sanctuaire. En ce qui concerne l'iconographie de ces peintures, apposées sur de l'enduit sec - à la différence de la fresque où elles sont appliquées sur enduit frais -, elle renvoie sans surprise à l'imaginaire chrétien. L'architecte joue ici sur une superposition des registres, récurrente dans l'ornementation médiévale et néogothique, destinée à produire un effet d'équilibre entre la verticalité et le déploiement horizontal de l'édifice. Dans la nef, les murs dominant les voûtes sont ainsi ornés d'un appareil fictif jaune d'or, où sont parsemés des médaillons circulaires comportant des emblèmes et des prières latines dédiées à la vierge. A gauche: Stella Matutina, Foederis Arca, Turris Davidica, Vas Insigna Devotionis, Vas Spirituale, Speculum Justiniae, Regina Rosarii, Regina Martyrum, Regina Prophetarum, Regina Angelorum. A droite: Regina Patriacharum, Regina Apostolorum, Regina Confessorum, Regina Virginum, Sedes Sapientiae, Vas Honorabile, Rosa Mystica, Turris Eburnea, Domus Aurea, Janua Coelia.

Les voûtes de la nef et des bas-côtés sont, quant à elles, surlignées de frises florales mêlant les inspirations médiévales et les répertoires indo-persans en vogue dans le mouvement éclectique du Second Empire et de la Troisième République, sur fonds bleu, rouge ou jaune d'or, les trois couleurs primordiales de la décoration gothique selon les théories viollet-le-duciennes. Le couvrement du chœur adopte les motifs ordinaires de la voûte gothique avec son arrière-plan bleu rehaussé d'étoiles dorées simulant le firmament.

Dans le chœur, derrière le maître-autel et sous les céramiques Art Déco installées durant l'entre-deux-guerres, se déroulent en lettres dorées sur fond bleu les noms des commanditaires, des mécènes ainsi que des peintres exécutants de l'église : "DUCELLIER. EP. ED. DAGUERRE. CAN. PAR : MAR. TAVERNE. LOC. MAG : P. LAGOUARRE. MARIANNE. R. BERNIS. P. MAULEON. J. SENS-CARRERE. ECC. ADM : NORMAND. LAGANGUERE. MOURLANE. PICTADJ. MENS. M IO. ANN. MDCCCLXXX. PINC. INC. F.X. MONTAUT. PRES. O. F. F. R. GLORONENSIS" (Ducellier évêque, Edmond Daguerre Chanoine paroissial ; Marcellin Taverne maire du lieu ; P. Lagouarre, Marianne, R. Bernis, P. Mauléon, J. Sens-Carrère, administration de la fabrique ; Normand, Laganguere, Mourlane, peintres ; … année 1880, Pinc (?) Inc. (?) François-Xavier Montaut)".

Verrières néogothiques

La vitrerie de l'église est l'œuvre de trois peintres verriers, hétérogénéité sans doute due aux choix divergents des différents donateurs. Le Palois Jules-Pierre Mauméjean fournit en 1877 les rosaces des portes latérales et de la tour-clocher. Un an plus tard, l'architecte Gabarret commande au Clermontois Louis Chastain les verrières de l'abside, offertes par le prince Michel Stourdza (1794-1884), ancien prince régnant de Moldavie, et par sa seconde épouse Smaragda Vogorides. En 1881, enfin le Bordelais Gustave-Pierre Dagrand pose les verrières de la nef.

Les vitraux appartiennent à une production néogothique banale dans la seconde moitié du XIXe siècle. Ceux du sanctuaire ne sont pas uniquement dédiés aux figures tutélaires de la paroisse. Le vitrail central se compose de deux scènes superposées consacrées à la vierge, d'une facture traditionnelle: en bas, Marie au pied de la croix ; en haut, l'Assomption. A gauche, sont représentés saint Joseph et un archange, aux pieds desquels figure la signature du maître verrier "L. Chastain, 1879" et un cartouche garni de l'inscription "Amour et reconnaissance à Notre Dame Salut des Infirmes et à saint Joseph". A droite, se présente un vitrail à l'effigie de saint Michel terrassant le dragon, au-dessous duquel s'insère l'inscription en hommage aux mécènes de ces décors, accompagnée de leurs armoiries, mécènes auxquels le choix de saint Michel est une allusion manifeste : "S.A. [Son Altesse] le Prince Michel Stourdza [Sturdza], ancien prince régnant de Moldavie ; S.A. la Princesse Smaragda [Émeraude] Stourdza née Vogoridès".

Dans la nef, les vitraux des tribunes déploient une théorie de saints martyrs et leurs attributs apportant leur protection à la paroisse thermale. A gauche en entrant: saint Benoît de Nursie avec sa règle manuscrite et son calice empoisonné, sainte Élisabeth de Hongrie, sa couronne et son panier de fleurs, l'apôtre saint Paul, son glaive et son parchemin, saint Louis et la couronne d'épines du Christ, l'évangéliste saint Mathieu avec sa plume et un ange. A droite de l'entrée, se trouvent: saint Jacques le Majeur et son bâton de pèlerin, l'évangéliste saint Jean (St. Ioannes Evang.) et son manuscrit de l'Apocalypse, saint Jérôme de Stridon (St. Hieronimus, doctor) traducteur de la bible, saint Jean de Dieu, fondateur de l'ordre des Hospitaliers et patron des malades, saint Ignace de Loyola arborant les insignes de la Compagnie de Jésus dont il est le fondateur.

Enfin, le cœur de la rosace du clocher représente saint Louis tenant la couronne d'épines, relique christique qu'il acheta à l'empereur de Constantinople et pour laquelle il fit édifier la Sainte-Chapelle de Paris, tandis qu'un petit vitrail quadrilobé sous le porche figure un portrait de la vierge.

Décors Art Déco

Pendant l'entre-deux-guerres, les décors en céramique d'Édouard Cazaux se substituent aux peintures murales du chœur. Le parti Art Déco, avec ses formes stylisées et épurées, contraste radicalement avec l'ornementation néogothique de l'édifice, quoique les références médiévales s'y manifestent également. Le céramiste opte pour une mosaïque aux nuances bleues luxuriantes, au sein de laquelle il insère une série de médaillons quadrilobés figurant des scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament. Le registre sommital des réalisations de Cazaux représente plusieurs scènes bibliques: au centre, la vierge ; à gauche, des anges en prière surmontés des colombes du saint Esprit ; à droite le baptême du Christ dans le Jourdain par saint Jean-Baptiste, qui, du point de vue esthétique, illustre l'influence grandissante du mouvement cubiste et présente en particulier une parenté évidente avec les fameuses Demoiselles d'Avignon de Picasso, œuvre réalisée en 1907. Sur les tympans des deux portes latérales menant à la sacristie, il insère un panneau représentant une série de personnages composant l'ethnotype ossalois et mettant en exergue la sensibilité régionaliste du mouvement Art Déco.

Dans le même esprit, Cazaux conçoit un singulier chemin de croix dont les stations sont disséminées, comme le veut l'usage, sur les piliers du pourtour de la nef. Le céramiste biarrot a vraisemblablement réalisé aussi l'imposant vase à dominante bleu et aux motifs floraux relevant de la facture stylisée et parfois naïve du mouvement Art Déco qui se trouve non loin du sanctuaire, près de l'autel du Mont-Carmel.

Murs moellon enduit
pierre pierre de taille
tuf
fer
béton
bois
Toit ardoise
Plans plan allongé
Étages 3 vaisseaux
Couvrements voûte d'ogives
Couvertures toit à longs pans
toit en pavillon
Techniques peinture
sculpture
vitrail
Statut de la propriété propriété de la commune
Intérêt de l'œuvre à signaler

Références documentaires

Documents d'archives
  • Bâtiments communaux. Dossier Église, 1864-1892.

    Archives municipales, Eaux-Bonnes : B2
Documents figurés
  • Plan géométrique de la ville des Eaux-Bonnes, et visuel pour les promenades qui sont indiquées par des lignes ponctuées, terminé sur le terrain dans le courant du mois de juillet 1841. Dessin par F. Noble, lithographie E. Vignancour.

    Bibliothèque nationale de France, Paris : Cartes et plans, GE DL 1842-262-2
  • Plan cadastral des Eaux-Bonnes dressé par J. Turon le 17 septembre 1863, vu et approuvé par le préfet le 27 avril 1866.

    Archives municipales, Eaux-Bonnes
  • Plan des Eaux-Bonnes, dans Guide Joanne, Hachette, 1894.

Bibliographie
  • ARRIPE René. Ossau 1900. Le canton de Laruns. Toulouse : Laboutières, 1987.

    P. 254.
  • Études sur l'exposition universelle de 1878. Annales et archives de l'industrie au XIXe siècle. Tome Quatrième : Chauffage et ventilation. Serrurerie. Cartes et Globes. Enseignement. Éclairage. Habillement des deux sexes. Notes sommaires. Paris : Librairie scientifique, industrielle et agricole E. Lacroix, 1878.

    P. 164.
  • JARRASSÉ Dominique. Les thermes romantiques. Bains et villégiature en France de 1800 à 1850. Publications de l'Institut d'Études du Massif Central, Clermont-Ferrand, 1992.

  • MIDDLETON Robin, WATKIN David. Architecture du XIXe siècle. Paris : Gallimard/Electa, 1993.

  • MIGNOT Marie-Pascale. Les Eaux-Bonnes, station thermale des Pyrénées-Atlantiques. DRAE Aquitaine, 1986.

  • STUDZA Alexandre A.C. Règne de Michel Sturdza, prince régnant de Moldavie, 1834-1849. Paris : Plon, 1907.

  • VASTEL Édouard. Guide des voyageurs et des malades aux Eaux-Bonnes. Paris : Béchet jeune, 1838.

Périodiques
  • Courrier d'Eaux-Bonnes, 11 juillet 1878.

    P. 2.
  • Courrier d'Eaux-Bonnes, 18 juillet 1878.

    P. 1.
  • Courrier d'Eaux-Bonnes, 1er août 1878.

    P. 2.
  • Courrier d'Eaux-Bonnes, 19 juin 1884.

    P. 2.
(c) Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel ; (c) Université de Pau et des Pays de l'Adour - Delpech Viviane