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Domaine de la Maqueline

Dossier IA33007760 inclus dans Île des Vaches réalisé en 2014

Fiche

Dossiers de synthèse

Dénominations ferme
Aire d'étude et canton Sud Médoc Estuaire
Adresse Commune : Macau
Lieu-dit : Adresse : Grange-neuve
Cadastre : 2013 A 26
Précisions


Le domaine de la Maqueline est cité sur les cadastres de 1810 et 1843 au lieu-dit La Grange Neuve. À cette époque, Louis-Théodore de Lassale, ancien officier d'ordonnance de Louis-Philippe, est propriétaire de l'ensemble de l'île. Les cultures sont soit des pâtures, soit des terres arables.

Le domaine passe en culture viticole au cours de la seconde moitié du 19e siècle sous l'ère du Général du Preuil, propriétaire à Cusseau.

En 1893, le domaine est racheté par Nathaniel Johnston, négociant et homme politique bordelais. Ce dernier est également le propriétaire du château voisin de Dauzac, de Ducru-Beaucaillou et d'autres en médoc. Il réaménage le domaine en monoculture de la vigne et en conséquence, construit tous les aménagements inhérents à la vigne : un ensemble de cinq chais, deux cuviers, une maison de maître, une cantine pour les ouvriers, des hangars, ainsi qu'un puits artésien et des rails Decauville sillonnant les parcelles. Fort du développement de la bouillie bordelaise (à Dauzac dit-on), Johnston innove en réalisant des vins mousseux dont l'élevage se fait dans les caves de la citadelle de Blaye (cartes postales). La promotion du domaine est assurée dès le début du siècle par de nombreux journalistes parisiens venus sur place, des relais publicitaires et une campagne photographique d'Henry Guiller montrant les installations flambant neuves. L'emploi massif d'une centaine de personnes durant les vendanges assure au domaine une production considérable de 3 fois 400 tonneaux.

Le cru de la Maqueline se poursuit jusqu'à la seconde Guerre Mondiale. Après cette date, les photographies aériennes montrent un abandon progressif de la vigne. Jusqu'au début des années 2000, quelques bâtiments restent en élévation mais avant 2012, le nouveau propriétaire y fait reconstruire un élevage chevalin sur une partie des anciennes constructions.

Avec ce réaménagement, 14ha de vignes ont été replantés.

Période(s) Principale : 4e quart 19e siècle
Principale : 1er quart 21e siècle

Le domaine de la Maqueline est situé sur l'île aux Vaches, en bordure du fleuve. L'ensemble se compose aujourd'hui de grands bâtiments destinés à l'élevage chevalin qui reprennent en partie les anciens chais (au sud).

Toit tuile creuse
Couvertures toit à longs pans
Statut de la propriété propriété privée

Annexes

  • Extrait du Figaro du 18 octobre 1900

    Chronique de Jules Huret.

    VENDANGES !

    [...] Le régisseur [M. David, de Dauzac], me conduisit à la Maqueline, autre propriété, énorme celle-là, la plus vaste du Médoc, dit-on, qui se trouve à quelque distance. 150 hectares de vignes, d'un seul tenant, s'étalaient sous mes yeux ! Je n'en voyais pas le bout. Je me rappelai les Barthozouls, de Joseph Garaguel, le plus beau livre de style qu'on ait écrit depuis vingt ans, et je me récitai cette phrase que je connais par cœur : "Ces vignes aux bras plus nombreux que les andouillers des cerfs ; ces vignes, que couvraient les sarments de mailles d'éperviers ; ces vignes, qui traînaient leurs raisins trop lourds ainsi que des citrouilles..."

    Il y a huit ans, toute cette étendue était en friche. Aujourd’hui, des rails la sillonnent de tous côtés, et des wagonnets sans nombre viennent chercher, par convois entiers, les grappes noires. 4 kilom. 1/2 de vignes en ligne droite, avec carrefours, bifurcations, têtes de ligne ! Des centaines de vendangeurs et de vendangeuses sont employés là. C'est l'industrialisation de la vigne. J'avoue que, forcé d'admirer une telle organisation, j'aime mieux, pour mon goût, la vendange traditionnelle que je voyais tout à l'heure à Dauzac.

    Ces machines à vapeur qui écrasent le raisin, ces pompes à vapeur, ces tuyaux de métal qui aspirent brutalement le sang des grappes, me font regretter la lenteur des bœufs roux, les gestes rythmiques des presseurs de tout à l'heure.

    Dans les celliers, c'est la même odeur de de fermentation, brutale, farouche, grisante. Je vois sortir par l'ouverture étroite d'immenses foudres des jeunes gens presque nus, aux jambes sanglantes, au torse maculé de pourpre. Avec leurs petites têtes au profil régulier, au menton proéminent, aux yeux noirs, aux cheveux courts, ils ont l'air de gladiateurs romains sortant de l'arène. Ils sortent de la cuve qu'ils viennent de vider, la tête en feu, les yeux brillants. Et l'on m'a raconté qu'il y a quelques jours, dans le voisinage, trois ouvriers entrés imprudemment dans une cuve sont sortis asphyxiés...

    Je visitai toutes les dépendances de l'exploitation, les cuisines pour cinq ou six cent bouches, la boucherie, la boulangerie, la charronnerie, la charpenterie, tout cela parfaitement organisé et d'une propreté admirable, les réfectoires et les dortoirs, et l'après-midi était passé. Après avoir goûté du vin vendangé il a quinze jours, d'un autre qu'on avait tiré la veille, et d'un champagne exquis qu'on fabrique depuis peu, je partis la bouche parfumée de la saveur du fruit, le cerveau charmé de visions agréables et optimistes... Pourquoi cela ne dure-t-il pas toujours ?

    Mais, arrivé à la gare, je me demandai comment, avec de telles récoltes, les vignerons pouvaient se plaindre. Et je me promis de m'en enquérir.

  • Extrait du Figaro du 13 novembre 1910

    Chronique de Georges Bourdon.

    Les vignes de la Gironde.

    [...] "J'ai déjà nommé M. Johnston. La famille Johnston possède en Médoc trois cent hectares de vignes. M. Raoul Johnston dirige cette propriété, qui est probablement la plus considérable de la région. Il m'a conduit à Maqueline, non loin de Margaux.

    - Il y a ici, me dit-il, cent cinquante hectares d'un seul tenant. Nous en avons, en 1893, planté trois cent. Depuis dix ans, la moitié a été arrachée : vous voyez les prairies et les champs de céréales qui les ont remplacées. Si je l'avais pu, ce n'est pas la moitié, ce sont les trois cent hectares que j'aurais transformés. Mais j'au une installation considérable, tout un matériel qu'il faut bien employer...

    En effet, M. Johnston a construit, à travers le vignoble, pour le transport du personnel, de la nourriture, du raisin, onze kilomètres de voies ferrée, il a creusé un puits artésien, qui donne 2,800 litres à la minute, créé pour les vendangeurs qu'il nourrit une boucherie, une boulangerie, des cuisines, des dortoirs, des réfectoires, une forge, un pavillon d'infirmerie. Cette année, où la récolte est pauvre, il occupe 350 hommes et femmes. Il y eut une vendange où il en employa huit cens, pour lesquels on tua vingt et un bœufs, soixante moutons, je passe les veaux, les lapins, les poulets et le reste.

    Le cuvier est un cuvier modèle, le dernier construit et le plus perfectionné de tous ceux qu'il soit possible de trouver en Gironde. Un moteur à vapeur commande aux égrappeurs et sert au transport du raisin. Et l'on voit alignées, avec une majesté pesante, cinq immenses cuves de ciment dont chacune mesure cinquante mètres cubes, et trente deux cuves de bois de cent barriques soit, pour chacune, 22,500 litres. Le reste à l'avenant. Quand on élevé tant de murs, accumulé tant de matériel, peut-on, en un jour, abandonner la part de capital qu'ils représentent ?... Voilà pourquoi il y a encore, à la Maqueline, des vendangeurs".

  • Extrait de la notice du Cocks et Féret, 1922

    p. 110

    "Ce domaine portait autrefois le nom d'Île des Vaches.

    M. Nathaniel Johnston en a pris possession au nom de la société la Maqueline de Macau, à la fin de 1892. Depuis cette époque, il en a considérablement agrandi le vignoble, qui comprend aujourd'hui 130 hectares en un tenant, dans une terre incomparablement fertile, qui donne des vins de palus vigoureux et solidement constitués.

    M. Nathaniel Johnston en a fait trois crus, celui de la Maqueline, celui de Cantegrive, et celui de Château Labarde, produisant chacun, année moyenne, 400 tonneaux.

    Il y a quelques années, M. Nat. Johnston a fait des essais de fabrication de vins mousseux qui ont donné d'excellents résultats. Ils ont valu à M. Johnston plusieurs médailles d'or et ont été très appréciés par les personnes appelées à les goûter. Ils se vendent sous la dénomination de Royal Médoc Mousseux et ont un caractère tout à fait particulier. Ils se distinguent par leur élégance, leur finesse et par un bouquet tout à fait séduisant.

    Les travaux de champagnisation des vins de Médoc de M. Johnston se font dans les vastes carrières situées au-dessous de l'ancienne citadelle de Blaye".

Références documentaires

Bibliographie
  • COCKS Charles, FERET Edouard. Bordeaux et ses vins classés par ordre de mérite. Bordeaux : Féret, 1898, revue et augmentée de 450 vues de châteaux viticoles (7e édition).

  • COCKS Charles, FERET Edouard. Bordeaux et ses vins classés par ordre de mérite. Bordeaux : Féret, 1922 (9e édition).

    p. 110
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