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Château Loudenne

Dossier IA33006595 réalisé en 2013

Fiche

Précision dénomination château viticole
Appellations Loudenne
Parties constituantes non étudiées parc, jardin, cuvage, chai, logement d'ouvriers, logement de contremaître, cabane, abreuvoir, puits, borne fontaine
Dénominations demeure
Aire d'étude et canton Estuaire de la Gironde (rive gauche) - Lesparre
Adresse Commune : Saint-Yzans-de-Médoc
Lieu-dit : Loudenne
Cadastre : 1831 B1 120, 122, 124 ; 2014 138 à 143

Le château Loudenne est sans doute bâti au 17e siècle : il figure sur une carte datée 1692 sous la forme d'un logis composé d’un corps principal rectangulaire flanqué de deux pavillons, accompagné de vignes au sud. Les pavillons aux chaînages d'angle harpés et aux lucarnes à frontons triangulaires à denticules ainsi que le corps de logis datent peut-être de cette époque. Le surcroît percé d'oculus ainsi que l'avant-corps de la façade nord sont probablement des modifications apportées au cours du 18e siècle, voire au 19e siècle.

Une carte du 18e siècle (vers 1700) montre le même logis au centre d’un espace clos dans lequel se trouvent également des jardins, des bâtiments secondaires et de la vigne. Les cartes de Masse de 1708 et du Cours de la Garonne de 1759 confirment ces dispositions et indiquent aussi une longue allée menant au domaine. La carte de Belleyme levée en 1763 donne des précisions sur la composition du jardin : proche du logis, il est constitué d’une allée centrale et de parterres. Selon l’abbé Baurein (vers 1784), le château appartient à M. Le Président de Verthamon d’Ambloy.

Dans la première moitié du 19e siècle, le domaine entre par mariage dans la famille des comtes de Marcellus. Sur le plan cadastral de 1831, le logis, toujours composé d’un corps central flanqué de tours, est complété par deux longues ailes en retour et en biais, côté ouest, abritant certainement des logis secondaires et les chais ; l’aile nord est prolongée, en retour d’équerre, par un bâtiment annexe tandis qu'un autre est situé au sud du logis. L’ensemble donne sur un espace rectangulaire et arrondi dans sa partie ouest, désigné comme « promenade ». Les logements du personnel, disposés en alignement et composés de 5 unités d’habitations, sont visibles à l’écart et à l’ouest de la demeure. Une large allée encadrée de fossés mène sur les bords de l’estuaire à l’est.

L’édition de 1850 de l'ouvrage de Cocks et Féret mentionne le château Loudenne comme le premier cru de la commune avec une production de 150 tonneaux. Dans l’édition de 1874, la production de 110 tonneaux de Mme de Marcellus, propriétaire, est détrônée par le château Sigognac. Le domaine couvre à cette époque 190 hectares dont 50 plantés en vigne.

Au début des années 1870, les frères Alfred et Walter Gilbey, négociants irlandais, cherchent à acheter une propriété viticole sur les bords d’estuaire afin de bénéficier d'une liaison fluviale avec l’Angleterre. Ils acquièrent Loudenne en 1875 et y engagent d'importants travaux. Ils font appel à l’architecte Ernest Minvielle pour dresser en 1876 les plans de vastes bâtiments de vinification, abritant près de 10 000 barriques ; un port privé est aménagé afin d'exporter directement la production dans leurs entrepôts de Londres. Selon un plan de l’architecte daté de 1877, la construction de nouveaux bâtiments de vinification entraîne le réaménagement des deux ailes de dépendances du château, qui abritaient notamment les anciens cuviers et chais.

Selon les augmentations et diminutions des matrices cadastrales, les anciens logements d’ouvriers (parcelles 130 à 134), le bâtiment en retour d’équerre de l’aile nord (parcelle 124) ainsi que le bâtiment situé au sud (parcelle 146) sont démolis en 1878. La même année, sont édifiés la maison du régisseur (parcelle 122), les nouveaux logements du personnel au nombre de huit (parcelle 100), des bureaux (parcelle 145), le quai d’embarquement (parcelle 112) accompagné d’une maison.

Le logis ne semble pas avoir subi de modifications majeures. Le couvrement des tourelles de la façade sud était semble-t-il crénelé, comme le montre l'illustration publiée dans l'édition de 1881 de l'ouvrage de Cocks et Féret ; dans l'édition de 1893, elles sont coiffées d'une toiture conique.

Les jardins sont détaillés sur les plans dressés par l'architecte Ernest Minvielle : ils se déploient à l'ouest du château en un parterre parcouru d'allées sinueuses, et à l'est, côté estuaire, avec un premier espace composé d'un parterre central ovale avec bosquets et un second formé de carrés. Les allées desservant le domaine sont bordées d'arbres.

En 2000, le domaine est acheté par la famille Lafragette. En 2013, il est vendu à Huaili Zhong, industriel chinois spécialisé dans les alcools.

Période(s) Principale : 2e moitié 17e siècle
Secondaire : 18e siècle
Secondaire : 4e quart 19e siècle
Auteur(s) Auteur : Minvielle Ernest, architecte, attribution par source

Le château Loudenne est situé à l’est de la commune de Saint-Yzans-de-Médoc, au bord de l’estuaire, et comprend 132 hectares dont près de 60 plantés en vigne, sur deux larges "croupes" de grave.

Le domaine est composé d'une maison de maître et de bâtiments viticoles, connectés avec un port, et complétés par des logements d’ouvriers, une ferme et trois pigeonniers dispersés dans le vignoble.

La demeure présente la forme d'une "chartreuse", bâtiment bas surélevé d'un surcroît et encadré de deux pavillons carrés flanqués de tourelles d'angle. Le bâtiment est construit en moellon recouvert d'un enduit rose. La pierre de taille est utilisée pour les encadrements des baies, le niveau de surcroît et les lucarnes. La façade ouest, côté cour, est traitée en pierre de taille avec un avant-corps à pans et fronton triangulaire. On retrouve les mêmes pavillons accompagnés également de tourelles, recouverts d'un enduit rose. Bandeau et corniche à modillons règnent sur les façades.

La distribution intérieure s'organise autour d'un salon central donnant accès aux pièces de part et d'autre. Les deux tourelles est sont des annexes des salons, tandis que les deux tourelles ouest abritent des escaliers en vis en pierre qui desservent les chambres hautes des pavillons.

Deux ailes en retour délimitent la cour, de forme trapézoïdale, à l'ouest. Chacune est terminée par un logis à étage avec travée formant pignon. La cour est accessible par un imposant portail monumental et plantée d'arbres.

Côté est, une terrasse donne sur les jardins et les vignes en bord d'estuaire. Une des pierres de la terrasse porte l'inscription : LENGTH OF TERRACE / 170 FEET / 31 TIMES THE / LENGTH OF THIS / TERRACE IS ONE / ENGLISH MILE [Longueur de terrasse / 170 pieds / 31 fois / la longueur de / la terrasse correspond / au mile anglais].

Murs calcaire moellon enduit
pierre de taille
Toit tuile creuse, ardoise
Étages en rez-de-chaussée, comble à surcroît, étage de comble
Couvertures toit à longs pans croupe
toit en pavillon
toit conique
Escaliers escalier dans-oeuvre : escalier en vis avec jour

Estuaire

TRAVEE 5
FORBAIE linteau droit (fenêtre) ; linteau droit (porte) ; oculus (jour)
POSRUE autre
POSTOPO palus
ORIENT est
VUE vue sur estuaire
Statut de la propriété propriété privée
Intérêt de l'œuvre à signaler

Annexes

  • Documentation complémentaire

    BAUREIN Abbé. Variétés bordeloises ou essai historique et critique sur la topographie ancienne et moderne du diocèse de Bordeaux. Bordeaux, 1784-1786, t. 1, p. 268-271.

    [...] Le château de Loudenne appartenant à M. Le Président de Verthamon d’Ambloy, est placé dans cette Paroisse, ainsi que la maison noble de Cigougnac, dont M. de Maignol est propriétaire. Il seroit superflu de parler ici des anciens Seigneurs de Saint-Disant, qui sont les mêmes que ceux de Castilhon. On observera seulement que c’est M. le Président de Verthamon qui est le Seigneur Haut-Justicier de l’une et l’autre Paroisse.

    COCKS Charles, FERET Edouard. Bordeaux et ses vins classés par ordre de mérite. Bordeaux : Féret, 1881 (4e édition), p. 221.

    Le château Loudenne a été acheté, en 1875, à la vicomtesse de Marcellus, par MM. W. et A. Gilbey, de Londres, 700 000 francs, et depuis, ces messieurs ont dépensé 600 000 francs dans l’établissement d’un port sur la Gironde, de vastes bâtiments ruraux, d’un nouveau cuvier attenant à de magnifiques chais pouvant recevoir 10 000 barriques de vin ; toutes les constructions ont été exécutées sous la direction de M. Minvielle, architecte de Bordeaux. Le château Loudenne et ses dépendances, les plus vastes et les mieux aménagées qu’on puisse voir dans la Gironde, offrent les avantages d’une communication directe entre l’Angleterre et les parties les plus riches du Médoc ; il est situé au point de jonction du Haut et du Bas-Médoc, à peu près à mi-chemin entre Bordeaux et la mer. MM. Gilbey ont fait choix de cet endroit comme étant le plus convenable pour rassembler et loger leurs grands achats des divers crûs du Médoc avant leur expédition en Angleterre. Au moment de l’acquisition, par MM. Gilbey, de la propriété du château Loudenne, elle était composée de 190 hectares, dont plus de la moitié propre à la viticulture et le reste aux céréales et aux prairies ; cependant, à peine 50 hectares étaient consacrés à la vigne. MM. Gilbey ont déjà ajouté 23 hectares de vignes nouvelles et se proposent une nouvelle addition de 37 hectares, de sorte que cette propriété sera, dans peu de temps, une des plus importantes du Médoc.

    COCKS Charles, FERET Edouard. Bordeaux et ses vins classés par ordre de mérite. Bordeaux : Féret, 1893 (6e édition); p. 238-239.

    Le château Loudenne a été acheté, en 1875, à la vicomtesse de Marcellus, par MM. W. et A. Gilbey, de Londres, 700 000 francs, et depuis, ces messieurs ont dépensé 1 500 000 francs dans l’établissement d’un port sur la Gironde, de vastes bâtiments ruraux d’un nouveau cuvier attenant à de magnifiques chais pouvant recevoir 16 000 barriques de vin et de belles caves contentant 500 000 bouteilles de vin. [...] actuellement (1892), le vignoble couvre 100 hectares. Presque toutes les plantations nouvelles ont été faites en cabernet-sauvignon greffé sur riparia et solonis, et le vignoble est un des plus importants du Médoc. En 1887, cette propriété a obtenu la médaille d’or ministérielle, accordée au vignoble le mieux tenu du département. Les soins parfaits apportés à la culture, les labours faits par d’énormes chevaux anglais, la lutte efficace contre les fléaux qui frappent nos vignes et les perfectionnements de toute sorte dans l’entretien des vignes et dans le cuvier et les chais, font de ce magnifique domaine une des attractions du Médoc. On y arrive par les voitures publiques faisant le service en la gare de Saint-Estèphe et Saint-Yzans.

    COCKS Charles, FERET Edouard. Bordeaux et ses vins classés par ordre de mérite. Bordeaux : Féret, 1908, enrichie de 700 vues de châteaux viticoles (8e édition), p. 298.

    Le château Loudenne [...] a environ 200 hectares. MM. Gilbey [...] ont fait aussi construire un petit port sur la Gironde (qui à cet endroit a une largeur de cinq milles environ) étant relié au château par un tramway Decauville leur appartenant ; ils sont ainsi par bateaux en communication directe avec leurs entrepôts de Londres. [...] Un nouveau pressoir a été construit permettant de recevoir dans une journée plusieurs centaines de charretées de raisin ; de nouvelles habitations pour le personnel, de nouvelles routes, des drainages, un puits artésien, des jets d’eau, sont encore venus améliorer cette magnifique propriété pour laquelle MM. Gilbey ne reculent devant aucune dépense pour arriver à la perfection. Le capital déboursé depuis le début pour le château Loudenne atteint pour le moins 2 500 000 francs. Le château lui-même est un très beau spécimen de la vieille architecture française.

Références documentaires

Documents figurés
  • Carte des rivières de la Gironde et Dordogne depuis leurs embouchures jusqu'à Bordeaux / Libourne, papier, encre, aquarelle, 1692 (830 x 3930).

    Archives départementales de la Gironde : 2 Fi 2068
  • Carte du marais de Bégadan et de Saint-Christoly dépendant des fiefs de Lesparre et de Castillon en Médoc sur le bord de la Garonne , s.n., 1702 (?).

    Archives départementales de la Gironde : 2 fi 814 bis
  • Carte du 9e quarré de la généralle de Médoc. Dessin, encre, couleur, papier, par Claude Masse (géographe), 1708 [IGN, non coté].

    IGN (Institut national de l'information géographique et forestière)
  • Carte de l’embouchure de la Garonne jusqu’au bec d’Embesse. Dessin, encre et aquarelle, par Desmarais, 1759.

    Archives nationales, Paris : F 14 10059/1/
  • Carte géométrique de la Guyenne dite Carte de Belleyme, feuille n°6, levés vers 1763-1764, éch. 1/43200 env.

  • Cadastre napoléonien, 1831-1832.

    section B Archives départementales de la Gironde : 3 P 493
  • Plan général indiquant la halle d'embarquement et les tramways. Dessin, encre et lavis, par Ernest Minvielle, 27 novembre 1876.

    Archives municipales, Bordeaux : 150 S recueil 232
  • Plan 1ère feuille du Domaine de Loudenne appartenant à Mr M. Walter et Alfred Gilbey de Londres, situé commune de St Yzans (Gironde). Dessin, encre et lavis, s.d. [vers 1876].

    Archives municipales, Bordeaux : 150 S recueil 232
  • Plan indiquant les modifications proposées en A-B pour les abords des nouvelles constructions. Dessin, encre et lavis, par Ernest Minvielle, s.d. [vers 1876].

    Archives municipales, Bordeaux : 150 S recueil 232
  • Plan du Château de Loudenne à St Yzans Médoc, propriété de Messieurs W. et A. Gilbey. Dessin, encre et lavis, retombe sur calque, par Ernest Minvielle, août 1877.

    Archives municipales, Bordeaux : 150 S recueil 232
  • Château de Loudenne. Construction de trois chais-caves. Plan, Coupe longitudinale et Façade sur le fleuve. Dessin, encre et lavis, par Ernest Minvielle, 26 janvier 1890.

    Archives municipales, Bordeaux : 150 S recueil 232
  • Plan du Château Loudenne. Dessin, encre et lavis, 1907 (conservé au château).

Bibliographie
  • COCKS Charles, FERET Edouard. Bordeaux et ses vins classés par ordre de mérite. Bordeaux : Féret, 1881 (4e édition).

  • COCKS Charles, FERET Edouard. Bordeaux et ses vins classés par ordre de mérite. Bordeaux : Féret, 1893 (6e édition).

  • COCKS Charles, FERET Edouard. Bordeaux et ses vins classés par ordre de mérite. Bordeaux : Féret, 1908, enrichie de 700 vues de châteaux viticoles (8e édition).

  • GUILLIER Henry. Les grands vins de la Gironde illustrés. Libourne-Bordeaux, s.d. [vers 1910].

  • KIDD Jane. Gilbeys, wine et horses. The Lutterworth Press, Cambridge, 1997.

  • MAXWELL Herbert. Half-a-century of successful trade : being a sketch of the rise and development of the business of W & A Gilbey, 1857-1907. London : W & A Gilbey, 1907.

(c) Conseil départemental de la Gironde ; (c) Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel - Riberolle Jennifer - Steimer Claire