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Château Latour

Dossier IA33005630 réalisé en 2012

Fiche

Œuvres contenues

Précision dénomination château viticole
Appellations Latour
Parties constituantes non étudiées puits, portail, logement
Dénominations demeure, manoir
Aire d'étude et canton Estuaire de la Gironde (rive gauche) - Pauillac
Adresse Commune : Pauillac
Lieu-dit : Latour
Adresse : route de Bordeaux à Saint-Vivien-de-Médoc
Cadastre : 1825 H 174, 188 ; 2012 OE 74, 75

Les éléments historiques sont issus en grande partie de l'ouvrage réalisé sous la direction de Charles Higounet en 1974, à partir des archives conservées au château.

La tour de Saint-Maubert fut probablement élevée au cours du second tiers du 14e siècle : dans le cadre de l'accord conclu le 18 octobre 1331, Pons III, seigneur de Castillon, autorisa Gaucelme de Castillon à construire une forteresse à Saint-Maubert. Les Chroniques de J. Froissart rapportent en tout cas le siège d´une forteresse à cet endroit en 1378. Celle-ci pouvait se trouver à l'emplacement d'un puits aujourd'hui encore conservé au sud des chais. Le domaine a ainsi appartenu aux seigneurs de Castillon puis à la famille d'Albret à partir des années 1380, puis à la famille de Montferrand vers 1456. La seigneurie de La Tour de Saint-Maubert était une co-seigneurie partagée entre plusieurs familles.

Puis, au 16e siècle, une seule et même famille, les Mullet, en devinrent seigneurs : Arnaud de Mullet, président aux Enquêtes du Parlement de Bordeaux puis son fils, Denis de Mullet, qui va accroître le domaine au 17e siècle. D'après le comte de Beaumont (AD33 9 J 270), le colombier "d'après les documents (?) a dû être construit peut-être avec les débris de l'ancien château entre 1620 et 1630". Par le mariage de Marie-Thérèse de Clausel avec Alexandre de Ségur, le 5 mars 1695, la Tour tombe aux mains de cette famille qui le conserve tout au long du 18e siècle. En 1716, Alexandre de Ségur achète également le domaine de Lafite ; puis en 1718, son fils Nicolas-Alexandre, appelé le "prince des vignes", acquiert les terres de Mouton et de Calon ; seul Margaux échappe à cette impressionnante liste de propriétés. Un plan du domaine daté 1759 représente la tour-colombier avec au nord-est, à l'emplacement approximatif de l'actuel château, la "maison" entourée d'un jardin ; au sud, un vaste bâtiment de plan carré abrite les "chay et cuvier". En 1755, à la mort de Nicolas-Alexandre, le domaine de Latour est estimé à 500 000 livres tournois (Lafite, 700 000 livres). A partir de 1763, il est partagé entre ses filles : Charlotte Émilie, comtesse de Coëtlogon ; Marie Antoinette Victoire, comtesse de Miromesnil ; Angélique Louise de Maisoncel ; Marie-Thérèse de Ségur.

A la veille de la Révolution, Latour appartenait à Anne Marie Hue de Miromesnil, mariée à Charles Joseph de La Pallu, et à Anne Hue de Miromesnil mariée à André Bonnin de la Bonninière de Beaumont, filles du comte de Miromesnil, petites-filles de Nicolas-Alexandre de Ségur, et à leur cousin, le comte de Ségur. Un aveu et dénombrement datés de 1774 indiquent : "autrefois dans ledit tènement un ancien château et fossés démoly depuis longtemps... près des bâtiments (actuels) est une tour servant de colombier avec girouette". Le 12 messidor an V (30 juin 1797), les 27,06% ayant appartenu au comte de Ségur-Cabanac, émigré, sont adjugés pour 219 724 livres à Jeanne Courregeolles-Teulon, veuve Clamageran, et à Monbalon, médecin bordelais. L'autre part reste dans la famille de Ségur. Sur l'emplacement actuel du château existaient des bâtiments servant d'habitation aux régisseurs. Le 20 mai 1826, le régisseur Lamothe indique que "la maussade architecture du logis de Latour ne saurait offrir aux regards des passants qu'une habitation de simple paysan". L'illustration de l'ouvrage de Gustave de Galard, vers 1835, montre des bâtiments modestes à proximité de la tour et entourés de vignes : on distingue un hangar surmonté d'une grange construit en bois et quelques maisons en rez-de-chaussée. En 1839, à l'occasion de l'achat d'une partie de Latour par les négociants Barton, Guestier et Johnston, le cahier des charges fournit une description du domaine : la contenance est évaluée à 66,15 hectares dont 45 hectares de vignes. En 1841, les héritiers Ségur rachètent ces parts ; en mai 1842, ces derniers - MM. de Flers, de Beaumont, de Graville et de Courtivron - forment la Société civile du Vignoble de Latour. En 1853, le baron de Courtivron (1781-1865), marié à Constance de La Pallu, mentionne la vétusté du "bâtiment d'habitation". Le marquis de Beaumont-Villemanzy (1791-1865), autre descendant et héritier de la famille de Ségur, fait appel en 1859 à l'architecte Duphot ; toutefois, le devis lui semble trop élevé. La priorité devait être donnée à cette époque à la construction d'un "second chai" de conserve, qui était commencé selon les plans du même architecte. Les plans de l'architecte Duphot sont conservés dans les archives du château. Trois projets successifs furent proposés à partir de septembre 1860. Entrainant des dépenses trop élevées, ils sont rejetés par les propriétaires. Duphot présente un nouveau projet en 1862 et les travaux commencèrent dès l'automne. Les travaux de la demeure ainsi que ceux de la maison de l'homme d'affaires étaient achevés à la fin du mois d'août 1864. Au 19e siècle, la tour fut utilisée comme dortoir pour le personnel du domaine. Les bâtiments de dépendance situés au nord de la demeure correspondent peut-être à ceux construits après l'incendie de 1892 pour augmenter les espaces dévolus au logement du personnel. En 1963, 75% du domaine sont vendus à deux sociétés anonymes britanniques, la Hallminster Limited et la société Harveys of Bristol. Elles vont engager une vaste modernisation du domaine. Depuis 1993, le domaine appartient à l'homme d'affaires François Pinault.

Période(s) Principale : 1er quart 17e siècle
Principale : 3e quart 19e siècle
Dates 1862, daté par source
Auteur(s) Auteur : Duphot Théodore Henri,
Théodore Henri Duphot (1810 - 1889)

Père d'Abel Valentin Duphot


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architecte, attribution par source

La demeure est située à distance et au nord des bâtiments de vinification et de dépendance. Elle est entourée d'un jardin planté d'arbres et clos d'un muret avec une grille. Elle est composée d'un rez-de-chaussée surélevé, d'un étage carré et d'un comble percé d'une lucarne centrale à fronton triangulaire encadrée de deux lucarnes à frontons cintrés. La façade principale, à l'ouest, est organisée selon cinq travées, la travée centrale étant encadrée de pilastres traités en bossage plat. Un escalier droit en pierre donne accès au rez-de-chaussée surélevé ; les baies présentent des chambranles moulurés et des plates-bandes à clé saillante. La porte principale est surmontée d'un fronton cintré portant un cuir découpé sculpté d'initiales entrelacées. Un bandeau continu mouluré sépare le rez-de-chaussée de l'étage qui est ouvert de fenêtres dotées de garde-corps reposant sur des consoles. Ces fenêtres sont également à plates-bandes avec clé saillante et surmontées d'une corniche. Enfin, une corniche à modillons règne sur l'ensemble de la façade. La façade postérieure orientée vers la Gironde présente un ordonnancement similaire, tandis que les façades latérales au sud et au nord s'organisent selon quatre travées de baies et sont surmontées de toitures avec lucarne centrale en pierre et œils-de-bœuf en zinc. La toiture est composée d'un pavillon central encadré de deux pavillons brisés dotés de hautes souches de cheminée en pierre de taille. Au nord, une cour avec des bâtiments de dépendance (logements, garage).

Murs calcaire
pierre de taille
Toit ardoise
Étages en rez-de-chaussée surélevé, 1 étage carré, étage de comble
Élévations extérieures élévation ordonnancée
Couvertures toit à longs pans
toit brisé en pavillon
croupe
Escaliers escalier de distribution extérieur : escalier droit, en maçonnerie
Techniques sculpture
Représentations cuir découpé raisin vigne
Précision représentations

Le fronton de la porte principale est orné d'un cuir découpé portant les initiales JAC (?) entrelacées, entouré de feuilles de vigne et de raisin.

Intérieurs non visités et archives non consultées.

Statut de la propriété propriété privée

Annexes

  • Extraits de l'ouvrage de Charles Higounet, 1974

    HIGOUNET, Charles (dir.). La seigneurie et le vignoble de Château Latour, histoire d'un grand cru du Médoc (XIVe-XXe siècle) . Bordeaux : Fédération historique du Sud-Ouest, 1974, 2 tomes.

    Concernant les plans de Duphot conservés dans les archives du château, tome 2, p.437 [ces plans n'ont pas été retrouvés au château] :

    note 70 : Ils sont conservés dans le grand registre vert "Latour 1854 à 1865" ; ils sont au nombre de dix-neuf, dont deux sont des ébauches tracées par le marquis de Beaumont-Villemanzy lui-même ; l'architecte Duphot en signa dix-sept ; ils constituent trois projets successifs ; les deux premiers sont datés de septembre 1860 ; quatre plans, dont deux élévations tracées à l'encre de Chine, sont présentés sur calque toile avec couleur rose et jaune ; ils sont à l'échelle du 1/100 et constituent le dossier du premier projet, le plus ambitieux ; le second projet, daté du 29 septembre 1860, est illustré de cinq plans de même présentation graphique, à la même échelle, mais tous à l'encre de Chine ; ils comprennent trois plans, les caves, le rez-de-chaussée et le premier étage et deux élévations : la "façade postérieure, sur la cour" et la "façade principale sur la rivière". Le troisième projet, qui fut adopté, est daté du 20 septembre ; il est accompagné de huit planches sur papier calque bleu ; elles sont tracées au crayon ; on a utilisé la couleur rose ; elles comprennent : quatre plans, soubassement, rez-de-chaussée, premier étage et combles, une coupe transversale, deux élévations, façade latérale et façade principale ; "l'élévation d'une ferme" datée du 30 avril, complète ce dernier dossier.

    Ils correspondent à trois projets dressés successivement ; les deux premiers sont datés de septembre 1860 ; ils visaient à construire une demeure de belle apparence, surmontée d'un belvédère implanté au sommet de hauts combles couverts d'ardoises ; les façades principales, percées d'une dizaine de fenêtres rectangulaires, encadrant un registre central à trois plans, sommé d'un fronton courbe, reposaient sur un soubassement en bandeaux plats de belle pierre de Bourg et de Saint-Macaire ; elles étaient recouvertes d'un parement de même pierre dite de "La Roque" ou de Petit-Bourg. Le projet n°1 proposait une demeure à un étage, comprenant seize pièces principales et de nombreux "dégagements" et "cabinets" ; un bel escalier de pierre conduisait à l'étage. Le second projet conservait le même dispositif, mais il était un peu moins ambitieux ; l'architecte avait supprimé deux pièces principales, tout en conservant à peu près le même nombre de "dégagements" et autres "cabinets". Dans les deux cas, la naissance des combles était soulignée par une série de lucarnes rondes à œil de bœuf. A vrai dire, l'architecte avait divisé la demeure en deux appartements séparés : au midi, celui des propriétaires, au nord celui du régisseur.

    Duphot n'avait présenté qu'un seul devis estimatif pour le premier projet ; il s'élevait à 73 814,45 francs, soit près de 370 000 francs actuels. La correspondance qu'il échangea avec le marquis de Beaumont-Villemanzy montre qu'il ne souhaitait pas réaliser le second projet présenté ; il soulignait que le premier était "beaucoup plus commode et d'un effet bien meilleur". En fait, l'architecte défendait fermement son premier projet : "notre construction ne serait peut-être pas traitée à l'intérieur avec tout le soin qui a été mis à celle de M. Lalande" ; de plus, suggérait-il, "on pourrait, comme l'a proposé M. Roux, tout en édifiant l'ensemble, ne finir que les parties dont on aurait besoin, quitte à attendre quelque récolte comme celle de 1858 pour l'achever à l'intérieur".

    Mais le marquis ne l'entendit pas de cette oreille ; l'Assemblée générale de la société n'aurait d'ailleurs pas accepté d'engager de telles dépenses. On en resta là pendant un an et demi environ. Finalement, en septembre 1862, l'architecte se ralliait aux exigences des propriétaires ; il présentait un autre projet de construction, plus modeste, huit pièces principales seulement. Le plan d'ensemble rappelait le dispositif primitif, et les matériaux étaient de même qualité que ceux qui étaient prévus dans les deux premiers projets. Duphot travailla sur une ébauche que lui présenta le marquis de Beaumont. Le plan tracé par l'architecte tint compte des observations des propriétaires, le devis estimatif, daté du 20 septembre 1862, s'élevait à 45 568,85 francs, soit un abattement de près de 40% par rapport au projet primitif.

    Les travaux commencèrent dès l'automne de 1862 ; Roux fait savoir, le 23 novembre 1862, que Frénac, le maçon, avait "commencé la démolition de la maison" ancienne. Le marquis de Beaumont précisait, en tête de son rapport sur l'exercice 1861-1862 : "l'ancienne habitation a été démolie depuis la vendange. Les matériaux sont rangés selon leur nature et qualité. On utilisera tout ce qui en sera susceptible".

    [...]

    Le 24 octobre 1863, le marquis de Beaumont faisait le point en ces termes, dans son rapport annuel : "La nouvelle habitation est terminée extérieurement ; les cloisons et plafonds le sont également, sauf la couche de plâtre blanc qui ne sera donnée qu'au printemps ; les planchers, les portes et les fenêtres sont posés. Je pense que ce petit château sera habitable aux vendanges prochaines ; l'architecte me fait toujours espérer que le devis ne sera pas dépassé".

    Les travaux se poursuivirent régulièrement jusqu'à la mi-février 1864, où ils furent interrompus à cause des rigueurs de l'hiver. Dès le 20 mars 1864, ce fut la reprise ; on commença alors à construire la maison de l'homme d'affaires Cadate Landureau ; le 11 mai 1864, Roux signalait une difficulté imprévue : "le caveau est difficile à faire car des venues d'eau se sont produites à trois pieds de profondeur" ; le 2 juin 1864, Roux annonçait que l'intérieur du château était à peu près terminé. Le marquis de Beaumont était attendu pour régler les questions d'ameublement ; dans la deuxième quinzaine d'août 1864, Roux considérait que la construction du château et celle de la maison de l'homme d'affaires étaient pratiquement achevées ; on avait même édifié un hangar derrière la maison de Cadet. Tout était prêt pour les vendanges de 1864.

    [...]

    L'agrandissement des chais, p. 439

    Duphot, l'architecte, proposa en décembre 1859, une construction monumentale ; le plan de la façade principale prévoyait dix travées de pierres appareillées encadrant un haut portail soutenu par des piliers sculptés qui reposaient sur de larges bandeaux de pierres plates et surmonté par un fronton triangulaire timbré aux armes de Latour.

    [note 73 : il existe trois plans des chais dans les archives de Latour ; ils sont signés de Duphot ; le projet du marquis de Beaumont-Villemanzy, tracé à l'encre, a été conservé également ; il prévoyait une façade de 38,50 mètres entre deux hauts piliers rectangulaires ajourés de grands portails cintrés]. L'architecte avait élaboré deux projets ; le premier était évalué à 42 000 ou 44 000 francs ; le second, un peu moins somptueux, aurait coûté de 36 000 à 38 000 francs. Duphot répondait par avance aux objections sur le coût des travaux : "si vous trouviez le chiffre de la dépense élevée (sic), je vous ferais remarquer que le bâtiment qu'il s'agit de construire est grand, qu'il a plus de 66 mètres de longueur et qu'il couvrirait une superficie de près de 750 mètres carrés". il conseillait habilement le choix du projet le plus onéreux, car, écrivait-il, "l'importance du cru de Latour réclamerait quelque chose qui ne fût pas tout à fait commun".

    Le marquis de Beaumont-Villemanzy refusa ces premières propositions trop coûteuses ; l'architecte lui répondit, le 19 janvier 1860, en lui envoyant deux élévations-coupes qui constituaient une nouvelle esquisse [...].

    Le marquis de Beaumont-Villemanzy ne donna pas suite à ces propositions, et on différa la construction du chai projeté jusqu'en octobre 1860 [...]. On se passa des services de l'architecte et on confia l'exécution des travaux à des entrepreneurs locaux ; tout était terminé en septembre 1861 [...].

    Les plus gros travaux furent effectués en 1867 et 1868, où le marquis de Flers fit non seulement réparer les chais "de l'ouest du midi et de l'est", mais construire le mur d'enceinte du domaine, ajouter un hangar et creuser des puits.

  • Extraits d'ouvrages

    RIBADIEU, Henry. Les châteaux de la Gironde [...]. Paris : Dentu libraire, 1856.

    p. 59 à 72

    Comme une sentinelle avancée, s'élevaient, il y a plusieurs siècles, sur les bords de la Gironde, les fortifications aujourd'hui disparues du château de Latour. Les terrains d'alluvion que les dépôts successifs du fleuve ont formés sur cette rive, ont laissé en arrière les fondations, qui se trouvent maintenant situées à quelques centaines de mètres du rivage (...).

    Dans un état des dépenses faites à l'occasion d'une guerre qui avait eu lieu dans la province, au temps de Jean de Neuville, lieutenant du roi d'Angleterre à Bordeaux, il était question, entr'autres particularités, de reprendre la Tour de Saint-Mambert en médoc.

    Par cette pièce, qui se trouve dans le recueil de Rymer, on voit que, dès le 19 septembre 1378, on s'était déjà mis en mesure de faire le siège du château de Latour. On y porte en compte, sous cette même date, cent quatre-vingt-quinze francs, payés au nommé Gaston, capitaine d'un navire de Bordeaux, armé en course.

    Le corsaire bordelais s'était obligé, non seulement à transporter lui-même des vivres nécessaires aux assiégeants, mais encore à convoyer les barques ou les navires chargés des machines de guerre que l'on destinait au siège de la place. Le capitaine Gaston devait, en outre, garder la rivière et la défendre contre les ennemis qui pouvaient en troubler la navigation (...).

    Il n'était guère possible que cette tour isolée, et sans doute assez faiblement défendue, pût tenir longtemps contre ces différentes attaques : aussi fut-elle bientôt reprise.

    Cinquante et quelques années après ces guerres, nous retrouvons le château de Latour Saint-Mambert dans les mains de Bertrand de Monferrant. Bien des maîtres se succédèrent dans ce lieu. Voici les seuls noms qui soient arrivés jusqu'à nous :

    Bertrand de Monferrant, seigneur de Langoyran, 1429 ; Gaston de l'Isle, baron de La Brède, 1444 ; Gaston de La Touche, 1477 ; Denis de Mallet, 1606 ; MM. de Kellogon, Maisoncelle et Miroménil, 1785.

    En 1453, c'est-à-dire à une époque où la terre appartenait sans doute encore à Gaston de l'Isle, Latour vit passer sous ses murs les derniers débris de l'armée anglaise. Ce fut au pied du château, dans un chenal dont le lit d'un ruisseau indique actuellement la position, que les soldats amenés par Talbot vinrent s'embarquer (...). Le manoir, saccagé et brûlé à la suite de ces événements, ne fut point réparé ; il a porté la trace du feu jusqu'à sa complète démolition.

    (Le château de Latour ou plutôt le domaine de ce nom, est actuellement la propriété de la famille de Beaumont et de MM. de Courtivron et de Flers, en indivisis).

    DANFLOU, Alfred. Les grands crus bordelais. Bordeaux, s.d. [1867], t. 1.p. 15-19

    Château-Latour se trouve sur le territoire de l'ancienne commune de Saint-Lambert, réunie à Pauillac en 1790. Les bâtiments sont neufs, très élevés, assez vastes, et présentent dans leur ensemble un aspect des plus gracieux ; on reconnaît à première vue une des principautés de la vigne. La tour qui a donné son nom à ce célèbre vignoble est située sur un mamelon qui domine le fleuve ; dans son isolement, elle est comme une sentinelle chargée de garder ce grand premier cru. (...) Il y avait autrefois, au midi de la petite tour dont nous donnons la photographie, un château-fort pour protéger les navigateurs bordelais, et mettre le pays à l'abri d'une invasion étrangère (...).

    COCKS, Charles, FERET, Edouard. Bordeaux et ses vins classés par ordre de mérite. Bordeaux : 2e éd. Féret, 1868.

    p.137

    Le château La Tour est dans la famille de Ségur - dont les propriétaires actuels [MM. de Flers, de Beaumont, de Graville et de Courtivron] sont les descendants - depuis près de deux siècles. Après avoir été morcelé pendant un certain temps, il fut adjugé publiquement en 1841 aux propriétaires actuels qui se sont réunis en Société civile du vignoble de La Tour, pour rendre son exploitation plus facile et donner plus de force à la gestion intelligente et éclairée du régisseur, qui est actuellement M. Roux, notaire et maire de Pauillac.

    COCKS, Charles, FERET, Edouard. Bordeaux et ses vins classés par ordre de mérite. Bordeaux : Féret et Fils, 1874 (3e édition).

    p. 159, avec illustration.

    La terre de La Tour, acquise, en 1670, par M. de Chavanas, conseiller secrétaire du roi, passa, sept ans plus tard, dans la famille Clauzel, et de celle-ci passa, par mariage, dans la famille de Ségur, dont les propriétaires actuels sont les descendants (...).

    BERTALL, Charles-Albert d'Arnould, connu sous le nom de. La Vigne, voyage autour des vins de France, étude physiologique, anecdotique, historique, humoristique et même scientifique. Paris : E. Plon, 1878.

    p. 301

    Le château Latour est possédé par la famille de Ségur depuis près de deux siècles, malgré les vicissitudes apportées par les confiscations révolutionnaires.

    En 1841, des adjudications publiques, par suite de raisons de famille et de raisons d'Etat, se montèrent à 1 511 000 francs, et réunirent tout l'ensemble de la propriété, un instant divisée, entre les mains de la même famille de Ségur, maintenant représentée par MM. de Flers, de Beaumont, de Graville et de Courtivron, réunis en Société civile pour l'exploitation régulière du domaine de Latour (...).

    Jadis ce domaine était fortifié ; il commandait la Gironde, sans doute pour défendre le passage contre les invasions des navires ennemis.

    COCKS, Charles, FERET, Edouard. Bordeaux et ses vins classés par ordre de mérite. Bordeaux : Féret et Fils, 1886 (5e édition).

    p. 187

    Régisseur : D. Jouet, ancien élève de l'Institut national agronomique.

    BUTEL, Paul. Grands propriétaires et production des vins du Médoc au XVIIIe siècle. In Fédération Historique du Sud-Ouest, XVIe congrès. Le Médoc. 1964.

    p.142

    (...) Situé dans la paroisse de Saint-Lambert-du-Médoc, on y retrouve une place très importante réservée aux vignes ; les terres comprennent aussi des prairies, des pacages et des landes, on note des aireaux, terrains vagues autour de la maison, et les vimières. L'estimation est faite à 522 400 livres, elle est donc inférieure à celle de Laffitte, il y a 15 000 livres pour la pré-clôture, ce qui indique une maison très inférieure en dimension (d'après l'article 5 de l'inventaire successoral du 5 mai 1763). L'estimation faite sous la Révolution concorde avec ces indications et, comme pour Lafitte, elle présente l'avantage de nous donner la grandeur des terres. Le domaine était alors estimé à 811 000 livres pour 182 journaux (56 ha 82 a) ; seul d'ailleurs, le quart du domaine devait être adjugé à une veuve d'un médecin de Bordeaux, Jeanne Courrégeolles. Il appartenait alors à la famille de Ségur, le maréchal de camp Ségur-Cabanac ayant émigré. Il comportait 115 journaux de vignes, soit 32 ha 65, 61 journaux de pré et 6 journaux de terres labourables. L'inventaire de 1755 nous permet de comprendre, comme pour Laffitte, l'économie du domaine ; dans les deux cuviers mentionnés, il y avait 17 cuves écoulant de 6 à 1 tonneau, le nombre des cuves est inférieur à celui de Lafitte et, surtout, elles sont de dimension plus réduite. Deux pressoirs et deux fouloirs complètent l'équipement des cuviers. Il faut noter qu'ici on spécifie qu'un grand chai sert au vin fin, on y a inventorié 38 barriques de vidange et 24 barriques neuves pour les seconds vins ; la grange contient 4 charrettes ferrées et 2 tombereaux ; un parc à bœufs à 4 paires de bœufs à poil rouge. On ne précise pas le nombre des instruments aratoires. Comme pour la superficie et l'estimation, on a donc l'impression d'un domaine moins important que celui de Lafitte, mais encore notable.

    COCKS, Charles. Bordeaux et ses vins classés par ordre de mérite. Bordeaux : Féret, 1969 (12e édition).

    p.340-341

    Il est sans doute le seul Premier Grand Cru classé à tirer encore en bouteilles à la main, c'est-à-dire à même la carasse, un vin ainsi parfaitement tranquille, mis sous verre paisiblement, sans avoir à subir le "choc" préalable du groupe de mise.

    Vue du cuvier avec cuves en inox.

    COCKS, Charles, FERET, Edouard. Bordeaux et ses vins classés par ordre de mérite. Bordeaux : Féret et Fils, 1982.

    p. 569

    La puissante impulsion donnée en 1963 par les nouveaux propriétaires et plus particulièrement par l'actionnaire principal, la Société Pearson and Sons, Ltd, a permis à château Latour de réaliser une profonde remise à jour technique.

    C'est ainsi que la vinification s'effectue en cuves d'acier inoxydable à refroidissement automatique et contrôlé.

    Cependant, l'élevage se fait toujours en barriques neuves de chêne merrain fendu.

  • Augmentations et diminutions du cadastre

    -1855 : 3 constructions nouvelles de maison (H 187).

    -1860 : tour, construction nouvelle (H 188).

    -1865 : construction nouvelle d'une maison et d'une cuisine (H 171).

    -1870 : Société civile de Latour, construction nouvelle d'une maison (H 186).

Références documentaires

Documents figurés
  • Plan De la Tour du Médoc. Dessin, encre, 1759 [Collection particulière].

Bibliographie
  • DANFLOU, Alfred. Les grands crus bordelais. Bordeaux, s.d. [1867], t. 2.

  • GUILLIER, Henry. Les grands vins de la Gironde illustrés. Libourne, Bordeaux : s.d.

  • HIGOUNET, Charles (dir.). La seigneurie et le vignoble de Château Latour, histoire d'un grand cru du Médoc (XIVe-XXe siècle) . Bordeaux : Fédération historique du Sud-Ouest, 1974, 2 tomes.

  • STOERK, J.. Bordeaux et ses vins. Album de 25 photographies complété par un tableau du classement des grands vins de la Gironde. Bordeaux : Chaumas, 1868.

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