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Château La Grande Canau

Dossier IA33003953 réalisé en 2012

Fiche

Á rapprocher de

  • Villa Bariquand
    Soulac-sur-Mer, rue Bignon, boulevard de la Brigade-Médoc-1944-1945

Dossiers de synthèse

Précision dénomination château viticole
Dénominations demeure
Aire d'étude et canton Estuaire de la Gironde (rive gauche)
Hydrographies Gironde la
Adresse Commune : Saint-Vivien-de-Médoc
Lieu-dit : la Grande Canau
Cadastre : 1833 B 125, 126 ; 2014 B1 158

Le domaine de La Canau produit en 1874 500 hectolitres de blé et 10 tonneaux de vin sur 121 ha de mattes. C'est Casimir Bères qui introduit le vignoble dans ces terres jusqu'alors exclusivement consacrées aux céréales et au bétail.

A la fin du 19e siècle, Émile Bariquand (1841-1904), alors à la tête d’une entreprise prospère de machines à coudre et autres outils de précision, installée à Paris, achète le domaine de la Grande Canau : en 1893, il y produit une quantité impressionnante de vin dans les mattes, pas moins de 500 tonneaux.

C'est à cette époque qu'il fait construire son imposante demeure dans les terres de palus. Un plan dresse un état des lieux avant transformation : les bâtiments consistaient en une maison (au nord du château actuel), une bergerie, un alignement réunissant maisons, écuries, remise et deux abreuvoirs (notamment celui qui existe encore aujourd'hui). L'architecte bordelais Ernest Minvielle est sollicité pour construire les bâtiments d'exploitation : le plan le plus ancien conservé semble dater de 1887.

Mais pour la construction du château, Emile Bariquand fait appel à l'architecte Jean-Camille Formigé. Selon le roman de Jean Balde, il semble qu'il avait une idée très précise de la construction à édifier : "Pour son habitation, l'architecte Formigé avait établi les plans d'une villa à l'italienne. Émile Barriquand n'avait pas voulu de balustres : "Le vent du Médoc, disait-il, les jetterait par terre." Sa femme réclamait un étage de plus pour avoir des chambres. L'un et l'autre dédaignèrent le toit de tuiles romaines, "qui ne fait pas château". Résigné, l'architecte coiffa d'ardoises la grande bâtisse et la loggia". Cette construction peut-être rapprochée de la villa la Sapinière à Evian-les-Bains, construite en 1896 par le même architecte, pour Joseph Vitta, banquier lyonnais.

Ernest Minvielle dresse un plan du parc en août 1903, alors que l'ensemble des bâtiments semblent être construits et opérationnels.

Emile Bariquand meurt en 1904. Sa veuve, Jeanne Alphand (fille de Jean-Charles Adolphe Alphand, ingénieur des Ponts et Chaussées et directeur des travaux de la Ville de Paris sous Haussmann), est encore indiquée dans l'édition de l'ouvrage de Cocks et Féret en 1922 comme produisant 300 tonneaux dans les mattes (Cru Saint-Junien-Grande-Canau).

Période(s) Principale : 4e quart 19e siècle
Auteur(s) Auteur : Formigé Jean-Camille,
Jean-Camille Formigé (1845 - 1926)
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architecte, attribution par source

La demeure, construite sur une légère butte, présente un plan en H avec deux corps de bâtiments à étage carré et étage en surcroît, reliés par un noyau central à étage carré.

Les deux façades principales sont orientées au sud-ouest et au sud-est, l'une avec l'entrée principale couronnée d'une marquise, l'autre avec un porche en portique à trois arcades.

Les façades sont traitées en brique et pierre. La pierre de taille de calcaire est utilisée pour le rez-de-chaussée, les encadrements des baies, les chaînages d'angle à bossage, les bandeaux et corniches. Les baies du rez-de-chaussée sont en arc segmentaire tandis que les fenêtres de l'étage présentent une agrafe sculptée, sont encadrées de pilastres et dotées d'allèges à tables décoratives et consoles. Les baies du surcroît sont encadrées de volutes.

Les arcades du porche sont composées d'arcs surbaissés, ornés d'agrafes sculptées, reposant sur des colonnes à chapiteaux composites ; les angles du porche sont soulignés de piliers à chapiteaux ornés des initiales du propriétaire (EB). L'ensemble est couronné d'une corniche moulurée à modillons, surmontée de pots en amortissement.

A l'intérieur, un couloir dessert les pièces du rez-de-chaussée et donne accès à l'imposant escalier en bois. Les plafonds sont également en bois compartimenté et peint. Un vaste salon au décor néo-rocaille donne sur le porche. La salle à manger est ornée de lambris bas, de plafonds à compartiments en bois. Un buffet monumental et une cheminée, également en bois, portent les initiales du propriétaire EB.

Murs calcaire pierre de taille
brique
Toit ardoise
Étages 1 étage carré, étage en surcroît, sous-sol
Couvrements
Élévations extérieures élévation ordonnancée
Couvertures toit à longs pans croupe
Escaliers escalier intérieur : escalier tournant à retours avec jour
Techniques sculpture
Représentations volute, monogramme
Statut de la propriété propriété privée

Annexes

  • Documentation complémentaire

    Statistique générale, 1874

    A la Canau (Casimir Bères) : 500 hectolitres de blé et 10 tonneaux de vin : le domaine de La Canau comprend 121 ha de mattes (alluvions), jusqu’ici exclusivement consacrées aux céréales, aux pacages et à l’élève du bétail. M. C. Bères y a créé un vignoble dont la production moyenne dépassera 100 tonneaux et auquel il a donné le nom de clos Saint-julien. Les premiers résultats ont donné un vin plein, coloré, se conservant très bien. Il a installé aussi une petite plantation où il fait l’essai comparatif des cépages de Jurançon, de Cahors, de Languedoc et de l’Hermitage. Les terres labourables de ce domaine produisent environ 500 hectolitres de blé et à peu près autant de fèves.

    Cocks, 1881, p. 240

    Dans les mattes : crû de Saint-Junien (Vve Casimir Bères) : 10 tonneaux.

    Cocks, 1886, p.235-236

    Dans les mattes : crû de Saint-Junien (Vve Casimir Bères) : 100 tonneaux. Ce cru en voie d’agrandissement aura bientôt 25 ha ; il est complanté en cabernet, petit verdot, fer et divers cépages importés de Loir-et-Cher.

    Cocks, 1893, p.256-257

    Dans les mattes : crû de Saint-Junien-Grande-Canau (Barican) : 500 tonneaux. Ce vignoble, de création récente, pourra atteindre cette moyenne vers 1894.

    Cocks, 1908, p.325-326

    crû de Saint-Junien-Grande-Canau (Vve Barriquand) : 300 tonneaux.

    Extrait de l'ouvrage de Jean Balde, La maison au bord du fleuve - Souvenirs bordelais, E. Delmas, 1937, p. 187.

    "A quelques mètres du Centre, la propriété de La Canau défraya longtemps les conversations. La fille de notre oncle Alphand avait épousé Émile Barriquand. C'était un industriel qui avait fait, à Paris, rue Oberkampf, une grande fortune en fabriquant des outils et des machines à coudre. Riche, la passion de bâtir l'avait possédé : "Je suis né, gouaillait-il, - car il avait l'esprit parigot - avec une brique dans le ventre." En vain, lui proposa-t-on, en Médoc, de fastueux châteaux. A l'étonnement de tous, il acheta à Saint-Vivien, de vastes étendues de terres désolées. C'est qu'il voulait créer son domaine. il fit donc construire une porcherie, beaucoup trop grande pour les porcs qu'il avait fait venir d'Angleterre ; un cuvier, beaucoup trop grand pour les vignes. Il y eut aussi beaucoup plus de maisons de paysans que de paysans. Pour son habitation, l'architecte Formigé avait établi les plans d'une villa à l'italienne. Émile Barriquand n'avait pas voulu de balustres : "Le vent du Médoc, disait-il, les jetterait par terre." Sa femme réclamait un étage de plus pour avoir des chambres. L'un et l'autre dédaignèrent le toit de tuiles romaines, "qui ne fait pas château". Résigné, l'architecte coiffa d'ardoises la grande bâtisse et la loggia. Malgré les avatars causés par l'esprit pratique, cette construction faisait grand effet. Les millions Barriquand éblouissait les Médocains, qui tiraient, deux années sur trois, le diable par la queue. ce Parisien, cet industriel, qui taillait dans la pierre blanche, prenait figure de nabab. Faire du neuf, dans ce vieux pays! Lui, se moquait des Girondins, de leurs chais archaïques et de leurs routines. Eux, de leur côté, hochaient la tête, prophétisant qu'il se ruinerait.

    Mais Émile Barriquand savait que la maison de la rue Oberkampf était solide. il acceptait ses pertes d'un cœur léger : "Cette propriété, c'est mon vice! Croyez-vous qu'une danseuse ne me coûterait pas aussi cher?"

    Les terriens ne savaient peut-être pas au juste ce que peut coûter, à un vieil abonné, un rat d'Opéra. Mais ils calculaient, en gasconnant un peu, le budget des porcs, des chevaux, des vignes, et même du yacht. Car il eut un yacht, l'Iris, pour lequel il fallut faire creuser une anse.

    Mme Barriquand aussi était admirée. on disait qu'elle avait le génie d'organisation de son père, le grand ingénieur, collaborateur du baron Haussmann. Elle avait le goût d'acheter des meubles en série chez le tapissier. Les dames de la famille, qui couvaient des yeux leurs commodes Louis XV ventrues, à poignées de cuivre, et les vieux fauteuils à coquilles glanés à la foire de Bordeaux, imaginaient avec peine que l'on pût commander six armoires à glace en pitchpin du même modèle. tout cela neuf, pratique, confortable! Le style importait moins que la penderie. On disait de Mme Barriquand qu'"elle voyait grand". Ce n'était pas elle qui eût perdu son temps chez le brocanteur, à respirer de la poussière. Elle condamnait sans appel le bois vermoulu et les nids à rats. Son mari et elle, si différents par leurs origines, se trouvaient d'accord pour se défier des fantaisistes. Les artistes, pour eux, étaient des bohèmes.

  • Documentation sur l'architecte Jean-Camille Formigé

    Archives municipales de Bordeaux, 42 S 3794-3800, Formigé.

    (Documentation variée, portraits et textes)

    Jean-Camille Formigé est né en 1845, au Bouscat près de Bordeaux.

    Elève à l'Ecole nationale des beaux-arts. Elève de J. C. Laimé, Boeswillwald et Ballu.

    Médaille d'honneur au Salon de 1881.

    Légion d'honneur, 14 juillet 1885.

    Architecte des promenades au service d'architecture de la ville de Paris.

    Collaboration pour la construction de la mairie de Passy et la reconstruction de l'Hôtel de Ville.

    Projet pour le concours de monument au souvenir de l'Assemblée nationale de 1789 à Versailles.

    Pavillons des beaux-arts et des arts-libéraux à l'Exposition universelle de 1889.

    Restauration de monuments historiques (en Poitou, Auvergne et Bretagne).

    Construction du premier four crématoire élevé en France, au Père-Lachaise.

    Monument à Gambetta à Bordeaux (souscription lancée en 1901) : achève le travail de Jules Dalou, décédé le 15 avril 1902, avec le statuaire Camille Lefebvre.

Références documentaires

Documents figurés
  • Fonds Minvielle, plans Soulac et Le Verdon

    Archives municipales, Bordeaux : 150 S 233
Bibliographie
  • BALDE Jean. La maison au bord du fleuve, souvenirs bordelais. Avant propos de Jean-Marie PLANES. Bordeaux : L´Horizon Chimérique, 1990.

    p. 187
  • COCKS Charles, FERET Edouard. Bordeaux et ses vins classés par ordre de mérite. Bordeaux : Féret, 1893 (6e édition).

    p. 256, 257
  • COCKS Charles, FERET Edouard. Bordeaux et ses vins classés par ordre de mérite. Bordeaux : Féret, 1922 (9e édition).

    p. 333
  • FERET Edouard. Personnalités et notables Girondins de l'antiquité à la fin du XIXe siècle. Bordeaux : Féret et L'Entre-deux-mers, 2009, fac-similé de l'édition de 1889.

    p. 255

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