Logo =Inventaire Général du Patrimoine Culturel - Retour à l'accueil

Château Giscours

Dossier IA33002945 réalisé en 2010

Fiche

Dossiers de synthèse

Œuvres contenues

Précision dénomination château viticole
Appellations château Giscours
Parties constituantes non étudiées parc, chai, cuvage, puits, mur de clôture, écurie, tonnellerie, logement, remise, remise agricole
Dénominations château
Aire d'étude et canton Estuaire de la Gironde (rive gauche) - Castelnau-de-Médoc
Adresse Commune : Labarde
Adresse : 10 route Giscours
Cadastre : 1826 B 445, 447 ; 2009 A2 132, 134 à 136

Le château aurait été construit sur l´emplacement d´une ancienne maison (ou d´un ancien donjon) qui, au 15e siècle, appartient à la famille Donissan et qui dépend de la châtellenie de Blanquefort. Cependant, les plus anciens documents relatant l´histoire du domaine sont deux contrats de vente datant du 16e siècle. Le premier est élaboré en 1552 entre Gabriel Giraud, propriétaire et seigneur de la maison noble voisine de la Bastide et Pierre de Lhomme, riche marchand de Bordeaux. Si l´acte de vente ne renseigne pas sur l´état de la maison elle-même, il prouve toutefois que les hommes cultivent déjà la vigne. Le second acte date des 23 et 24 décembre 1588 entre Pierre de Lhomme et Pierre d´Arnoul, conseiller au Parlement de Guyenne. Le domaine de "Guiscous" se compose alors d´une demeure à étage, d´une grange au-devant de laquelle se dresse un colombier et d´une vingtaine d´hectares de terres. Si les propriétaires successifs agrandissent et restructurent le domaine, la propriété moderne est véritablement créée au 19e siècle par Marc Promis, grand financier parisien. Ce dernier, en plus d´élargir considérablement le domaine qui atteint 179 hectares, dont 53 plantés en vignes, démolit la vieille habitation et fait élever à la place, entre 1825 et 1835, le château actuel qui se compose d´une imposante demeure, d´écuries, de pressoirs, de chais et de cuviers. Cet ensemble, formant un U, s´articule autour d´une cour, comme le montre le plan cadastral de 1826. Une lithographie tirée de l´ouvrage de Gustave de Galard datant de 1835 représente le corps de logis et les dépendances. Le corps de logis, d´aspect sobre, est rythmé de neuf travées et composé d´un rez-de-chaussée et d´un étage carré. Le corps central est surélevé d´un étage supplémentaire percé d´ouvertures semi-circulaires et surmonté d´un belvédère. Les toitures sont dotées de balustrades. De part et d´autre du logis, deux dépendances, abritant pour l´une les écuries et le logement du régisseur, et pour l´autre les pressoirs, chai et cuvier, sont couvertes d´un toit à longs pans et composées de baies rectangulaires en rez-de-chaussée et d´ouvertures semi-circulaires au niveau de l´étage de comble à surcroît. Giscours, mis en vente en 1847, est acquis par Jean-Pierre Pescatore, consul général des Pays-Bas, banquier à Paris. Secondé par un régisseur, Pierre Skawinski, il se consacre à l´amélioration du domaine jusqu'à sa mort en 1856. D'après les ouvrages d'Alfred Danflou (1867) ou de Charles de Lorbac (1868), on lui doit l'aménagement de somptueux jardins. A cette occasion, il a peut-être fait dresser un plan du domaine, non daté, qui est agrémenté de deux dessins représentant les façades du château : on retrouve les dispositions de la lithographie de Gustave de Galard, mis à part le toit en pavillon brisé en ardoise qui remplace le toit terrasse et le belvédère préexistants. C'est probablement Jean-Pierre Pescatore qui fait ainsi modifier le corps de logis. On observe également que la cour formée par les deux ailes de dépendances est fermée d´une grille. En 1868, une photographie publiée dans l'album d'Alfred Danflou représente le château dans le même état et Édouard Guillon le décrit ainsi à cette époque, dans Les châteaux historiques et vinicoles de la Gironde : "il se compose d’un corps-de-logis rectangulaire à deux façades surmontées au centre d’un pavillon terminé par un dôme ardoisé ; autour du logis sont des cours, des servitudes vastes bien agencées, des cuviers et des chais, qui semblent avoir été élevés comme un emblème de l’industrie viticole".

Son neveu Guillaume Pescatore, toujours accompagné de Pierre Skawinski, poursuit jusqu'en 1875 le développement du domaine.

En 1875, le négociant Édouard Cruse prend la tête du domaine. Il améliore et transforme largement la propriété, en collaboration avec Pierre Skawinski. Il fait aménager un parc d´une cinquantaine d´hectares par le paysagiste Eugène Bülher et construit à proximité du château une ferme modèle, bâtie sur les plans des architectes Duphot, père et fils, en 1877. Il semblerait que le cuvier ait été entièrement reconstruit à cette époque ; en témoigne la date de 1878 (accompagnée d'initiales LT ?) gravée en bas à gauche du fronton orné. Le cuvier jusqu'alors en rez-de-chaussée est transformé en cuvier de type médocain avec un niveau de plancher permettant de charger la vendange par le haut des cuves. Ces aménagements sont encore aujourd'hui en partie conservés (une partie du plancher, le treuil, la maie). Les écuries et les logements appartiennent à la même campagne de travaux, peut-être menée aussi par les architectes Duphot. Enfin, le château fait aussi l'objet de transformations : les lucarnes du pavillon d'ardoise sont agrandies, des œils-de-bœuf sont ajoutés ; les façades sont dotées de portiques à colonnes accessibles par des escaliers droits ou à double volée. Une annexe en rez-de-chaussée ouverte d'une large baie à traverse et meneaux est greffée sur la façade latérale est. Des éléments de décor sont ajoutés sur les travées latérales (attique, pot à feu en amortissement).

En 1890, le domaine de Giscours couvre une superficie de 240 hectares. En 1919, la famille Cruse est contrainte de vendre la propriété, rachetée par M. et Mme Grange. Le domaine est finalement vendu en 1946 à la Société à Responsabilité Limitée "Château Giscours" et racheté par Nicolas Tari en 1958 qui modernise l´exploitation. Le domaine est ensuite revendu en 1990 à Eric Albada-Jelgersma.

Période(s) Principale : 2e quart 19e siècle
Secondaire : 3e quart 19e siècle
Dates 1877, porte la date
1878, porte la date
Auteur(s) Auteur : Duphot Abel Valentin,
Abel Valentin Duphot (1839 - 1878)

Fils de Théodore Henri Duphot, également architecte.


Cliquer pour effectuer une recherche sur cette personne.
architecte, attribution par source
Personnalité : Promis Marc, commanditaire, attribution par source
Personnalité : Pescatore Guillaume, commanditaire, attribution par source
Personnalité : Cruse Edouard,
Edouard Cruse

Négociant bordelais.


Cliquer pour effectuer une recherche sur cette personne.
commanditaire, attribution par source
Auteur : Bülher Eugène
Auteur : Duphot Théodore Henri,
Théodore Henri Duphot (1810 - 1889)

Père d'Abel Valentin Duphot


Cliquer pour effectuer une recherche sur cette personne.
architecte, attribution par source

Le château est situé à l´ouest de la commune et domine le vallon de la Laurina. S´étendant sur une centaine d´hectares et entouré d´un vaste parc, le domaine est composé de deux pôles distincts : au sud, le corps de logis est accompagné des bâtiments vinicoles et des écuries délimitant une cour ; au nord et à distance, la partie agricole comprend une ferme avec logements des ouvriers et une salle d´asile pour les enfants du personnel. Les façades du château, au nord-est sur cour et au sud-ouest sur jardin, sont composées de neuf travées, d'un niveau de soubassement, d´un rez-de-chaussée surélevé et d'un étage carré. Les trois travées centrales sont surmontées d'un étage supplémentaire coiffé d'un toit en pavillon brisé ; ce dernier en ardoise, bordé par une balustrade, est ouvert par une lucarne sommée d´un fronton et deux œils-de-bœuf. Le rez-de-chaussée est percé de trois portes et doté d'un portique soutenu par quatre colonnes d´ordre dorique, le premier niveau est scandé de colonnes à chapiteaux ioniques et le second étage est traité avec des pilastres à chapiteaux composites. Les travées à l'extrémité sont surmontées d'un attique orné d'une lucarne à volutes, percée d'un œil-de-bœuf et encadrée de pots à feu en amortissement. Les rez-de-chaussée sont accessibles par un degré en pierre au nord et par deux volées symétriques côté sud.

La façade latérale orientale qui témoigne de l'étroite profondeur du corps de logis est constituée d'un rez-de-chaussée surélevé percé d'une large fenêtre à traverse et meneaux, encadrée de deux pilastres. Ces derniers soutiennent un entablement séparant rez-de-chaussée et étage en retrait, ce niveau étant percé de baies géminées en plein cintre inscrites dans une arcade ornée d'un oculus aveugle. L'ensemble est surmonté du même type de lucarne à œil-de-bœuf que les façades principales.

Sur le flanc occidental, le logis est complété par une aile en rez-de-chaussée surélevé surmontée d'une balustrade, elle-même prolongée par un bâtiment présentant au sud une façade pignon composée de quatre travées percées de baies à traverse et meneaux. Le niveau de soubassement de ce bâtiment est traité en faux moellons, tandis que l'étage est construit en pierre de taille. La travée centrale est protégée par un toit débordant brisé à aisseliers en bois, coiffé de souches de cheminées jumelles. Les installations vinicoles sont abritées dans deux bâtiments disposés en retour d'équerre au nord du logis. Le bâtiment constitué du cuvier et de la tonnellerie présente côté cour une façade composée de douze travées, dont deux formant pignon et percées de vastes portes d'accès. Le pignon nord couvert d'une demi-croupe supportée par des aisseliers en bois est percé de sept travées. Les façades sont animées par un jeu de bandeaux, d'encadrements de baies, de chaînes d'angle en pierre de taille de calcaire. Un bas-relief sculpté représente une scène de vendange avec cinq angelots déversant des hottes de raisin et foulant les grappes dans un conquet disposé à l'aplomb d'une cuve. La date 1878 et les initiales LT (?) sont gravées en bas à gauche.

L'organisation intérieure sur deux niveaux est encore en partie visible même si une grande partie du plancher a été détruite. Le treuil métallique pour le chargement de la vendange et la maie en bois pour la foulée sont conservés. En revanche, les cuves en bois ont été remplacées par des cuves en ciment. Le bâtiment est couvert par une charpente en bois reposant sur des consoles en pierre et renforcée par des tendeurs métalliques. Parallèlement au cuvier est disposé un bâtiment en rez-de-chaussée servant de chai à barriques et complété par un autre bâtiment perpendiculaire avec des cuves en inox et en ciment. L´ancienne écurie, située à l´est du logis et face au cuvier, présente une façade sur cour composée de sept travées, l'une d'elles formant pignon et ouverte de vastes baies surmontées de l´inscription ÉCURIE. La façade nord composée de cinq travées est couverte d´une croupe brisée soutenue par des aisseliers en bois. L´édifice abrite aujourd´hui l´accueil de la propriété et une salle de dégustation. Au sud, un bâtiment abritait probablement le logement du gardien, et au nord un autre servait de grange ou de remise. Le mur de clôture est ouvert à l'est et au nord par deux portails dont l´un est doté de piliers ornés des lettres entrelacées E, S et C (Edouard et Suzanne Cruse).

Murs calcaire
enduit
pierre de taille
moellon
Toit tuile creuse, ardoise
Étages 1 étage carré, étage de comble, en rez-de-chaussée, rez-de-chaussée surélevé, 2 étages carrés, comble à surcroît, étage de soubassement
Élévations extérieures élévation ordonnancée
Couvertures toit à longs pans
toit brisé en pavillon
croupe
demi-croupe
Escaliers escalier de distribution extérieur, escalier droit
escalier de distribution extérieur, escalier symétrique
États conservations bon état
Techniques sculpture
Représentations putto raisin fronton, pilastre, volute, pot à feu
Précision représentations

Côté cour, l'une des portes du cuvier est ornée d´une sculpture représentant des anges ailés portant des raisins.

Estuaire

TRAVEE 9
FORBAIE linteau droit (fenêtre) ; plate-bande (porte) ; chambranle mouluré (fenêtre) ; chambranle mouluré (porte) ; corniche (fenêtre) ; pilastre (fenêtre)
POSPARC en cœur de parcelle
POSTOPO coteau
ORIENT nord-est
VUE vue étendue
CLOT piliers de portail ; allée d'arrivée = avenue d'arrivée

Château viticole.

Statut de la propriété propriété privée

Annexes

  • Extraits d'ouvrages

    -Cocks, 1850.

    p. 200

    Le château, bâti dans le style italien, en 1837, est surmonté d'une terrasse qui commande un paysage fort étendu. A l'entrée du jardin se trouve un vieux chêne dont le tronc énorme a 8 mètres de circonférence à la base.

    (production : 120 tonneaux)

    - RIBADIEU Henry. Les châteaux de Gironde : mœurs féodales, détails bibliographiques et traditions, légendes, notices archéologiques. Épisodes de l´histoire de Bordeaux au Moyen Age et dans les derniers siècles - état actuel des domaines. Paris : Chez E. DENTU (Librairie), 1856.

    Autrefois, la seigneurie de Cantenac, où était bâtie la maison noble de Giscours, reconnaissait, comme beaucoup d’autres, la souveraineté de Blanquefort.Dans les derniers siècles, plusieurs arrières-fiefs qui appartenaient à cette châtellenie, en furent détachés, et se constituèrent sous autant de juridictions isolées. La seigneurie de Cantenac fut de ce nombre. C’est ainsi que Giscours, après avoir été justiciable de Blanquefort, se vit obligé de reconnaître la suprématie de Cantenac, dont il relevait par le fait même du démembrement. De tout cela, plus rien n’existe de nos jours. Les anciens maîtres sont morts, la vieille habitation elle-même a disparu. Là où n’existait , sans doute, il y a un siècle, qu’un humble logis nobiliaire, un homme qui a été enlevé dernièrement à l’affection de sa famille, M. Marc Promis aîné, décédé le 20 novembre 1853, dans sa quatre-vingt-dixième année, a fondé le somptueux édifice que, pour être justes, nous devrions appeler le palais de Giscours. Ce monument presque royal, que M. Promis semblait avoir élevé comme un emblème de l’industrie vinicole dans la Gironde, fut mis en vente en 1845, et devint la propriété de M. Pescatore, l’un des rois de la banque parisienne.

    - GUILLON, Édouard. Les châteaux historiques et vinicoles de la Gironde. Bordeaux : Coderc, Dégréteau et Poujol, 1866-1869, t. 3.

    "A Labarde tournez vers l’Occident la tête, Vous verrez de Giscours se projeter le faîte » (Biarnès, Les Grands Vins)."Le Château Giscours, qui est le plus important de Labarde, fut une maison noble, qui dépendait de la châtellenie de Blanquefort et avait été érigée par les Seigneurs de la Bastide, d’où elle passa, au commencement du 16e siècle, à la famille de Donissan. On trouve, en 1525, un exporle en faveur de Thomas de Donissan, escuyer, seigneur de la maison noble de Guiscous, dans la paroisse de Labarde. En 1547, elle était à Gabriel Giraud, seigneur de la Bastide, qui, en 1552, la vendit à Pierre-de-l’Homme. Elle est appelée Guiscous dans les vieux titres, et sur le plan cadastral de la commune il y a écrit Giscous. En 1601, après le démembrement de la châtellenie de Blanquefort, le château Giscours passa dans la juridiction de Cantenac, où il resta

    jusqu’à la Révolution.Au commencement du 18e siècle, François de Peyraud était seigneur de Giscours, qui, après lui passa en plusieurs mains et fut racheté par M. de Saint-Simon surnommé de Giscours, qui émigra à l’époque de la Révolution. Le domaine qui consistait en une habitation assez belle et un vignoble renommé, fut saisi et vendu par l’Etat, le 15 messidor, an III de la République, en 24 lots. La maison principale et le vignoble furent achetés sept cent six mille francs par le sieur Michel Jacob, qui s’associa pour payer cette forte somme avec MM. John Gray Junior, et Jonathan Davis, négociants aux États-Unis, et ils gardèrent ensemble le domaine de Giscours pendant plus d’un quart de siècle. Enfin en 1825, M. Michel Jacob en étant resté seul propriétaire, le vendit à M. Marc Promis, négociant à Bordeaux. Ce nouveau propriétaire démolit la vieille habitation et éleva à la place le château actuel, que deux historiens qualifient de Palais Giscours, ce qui est une exagération ; ce n’est pas un château surmonté de tourelles ardoisées, c’est une belle villa dominée par une terrasse qui entoure un dôme central. Giscours était à peine terminé, lorsque son fondateur, qui était un vieillard, le mit en vente et il fut acheté en 1845 par M. Pescatore, l’un des rois de la banque parisienne, qui le paya 500 000 francs, et créa autour un magnifique parc entouré de murs, qui s’étend jusqu’aux limites de la commune. M. Pescatore mourut en 1855, et le château passa à son neveu le propriétaire actuel, qui le visite à peine à la saison des vendanges et l’abandonne aux mains d’un régisseur.

    Le château Giscours est situé sur le penchant occidental d’une croupe graveleuse, et domine le petit vallon de Laurina ; il se compose d’un corps-de-logis rectangulaire à deux façades surmontées au centre d’un pavillon terminé par un dôme ardoisé ; autour du logis sont des cours, des servitudes vastes bien agencées, des cuviers et des chais, qui semblent avoir été élevés comme un emblème de l’industrie viticole. Le château est au milieu de 40 hectares de jardins, prairies et parc planté d’arbres indigènes et d’arbustes exotiques au milieu desquels s’élève, comme un géant parmi des hommes, le vieux chêne de Giscours dont le tronc énorme a huit mètres de circonférence à sa base. Le vignoble de Giscours a été augmenté depuis la mort de M. Pescatore ; il couvre une superficie de 50 hectares et fournit une année ordinaire de 80 à 100 tonneaux de vins, qui figuraient jadis dans les quatrièmes crûs, mais que « leur bouquet, leur sève et leur moelleux » ont fait classer dans les troisièmes.

    Giscours récolta 90 tonneaux en 1848 ; 41 en 1852 ; 44 en 1858 et 80 en 1862. Quatre-vingt-dix est donc à peu près sa moyenne. C’est le plus grand vignoble de Labarde et le plus estimé.

    Danflou, 1867.

    p.81-83

    (...) Il y avait autrefois à Labarde un vieux donjon dont les seigneurs avaient juridiction sur Cantenac et reconnaissant la suzeraineté des sires de Blanquefort, les plus puissants seigneurs du Médoc après les sires de Lesparre. Cet été de choses dura jusqu'au commencement du dix-huitième siècle. La seigneurie de Cantenac devint alors juridiction seigneuriale, et Giscours reconnut sa suprématie, d'après la coutume féodale. De tout cela, que reste-t-il? Rien, absolument rien. La Famille des anciens seigneurs est depuis longtemps éteinte, et on ne trouve plus aucun vestige du vieux manoir. Sur l'emplacement du donjon, qui était très modeste, d'après la tradition locale, un viticulteur aussi riche que distingué, M. Marc Promis aîné, décédé en 1853, dans sa quatre-vingt-dix-neuvième année, éleva le château actuel de Giscours ; cet édifice, un des plus beaux, une des plus somptueux de l'opulente Gironde, est une sorte de palais, une monument quasi royal bâti en l'honneur de la vigne.

    En 1845, M. Pescatore, un des rois de la finance, acheta Giscours 500 000 francs, et ce riche propriétaire a fait depuis de grands sacrifices pour l'amélioration du vignoble, dont les produits sont classés dans les troisièmes crus et sont supérieurs à ceux de Macau.

    M. Pescatore, tout en donnant à la culture de la vigne les soins que méritait sont domaine, entoura l'habitation d'un parc délicieux, très étendu, et qui attire, comme son rival Château Margaux, de nombreux touristes, dont la présence donne au Médoc une animation inaccoutumée, pendant la belle saison.

    A la mort de M. Pescatore, le domaine de Giscours est devenu la propriété de son neveu, M. guillaume Pescatore, un Luxembourgeois. Rarement, ce nouveau propriétaire visitera son domaine ; les ombrages du parc, la vue des immenses vignobles n'ont pour lui que peu d'attraits. Le pays aurait à regretter cette absence continuelle du nouveau sire de Giscours, s'il ne trouvait dans la famille de M. Scawinski, le régisseur actuel, un ample dédommagement. Giscours est, en effet, confié depuis longtemps aux soins intelligents de M. Scawinski, élève de l'école de Grignon, qui, par ses mérites personnels, comme homme et comme agriculteur, donne chaque jour un nouveau renom à la propriété qu'il administre. ses fils, à la tête eux-mêmes de grandes exploitations en Médoc (Pontet-Canet et Château Dauzac), marchent sur les traces du père et continuent sa réputation de viticulteur. Grâce à M. Scawinski, Giscours trouve chaque jour des appréciateurs émerveillés de la qualité de ses vins.

    (...) A Giscours, pas de tourelles ni de pont-levis, ni de vieux fossés : le moyen âge a complètement disparu ; tout est moderne, mais splendide. Nous foulons la terre des grands vins du Médoc : à grands vins, grandes et belles habitations (...).

    -Lorbac, 1868.

    p. 106-107

    Le cru de Giscours est très anciennement connu. Les plus vieux titres que nous ayons pu retrouver remontent à 1552. Giscours était alors une maison noble appelée "Guiscoulx" et appartenait à Gabriel Giraud, seigneur de La Bastide, qui la vendit, cette même année, à Pierre de L'houme.

    Après une série de transmissions et de ventes successives, nous retrouvons le domaine de Giscours aux mains de M. de Saint-Simon, à l'époque de la Révolution de 1789. M. de Saint-Simon, dit Giscours, ayant alors émigré, sa propriété fut confisquée et vendue, en 1795, comme bien national, au sieur Michel Jacob, qui s'associa MM. John Gray junior et Jonathan Davis, négociants des Etats-Unis. Cette association ne dura pas et, en 1825, M. Jacob, resté seul propriétaire du domaine, le vendit à M. Marc Promis, négociant à Bordeaux. Enfin, c'est en 1847 que M. J. P. Pescatore, riche banquier de Paris, devint propriétaire de Giscours et qu'il entreprit d'en faire cette propriété aujourd'hui si remarquable, autant par l'arrangement du vignoble que par la beauté des alentours du château. Le chêne de Giscours, dont la bille mesure plus de sept mètres de circonférence, est devenu légendaire dans toute la Gironde. C'est pour cet arbre que M. Pescatore fit créer les belles dépendances qui l'entourent, et qui comprennent 40 hectares de jardins et de parc, clôturés de murs et plantés d'arbres indigènes et exotiques d'une venue magnifique.

    Depuis la mort du regretté M. J. P. Pescatore, en 1855, la terre de Giscours appartient à son neveu, M. G. Pescatore, qui continue, - quoique éloigné -, à faire donner les plus grands soins à tout ce qu'a laissé son oncle ; en cela merveilleusement secondé par son gérant, M. Skawinski, dont le zèle et l'intelligence sont au-dessus de tout éloge (...). Le vignoble, entièrement complanté en fins cépages, a une contenance de 50 hectares et donne en moyenne 100 tonneaux de grand vin.

    -Cocks, 1874.

    p. 111

    Le château Giscours est entouré d'un magnifique vignoble de 59 hectares, sur des croupes graveleuses, admirablement exposées et complantées de cépages fins. Ce vignoble, classé au rang des meilleurs 3e crus de Médoc, a une réputation telle que nous n'avons pas besoin d'en faire l'éloge ; son château, de construction récente, remplace une maison noble (...).

    Cocks, 1881.

    p. 130-131

    Le château Giscours récemment acheté par M. Edouard Cruse, est entouré d'un magnifique vignoble de 60 hectares, sur des croupes graveleuses, admirablement exposées et complantées de cépages fins. Ce vignoble, classé au rang des meilleurs 3e crus classés de Médoc, a une réputation telle que nous n'avons pas besoin d'en faire l'éloge ; son château vient d'être entièrement restauré ; il remplace une maison noble (...). La ferme qui en dépend mérite d'être mentionnée, comme modèle de construction et d'aménagements. Elle est due aux plans de M. Duphot, architecte.

    Cocks, 1886.

    p.137

    La direction du vignoble de Giscours est confiée depuis près de quarante ans à l'un de nos plus habiles agriculteurs, M. P. Skawinski, ancien élève de Grignon et chevalier de la Légion d'honneur. Il a contribué par sa gestion intègre à la grande renommée, à la haute faveur dont le vin de Giscours jouit en France et à l'étranger. Le château vient d'être entièrement restauré (...).

    Une salle d'asile pour les enfants de la propriété et pour ceux de la commune a été fondée par M. Cruse. Les enfants y sont gardés et instruits depuis la plus tendre enfance jusqu'à l'âge de sept ans ; ils sont alors envoyés à l'école de Labarde, dont M. Cruse est un des fondateurs.

Références documentaires

Documents d'archives
  • AD Gironde. 3P 329 1 1. Matrices cadastrales. 1853-1882.

  • AD Gironde. 3P 329 1 4. Matrices cadastrales. 1881-1891.

  • AD Gironde, 9 J. Fonds d'Arlot de Saint-Saud. Château Giscours.

    dossier 259
  • AM Bordeaux. 211 S 274 : Fonds Lawton.

  • AM Bordeaux. 216 S 4702 : Fonds Cruse.

Documents figurés
  • AM Bordeaux, Série Evrard de Fayolle, 42 S. Château Giscours : 4715-4718.

  • Collections privées. Série de plans du domaine de Château Giscours.

  • COCKS, Charles. Médoc et ses vins. Bordeaux et ses vins. Bordeaux : Féret, 1908.

    p. 66
  • Collection particulière. Château Giscours. Plan du domaine, 1870.

  • Collection particulière. Plan parcellaire du domaine, non daté, 1ère moitié 19e siècle.

  • Collection particulière. Plans du parc dressés par Eugène Bülher, 1878.

  • Collection particulière. Château Giscours, plan du domaine, 1970.

  • Château Giscours. Plan topographique du domaine, 1995

    Service du patrimoine et de l'Inventaire, région Aquitaine
  • AD Gironde, SP 139. Plan des marais de Labarde et Cantenac pour être joint au rapport de l'Ingénieur ordinaire en date du 18 juin 1860 sur les marais de Labarde. Dessin, encre et lavis, par Jansac (ingénieur ordinaire), 18 juin 1860.

Bibliographie
  • BRUN-PUGINIER, Hélène. Château Giscours une aventure viticole en Médoc (XVe - XXe siècle) . 2009.

  • COCKS, Charles. Guide de l'étranger à Bordeaux et dans la Gironde. Bordeaux, ses environs et ses vins classés par ordre de mérite. Bordeaux : Féret, 1850.

    p. 200
  • COCKS, Charles, FERET, Edouard. Bordeaux et ses vins. Bordeaux : Féret, 1868.

    p. 218-219
  • FERET, Edouard. Bordeaux et ses vins, classés par ordre du mérite dans chaque commune. Bordeaux : Féret, 1991. 14e éd. rev. et augm. par Claude Féret et Marc-Henry Lemay.

    p. 606-608
  • DANFLOU Alfred. Les grands crus bordelais, Bordeaux : Librairie Goudin, 1867, t. 1 et 2.

    p. 81-83
  • FRANCK, William. Traité sur les vins du Médoc et les autres vins rouges et blancs du département de la Gironde. Bordeaux : Chaumas, 1845. Reprise de l'édition de 1824 augmentée.

  • GALARD Gustave (de). Album vignicole ou vues des châteaux et propriétés produisant les vins des meilleurs crus du Médoc et autres lieux du département de la Gironde. Bordeaux : de Logé, 1835.

  • GUILLON, Edouard. Les châteaux historiques et vinicoles de la Gironde, avec la description des communes, la nature de leurs vins, la désignation des principaux crus. Bordeaux : [s.n.] 1868. Tome 3.

  • LORBAC Charles (de). Les richesses gastronomiques de la France. Les vins de Bordeaux. I partie. Crus Classés, illustré par Charles Lallemand. Paris : Hetzel, [vers 1868].

    p. 106-107
  • MAFFRE, Philippe. Château Giscours . Dossier de préinventaire. Région Aquitaine, service Patrimoine et Inventaire. [s.d.].

  • RIBADIEU Henry. Les châteaux de Gironde : mœurs féodales, détails bibliographiques et traditions, légendes, notices archéologiques. Episodes de l´histoire de Bordeaux au Moyen Age et dans les derniers siècles - état actuel des domaines. Paris : Chez E. DENTU (Librairie), 1856.

(c) Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel ; (c) Conseil départemental de la Gironde - Riberolle Jennifer - Steimer Claire - Beschi Alain