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Château dit repaire et maison noble, puis château fort de Muratel

Dossier IA24001464 réalisé en 2011

Fiche

Appellations repaire et maison noble de Muratel, château fort de Muratel
Dénominations château
Aire d'étude et canton Vallée de la Vézère - Terrasson-Lavilledieu
Adresse Commune : Beauregard-de-Terrasson
Lieu-dit : Muratel
Cadastre : 1825 B2 non cadastré Les vestiges se trouvent dans la parcelle 1282 ; 2019 0B2 non cadastré Les vestiges se trouvent dans la parcelle 659

La seigneurie de Muratel est citée au XIVe siècle (archives du fonds de Royère) puis, en 1446, comme fief de "Muratellum" (généalogie de la famille de Rastignac, citée par Alexis de Gourgues). Mais l'histoire de ce domaine est complexe, d'abord parce que, comme parfois en Périgord, deux lieux portent le même nom : le Muratel qui nous intéresse, situé dans la paroisse de Bersac et mouvant de la châtellenie d'Ans, vicomté de Limoges ; et le "repere de Labatut, sive de Muratel", c'est-à-dire le repaire de Labatut, aussi appelé Muratel, situé à Vergt en Périgord, qu'Olivier de Pratgelier, seigneur du Breuilh en Limousin, vend en 1467 (n.st.) [BnF, Fonds Périgord, tome 181, Mélanges historiques III, fol. 88r°]. L'histoire est aussi rendue singulièrement complexe parce que ces deux "Muratel", parfois confondus, ont été possédés par la même famille, les Pratgelier (c'est d'ailleurs sans doute elle qui a donné le nom de Muratel au fief de Labatut). La date de prise de possession de Muratel par les Pratgelier est inconnue.

Ce domaine d'une certaine importance a donné son nom à un moulin situé en contrebas de la colline où se dressait le château et surtout à un petit village, plus au nord (aujourd'hui dans la commune de Villac). Cette seigneurie, tout comme celles de Mellet et de Beauregard, dépendaient de la châtellenie d'Ans, qui elle même relevait de la vicomté de Limoges. De la même façon, on ne connaît pas l'époque de la construction du château, et encore moins celle de la première occupation du site : les rares vestiges encore en place n'autorisent aucune datation. Déjà, en 1874, Alexis de Gourgues, à qui l'on doit la description la plus complète du site alors qu'il était dans un état encore quelque peu compréhensible, ne s'était pas aventuré à dater le site : "Sur le promontoire escarpé qui domine le confluent du Rebeyrou et de l'Elle sont les ruines du château de Muratel. Il ne subsiste qu'une enceinte de très-hauts murs formant 12 angles ; il a dû y en avoir 18. On n'aperçoit ni portes ni fenêtres. A l'intérieur, le diamètre est de 29 mètres de longueur et 21 de largeur. Le périmètre, au bas du mur, à l'extérieur, sur un chemin de ronde élevé de 3 mètres au-dessus du sol, est de 113 mètres." Toutefois, de cette courte description et de la situation topographique, deux choses sont à retenir : d'évidence, le site est stratégique et le château, qui se dresse sur un éperon rocheux à une altitude de près de 200 mètres, est fait pour contrôler les vallées qu'il domine ; la superficie assez impressionnante décrite par Gourgues suggère une place-forte de plan irrégulier adaptée au relief et flanqué de tours de défense. Il ne fait guère de doute que le château date de l'époque médiévale, mais c'est bien tout ce que l'on peut en dire. Il faut attendre le XVIe siècle pour trouver des mentions plus précises de Muratel et de ses propriétaires, qui sont nombreux au cours du siècle.

En 1502, dans un mémoire rédigés par les officiers d'Alain d'Albret portant sur l'état de ses vicomté de Limoges et comté de Périgord, il est précisé que : "Dans les fins d’icelle [paroisse de Bersac], les seigneurs de Peyraulx, de Muratel, de Vilhac, de Merbec [ou Mirabec], de La Salle, de la Cassanhe [i.e., La Cassagne], Mesmy, Monfreliou, de Momege [i.e., Montmège], de la Marche, l’abbé de la Chastres, le commendeur de Condat, le curé de Bersac, le seigneur du "lieu Jehan Lambert" et les héritiers de feu Jehan Papoisat, chacun […] tiennent en fondalité plusieurs heritages villages, maison, [...] ; par raison de quoy, levent tous ensemble 50 charges de froment, 20 charges de segle, 18 charges d’avoine, 45 livres tournois de rente, 60 gellines, etc." A cette date, Muratel appartient à Jean de Pratgelier, écuyer, qui est également seigneur de Breuilh en Limousin. Celui-ci meurt peu après en laissant son épouse, Bénigne de Berneuilh, et leurs six enfants en possession d'un héritage grevé de dettes. Bénigne doit se résoudre à vendre Muratel le 7 décembre 1515 à Gauthier de Badefols, seigneur de Badefols et de Peyraux, et à Françoise Flamenc (ou Flamenche), sa femme. Le document fournit la première description connue du domaine : "ladicte maison noble de Muratel et de Murat, assises es paroisses de Bersac et de Vilhac, avec toutes et chescunes leurs appartenance et deppendances, pour droits, devoirs quelquonques, cour, mas, villaiges, borderies, maisons, tenemens, territoires, jardrins, prez, boys, vignes, terres, peysacges [sic], landes, columbiers, garennes, estaiges, molins, pescheries, cens, rentes de blés, vins, cheyles, argent, chapons, pollailhes, jornaulx, cire, acheptez, tailhes et toutes autres rentes et fondalités, droit denestre et desenestre, homaiges, hommes, cerfz tachables et tous autres droits et devoirs quelquonques qui deppendent ou peuvent deppandre desd. maisons nobles de Muratel et de Murat, assises et estant tant es paroisses de Bersac, Saint Lazer [Saint-Lazare], Villac, Brignac, Cublac, Braihac, Ayols [?], Perpesac, le Temple, Sainct Cibran, Yssandon et Terrasson, que ailleurs [etc.]". Ce texte indique que les possessions dépendantes du domaine de Muratel sont très étendues, bien au-delà de Bersac, et relativement dispersées (dans un rayon de 16 à 20 km, toutes situées au nord et à l'est de Muratel), ce qui atteste l'ancienneté de la seigneurie : elles ont dû être rattachées à Muratel au gré des alliances des familles propriétaires et de leurs acquisitions au cours des siècles.

En septembre 1541 et le 17 novembre 1543, Françoise de Boys (ou Boyer) se dit veuve de maître Jean de Bort, procureur au parlement de Bordeaux, seigneur de La Bonnaudie (à Montignac), "tant en son nom que comme mère et tutrice des biens et enfants dudit Bort, pour faire hommage et prêter le serment de fidélité au roi de Navarre vicomte de Limoges à cause de ses repaires et maisons nobles de Muratel et de Beauregard situées en la juridiction d’Ans et pour composer des sommes dues audit seigneur pour les lotz et ventes des acquisitions desdites maisons et s’en obliger". Autrement dit, la seigneurie de Muratel a été vendue par les Badefols peu après 1515 à Jean de Bort, qui meurt ensuite, avant le mois de septembre 1541, date à laquelle Françoise de Boys est déjà veuve et "dame de Muratel".

Selon Delmas, le château aurait été détruit par les troupes protestantes de Coligny en 1569, lors de leur passage pour aller assiéger Montignac. En 1583, le domaine est entre les mains d'un nouveau propriétaire : Jean Personne, juge d’Ayen (Corrèze), "seigneur de la maison noble de Muratel, vicomté de Lymoges", en rend hommage au roi de Navarre (2 février). Entre 1599 et 1601, il revient à nouveau dans la maison des Badefols : Guy de Badefols, marié en 1588 à Isabeau de Pierre-Buffière, porte le titre de seigneur de Muratel en 1601 lors du mariage de sa sœur Françoise avec Jean de Lajaumont (AD Dordogne, 10 J 48, Fonds du château de Peyraux, 26 février 1601). Le 23 juin 1627, Louis de Badefol décède sans postérité. Celui-ci avait fait son héritier François-Charles de Ferrières. C'est peut-être ce dernier qui vend Muratel à Arnaud Segui (un parent des nouveaux seigneurs de Mellet) qui est dit "sieur de Muratel" le 30 mars 1628. Mais le domaine change à nouveau de main et revient dans la descendance des Badefols - excepté le moulin de Muratel, qui reste possession des Segui et de leurs successeurs à la tête du château de Mellet. Au XVIIIe siècle, Muratel est l'une des nombreuses seigneuries possédées par les Royère de Peyraux. La planche n° 16 de la carte de Belleyme, levée en 1767, figure le château avec un symbole signifiant une ruine.

Période(s) Principale : 14e siècle , (?)

Le château était composé d'une enceinte ovoïde aux murs épais contre laquelle étaient adossés à l'intérieur les bâtiments. Mais de tout cela ne subsistent que quelques pans épars : édifié à l'aide de dalles de schiste grossièrement appareillées, l'ensemble est en très grande ruine et la plupart des élévations se sont effondrées dans l'enceinte et sur l'escarpement. Les vestiges en place montrent quelques fentes de jours difficilement assimilables à des archères. Seule une niche en plein-cintre, aménagée dans un pan de mur arraché, possède encore un encadrement en pierres de taille calcaires. Celles-ci montrent des traces évidentes de rubéfaction, signe d'un violent incendie.

Murs schiste moellon sans chaîne en pierre de taille
calcaire moyen appareil
États conservations vestiges
Statut de la propriété propriété privée

Références documentaires

Documents d'archives
  • Fonds de Royère (Archives du château de Peyraux). Déposé par Mme de Royère le 12 septembre 1977. Communication au public réservée.

    Vente des maisons nobles de Muratel et de Murat par Bénigne de Berneilh à Gauthier de Badefols et Françoise Flamenc, 7 décembre 1515. Archives départementales de la Dordogne : 10 j 1-101
  • B 1791. Hommages rendus à Henri II, roi de Navarre, sire d'Albret, comte de Périgord, 1541.

    Hommage de Françoise Boyer, "dame de Muratel", au roi de Navarre pour ses biens à Montignac. Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques : B 1791
  • Inventaire des archives du château de Montignac par Jean Fabre, évêque d'Aure, 1546.

    Fol. 80v° (n° 263) : Procuration de Françoise Boyer pour faire hommage au roi de Navarre, vicomte de Limoges, pour ses "repaires et maisons nobles de Muratel et de Beauregard situées en la juridiction d'Ans", 17 novembre 1543. Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques : E 607
  • Hommages rendus au roi de Navarre, comte de Périgord, 25 janvier 1583.

    Fol. 19r° : Hommage de Jean Personne, juge d’Ayen, seigneur de la maison noble de Muratel, vicomté de Lymoges, 2 fevrier 1583. Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques : E 671
  • AD Dordogne. 5 MI 54605 (registres paroissiaux de Bersac, puis de Beauregard-de-Terrasson ; Baptêmes-Mariages-Sépultures), 1617-1728.

    Fol. 18v° : Mention de "Monsieur Arnaut Segui, sieur de Muratel", 30 mars 1628 Archives départementales de la Dordogne : 5 MI 54605
Documents figurés
  • Carte de la Guyenne par Belleyme. Reproduction en fac-similé de l'édition du XVIIIe siècle conservée à l'Institut géographique national, par Pierre de Belleyme, IGN.

    Planche n° 16 levée en 1767 Archives départementales de la Dordogne : 1 Fi 2 Dordogne 0013
Bibliographie
  • GOURGUES Alexis de. La Dordogne. Dictionnaire topographique du département. Paris : Res Universis, 1992, fac-similé de l'édition de 1873 (Monographies des villes & villages de France).

    p. 213
  • DELMAS André. Le pays de Terrasson. Confins du Périgord et du Limousin pendant le Moyen Age. Périgueux : publication des Sociétés Historiques et Archéologiques de la Corrèze et du Périgord, supplément aux bulletins de l'année 1960, 1960.

Périodiques
  • « Extrait d’un mémoire du seigneur d’Albret contre la dame de Montrésor, qui demandait sa part dans la seigneurie de la comté de Périgord ». Le Chroniqueur du Périgord et du Limousin, 1854, p. 134-140.

  • CHAMPEVAL Jean-Baptiste. « Hommage du Comté de Périgord en 1541 rendus à Henri de Navarre, sire d’Albret, comte de Périgord, comme tel ». Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord. Tome XXV (1898), p. 371-376.

    p. 372
  • "Roles des hommagers du roi de Navarre (1540-1541)", Bulletin de la société historique et archéologique du Périgord, tome XVIII, 1911, p. 401-409.

    p. 406
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