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Château Desmirail, ancien domaine de Port-Aubin

Dossier IA33003091 réalisé en 2010

Fiche

Œuvres contenues

Dans la traverse du bourg de Cantenac, près de la mairie, l’imposant cuvier du domaine de Desmirail attire le regard. Bien plus que la "chartreuse", qui lui a été adjointe dans les années 1980 faute de "château", il constitue un monument emblématique dont l’histoire reste encore largement méconnue.

L'appellation Desmirail provient d’un domaine appartenant à Jean-Baptiste Desmirail, avocat puis président au Parlement de Bordeaux au milieu du XVIIIe siècle, dont le vignoble se trouvait dans la commune de Margaux. Rien à voir avec l’actuel Desmirail, à Cantenac, qui correspond à l’ancien domaine de Port-Aubin, situé dans les palus de Cantenac et de Labarde, comme l’indique la carte de Belleyme.

Sur le plan cadastral de 1826 du bourg de Cantenac, deux bâtiments de même longueur sont disposés parallèlement, formant une cour.Extrait du plan cadastral, 1826, section B, parcelle 1.Extrait du plan cadastral, 1826, section B, parcelle 1.

Dans les éditions de l’ouvrage de Cocks et Féret, à partir de 1850, le domaine Port-Aubin, avec "chais au bourg" et "vignes de palus", appartient à Alfred Gaigneron Jollimon de Marolles (1801-1873). Ce dernier, marié à Elisa Lawton, acquiert le domaine en 1841 (1) : il comprend alors 85 journaux de vignes, 23 journaux de prairies, "bonne maison d'habitation", "vastes cuviers et chais", grange et étable évalués à 173 400 f.Plan du domaine de Port-Aubin (?), s.d. [1874].Plan du domaine de Port-Aubin (?), s.d. [1874].

Il y réalise des transformations, notamment la construction d'un chai dans le prolongement du bâtiment sud, figurant sur un plan de 1856 (2).Extrait d'un plan daté 1856 : représentation des bâtiments appartenant au comte de Marolles.Extrait d'un plan daté 1856 : représentation des bâtiments appartenant au comte de Marolles.

Un document daté 1874 donne les dimensions des bâtiments existants, chais, cuvier et maison et corps de logis en face du chai et du cuvier (3).Courrier adressé à W. Lawton, donnant les dimensions des bâtiments de Port-Aubin, 5 février 1874 (page 1).Courrier adressé à W. Lawton, donnant les dimensions des bâtiments de Port-Aubin, 5 février 1874 (page 1).

A la fin des années 1880, la famille Pereire, qui possède déjà le château Palmer voisin, devient propriétaire de Port-Aubin. C'est probablement à son initiative que le cuvier est agrandi et restauré : le bâtiment est, semble-t-il, doublé d'un vaisseau à l'est et équipé d'un niveau de plancher. Les façades auraient alors été reprises avec les ouvertures en brique et pierre ainsi que les frontons sculptés visibles aujourd’hui. Ces transformations ont peut-être été réalisées en 1894, date inscrite dans le sol cimenté du cuvier. A cette époque, le domaine produit 200 à 250 tonneaux.Cuvier : date 1894 inscrite dans le sol.Cuvier : date 1894 inscrite dans le sol.

Ce bel exemple de cuvier dit médocain, organisé selon deux niveaux, comprend au rez-de-chaussée les cuves tandis que la vendange était chargée à l’étage par deux larges baies ornées de tables décoratives et de bas-reliefs sculptés de motifs de vigne et de raisin. Le plancher aménagé au-dessus des cuves en bois est soutenu par des colonnes en fonte ; une vaste charpente en bois à entrait retroussé dégageait l’espace de travail et facilitait ainsi les manœuvres des ouvriers.

C´est en 1981 que Lucien Lurton reconstitue le domaine en réutilisant la marque Desmirail. Entre 1982 et 1984, les habitations qui font face au cuvier dans la cour sont transformées en "château" par les architectes bordelais Michel Garros et Jean-Louis Canouët (4).Projet de restauration de l'aile de logements, s.d. [1982].Projet de restauration de l'aile de logements, s.d. [1982].

(1) et (3) AM Bordeaux. Fonds Lawton, 211 S 282.

(2) Atlas du château d’Issan, 1856, collection particulière.

(4) AM Bordeaux. Fonds Garros, 208 S : rec. 203.

Précision dénomination château viticole
Appellations château Desmirail
Parties constituantes non étudiées cuvage, logement, portail
Dénominations chai
Aire d'étude et canton Estuaire de la Gironde (rive gauche) - Castelnau-de-Médoc
Adresse Commune : Cantenac
Cadastre : 1826 B 1, 2 ; 2009 B 200, 201

L'appellation Desmirail correspond à un domaine appartenant à Jean-Baptiste Desmirail, avocat puis président au Parlement de Bordeaux au milieu du 18e siècle, dont le vignoble se trouve dans la commune de Margaux. Le nom Desmirail n'est associé au domaine de Cantenac qu'au 20e siècle.

Il s'agit du domaine de Port-Aubin, dont le toponyme est mentionné sur la carte de Belleyme (2e moitié du 18e siècle), dans les palus de Cantenac et de Labarde.

Deux bâtiments de même longueur, disposés parallèlement, figurent sur le plan cadastral de 1826 du bourg de Cantenac. Ils appartiennent alors à un négociant bordelais, Brown.

Dans les éditions de Cocks et Féret, à partir de 1850, le domaine porte le nom Port-Aubin avec l'indication "chais au bourg" et "vignes de palus", appartenant à Alfred Gaigneron Jollimon de Marolles (1801-1873). Ce dernier, marié à Elisa Lawton, acquiert le domaine en 1841 : il comprend alors 85 journaux de vignes, 23 journaux de prairies, "bonne maison d'habitation", "vastes cuviers et chais", grange et étable évalués à 173 400 f. Il y réalise des transformations, notamment la construction d'un chai dans le prolongement du bâtiment sud. Ce bâtiment est représenté sur un plan de 1856.

Un document daté 1874 donne les dimensions des bâtiments existants, chais, cuvier et maison et corps de logis en face du chai et du cuvier.

A la fin des années 1880, le domaine est acquis par la famille Pereire, déjà propriétaire du château Palmer voisin. C'est peut-être elle qui engage l'agrandissement et la restauration du cuvier : il semble qu'il ait été doublé d'un second vaisseau à l'est ; il est peut-être équipé à cette époque d'un niveau de plancher et les façades sont reprises avec des ouvertures en brique et pierre et des frontons sculptés. Ces transformations ont peut-être été réalisées en 1894, date inscrite dans le sol cimenté du cuvier.

En 1938, le château Desmirail à Margaux est démembré : la moitié des vignes et la marque commerciale Desmirail sont vendues à la Société Civile Pereire. La marque disparait un temps et c´est en 1981 que Lucien Lurton reconstitue le domaine en réutilisant la marque Desmirail. Entre 1982 et 1984, les logements sont transformés en "château" par les architectes bordelais Michel Garros et Jean-Louis Canouët.

La cour est accessible par un portail monumental à colonnes en marbre rose et grille en ferronnerie, datant probablement du 18e siècle, et remployé.

Période(s) Principale : limite 18e siècle 19e siècle
Principale : milieu 19e siècle
Principale : 4e quart 19e siècle
Secondaire : 4e quart 20e siècle
Dates 1984, daté par source
1894, porte la date
Auteur(s) Auteur : Garros Michel,
Michel Garros (1923 - )

Dynastie des Garros : Louis-Michel Garros (1833-1911) installe son agence au 14 rue Lecoq à Bordeaux. Son fils Alexandre (1867-1953) prend sa suite, suivi par son propre fils Louis (1895-1956). Michel, fils de Louis, né en 1923, succède à son père.


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attribution par source
Auteur : Canouët Jean-Louis,
Jean-Louis Canouët (16/06/1926 - 23/10/2006)

Notice documentaire dans la base Agorha : permalien http://www.purl.org/inha/agorha/002/155923.


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architecte, attribution par source

La propriété située dans le bourg, se compose d´anciens logements d'ouvriers transformés en "chartreuse" et des bâtiments de vinification. Ces deux ensembles sont disposés parallèlement formant une cour fermée par un muret en pierre, une grille et un portail soutenu par deux piliers en marbre rose. Un bâtiment situé de l'autre côté de la route abritait probablement des dépendances agricoles (étable ou écurie, grange). Le bâtiment ouest était composé d'une série d'unités d'habitation pour les ouvriers du domaine, comme le montre une photographie avant les travaux menés en 1982-1984. En l'absence de "château", ces logements d'ouvriers ont été transformés à la fin du 20e siècle en "chartreuse". Percée de 10 ouvertures, la façade sur cour, entièrement remaniée, a été dotée d'un avant-corps de trois travées surmonté d'un fronton triangulaire. La façade postérieure conserve des ouvertures anciennes, notamment des baies en arc segmentaire. Le pignon du bâtiment, au nord, présente un solin de mur, un niveau traité en moellons rustiques, un bandeau médian, un niveau enduit avec table décorative, surmonté d'une corniche et d'un niveau d'attique avec tables décoratives en pierre de taille et en brique, fronton triangulaire et amortissements. Les chaînes d'angle alternent brique et pierre. Les bâtiments à l'est de la cour se composent du cuvier avec les chais dans le prolongement ; l'ancienne tonnellerie a été convertie en salle de dégustation.

Le pignon nord témoigne de l'organisation en deux niveaux du cuvier, de type médocain. Le niveau inférieur qui abrite les cuves est traité par un solin de mur et un appareillage de moellons rustiques. Le niveau supérieur est percé d'ouvertures aux encadrements brique et pierre, notamment deux larges baies qui permettaient de charger la vendange directement par le haut des cuves. Chacune de ces baies forme pignon en pierre de taille, avec tables décoratives et bas-reliefs sculptés de motifs de vigne et de raisin. Un garde-corps d'attique couronne la façade, portant au centre une table avec l´inscription : CHATEAU DESMIRAIL. Le vaisseau oriental, plus étroit, est probablement venu se greffer à un vaisseau préexistant.

La façade sur cour du cuvier s´élève sur deux niveaux et s´articule en sept travées. Les baies du rez-de-chaussée sont rectangulaires, celles de l´étage en plein-cintre, avec un encadrement en pierre de taille orné d´une agrafe en ressaut. La troisième et la cinquième travée sont traitées en avant-corps formant pignon, soulignées par des chaînes d'angle alternant brique et pierre de taille. Au-dessus de la corniche, les frontons triangulaires sont percés d'oculus encadré également de brique et de pierre. Les portes sont en arc surbaissé, surmontées de fenêtres en plein-cintre, l'ensemble étant inscrit dans un arc plein-cintre dont les claveaux sont en bossage.

A l'intérieur, le niveau de plancher, aménagé au-dessus des cuves en bois et soutenu par les colonnes en fonte, est conservé ; le bâtiment est doté d'une charpente en bois à entrait retroussé, avec jambettes reposant sur des consoles en pierre et aisseliers.

Le chai en rez-de-chaussée, dans le prolongement et formant un décrochement dans l'alignement des façades, est ouvert de 20 petites baies rectangulaires et de deux portes. La façade sud du bâtiment est composée des pignons de deux bâtiments, qui témoignent de leur agrandissement. La différence de traitement des maçonneries montre deux campagnes de construction.

Murs calcaire moellon
pierre de taille
Toit tuile creuse
Étages en rez-de-chaussée, étage de comble
Élévations extérieures élévation à travées
Couvertures toit à longs pans
croupe
Typologies cuvier médocain
Techniques sculpture
Représentations vigne
Précision représentations

Le fronton est sculpté de pampres de vignes et d'un médaillon portant les initiales D et L.

Estuaire

TRAVEE 9
FORBAIE arc segmentaire ; baie cintrée ; oculus ; agrafe ; pilastres ; chambranle mouluré
POSRUE perpendiculaire
POSPARC sur rue
ORIENT est
CLOT mur de clôture maçonné ; grille ; portail ; piliers de portail
Statut de la propriété propriété privée

Annexes

  • Complément documentaire
    GUILLON, Édouard. Les châteaux historiques et vinicoles de la Gironde, avec la description des communes, la nature de leurs vins, la désignation des principaux crux. Tome 3, Bordeaux, 1868 :

    "Port Au Vin, que l´on trouve appelé dans un ancien titre Port-Aubin, était une maison noble, située dans la palus, et qui appartenait, au XVIIIe siècle, à messire Daniel Goudal, bourgeois de Bordeaux. Il ne reste plus rien de l´ancienne habitation, mais à côté s´élève une maison moderne qui a appartenu à M. Lawton et dont M. de Marolles est propriétaire. Elle porte aussi le nom de Port-au-Vin, et autour, se développe le vignoble le plus considérable de la commune ; il s´y récolte de 120 à 150 tonneaux, vins de palus".

    Documents relatifs à la restauration de Desmirail. [Archives municipales Bordeaux, 208 S [fonds Garros] : rec. 203].

    La restauration de l'aile de logements est réalisée entre 1982 et 1984 d'après le projet des architectes Michel Garros et Jean-Louis Canouët par l'entrepreneur Jean Lassalle (Bordeaux-Caudéran). En 1984, les boiseries du salon sont fabriquées et posées.

Références documentaires

Documents d'archives
  • Estimation du domaine de Port-Aubin, 1841-1874.

    Archives municipales, Bordeaux : Fonds Lawton, 211 S 282
Documents figurés
  • Archives départementales de la Gironde, 3 P 091 : Plan cadastral, 1826.

  • Photographies. Polaroïds, par Garros Michel (architecte) ; Canouët Jean-Louis (architecte), 1982-1984.

    Archives municipales, Bordeaux : 208 S [fonds Garros] : rec. 203
Bibliographie
  • BAUREIN, Abbé, MERAN, Georges. Variétés bordeloises ou essai historique et critique sur la topographie ancienne et moderne du diocèse de Bordeaux. Bordeaux : Féret et fils, 1876, t. 1, 2e éd.

    p. 362-366
  • GUILLON Edouard. Les châteaux historiques et vinicoles de la Gironde. Bordeaux : Coderc, Dégréteau et Poujol, 1866-1869, tomes 1 à 4.

Périodiques
  • DEGAS, LURTON, Henri, SEYNAT, Jean-Pierre. Cantenac. Les Cahiers Médulliens, 1997, décembre, n°28.

    p. 20 à 36
(c) Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel ; (c) Conseil départemental de la Gironde - Bordes Caroline