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Château d'Issan

Dossier IA33003086 réalisé en 2010

Fiche

  • Château vu depuis la cour au sud-ouest.
    Château vu depuis la cour au sud-ouest.
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  • Parties constituantes

    • écurie
    • ouvrage d'entrée
    • logement
    • portail
    • mur de clôture
    • pont
    • hangar agricole
    • allée
    • jardin
    • pigeonnier
    • chapelle seigneuriale
    • pavillon de jardin
    • hangar agricole
    • puits

Œuvres contenues

Précision dénomination château viticole
Appellations château d'Issan
Parties constituantes non étudiées écurie, ouvrage d'entrée, logement, portail, mur de clôture, pont, hangar agricole, allée, jardin, pigeonnier, chapelle seigneuriale, pavillon de jardin, hangar agricole, puits
Dénominations château
Aire d'étude et canton Estuaire de la Gironde (rive gauche) - Castelnau-de-Médoc
Adresse Commune : Cantenac
Lieu-dit : Château d'Issan
Cadastre : 1826 A2 229 à 261 ; 1978 A2 273 à 294

Les origines de la seigneurie d’Issan restent floues : l’abbé Baurein tente à la fin du 18e siècle de les restituer. Selon lui, la seigneurie d’Issan est issue du démantèlement de la châtellenie de Blanquefort à la fin du 16e ou au début du 17e siècle par Jacques Durfort de Duras. Il énumère les seigneuries qui en relevaient, notamment la maison noble de Cantenac, qui est érigée en « forteresse » par son seigneur avec l’autorisation du roi d’Angleterre, Édouard Ier, en 1283-1284. Au 15e siècle, on trouve la mention de la Mothe de Cantenac, puis au 16e siècle du château de Cantenac. La seigneurie de Théobon, dont le « château » est mentionné dans un titre du 30 novembre 1561, est associée en 1609 avec les maisons nobles de la Bastide et de la Ville (à Labarde). Toujours selon Baurein, « ces seigneuries ne tardèrent pas à passer au pouvoir de M. d’Essenault, qui épousa Marguerite de Lalanne et qui ayant fait construire le château d’Issan en Cantenac, fit disparaître celui de Théobon, qui fût sans doute démoli ».

De ce témoignage, il faut retenir le rôle de Pierre d'Essenault, mais bien distinguer et dissocier l'histoire d'Issan de celle de Théobon (le château mentionné par Baurein est sans doute celui de Théobon en Lot-et-Garonne).

La famille d'Essenault est originaire du Périgord : dans la première moitié du 16e siècle, Pierre Ier d'Essenault est lieutenant général au présidial de Limoges et avocat au parlement de Bordeaux. De son mariage avec Françoise Benoist naît Jean, qui obtient la charge de conseiller au parlement de Bordeaux et fait un beau mariage en épousant le 20 août 1578 Marie de Nesmond, fille du président au parlement François de Nesmond. Pour affermir son assise sociale à Bordeaux, il ne manque à Jean d’Essenault qu’à détenir des seigneuries importantes dans les environs. Profitant des besoins récurrents en liquidités de Jacques de Durfort, baron de Duras, il acquiert de lui la seigneurie de Landerouhat en Bazadais en 1596 et, le 31 septembre 1604, la moitié de la baronnie d’Issan pour la somme considérable de 90 000 livres. La transaction a été faite, en réalité, à Jean d’Essenault et à son beau-frère, Jean de Thibault, chacun pour une moitié de la baronnie d’Issan. Après la mort de Jean survenue en 1605, son fils aîné Pierre II hérite de sa charge de conseiller au parlement et de la moitié de la seigneurie d’Issan. Dans un premier temps, il semble se désintéresser de la terre d’Issan et s’en dessaisit presque aussitôt en la vendant à sa mère, sans doute afin de disposer de liquidités. Ainsi, en 1606, et jusqu’en 1610, c’est Marie de Nesmond qui est détentrice de la moitié de la seigneurie d’Issan. La situation change radicalement à partir du 4 février 1610 : Pierre II d’Essenault contracte un excellent mariage avec Marguerite de Lalanne, fille de Lancelot de Lalanne, chevalier, conseiller du roi en son conseil d’État et président au parlement de Bordeaux, et de Finette de Pontac. A cette occasion, Marie de Nesmond donne à son fils et à son épouse la moitié de la seigneurie d’Issan, dont la juridiction s’étend sur les paroisses de La Barde, Cantenac et Margaux, et tout ce qu’elle peut posséder sur la baronnie de Gageac (auj. Gageac-et-Rouillac, Dordogne), ainsi qu’une maison meublée sise rue du Parlement à Bordeaux – mitoyenne d’une autre maison lui appartenant et mise en location, et derrière laquelle se trouve une autre petite maison, dite Demons, lui appartenant également. Le 3 juin 1610, Pierre II achète à Jean de Thibault, son oncle, l'autre moitié de la baronnie d'Issan.

En 1611, il engage des travaux pour rebâtir l'hôtel de la rue du Parlement à Bordeaux, faisant appel à deux maîtres-maçons, Roc Jouhet et Pierre Roche. Quant au château d'Issan, il est sans doute construit entre 1621 et 1626. Un inventaire y est dressé le 4 janvier 1627, après la mort de Pierre II en décembre 1626. Les travaux ont pu être réalisés par le maître-maçon Gilles Favereau qui intervient peu avant pour le chantier voisin au château Lamothe-Margaux. Le savant plan d'ensemble du domaine, les références à de grands édifices parisiens ou à des traités d'architecture, les comparaisons avec des constructions bordelaises, tendraient à attribuer la conception et la construction du château à l'architecte Henri Roche. Par ailleurs, le château d'Issan prend en partie modèle sur le prestigieux château de Cadillac construit pour le duc d'Epernon.

Le domaine et le château d'Issan sont donc des constructions du début du 17e siècle, homogènes, et aucun vestige antérieur (motte castrale, château-fort ruiné, logis seigneurial ou bâtiment agricole) n'a pu être mis en évidence (ni in situ, ni dans les archives). Si des bâtiments existaient avant les travaux, Pierre II d’Essenault, Marguerite de Lalanne et leur architecte ont préféré faire place nette pour créer a novo.

Après le décès de Pierre II, son épouse, Marguerite de Lalanne, parachève la constitution du domaine. A partir de 1630, elle conclut de nombreux achats de terres ; elle fait construire un vaste mur d'enclos dont la construction est manifestement bien avancée à la fin de l’année 1644. La dame de Lalanne a alors déjà engagé la somme de 6 000 l.t. pour enceindre son bien de muraille mais les travaux sont interrompus par une querelle avec le curé de Cantenac. Le conflit semble être résolu en avril 1645 et le mur achevé à cette date. Elle meurt sans doute en 1652.

Leur fils aîné François Sarran d’Essenault, marié à Jacquette de Lauretan, poursuit la politique d’achats de ses parents, tout en percevant les revenus liés à la baronnie d’Issan. En 1703, François Sarran II, fils du précédent, acquiert d’Henri François de Foix de Candale, duc et pair de France, la terre et baronnie de Castelnau pour la belle somme de 110 000 livres. Il devient ainsi marquis de Castelnau, baron d’Issan et Labarde en Médoc, de Gageac en Périgord et autres lieux. Marié à Pétronille de Largeteau, il décède sans doute en 1714. Sa mort sans descendance et la difficile succession qui en découle entraînent la partition du domaine. Il lègue à son épouse Pétronille de Largeteau un tiers de la terre et baronnie d’Issan, tandis que les deux autres tiers reviennent à sa sœur Marie d’Essenault, mariée depuis 1674 à Joseph Henri de Foix Candale. En 1719, Léon de Foix Candale revendique, en tant que donataire de sa mère Marie d’Essenault, les deux tiers de la baronnie. Pétronille de Largeteau, veuve et sans descendance, rédige son testament le 14 septembre 1722 et transmet le tiers d’Issan à Léonard III d’Essenault, issu de la branche collatérale des barons de Cadillac. Le 20 juin 1723, un inventaire des titres, papiers, meubles et meublants du château, est réalisé à la demande de Magdelaine d’Alesmes, mère et tutrice de Léonard III d’Essenault, désigné héritier universel de Pétronille. Ces démarches aboutissent à la réalisation d'un plan en 1728 pour un partage effectif des bâtiments et du domaine, entériné par un acte du 28 mars 1729. Cent ans après sa construction, l’édifice est dans son état quasiment d’origine, avec notamment "le grand degré", la "chambre haute qui est dans le pavillon qui est sur le grand degré", la "galerie qui a vue sur le grand parterre et sur le bois".

Léonard III d’Essenault décède sans descendance directe ; le tiers du château d’Issan est alors dévolu à Pétronille d’Essenault de Saint-Romain, mariée à Joseph de Castelnau, conseiller au parlement de Bordeaux. Dès lors, le domaine est divisé entre deux lignages : les Castelnau d’Essenault et les Foix Candale. Les tractations se poursuivent au cours du 18e siècle pour administrer cette co-seigneurie et organiser la cohabitation. Depuis le partage de 1729, le château a subi quelques aménagements afin de rendre indépendante chacune des deux parties et de créer des pièces supplémentaires, l’opération la plus notable étant le recoupement de la galerie par une cloison. Mais c’est l’aile ouest qui paraît avoir subi le plus de modifications.

À la Révolution, Léonard Antoine de Castelnau d’Essenault et François Henri de Foix Candale émigrent et voient leurs biens séquestrés. Les deux familles parviennent à récupérer leurs biens à l’issue de ces années troublées. Toutefois, les successions qui interviennent n’améliorent pas leur situation financière. Léonard Antoine de Castelnau d’Essenault meurt à Paris le 4 août 1821, tandis que François Henry de Foix Candale décède le 6 février 1822 en son château de Candalle à Doazit. L’un et l’autre ayant contracté de nombreuses dettes, leurs héritiers se voient contraints de vendre une partie de leurs biens.

Quelques années après la Révolution, le domaine d’Issan est réuni en deux temps par Jean-Baptiste Joseph Marie Justin Duluc (1788-1863). Le 24 juin 1824, il achète tout d’abord la part des sœurs de Foix Candale, soit un peu plus de 45 ha dont 22 ha de vignes pour la somme de 113 000 francs. Alors que l’autre partie du château demeure entre les mains de la famille Castelnau d’Essenault, Justin Duluc engage sans attendre des travaux confiés aux architectes Hyacinthe Laclotte (1766-1828) et Raymond Rieutord. Il s’agit de construire un bâtiment de service dans la cour sud et d’aménager une clôture avec claire-voie et portails d’entrée. Ces projets sont sans doute ajournés, tandis que l’année suivante Justin Duluc complète son acquisition avec celle des biens des Castelnau d’Essenault (74 ha 59 a et 69 ca), lors d’une vente judiciaire le 2 juillet 1825, pour la somme de 260 000 francs. En 1835, le « château de Candalle appartenant à Mr Duluc » figure dans l’Album vignicole publié par Gustave de Galard, faisant ainsi partie des plus belles propriétés du Médoc. Des modifications sont apportées au château, notamment sur la façade sud où la porte d'accès est remaniée ; de cette époque date peut-être également l'arasement du pavillon à l'impériale qui coiffait la cage d'escalier. Entre 1826 et 1851, l’aile ouest du château a manifestement été amputée et reconstruite. Cette partie est-elle en mauvais état au point de devoir être remaniée ? Y a-t-il eu un incendie ? Ce qui est certain, c’est que cette reconstruction est réalisée dans le respect de l’architecture d’origine avec la volonté de conserver une unité stylistique. Justin Duluc remanie aussi très certainement le châtelet d’entrée : en 1851, "l’impériale" mentionnée dans le partage du début du 18e siècle a été remplacée par "une terrasse entourée d’un parapet en pierres qui en forme le couronnement". Enfin, on lui doit probablement le déplacement du portail monumental initialement situé au nord, en bordure du chemin menant au port, qui se trouve aujourd'hui à l'ouest, isolé dans les vignes.

Dès 1847, Justin Duluc, confronté à des difficultés financières, cherche à vendre la propriété. En 1851, il est contraint à la vente judiciaire : le château est saisi en juin-juillet 1850 et acheté par le négociant Charles Gaston Joachim Blanchy. Le domaine compte alors 96 hectares dont 40 hectares de vigne. Charles Blanchy, qui meurt le 28 mai 1853, n’en profite que peu de temps et n’assiste pas à la consécration d’Issan comme troisième cru dans le classement des vins de 1855. Ses héritiers font dresser un Atlas du domaine en 1856, puis se partagent ses biens lors d’une vente par licitation, le 26 mars 1859.

Quelques années plus tard, en 1866, le domaine est vendu à Gustave Emmanuel Roy (1823-1912). Négociant parisien, il est à la tête de l’entreprise familiale « Gustave Roy et Cie ». C’est avec ses beaux-frères, Casimir et Georges Berger, qu’il prospecte dans le Médoc à la recherche d’une propriété viticole dans laquelle investir. Il a l’occasion de visiter Issan et en fait l’acquisition pour la somme de 490 000 francs. Casimir Berger achète quant à lui la propriété de Brane-Cantenac. En quelques années, Gustave Emmanuel Roy modernise Issan, le transformant en un domaine modèle. Il engage des travaux dans le château pour pouvoir y habiter. Il fait surtout intervenir l'architecte Ernest Minvielle pour construire de nouveaux bâtiments viticoles. La production de vin est alors florissante et le domaine se compose de 96 ha dont 42 en vignes.

Dans un contexte d’effondrement des revenus des domaines viticoles, Gustave Roy crée en 1906 la Société viticole du château d’Issan, à laquelle il associe son fils Ferdinand. Il décède le 20 décembre 1912. En 1920, le domaine est acquis par la Société Anonyme Immobilière des Grands Crus Classés de France, puis le 1er avril 1925, la Société civile agricole du Château d’Issan est constituée par Émile Grange, ingénieur agronome, et sa fille Anne Marie. En juillet 1945, la famille Grange cède le domaine à Emmanuel Cruse dont les héritiers sont encore propriétaires de nos jours.

Le château d'Issan a fait l'objet d'une étude monographique publiée en 2019 (voir bibliographie), dont les éléments ci-dessus sont issus. L'histoire et l'analyse du château y sont développées. Le château d'Issan est un parfait exemple d'une "maison aux champs" commandant un domaine viticole, bâtie au début du 17e siècle pour un conseiller au parlement de Bordeaux.

Période(s) Principale : 1er quart 17e siècle
Secondaire : 2e quart 17e siècle
Secondaire : 1ère moitié 19e siècle
Dates 1644, daté par source
Auteur(s) Auteur : Laclotte Hyacinthe, architecte, attribution par source
Auteur : Rieutord Raymond, architecte, attribution par source
Auteur : Favereau Gilles ou Gilbert, maître maçon, (?), attribution par travaux historiques
Auteur : Roche Henri, architecte, (?), attribution par travaux historiques

Le château est situé au nord du bourg de Cantenac et à l’est du hameau d’Issan sur les bords de l’estuaire de la Gironde. Le domaine est encore délimité en partie par un mur de clôture. A l'est se trouvent le port d'Issan et un moulin à vent, à l’angle nord-ouest un pavillon de jardin, et à l'ouest et au sud deux portails monumentaux. L’ensemble est régi selon des axes nord/sud et est/ouest matérialisés par des allées qui convergent vers la plate-forme entourée de douves sur laquelle est construit le château. L’allée sud, longue de 800 m et bordée d'arbres, marque également la séparation entre les terrains de grave plantés en vigne à l’ouest et les prés, palus, terres basses rejoignant l’estuaire à l’est.

Les portails

-le portail de la Ménagerie est formé d’un haut mur rectangulaire couronné d’une corniche moulurée dans lequel est percée une grande porte cochère en plein-cintre. Des pilastres ornés de tables rectangulaires en pointe de diamant encadrent la porte. Ils soutiennent un fronton cintré brisé, interrompu par un édicule central à table en pointe de diamant, à ailerons à volutes et fronton. De part et d'autre du fronton, deux volutes sont placées en amortissement.

-le portail ouest (portail nord déplacé) est isolé dans les vignes. Il est également formé d'un haut mur rectangulaire couronné d’une corniche moulurée dans lequel est percée une grande porte cochère en plein-cintre encadrée de pilastres avec tables en pointe de diamant et surmontée d'un fronton triangulaire brisé, inscrit cette fois dans le mur. Celui-ci est couronné d'une corniche moulurée continue qui porte plusieurs motifs en amortissement : de petites volutes sur les côtés et trois petits édicules à ailerons et frontons qui évoquent des merlons, dont celui du milieu, plus grand que les deux autres, présente des armoiries sculptées.

Le pavillon de jardin

Situé à l’extrémité nord-ouest et compris dans le mur de clôture, il est construit en pierre de taille et réduit aujourd'hui à l’état de vestiges (arasé à mi-hauteur et très dégradé). Il possède encore la partie basse de deux grandes fenêtres, qui ouvraient ses faces nord et est. Celles-ci présentent un chambranle lisse et un appui saillant, sous lequel prennent place deux consoles pendantes et une table, rectangulaire et lisse, meublant la surface de l’allège entre les deux consoles. De petites meurtrières pour armes à feu légères, percées de chaque côté des fenêtres et en flanquement des murs de clôture, indiquent la fonction également défensive de cet abri d’agrément. Le pavillon était couvert à l'origine d'un toit à l'impériale. Il faisait partie du vaste parc qui entourait le château.

Les dépendances

-La Ménagerie.

-Les écuries : construites au sud-ouest du château, les écuries sont composées de 9 travées et d'un niveau de comble servant probablement de fenil. La travée centrale est percée d´une vaste porte en plein-cintre. le bâtiment est construit en moellons avec les encadrements des baies, les chaînes d´angles en pierre de taille. Le toit à longs pans et croupes est couvert de tuiles creuses. Le hangar, à proximité, est un bâtiment ouvert sur son élévation, deux colonnes massives soutenant la charpente.

-Les bâtiments de vinification.

La plate-forme, ses accès et ses dépendances

-La plate-forme (un terre-plein fossoyé de forme trapézoïdale) et les dépendances qu’elle porte présentent une parfaite homogénéité. Leurs murs de soutènement sont construits selon une mise en œuvre identique sur tout le pourtour : talutés, ils sont réalisés en petit appareil de pierre de taille chaîné à intervalles plus ou moins réguliers par des jambes en plus grosses pierres, un gros cordon torique continu régnant sur l’ensemble. La plate-forme est entourée par de grandes douves en eau. Les avenues nord et sud se poursuivent jusqu’à la plate-forme par deux ponts en pierre franchissant les douves.

-Le châtelet d'entrée : il s’agit d’un pavillon de plan rectangulaire bâti en pierre de taille, comprenant un étage carré et flanqué par deux tours circulaires sur l’extérieur. Il est traversé par un passage voûté au rez-de-chaussée, ouvert par deux grandes arcades, côté cour et côté extérieur ; il était doté autrefois d’un pont-levis et d’ouvertures de tir pour armes à feu légères, qui protégeaient l’arrivée et l’accès à la porte. Celles-ci ne se voient plus à l’extérieur (elles ont été murées), mais leurs embrasures sont en place à l’intérieur des tours, dirigées vers le pont. Aujourd’hui couvert d’un toit en pavillon à faible pente protégé par des tuiles creuses, le bâtiment était, à la fin du 19e siècle et au début du suivant, couvert d'un toit-terrasse bordé par un garde-corps crénelé ; la couverture d'origine était probablement à l'impériale.

-Les dépendances : elle encadrent le châtelet d'entrée et sont disposées selon un plan en L dans l'angle sud-est de la plate-forme. De petits orifices de tir circulaires pour armes à feu légères (petites arquebuses ou pistolets), aujourd’hui fermés, sont percés à intervalle régulier dans leurs murs extérieurs (murs gouttereaux et pignons), au-dessous de petites fenêtres rectangulaires (elles aussi actuellement murées), servant à la ventilation des fumées et au tir au jugé. Les tourelles aux angles, à toit conique, sont ouvertes de petites lucarnes à ailerons qui rappellent les grands portails du domaine. La tourelle à l’angle sud-est (du côté droit de l’entrée) abrite pièce de défense au rez-de-chaussée, percée d’orifices de tir circulaires à embrasure intérieure, et pigeonnier au-dessus, dont les trous de boulin sont conservés – les lucarnes servant de fenêtres d’envol des pigeons.

Côté sud, une grande porte charretière, aujourd’hui murée, donnait autrefois directement accès à la dépendance à droite du pavillon d’entrée depuis les terres agricoles, tandis que, côté cour, d’anciennes baies de décharge, également maintenant murées, permettaient de réceptionner la vendange : il s’agit donc d’un ancien cuvier de grandes dimensions, peut-être l’un des plus anciens conservés en Médoc. Les bâtiments vinicoles étaient donc situés au plus près du château, ils ont été remaniés à la suite du partage du domaine en 1729. À côté du cuvier se trouvaient l’écurie et la boulangerie. Les dépendances accueillaient, à droite et à gauche du pavillon d’entrée, des habitations. C’est du moins ce que suggère la présence de portes en plein-cintre, côté cour, d’oculi ovales et de petites fenêtres rectangulaires, côté cour et côté extérieur. Un autre remaniement doit être signalé : les deux habitations situées de chaque côté du pavillon d’entrée ont été largement reprises avant 1728. Les travaux ont principalement consisté dans le couvrement des pièces principales, qui ont reçu des voûtes en arc de cloître rectangulaires fractionnées à lunettes sur chaque pan : les lunettes nord et sud correspondent à des fenêtres hautes barlongues, aujourd’hui murées, à plate-bande en arc segmentaire, celles de l’est ou de l’ouest à des portes intérieures créées à ce moment. L’installation de ces voûtes a occulté les fenêtres d’origine, oculi et jours verticaux.

Au nord de la plate-forme, deux tourelles basses étaient coiffées de toits à l'impériale jusqu'au début du 20e siècle ; elles sont aujourd’hui découvertes et en mauvais état. Elles sont ouvertes par des fenêtres, qui ont reçu un décor très soigné : elles sont couronnées d'un fronton triangulaire brisé à volutes rentrantes que surmonte une sphère.

Le château

Le château, de plan rectangulaire, 28 m sur 22,5 m, s’élève, isolé, au centre de la plate-forme. Il est composé de deux corps de logis disposés en équerre au nord et à l’est, reliés entre eux par le pavillon de l’escalier principal. Un troisième corps, plus étroit en profondeur, forme l'aile gauche (il a été raccourci et remanié ; il était à l'origine aussi long que le corps oriental). Bâti en moellon enduit pour les murs et en pierre de taille pour les parties vives (chaînes d’angle, fenêtres et portes, bandeaux…), les corps de logis présentent un étage carré coiffé d’un toit à faible pente couvert de tuiles creuses masqué par un surcroît des murs. L’ensemble est cantonné de pavillons aux angles, dotés d’un niveau supplémentaire éclairé par des lucarnes passantes et coiffés d’un toit en pavillon couvert d’ardoises. Les pavillons nord-est et sud-est sont flanqués d’une tourelle sur cul-de-lampe, qui abrite un petit escalier en vis desservant la pièce du comble. À droite de l’entrée sud, un petit pavillon supplémentaire est placé dans l’angle rentrant que forment le pavillon au coin et l’extrémité de l'aile est (l'aile ouest présentait la même configuration avant sa transformation). Le pavillon d’escalier est couvert par un toit à faible pente en tuile avec balustrade, remplaçant le toit à l'impériale d'origine.

La façade principale du château était la façade nord. Le pavillon d’escalier y forme un avant-corps très saillant (1,60 m) ; la porte, au centre, est la plus décorée du château. De part et d’autre du pavillon d’escalier, les ouvertures sont organisées de façon symétrique ; les surcroîts qui masquent les toits sont couronnés par de grands frontons triangulaires agrémentés d’édicules et de sphères. Enfin, les deux pavillons d’angle, plus hauts et plus saillants que l’avant-corps et les corps de logis qu’ils flanquent, encadrent la composition. Le pavillon nord-est abrite la chapelle du château accessible par une porte ornée d'une croix. Les fenêtres, à l'origine des croisées à traverse et meneau, sont couronnées de frontons tantôt cintrés, tantôt triangulaires, et traitées avec une allège à table lisse et consoles pendantes ; on retrouve ce motif au-dessus du fronton triangulaire de la grande fenêtre du premier étage, ce qui indique que le pavillon d'escalier comprenait deux lucarnes passantes (au nord et au sud) ouvertes dans un toit à l'impériale, aujourd'hui disparu.

Côté sud, les corps de logis forment une cour en U, autrefois fermée par un mur de clôture. Les façades étaient traitées de manière plus sobre, puisqu'il ne s'agissait pas de l'entrée principale du château. Des aménagements apportés au 19e siècle en ont modifié l'aspect : la porte d'entrée a ainsi été remaniée (comprise dans une grande arcade) et l'aile ouest avec le pavillon sud-ouest a été reconstruite. Rappelons que le pavillon d'escalier était couronné d'une chambre haute et couvert d'un toit à l'impériale. La tourelle en encorbellement greffée à l'angle des corps de logis nord et est en permettait l'accès.

Les façades est et ouest étaient traitées de manière identique ; elles diffèrent aujourd'hui. La façade est était ainsi surmontée d'un surcroît ; l'aile ouest a été particulièrement modifiée, raccourcie et dégagée de la tourelle d'angle qui permettait d'accéder au niveau de comble du pavillon nord-ouest. Les fenêtres en plein-cintre du premier étage sont également des ouvertures réalisées au 19e siècle, les percements du rez-de-chaussée ont aussi été remaniés. Le pavillon sud-ouest, s'il reprend le même dessin pour les fenêtres, est construit en pierre de taille très régulière présentant des joints très fins, autant d'indices d'une construction plus récente.

La distribution intérieure

L'entrée principale du château se trouve aujourd'hui au sud : on pénètre dans la cage d'un escalier à deux volées droites suspendues tournant à gauche autour d’un grand jour central. Il remplace un escalier rampe-sur-rampe en pierre auquel on accédait par la porte nord. L'escalier actuel est composé de marches et d'un limon en bois dotés d’un garde-corps en fer à entrelacs et col de cygne, d'une main-courante en bois et d'un départ de rampe à balustre en cuivre doré. Ce ne sont pas les seules modifications apportées à l'organisation du château. De la distribution d'origine sont conservées essentiellement la grande salle et l'antichambre du premier étage avec leurs cheminées monumentales sculptées. La chapelle du château est au rez-de-chaussée du pavillon d’angle nord-est. On y accède uniquement par l'extérieur. L'aile ouest s'organisait avec une galerie à l'étage, donnant sur les jardins.

Murs calcaire pierre de taille
moellon enduit
Toit ardoise, tuile creuse
Étages 1 étage carré, étage de comble
Élévations extérieures élévation à travées
Couvertures toit à longs pans
toit en pavillon
toit conique
Escaliers escalier intérieur : escalier tournant à retours avec jour, en charpente
Techniques sculpture
peinture
Représentations guirlande, fronton, colonne, ordre corinthien, pilastre, pot, fleur, rinceau, volute, denticule, armoiries, scène mythologique, monogramme, tête d'ange, lion, dauphin, feuillage, croix, Vierge à l'Enfant, scène chrétienne, Dieu le Père, colombe, Christ
Précision représentations

Le château conserve des éléments sculptés et peints du 17e siècle, notamment :

Armoiries sculptées (bûchées et indéchiffrables) du portail ouest : sur l'avers, on distingue un casque ; sur le revers oriental, plus net, se trouve un cimier à lambrequins qui surmonte un écu, se détachant sur un cuir découpé. Il s'agirait des armoiries de la famille d'Essenault : D’or au cœur de gueules, à la bordure de même chargée de huit besans d’or (D'Hozier, 1696).

Deux cheminées monumentales : celle de la grande salle était décorée en son centre d’une toile peinte, le manteau de la chambre est sculpté d’un bas-relief représentant les deux Justices, telles que les concevait la mythologie grecque. À droite, la Justice divine, Thémis, première épouse de Jupiter incarné par l’aigle sommital, figurée ailée sous un soleil rayonnant au-dessus d’une sphère armillaire soutenue par un génie. À gauche, accompagnée d’un second génie portant une balance et une couronne, se tient sa fille Diké, visage de la Justice humaine. On note également la présence des initiales entrelacées MD qui ne correspondent pas à Marguerite de Lalanne et Pierre d'Essenault ; il s'agirait d'une modification apportée au 19e siècle, dans le cadre d'une restauration des cheminées. Têtes d'ange, dauphins, lions, guirlandes de fruits, incrustations de pierres dures complètent le riche décor.

Porte nord du château : une travée d’ordre corinthien, constituée de colonnes libres monolithes sur piédestaux et d’un entablement (animé des mêmes modillons qu’aux façades mais ici réduits à l’échelle de la corniche), encadre la porte et soutient, au-dessus, un édicule d’ordre attique couronné par un fronton cintré entre deux motifs en acrotère (aujourd’hui les vases de fleurs), placés à l’aplomb des colonnes. Les piédestaux ont perdu leur base moulurée, sans doute au moment de la surélévation du sol extérieur. La frise de l’entablement était peut-être meublée de deux têtes de chérubins, placées de part et d’autre de la table centrale, comme au linteau de la cheminée de la chambre. La table centrale, qui porte l'inscription REGUM MENSIS ARISQUE DEORUM (probable ajout du 19e siècle), accueillait sans doute un marbre rapporté à cet endroit. Les vases de fleurs sculptés remplacent certainement un autre motif en acrotère (une sphère sur un piédouche ?), motif qui était peut-être répété au-dessus du fronton cintré de l’édicule. Le champ aujourd’hui vide de l’édicule sommital comportait un décor sculpté qui a été bûché, probablement les armoiries des propriétaires. Il faut souligner la qualité d'exécution des feuilles d'acanthe des deux chapiteaux et du tympan du fronton.

Porte de la chapelle : un édicule la surmonte, couvert d’un fronton cintré brisé par une croix ; il est creusé d’une niche en plein-cintre, encadrée de pilastres et meublée d’une statuette de Vierge à l’enfant, en pierre blanche de Taillebourg. La clé médiane, saillante, s’étire en pointe dans le cul-de-four de la niche.

Décor peint de la chapelle : la voûte est peinte d’une Trinité accueillant la Vierge dans les cieux : Dieu le père tenant le monde crucifère et le sceptre et le Christ portant sa croix sur une nuée au centre de laquelle se détache la colombe du Saint-Esprit.

Les cheminées présentent des analogies avec celles du château de Cadillac.

Statut de la propriété propriété privée
Intérêt de l'œuvre à signaler
Éléments remarquables cheminée
Protections inscrit MH partiellement, 1933/05/17
inscrit MH, 1970
Précisions sur la protection

En 1933, la « décoration de la porte d’entrée du Château d’Issan (…) ainsi que la cheminée de la Chambre d’honneur et celle de l’ancienne salle des gardes » sont inscrites à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques ; en 1970, l’inscription est étendue au château, à ses façades et à ses toitures.

Annexes

  • Compléments bibliographiques

    BAUREIN, Abbé, MERAN, Georges. Variétés bordeloises ou essai historique et critique sur la topographie ancienne et moderne du diocèse de Bordeaux. Bordeaux : Féret et fils, 1876, t. 1, 2e éd.

    "Les Seigneurs Haut-Justiciers de Cantenac sont M. de Foix de Candale et M. de Castelnau, comme propriétaires par portions de la Seigneurie et du château d´Issan, qui appartenait au siècle dernier à M. Pierre d´Essenault, Conseiller au Parlement de Bordeaux. Cette haute Justice qui s´étend sur la paroisse de Labarde, et qui s´étendait autrefois sur celle de Margaux, est un démembrement de la haute Justice de la Châtellenie de Blanquefort ; aussi les Seigneurs d´Issan la tiennent-ils à foi et hommage, ainsi que leur Seigneurie directe, des Seigneurs de Blanquefort.

    Il est fait mention dans rôles Gascons, des années 1283 et 1284 (t. I, p. 16), d´une permission donnée par Édouard Ier, roi d´Angleterre, à un nommé Gombaud, Marchand, de clôturer son manoir de Cantenac, et d´y construire une forteresse".

    RIBADIEU, Henry. Les châteaux de Gironde, mœurs féodales, détails bibliographiques et traditions. Monein : PyréMonde, 1856.

    "Ceux qui admirent de nos jours la belle demeure de M. Blanchy, avec ses neuf pavillons et ses clochers en pyramides, ne savent peut-être point qu´à la place ou à côté de ce noble logis, s´élevèrent jadis d´autres pavillons et d´autres tours, à l´ombre desquels vécurent les preux du Moyen Âge et les gentilshommes poudrés des derniers siècles.

    Issan a succédé à deux ou trois constructions féodales qui ont porté des noms divers. Là, sont ensevelis les fondements de Lamothe-Cantenac et du château Théobon (...).

    "Cette seigneurie, dit l´abbé Baurein, après avoir fait énumération des anciens possesseurs, ne tarda pas à passer au pouvoir de M. D´Essenault, qui épousa Marguerite de Lalanne, et qui, ayant fait construire le château d´Issan, en Cantenac, fit disparaître celui de Théobon, qui fut, sans doute, démoli, et qui est oublié maintenant au point que s´il n´en était question dans les anciens titres, on ignorait qu´il eût jamais existé dans la paroisse de Cantenac un château de ce nom".

    La noble habitation bâtie par Pierre d´Essenault et la seigneurie de Cantenac se trouvaient, en 1784, au pouvoir de MM. Foix-Candale et de Castelnau. M. Justin Duluc, qui possédait encore ce domaine en 1848, en a été l´avant-dernier propriétaire".

    HUGON P. Castelnau-de-Médoc et ses environs, statistiques du canton. Paris, res universis, 1857, réédité en 1992, p. 100 :

    "Dans le XVIIe siècle, M. Pierre d´Essenault, conseiller au parlement de Bordeaux, était seigneur haut Justicier de la paroisse de Cantenac. En 1788, M. Foix de Candale et M. de Castelnau possédaient cette seigneurie, dont le siège était au château d´Issan. Ce domaine a été vendu à M. Duluc jeune, et aujourd´hui il est possédé par M. Blanchy ou ses héritiers".

    DANFLOU, Alfred. Les grands crus bordelais. Bordeaux : Librairie Goudin, 1867, t. 1 et 2.

    "Le plus remarquable, au point de vue historique et architectural, est sans contredit le château d´Issan, dont les sept tours portent chacune des flèches anciennes et dominent majestueusement tout le plateau couvert de vignobles.

    L´entrée de ce manoir viticole est vraiment monumentale ; mais ce qui frappe le plus, ce sont neuf pavillons et clochers en pyramide dont l´effet est grandiose.

    Les anciennes constructions furent démolies, il y a déjà longtemps, et remplacées par l´édifice actuel. D´après la tradition locale, le vieux château était très fortifié et soutint plusieurs sièges pendant le Moyen Âge ; il y avait sur ce même emplacement des restes de féodalité, et il est fait mention de deux manoirs qui portaient les noms de Lamothe-Cantenac et de Théobon. Dans ces châteaux vécurent de puissants seigneurs, qui portaient les noms de Meyrac, Noailhan, Laferrière, Sigon, Boyse ; les preux du quatorzième siècle et les gentilshommes poudrés du règne de Louis XV occupèrent tour à tour Issan, dont les vins sont depuis longtemps recherchés du commerce bordelais.

    D´après l´abbé Baurein, cette seigneurie passa au pouvoir de M. D´Issenault ; peu de temps après son mariage, il fait reconstruire Issan tel que nous le voyons aujourd´hui ; il se servit des matériaux du manoir Théobon, qui fut démoli, et qu´on ne connaît plus que par les anciens titres.

    En 1784, le château et le vignoble étaient possédés par M. Fois de Candale et M. de Castelnau, M. Justin Duluc en était propriétaire en 1848. Il appartient aujourd´hui à MM. Roy et Berger".

    GUILLON, Edouard. Les châteaux historiques et vinicoles de la Gironde, avec la description des communes, la nature de leurs vins, la désignation des principaux crux. Tome 3, Bordeaux, 1868.

    "Cette seigneurie passa au pouvoir de M. d´Essenault, qui fit démolir le vieux castel de la Motte et construire le nouveau château d´Issan.

    Le nouveau château fut construit au nord de la commune, au pied d´une croupe et à l´entrée des palus riveraines ; il forma un vaste rectangle, élevé de plusieurs étages, flanqué de pavillons, couronnés de terrasses et entourés de douves, formant un carré parfait, avec une entrée fortifiée et des tourelles à tous les angles. C´était un des beaux châteaux girondins du XVIIe siècle ; il possédait de belles cheminées comme le château de Cadillac. Sur la porte d´entrée du castel, on incrusta une orgueilleuse devise qui prouvait que ses vins avaient une grande réputation. Le domaine qui l´entourait alors était considérable.

    Quant au vieux château de la Motte, il fut abandonné, puis démoli ; il n´en reste que l´emplacement, qui est complanté en vignes (...).

    Depuis la Révolution, il a appartenu à M. Duluc jeune, qui l´acheta, en 1825, (...) puis à M. Blanchy, en 1851 (...), en 1865, à M. Gustave Roy, riche parisien, que l´on dit plusieurs fois millionnaire (...).

    Le château d´Issan a été remanié et restauré plusieurs fois depuis sa construction ; une partie est restée intacte, mais l´autre a été arrangée à la moderne. Cette dernière est la seule habitée et contient de jolis appartements où l´on arrive par un élégant escalier à double départ. La partie ancienne se compose de deux corps de logis formant deux façades en équerre flanquées de gros pavillons : dans celle du nord s´ouvre la porte principale ornée de colonnettes finement sculptées et surmontée de sa vielle devise vinicole : Regum mensis arisque deorum (...). La chapelle qui était dans un pavillon, n´existe plus, et la salle des gardes qui est très vaste et dans laquelle est conservée une immense cheminée richement sculptée est en mauvais état, ainsi que toute cette partie du château. L´ensemble offre un monument irrégulier, surmonté de pavillons, de terrasses et d´une tourelle formant vigie ; entouré d´un jardin anglais contenant des arbustes au vert feuillage ; le tout renfermé dans de larges fosses qui en forment un îlot dans lequel on pénètre au moyen de deux ponts en pierres, dont l´un est gardé par un espèce de donjon, ce qui conserve au vieux manoir son apparence féodale.

    (...) Cette propriété (...) est traversée par de longues allées d´arbres courant en plusieurs sens ; à l´extrémité de la principale est la Ménagerie, vaste construction où sont les logements pour les paysans et des écuries pour les animaux de travail et les vaches laitières".

    COCKS, Charles. Bordeaux, ses environs et ses vins, classés par ordre de mérite. Bordeaux : Féret et Fils éditeurs, 2e édition entièrement refondue par Edouard Féret, enrichie de 73 vues des principaux châteaux vinicoles de la Gironde, 1868.

    "Ce domaine est l´un des plus considérables et des plus anciens du Médoc. Son histoire remonte à l´occupation de la Guienne par les Anglais. Sur la porte de son vieux château, (...) on lit cette devise : Regum Mensis arisque Deorum. Son vignoble a toujours tenu rang parmi les meilleurs du Médoc (...). Il possède 45 hectares de vignes des meilleurs cépages, et produit de 80 à 100 tonneaux (...)".

    ROY, Gustave-Emmanuel. 1823-1906, souvenirs. Nancy : Berger-Levrault, 1906

    " En 1866 : Gustave Roy se porte acquéreur du domaine qui appartenait à la famille Blanchy, de Bordeaux, qui l'avait acheté de M. Duluc, lequel l'avait acquis de Mlle de Foix Candale. Acquisition de Branne-Cantenac [sic] pour les héritiers Berger, garde Château-d'Issan pour lui".

    p. 311 : "Les chais n'étaient pas suffisant pour loger les récoltes, je pris le parti de les agrandir de l'emplacement du cuvier et d'en construire un nouveau : je me rendis compte de ce qui se faisait de mieux et, en 1872, je construisis le grand cuvier qui existe maintenant, je le réunis aux chais par un pont qui traverse les douves. Mon architecte, M. Minvielle, suivit assez bien mes instructions, il fit quelques fautes que je dus réparer, mais tel qu'il est mon cuvier est commode et fut fort admiré. Depuis notre installation en Médoc nous habitions Branne-Cantenac en indivis, je résolus de transporter notre domicile au château d'Issan, que je fis mettre en état de nous recevoir. Je fis refaire deux cheminées et le toit de l'aile gauche de la cour, rétablir la terrasse et les balustres qui l'entourent. Dans le grand salon on refit le parquet et la marche qui lui donne accès, on répara avec soin la belle cheminée en pierre, je fis copier au Louvre un portrait de Van Dyck pour la compléter. J'avais acheté un lot de tapisserie de Beauvais [...], je le pris pour orner le salon et l'escalier ; j'achetai à Bordeaux quelques meubles anciens, je fis la tenture et les rideaux en velours de coton, j'envoyai de Florence un beau coffre de mariage, notre habitation avait assez grand air ; nous étions installés, mais une chose nous manquait, c'était l'eau, on était obligé d'aller la chercher à la ménagerie en barriques [...] ; on ne pouvait suffire au besoin des chais et cuvier, je tentai de faire un puits artésien ; je fis un forfait avec un ingénieur : pour 10 000 fr. Il s'engageait à me fournir 500 litres à la minute au ras sol ; il obtint une complète réussite [...]. Je fis construire un château d'eau et, en 1873, la canalisation terminée donnait l'eau au château, au cuvier, dans les chais, dans le potager et dans un lavoir que je fis établir pour les gens de la maison [...]".

    p. 313 : "Second vin : le Moulin-d'Issan : plantations en 1878-1883. Digues pour l'entourer et pouvoir par la submersion être maître du phylloxéra, des écluses pour écouler les eaux. J'achetai une machine à vapeur locomotive et une pompe Dumont pour élever les eaux ; je les plaçai au milieu du vignoble du Moulin-d'Issan [...]. Mais dus renoncer à cet établissement : achète de Palmer un terrain bordant la Maqueline, y transporte la machine et la pompe. Quand le vignoble en pleine production, les chais, le cuvier existant ne pouvaient contenir les récoltes ; en 1888 je fis, contre le mur du grand cuvier, un cuvier complémentaire de cinq cuves de 35 tonneaux chacune et un grand chai n° 4, en 1889, un second grand chai de 150 tonneaux en sol n° 5, un troisième de 100 tonneaux n° 6, et un second cuvier de 6 cuves de 35 tonneaux ; l'outillage est complet".

    MERILLAU, Jacques. Châteaux en Gironde. Paris : Delmas, 1956.

    "Pourquoi ne pas croire aux légendes ? Parmi celles qui entourent le château d´Issan, il en est une, au moins, très vraisemblable. Nous sommes au lendemain de la bataille de Castillon. La nouvelle de la mort de Talbot et de la défaite anglaise se répand comme une traînée de poudre, de cette poudre que Bureau a su si bien dompter au service de son artillerie, grand vainqueur de la bataille. Les Anglais, sans plus attendre, évacuent le Médoc. Mais leur précipitation ne leur fait pas perdre la tête. Ils emportent toutes les barriques et toutes les réserves d´Issan !

    Le roi d´Angleterre, déjà au XIIIe siècle, avait accordé aux lointains seigneurs l´autorisation d´élever des murs d´enceinte. Mais des premiers châteaux féodaux Lamothe-Cantenac et Théobon, qui passèrent entre les mains des puissantes familles Noaillan, Meyrac, Ségur, d´Escodeca de Boysse, rien n´a subsisté que le grand rectangle des douves. Le nom d´Issan n´apparaît en effet qu´au XVIIIe siècle, et le château actuel a été construit au XVIIe siècle par un sieur d´Issenault, qui épousa Marguerite de Lalanne, fille unique du sire d´Issan (...). Ses maîtres, M. et Mme Cruse, ont entrepris de lui rendre l´éclat dont il brillait au temps où les Foix-Candale, en 1789, en étaient possesseurs".

    COUDROY DE LILLE Pierre. "Un plan du château d'Issan, à Cantenac, de 1728". Société archéologique de Bordeaux, tome LXXV, 1984 : « Ce plan montre bien que les bâtiments pour leur surface au sol, n’ont guère été modifiés depuis ; la cour d’honneur, cependant, était fermée d’un mur de clôture qu’ont fit disparaître. Les 4 pavillons quadrangulaires, la tour triangulaire abritant le grand escalier d’apparat rampe sur rampe, existent toujours. La chapelle était marquée par son autel dans le pavillon G. Les voûtes d’arêtes sont signalées en pointillés. Mais l’enceinte fortifiée était complète avec fossés, tours rondes aux angles, deux ponts d’accès enjambant les douves. Le châtelet d’entrée à deux tours de flanquement pour la porte principale toujours en place. »

  • Légendes du plan de 1728, AD Gironde, 3 E 11941 (transcription sans les indications de superficies)

    Toisé de tous les bâtimens. En superficie du château d’Issan, tant du corps du château, que des bâtiments qui sont dans la cour et de la ménagerie

    - Premièrement Parties pour les deux tiers destinés pour monsieur de Candalle

    Pavillon marqué A sur le plan[…]

    Pavillon E.

    […]

    Corps de logis C. D. E. F. ensemble.

    […]

    Dessus la chapelle marqué G.

    […]

    Cage de l’escalier

    […]

    Salle a costé de lescalier marquée I.

    - Partie destinée a Madame deSenault

    Pavillon marqué .K

    […]

    Corps de logis marqué .L.M.N.O.

    […]

    Pavillon .P.

    Lescalier marqué .Q.

    […]

    - Récapitulation

    Portion de monsieur de Candalle R

    […]

    Le bâtiment de la cour

    Chay pour m.° de Candalle marqué .R.S.

    […]

    Cuvier marqué .S.Z.

    […]

    Chenil et écurie marqué Z.T.

Références documentaires

Documents d'archives
  • AD Gironde, 9 J 262 [fonds D'Arlot de Saint-Saud] : Documents imprimés et notes manuscrites, 1867.

  • AD Gironde, 3 E 11 941 : actes notariés, partage du domaine, 1729.

Documents figurés
  • Plan original du château d'Issan et de la métairie de la Ménagerie. Dessins, encre et lavis, signés de Jean de Barrelier de Bitry, Etienne Dardan et Pierre Tranchard, 1728 [AD, Gironde : 3 E 11 941]. Plan du château publié par COUDROY DE LILLE, Pierre. Un plan du château d'Issan, à Cantenac, de 1728. Bulletin et Mémoires de la Société Archéologique de Bordeaux, tome LXXV, 1984.

    Archives départementales de la Gironde : 3 E 11941
  • Atlas de Trudaine. peinture, aquarelle, encre noire, encre de couleur, lavis, papier, par Trudaine Daniel-Charles (intendant des finances - directeur des Ponts et Chaussées), 1745-1780 [Archives nationales, F/14/*8458 ].

  • Archives départementales de la Gironde, 3 P 091 : Plan cadastral, 1826.

  • Dessin, coupe et élévations, 1824. Laclotte, Hyacinthe et Rieutord Raymond (architectes).

    Bibliothèque municipale, Bordeaux : Fonds Delpit, XLV/6
Bibliographie
  • BAUREIN, Abbé, MERAN, Georges. Variétés bordeloises ou essai historique et critique sur la topographie ancienne et moderne du diocèse de Bordeaux. Bordeaux : Féret et fils, 1876, t. 1, 2e éd.

  • COCKS, Charles. Bordeaux, ses environs et ses vins, classés par ordre de mérite. Bordeaux : Féret et Fils éditeurs, 2e édition entièrement refondue par Edouard Féret, enrichie de 73 vues des principaux châteaux vinicoles de la Gironde, 1868.

  • COCKS, Charles. Bordeaux, ses environs et ses vins, classés par ordre de mérite, reproduction intégrale de l'édition de 1850. Bordeaux : Ed. Féret et Fils, 1984.

  • DANFLOU, Alfred. Les grands crus bordelais. Bordeaux : Librairie Goudin, 1867, t. 1 et 2.

  • GUILLON, Edouard. Les châteaux historiques et vinicoles de la Gironde, avec la description des communes, la nature de leurs vins, la désignation des principaux crux. Tome 3, Bordeaux, 1868.

  • HUGON, P. Castelnau-de-Médoc et ses environs, statistiques du canton. Paris, réed. Res Universis, 1992.

  • LE MAO Caroline. Les origines méconnues de Château Margaux. Rencontres de l'Académie du vin de Bordeaux, 8 octobre 2009. Aux origines des grands châteaux du Bordelais. http://academie.vins-bordeaux.fr/fr/rencontres/rub/33/index.html.

  • PAGAZANI Xavier, STEIMER Claire. Le château d'Issan. Une "maison aux champs" du temps de Louis XIII en Médoc. Bordeaux : Société Archéologique de Bordeaux, 2019 (Mémoires).

  • MERILLAU, Jacques. Châteaux en Gironde. Paris : Delmas, 1956.

  • RIBADIEU, Henry. Les châteaux de Gironde, mœurs féodales, détails bibliographiques et traditions . Monein : PyréMonde, 1856.

  • ROY, Gustave-Emmanuel. 1823-1906, Souvenirs. Nancy : Berger-Levrault, 1906.

    p. 307 - 321
Périodiques
  • COUDROY DE LILLE, Pierre. Un plan du château d'Issan, à Cantenac, de 1728. Bulletin et Mémoires de la Société Archéologique de Bordeaux, tome LXXV, 1984.

    p. 131-132.
(c) Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel ; (c) Conseil départemental de la Gironde - Bordes Caroline - Roux Tom-Loup - Pagazani Xavier