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Château d'Arsac

Dossier IA33004728 réalisé en 2014

Fiche

Œuvres contenues

Précision dénomination château viticole
Parties constituantes non étudiées puits, écurie, parc
Dénominations château
Aire d'étude et canton Sud Médoc Estuaire - Castelnau-de-Médoc
Adresse Commune : Arsac
Lieu-dit : Château d'Arsac
Adresse : 1 allée du Comte
Cadastre : 1827 D1 30 ; 2012 AW 62
Précisions

Le terre d'Arsac est un ancien fief de la Châtellenie de Blanquefort. La maison noble que l'on sait entourée d'eau au début du 18e siècle sera possédée par les familles de Montaigne, d'Arrérac et de Ségur sous l'Ancien Régime. Par des plans du 18e siècle et jusqu'au milieu du 19e siècle, la bâtisse conserve la même structure : un corps de logis bas en équerre avec dépendances et jardins.

Le château actuel est construit entre 1862 et 1864. C'est Jean-Baptiste-Henri Bouluguet, rentier bordelais, qui achète Arsac. Il est envisageable qu'il ait pu commander la conception et la réalisation à son fils Gustave, jeune architecte diplômé.

En 1890, l'homme d'affaires Aimé-Ernest Dubosc transforme Arsac en "modèle" viticole médocain. Il fait construire l'ensemble des dépendances et aménagements dont certains subsistent aujourd'hui : le cuvier, les écuries, la bascule, l'atelier, le plan d'eau, etc.

En 1986, Philippe Raoux par l'intermédiaire de l'architecte Patrick Hernandez construit de nouveaux chais et restaure le cuvier ainsi que les écuries. Il procède également à une destruction de nombreuses dépendances et réaménage entièrement la distribution et les espaces intérieurs du château.

Période(s) Principale : 3e quart 19e siècle
Secondaire

Le château s'inscrit au centre d'une grande parcelle paysagère comprenant également des dépendances (chai, cuvier, ancienne écurie, accueil). Une grande allée d'arbres au sud mène au plan d'eau dans lequel se reflète la façade postérieure. Au nord, une terrasse ouvre sur les bâtiments de dépendances et les parcelles de vignes du domaine. Entre les deux coule le ruisseau de la Moulinat traversé par un ancien pont en pierre.

Le château est un corps de logis quadrangulaire avec un avant-corps central le tout flanqué de deux pavillons, saillant uniquement côté jardin. Au rez-de-chaussée, onze travées sur les deux façades et au premier étage côté cour, treize côté jardin. Les deux niveaux sont séparés par deux bandeaux moulurés, les fenêtres du corps central sont surmontées à l'étage d'une corniche. La toiture en ardoise a été transformée pour le pavillon central en une couverture transparente laissant la charpente apparente depuis l'extérieur. Elles sont éclairées par des lucarnes à fronton triangulaires et et ailerons à volute.

À l'intérieur, le bâtiment a été entièrement réaménagé de manière contemporaine.

Murs calcaire pierre de taille
Toit ardoise
Étages rez-de-chaussée surélevé, 1 étage carré, étage de comble
Couvrements charpente en bois apparente
Couvertures toit à longs pans
toit en pavillon
Escaliers escalier dans-oeuvre : escalier en équerre
États conservations restauré, remanié
Techniques
Statut de la propriété propriété privée

Annexes

  • Lettre de Richard-François Bonfin présentant ses plans pour le château d'Arsac. 2 avril 1768.

    Bordeaux,

    le 2 avril 1768

    Monsieur,

    Pour vous prouver qu’aussi tot que je l’ay pû, je me suis

    occupé des plans du château de M. le comte de Segur, j’ay l’honneur de vous

    envoyer les deux différentes idées que j’en ai faites. Je suis à même à faire

    les élévations, mais je ne suis pas content de celle du plan avec les deux

    pavillons, ces pavillons devenant trop fort pour le corps de logis qui est

    cependant de cinq arcades, c’est par objet d’économies que je me suis fixé à ce

    nombre et pour ne pas faire un trop grand bâtiment. Il en faudroit sept pour

    que le tout fût en belles proportions, j’en veux avoir le cœur net et je fais

    ce plan. J’entends terminer ces pavillons par une attique dominant sur le corps

    de logis, qui le sera lui-même par une balustrade, et le coiffer par un grand

    comble couvert d’ardoise. Le premier projet qui est plus simple seroit beaucoup

    moins dispendieux, la façade deviendra bien la seule choze [v] qui pourroit

    choquer ce que vû de coté il paroitroit un peû étroit pour sa longueur. Vous

    scavés monsieur que quant il faut s’asujetir à une certaine dépense il est bien

    difficile de rendre tout les cotés agréables, ce sont de ces coups qui

    appartiennent aux grands maîtres encore les ont-ils souvent manqué.

    Je vous prie de présenter ces plans à monsieur le comte, je

    n’ay pas osé les lui adresser directement. Vous m’allarmés sur l’idée

    desavantageuse qu’il prend sur mon compte et je suis penetré d’un chagrin

    le plus vif. Il n’y a personne dans le monde de qui je chérisse d’avantage la

    protection. Je lui doit tout par devoirs mais je crois lui devoir encore bien

    plus par l’attachement respectueux que j’ai toujours eû pour lui. Pour ma

    juctification monsieur je vais entrer dans un détail qui vous paroitra peut

    être ennuyeux, mais il devient nécessaire pour faire connoitre à M. le comte

    mes obligations forcées.

    1er. L’affaire des Carmelittes pour laquelle il

    m’a falû moi-même lever le plan de l’ilot pour fixer le terrein que prendra la

    nouvelle rüe et les emplacements [Fol. 2] à vendre. M. le marechal la demandé

    avec ces ordres précis que vous lui connoissés pour faire un arrangement avec

    M. le bailly de Fleury à raison du temple.

    2e. Les religieuses ont solicité vivement que je

    leur donne en petit la distribution que j’ai fait du batiment de la maison de

    force près Ste Eulalie que l’on leur destine en échange. Vous scavés combien

    ces sortes de filles sont pressentes, elles n’ont jamais qu’un objet.

    3e. Messieurs les jurats qui se sont replacés

    dans l’ancien corps de logis de l’hôtel de ville qu’ils recepvoient ci devant m’ont pris

    beaucoup de tems pour ÿ faire faire tous les changemens et réparations, ils

    sont aujourd’huy mieux logés qu’ils ne l’ont jamais été.

    4e. Messieurs les trésoriers de France n’ayant

    point de confiance en l’homme qui fait ordinairement l’allignement des rües,

    ont prié messieurs les jurats de m’engager à leur aider dans ces opérations.

    Enfin, monsieur, les capucins le mois de décembre dernier voulant bâtir me

    demander un plan, dont je n’ay plus entendu parler que vers la fin de février

    dernier et après qu’il en avoit été fait [Fol. 2v] de nouveaux sur le mien,

    voilà mon serment interessé, il m’a falû par un seconde projet rompre la

    concurence et ce malheureux plan quoique un couvent de Capucins m’a bien donné

    de la besogne. Vous vous apercevrés que je ne vous cache rien et la douleur

    restera dans mon cœur jusque à ce que vous ayés la bonté monsieur de

    m’appprendre que M. le comte n’est plus indisposé contre moy. Je fais

    abstraction des travaux de France puisque M. le maréchal le veut.

    Par le courrier de samedy prochain je vous envoyrai les deux

    élévations et le troisème plan, je tacherai d’y joindre le plan des environs du

    château où j’ai tracé des allées qui d’un côté iront au grand bois et de l’autre à Loustalaut.

    J’y joindrai si la chose est possible le plan du détail des écuries et de la

    basse cour.

    Je vous fais, monsieur mes sincères remerciements de ce que

    vous voulez bien être mon ange tutélaire auprés de M. le comte. Ma femme vous

    remercie des compliments que vous avez la bonté de lui faire. Elle vient de

    l’accoucher d’un second garçon et elle se porte au mieux ainsi que l’enfant.

    Elle me charge de vous faire agréer ces compliments. J’ai l’honneur d’être avec

    un respectueux attachement,

    Monsieur,

    Votre

    très humble et très obéissant serviteur.

    Bonfin

  • Extrait de l'acte de vente de M. Prunié à M. Hostein, 30 octobre 1869.

    [fol. 1V]

    Désignation

    Un domaine, appelé Château d'Arsac, situé dans la commune d'Arsac, canton de Castelnau de Médoc, arrondissement de Boordeaux.

    Consistant en un château de construction récente orné de trois pavillons, volières, écuries, remises, chais, cuviers, cours, parterres, agréments, pièces d'eau, maison à un étage pour l'homme d'affaires, logements des paysans, granges, bâtiments d'exploitation, vignes, prairies, terres labourables, bois [fol. 2] de haute futaie, landes, pins et bois taillis.

    Le domaine est en un seul tenant traversé par un chemin, sauf, deux parcelles de landes communales concédées à M. Prunié, ainsi qu'il sera ci-après expliqué.

    Il présente dans son ensemble une contenance d'environ deux cent trente sept hectares vingt ares soixante quatre centiares [...].

  • Historique développé.

    Le terre d'Arsac est un fief ancien dans le médoc, du ressort de la Châtellenie de Blanquefort. Elle appartient à la famille éponyme -qui apparaît dans des actes dès la fin du 13e siècle-, et qui la conserve jusqu'au milieu du 16e siècle. Le château jouit d'une histoire assez riche et plus particulièrement après les années 1550. Jean d'Arsac rend aveu en 1540 au seigneur de Blanquefort, Pierre Eyquem, pour sa "seigneurie et maison noble" d'Arsac. Veuve de Jean d'Arsac vers 1552, Marguerite de Carle se remarie avec l'homme de lettres Étienne de la Boëtie. Toutefois, il décède rapidement en médoc en 1563. Gaston, seigneur d'Arsac et Jacquette, enfants de son premier lit avec Jean d'Arsac, héritent des biens paternels. Jacquette, se marie à Thomas de Montaigne (peu après 1563) à qui elle apporte Arsac après la mort précoce de son frère. Thomas va constituer un domaine important au regard des nombreux actes notariés qui confirment des achats de terres (bois, landes, vignes) autour du château dès 1572.

    La maison noble d'Arsac et son domaine sont attribués à l'une des filles de Thomas, Antoinette, en 1620, suite à long procès. Par son mariage avec Gabriel d'Arrérac, écuyer et avocat au Parlement de Bordeaux, elle lui cède Arsac après sa mort (elle teste en 1624). La famille d'Arrérac possède Arsac et fait élever la terre en baronnie au cours du 17e siècle. C'est probablement à cette époque que le château, mieux connu au siècle suivant, est construit.

    En 1706, Catherine d'Arrérac, fille d'Henri d'Arrérac baron d'Arsac et jurat de Bordeaux, se marie avec Joseph, comte de Ségur et seigneur de Cabanac. Il rentre en possession du domaine après la mort de son beau-père en 1732. Il réalise quelques aménagements comme en témoigne le puits au nord dans la cour qui porte le chronogramme de 1744, le pont qui mène aux vignes pourrait également dater de cette époque.

    En 1767-1768, le comte de Ségur fait appel à Richard-François Bonfin, architecte de la ville de Bordeaux, pour la réalisation d'une nouvelle demeure. Hormis deux projets -finalement non retenus-, il propose un agrandissement à partir du plan actuel de la bâtisse que l'on découvre en détail : elle présente un corps de logis bas avec pavillon à l'angle sud et une aile en retour. Cette disposition, visible également sur un plan terrier de la seconde moitié du 18e siècle, s'accompagne de plusieurs dépendances dont l'une dite "écurie" donne à l'est sur un vaste jardin courant le long du ruisseau et entouré par d'un "saut de loup". L'ensemble est entouré de vignes et de grandes allées, tracées par l'architecte, qui structurent le domaine au nord, comme au sud. Finalement, le cadastre de 1827 nous livre le château tel qu'il était avant l'arrivée du comte de Ségur, exception faite d'un pavillon à l'angle nord est du corps logis, prévu par Bonfin en 1768 et qui assure une certaine symétrie. Il conserve également ses aménagements du siècle précédent : avenue, allée d'acacias, verger, jardin.

    Le château passe de main en main au fil du 19e siècle et accroît sa dimension viticole. En 1846, lors de la vente du domaine, on trouve pas moins de 250 bouteilles dans une pièce proche de la cuisine ainsi que dans la tonnellerie "80 barriques nouvellement fabriquées, un lot de merrain, un lot de feuillards, un lot de cercles de fer, nécessaires pour loger la récolte de la présente année".

    Louis Mouméjean et son gendre Léger Crétin (futur maire d'Arsac), prennent possession du "domaine ou bien de campagne connu sous le nom de château d'Arsac". Le domaine se fait distinguer dans la première édition du Cocks et Féret en 1850 grâce à "d'excellents vins très estimés en Belgique et en Hollande".

    En 1862, l'ancien maire d'Arsac vend le domaine à Jean-Baptiste-Henri Bouluguet qui est dit en 1831 employé des Ponts-et-Chaussées puis "propriétaire" en 1856. L'achat du château sonne comme l'apogée de la réussite sociale pour M. Bouluguet qui décide de le reconstruire entièrement et ce, avant sa revente en 1864. En effet à cette date, le notaire précise que le "château [est] de construction récente construit en pierres et couvert en ardoises", ce qui n'a plus rien à voir avec l'évocation d'"un long passé historique" comme le note Ribadieu en 1856. Le nouveau bâtiment, à la silhouette élégante -un corps principal flanqué de deux pavillons avec un avant-corps central-, dénote par sa qualité de mise en œuvre, où l'économie a été privilégiée. Peut-être Henri Bouluguet a-t-il confié le soin de la réalisation à son fils Gustave, jeune diplômé de l’École des Beaux-Arts (1852) -comme l'avance Jean-Pierre Méric ? Quoiqu'il en soit, sa construction dure moins de deux ans et ruine son propriétaire.

    Le domaine voit se succéder plusieurs propriétaires éphémères jusqu'au viticulteur Hostein en 1869 et au négociant Aimé-Ernest Dubosc en 1890. Ce dernier, homme d'affaires du Havre, officier de la Légion d'Honneur, chevalier de l'ordre de Saint-Stanislas de Russie, investit massivement dans la vigne. En huit années, la superficie du vignoble passe de 100 ha à 260 ha. Cela a pour incidence l'adaptation et la modernisation complète des installations : Dubosc lance rapidement la construction du grand cuvier à double vaisseau, d'un chai pour 6000 barriques, de nouvelles écuries pour vingt chevaux, une scierie "mue par la force de la jalle", un bélier hydraulique, un château d'eau, les bâtiments pour les ouvriers et le régisseur, ainsi qu'un chemin de fer type Decauville. On lui attribue également la construction de l'orangerie et l'aménagement du plan d'eau et par analogie l'ensemble des sculptures et vases de jardin (qui décorent encore le parc). En 1893, le cuvier, les chais et les écuries sont achevés et apparaissent soudainement dans la gravure "recentrée" du Cocks et Féret ; en 1898, le château d'Arsac est loué comme modèle : il est précisé que "les constructions sont actuellement le dernier mot des perfectionnements ; souvent visitées par des délégués étrangers". La production en tonneaux est une des plus spectaculaire du Médoc : 300 en 1893, 600 trois ans après.

    L'ensemble de ces installations perdurent tout au long du 20e siècle même si l'état du vignoble se dégradent jusque dans les années 1980 au point de ne pas intégrer l'appellation Margaux en 1954.

    En 1986, Philippe Raoux acquiert le domaine et y réalise de nombreux travaux entre 1987 et 1990 : il fait abattre l'ancien chai à barriques, les logements des ouvriers et du régisseur, l'orangerie ; il procède enfin, par l'intermédiaire de l'architecte bordelais Patrick Hernandez, à la rénovation du cuvier médocain, au réaménagement intérieur du château, de l'écurie et des jardins et à la construction du nouveau chai à barriques et son extension.

Références documentaires

Documents d'archives
  • Vente du domaine d'Arsac de M. Prunier à M. Hostein, le 30 octobre 1869.

    Archives départementales de la Gironde : 3 E 28029
Documents figurés
  • Carte géométrique de la Guyenne dite Carte de Belleyme, planche 19, levée vers 1760, éch. 1/43200 env.

  • Collection particulière, illustrations anciennes, 20e siècle.

    Collection particulière
  • Collection particulière, archives privées du château d'Arsac, 18e - 19e siècles.

  • Lettre envoyée par Richard-François Bonfin au comte de Ségur et présentation des deux projets pour le château d'Arsac des rez-de-chaussées et premiers étages en 1768.

    Lettre Archives départementales de la Gironde : 2 Fi 632
  • Atlas du Département de la Gironde, 22 planches, 67,5 x 93 cm à l'échelle de 1/40 000, 1888.

    p. 8 Archives départementales de la Gironde : 1 Fi 1046
Bibliographie
  • BAUREIN Abbé, MERAN Georges. Variétés bordeloises ou essai historique et critique sur la topographie ancienne et moderne du diocèse de Bordeaux. Bordeaux : Féret et fils, 1876, t. 2, 2è éd .

    p. 263 et suiv.
  • GUILLON Edouard. Les châteaux historiques et vinicoles de la Gironde. Bordeaux : Coderc, Dégréteau et Poujol, 1866-1869, tomes 1 à 4.

    t. 3, p. 191-194
  • MALVEZIN Théophile. Michel de Montaigne, son origine, sa famille, Lefebvre, Bordeaux, 1875.

    p. 143-145.
  • MÉRIC Jean-Pierre. Le château d'Arsac de 1706 à nos jours, Bordeaux, éditions Féret, 2000.

  • RIBADIEU Henry. Les châteaux de Gironde : mœurs féodales, détails bibliographiques et traditions, légendes, notices archéologiques. Episodes de l´histoire de Bordeaux au Moyen Age et dans les derniers siècles - état actuel des domaines. Paris : Chez E. DENTU (Librairie), 1856.

    p. 95
(c) Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel ; (c) Communauté de communes Médoc-Estuaire - Grollimund Florian