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Château d'Agassac

Dossier IA33007918 réalisé en 2015

Fiche

Dossiers de synthèse

Appellations Agassac
Parties constituantes non étudiées portail, vivier, parc, pont
Dénominations château
Aire d'étude et canton Sud Médoc Estuaire
Adresse Commune : Ludon-Médoc
Lieu-dit : Agassac
Adresse :
Cadastre : 1843 D2 719 ; 2013 AR 19
Précisions


Agassac est un château de la famille éponyme dont une des premières mentions apparaît en 1204.

Aux 10e et 11e siècles, le site a pu servir de lieu de défense en aval de Bordeaux, matérialisé sous forme de château à motte. Lors de son passage en 1862, Léo Drouyn relève des traces d'un premier et d'un second fossé entourant une basse-cour. Le château, vraisemblablement en bois, est qualifié de "motta" dans un acte du 13e siècle. Sa plateforme circulaire et ses douves sont similaires à celles, voisines, de Cantemerle ou de Blanquefort.

Lors du ralliement de l'Aquitaine aux Anglais à la fin du 12e siècle et durant la Guerre de Cent Ans (1337-1453), les seigneurs d'Agassac font partie de l'élite de confiance des Plantagenêts puis des Lancastre.

Vers la fin du 13e siècle, Gaillard d'Agassac possède la haute charge de sénéchal de Saintonge et converse, à ce titre, avec Jean de Bretagne comte de Richemond, oncle du roi Édouard Ier d'Angleterre, au moment des succès français en Guyenne. Il est nommé par Édouard II, en mai 1309, châtelain de La Réole suite à l'échange du château de Blanquefort -dont Agassac dépend- ; il meurt en charge en 1312.

Vers 1340 apparaît dans les textes un P. d'Agassac, damoiseau, puis de nouveau un nommé Gaillard. En 1357 (a.s.), ce dernier vend Agassac à Arnaud d'Albret, seigneur de Cubzac pour 8 000 écus d'or (Marguerite de Gironde en fait son héritier universel en 1352 puis Pierre de Galard, seigneur de Limeuil en 1357). La maison d'Albret possède le château tout au long du 14e siècle. Cette période pourrait correspondre à la construction d'un nouveau château de pierre. De cette campagne est issu le plan quadrangulaire, cantonné aux angles de ses tours circulaires dont les archères cruciformes à étrier plaident en faveur d'une datation du milieu du 14e siècle. Devaient s'ajouter un chemin de ronde sur la courtine (porte extérieure dans l'angle de la tour nord-ouest) dont les vestiges son visibles au niveau des tours nord ainsi qu'un logis d'au moins deux niveaux : des accès en arc brisé sont ménagés dans chaque tour dès les premier et deuxième étages.

Avant 1377, un document mentionne les nombreuses terres des Albret sous domination anglaise dont "le chastel" d'Agassac fait partie.

Après cette date, la seigneurie passe par alliance dans la maison de Montferrand. En 1417, Bérard de Montferrand est dit seigneur d'Agassac puis de nouveau en 1433 où un procès concernant le domaine est intenté par Gaston de Foix. Bérard est confirmé dans ses prétentions puis élevé, en 1437, par lettre patente d'Henri VI, capitaine de Marmande avec un revenu pour entretenir 6 hommes d'armes. En 1438, il est dit conseiller du roi, ancien chambellan du duc de Bedford, "seigneur de Gassat et Acquigny", lors de la montre du château de La Roche-Guyon (95).

Après la guerre de Cent Ans, Charles d'Albret traite avec Bérard de Montferrand et lui cède "à perpétuel" les seigneuries d'Agassac (1455), ce qui impliquait un usufruit sur le domaine depuis plus de trois générations (?). En 1474, Gaston de Montferrand rend hommage pour Agassac.

Un changement de main est opéré puisque dans un acte en date de 1487, "noble homme Jehan de Sault" est dit seigneur d'Agassac et mari de Trenquina de Bedat. C'est sans doute quelques années plus tard que le second logis est construit, avec des pignons aigus à retour et des croisées à chanfrein droit. A cette campagne, appartiennent probablement la construction de la chapelle avec ouvertures trilobées et une porte à linteau à coussinets donnant sur une ancienne bretèche (?).

Si l'on peut associer le remploi des armoiries inséré dans le mur nord (représentant un écu soutenu par des anges, une salamandre et des fleurs de lys) à une campagne de construction sous François Ier, l'origine de cet élément sculpté n'est pas connue (peut-être au-dessus de la porte d'entrée comme l'affirme Léo Drouyn). Une reconstruction du premier logis à cette époque peut être envisagée au vu de l'appui de la croisée de l'étage de la grande salle : les motifs de vigne avec grappe ainsi qu'une salamandre ornent subtilement la fenêtre. D'autre part, les éléments décoratifs des encadrements, moulures à listels, bases buticulaires, se retrouvent sur les deux niveaux de ce premier logis. Les frères Jean et Martin Dussaud semblent être co-seigneurs d'Agassac comme le sous-entend un livre de compte. Ils occupent des hautes fonctions au sein de l'élite noble et bourgeoise bordelaise, l'un est dit sous maire de la ville (1517), l'autre contrerolle (1521).

En 1540, Agassac change à nouveau de main mais semble toujours divisé : François de Fronsac rend hommage au roi pour "la moitié de la terre et seigneurie de Gassac au pays de Médoc". Fronsac hériterait grâce à sa femme Marie de la Chassaigne, veuve de Martin Du Sault, seigneur d'Agassac, après un contrat de 1551. Dans les années 1580, Louis de Genouilhac est dit seigneur d'Agassac et cumule les seigneuries médocaines : Bessan, Lafitte, Uch et la maison noble de Vailhac à Berson. En 1611, il est qualifié de conseiller d'état et capitaine de 50 hommes d'armes, chevalier de l'ordre du Saint-Esprit.

Au début du 17e siècle, le domaine passe à la famille de Pomiès ou Pomiers. En 1627, Joseph de Pomiès, conseiller au Parlement, est seigneur et baron d'Agassac. L'érection en baronnie n'est pas connue mais s'avère une pratique courante sous Louis XIII en remerciement de la fidélité de ses gentilshommes.

Une nouvelle campagne intervient sous l'ère de Pomiès au 18e siècle : aménagements des pièces de l'étage (cheminées), nouvelle tour ou cage d'escalier quadrangulaire -maladroitement construite avec le remploi des marches d'une ancienne vis. C'est à cette époque que sont probablement aménagés les abords (parc, viviers) comme le montre un plan de la seconde moitié du 18e siècle.

Après la Révolution, Agassac passe par alliance à la famille Castérat puis Richier (1841). La gravure de Gustave de Galard (1835) renseigne sur l'état avant travaux ; travaux opérés par Marcel Richier avant 1865 et conformes goût néo-médiéval prisé à cette époque : arasement des deux tours nord ; rehaussement puis construction de mâchicoulis ; remaniement de plusieurs baies ; aménagements intérieurs des pièces du rez-de-chaussée.

En 1888, la famille de Floris acquiert le domaine et y réalise quelques constructions : écuries, logements, remaniement du grand chai.

Dans les années 1970, la famille Gasqueton opère des destructions : le bâtiment bas de la façade est (qualifié de cuisine par Drouyn) est abattu ainsi que la plupart des dépendances devant le château : grange, écurie, dont une accolée au pigeonnier (visible sur le cadastre de 1843).

En 1996, la société d'assurances Groupama rachète Agassac, restaure le cuvier (1997), le grand chai à barriques (1999) puis entreprend la construction des bâtiments administratifs et de stockage (2002). En 2000, les intérieurs du château sont rénovés, peu après le pigeonnier est transformé en salle de dégustation.

Le château est protégé en totalité au titre des Monuments Historiques depuis le 19 septembre 2013.

Période(s) Principale : 14e siècle
Principale : 2e moitié 15e siècle
Principale : 1ère moitié 16e siècle
Principale : 18e siècle
Principale : 4e quart 19e siècle

Le château d'Agassac est situé au sud de la commune, isolé entre des zones d'habitation à l'ouest, des vignes au nord, des zones de marécages à l'est qui s'étendent jusqu'à la Garonne et un grand parc au sud.

Le domaine est composé de l'ancien château, de son pigeonnier, de son chai-cuvier ainsi que de nouvelles constructions techniques et administratives à l'ouest.

Un vivier en L, alimenté par un fossé à l'ouest et une succession de bassins, inonde les douves recouvertes de parement et interrompues par un pont dormant à deux arches donnant accès à la plateforme de la bâtisse.

Le château est une construction quadrangulaire avec tour circulaire à chaque angle ; les corps de logis sont élevés sur un rez-de-chaussée et un étage, le troisième niveau étant réservé à l'étage de comble.

LES TOURS

- Les deux tours nord sont construites en moyen puis grand appareil régulier du bas vers le haut ; elles sont percées d'archères cruciformes à étrier et surmontées d'un mâchicoulis, le tout coiffé d'un toit en poivrière ardoisé.

- La tour sud-ouest est construite sur un niveau de fondation visible ; sur les deux faces, des consoles à ressaut offrent l'assise nécessaire pour supporter la chapelle de plan pentagonal du premier étage. S'élevant sur deux niveaux, cette dernière est percée de deux baies trilobées (dont l'une surmontée de deux corbeaux, vestiges d'un ancien hourd (?)), d'un oculus et de plusieurs fenêtres verticales, le tout couvert d'ardoise.

- La tour sud-ouest est édifiée sur un lit de fondation découvert, similaire à la tour de la chapelle. Elle est percée d'archères cruciformes à étrier et couverte d'un toit polygonal en ardoise.

LES CORPS DE LOGIS

Le château est composé de plusieurs parties, dont deux corps de logis principaux.

-Le premier corps de logis occupe la partie nord du château et englobe également la tour d'escalier. Il est ouvert au rez-de-chaussée par la porte d'entrée, cintrée, donnant accès au vestibule, puis d'une croisée (sans meneau ni traverse) éclairant la grande salle. À l'intérieur, le vestibule mène à la tour d'escalier rejetée dans l'angle sud-est, et dessert la grande salle. Cette dernière est ouverte par une porte retaillée en partie dans une ancienne ouverture à moulures à listels (se recoupant par le haut) et d'une base buticulaire précédant une porte à linteau en accolade donnant sur l'escalier. La pièce est agrémentée d'une cheminée à claveaux à crossettes et piédroits à base buticulaire. Une trappe proche du mur sud laisse un accès à la cave. Les angles nord-ouest et nord-est donnent dans la partie basse des tours.

L'étage est composé d'une salle haute dont la porte d'accès est à moulures à listel (se recoupant par le haut) et base buticulaire. La pièce est éclairée par une demi-croisée et une croisée à appui sculpté ; une porte à moulures à listel ouvre sur un couloir (petit bureau) percé de deux demi-croisées donnant accès au premier étage de la tour nord-est.

L'étage de comble couvre la partie "salles" et se compose d'une salle sous charpente à chevrons formant-ferme -dont plusieurs sont numérotés au réglet-, quelques marches descendent vers la partie haute de la tour nord-ouest ouverte par un arc brisé. La cage d'escalier est surmontée d'une salle couverte en charpente à chevrons formant-ferme et sous-faîtage, l'ensemble des pièces sont chevillées ou à tenon et mortaise.

Le dernier étage de la tour nord-est, ouverte également par un double arc brisé, donne sur le toit d'un local technique.

La tour d'escalier est quadrangulaire, les marches provenant d'une ancienne vis (?), sont insérées maladroitement dans un mur-noyau allongé qui s'appuie lui-même sur la première marche.

- Le second corps de logis, orienté est-ouest, occupe la partie sud du château. Il possède deux pignons aigus à retour.

En sous-sol se trouve la cave, dont les maçonneries correspondent à l'emprise supérieure ainsi que les pierres de départ d'une ancienne voûte.

Au rez-de-chaussée, deux salles occupent l'espace ; chacune est percée de deux croisées (dont deux transformées en portes-fenêtres). La première salle, lambrissée, porte un décor néogothique ; la cheminée est composée de cariatides ainsi que deux panneaux aux motifs Renaissance insérés dans les trumeaux de la hotte. La seconde salle est entièrement lambrissée et décorée de plusieurs tapisseries aux thèmes champêtres.

À l'étage, une salle unique occupe l'espace, composée de deux cheminées de style Louis XV dans le mur sud. Une porte murée est masquée en partie par l'escalier. On accède à la tour sud-ouest ainsi qu'au premier étage de la chapelle ouverte par une porte murée à coussinets.

L'étage de comble est éclairé d'un fenestrou et d'une croisée, l'ensemble est couvert d'une charpente 19e (?) à chevrons formant-ferme. On accède aux derniers étages de la tour sud-ouest et de la chapelle ; cette dernière est couvert par une charpente à demi-croupe, le tout posé sur une maçonnerie haute.

Les souches de cheminée sont, pour certaines, accompagnées de tirants métalliques ; l'un de ces tirants prend la forme de la lettre F, sur la façade ouest.

Un cartouche composé de deux anges tenant un écu, avec salamandre et fleur de lys, a été inséré dans la maçonnerie de la façade nord, à droite de la porte d'entrée. Cette dernière est surmontée de larges pierres horizontales et une verticale rappelant une fente de flèche.

Au sud, se développe le parc avec ses allées. Un mur en galets et brique, formant un arc de cercle, est percé de trois jours semi-circulaires et constituait probablement un élément d'agrément du jardin.

Murs calcaire pierre de taille enduit
moellon
Toit ardoise
Étages sous-sol, 1 étage carré, étage de comble
Couvrements charpente en bois apparente
Couvertures toit à longs pans pignon découvert
toit en pavillon
toit conique
Escaliers escalier dans-oeuvre : escalier tournant à retours sans jour, en maçonnerie
Techniques sculpture
Représentations armoiries, ange, fleur de lys, salamandre, vigne
Statut de la propriété propriété d'une société privée
Protections protection totale, 2013/09/19
Précisions sur la protection

Est inscrit au titre des MH en totalité le château d'Agassac y compris les douves, le pont et les canaux, les chais anciens, (façades et toitures) le pigeonnier (en totalité).

Références documentaires

Documents d'archives
  • Terrier de la seigneurie d'Agassac, exporles et ventes (XVe-XVIIe siècles).

    Petit cahier, fol. 1 Archives départementales de la Gironde : E Terrier 804
  • BARCKHAUSEN Henri-Auguste. Livre des coutumes. Bordeaux : G. Gounouilhou, 1890.

    p. 28-29 Archives municipales, Bordeaux
  • Livre des Bouillons. Bordeaux : G. Genouilhou, 1867.

    p. 548-549 Archives municipales, Bordeaux
Documents figurés
  • Plan n°4 de Ludon représentant l'ouest du château d'Agassac avec ses jardins, viviers et le village de la Taste, fin 18e siècle, dessin à la plume.

    Archives départementales de la Gironde : 2 Fi 484
Bibliographie
  • BAUREIN Abbé, MERAN Georges. Variétés bordeloises ou essai historique et critique sur la topographie ancienne et moderne du diocèse de Bordeaux. Bordeaux : Féret et fils, 1876, t. 2, 2è éd .

    p. 346 et suiv.
  • GUILLON Edouard. Les châteaux historiques et vinicoles de la Gironde. Bordeaux : Coderc, Dégréteau et Poujol, 1866-1869, tomes 1 à 4.

    t. 2, p. 54-58
  • COCKS Charles, FERET Edouard. Bordeaux et ses vins classés par ordre de mérite. Bordeaux : Féret, 1898, revue et augmentée de 450 vues de châteaux viticoles (7e édition).

    p. 131
  • COCKS Charles, FERET Edouard. Bordeaux et ses vins classés par ordre de mérite. Bordeaux : Féret, 1922 (9e édition).

    p. 92
  • COCKS Charles, FERET Edouard. Bordeaux et ses vins classés par ordre de mérite. Bordeaux : Féret, 1893 (6e édition).

    p. 126
  • DROUYN Léo. La Guyenne militaire : histoire et description des villes fortifiées, forteresses et châteaux pendant la domination anglaise. Paris : Compte d'auteur ; Didron, 1865.

  • DROUYN Léo. Lesparre et les châteaux en Médoc. Pau : Princi négue, 2004.

    p. 62-66
  • DUCHESNE Paul. La chronique de Ludon-en-Médoc. Bordeaux : Rousseau frères, 1960.

    p. 46-49
  • GARDELLES Jacques. Les châteaux du Moyen Âge dans la France du Sud-Ouest. La Gascogne anglaise de 1216 à 1327. Paris : Arts et Métiers Graphiques éditions, 1972.

    p. 83
Périodiques
  • "Hommages et dénombrements de trente-deux feudataires du Roi en Guyenne, 1540-1541", Archives historiques de la Gironde. Bordeaux : Lefebfvre, t. 6, p. 260.

  • LEMOINE H. "L'artillerie du château de La Roche-Guyon", Société historique et archéologique de Pontoise, du Val-d'Oise et du Vexin. Pontoise : Imp. Pâris, 1935, p. 82-85.

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