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Casino

Dossier IA64002659 inclus dans Station thermale des Eaux-Bonnes réalisé en 2018

Fiche

Œuvres contenues

Appellations Casino
Parties constituantes non étudiées esplanade, salle de spectacle
Dénominations casino
Aire d'étude et canton Pyrénées-Atlantiques
Adresse Commune : Eaux-Bonnes
Adresse : rue Castellane
Cadastre : 2018 AN 203

Dès sa construction, l'établissement thermal est agrémenté d'un vaux-hall, espace dédié aux distractions, implanté sur l'ancienne place des Thermes puis démoli dans les années 1840. A la suite de la loi de 1831 sur les jeux de hasard, la tolérance dont bénéficie les villes de villégiature contribue à la création d'établissements ludiques. Ce type d'équipement de loisirs, qui, outre les espaces de jeux, accueille généralement un théâtre ou des salles de concert voire de bal, est en effet indispensable dans les stations thermales, qui sont non seulement destinées au soin et à la convalescence mais aussi, de façon primordiale, au délassement et aux mondanités. Le casino en tant que lieu de sociabilités et de loisirs constitue un symbole et un centre majeur de la vie thermale, dont l'enjeu est d'autant plus important aux Eaux-Bonnes que la commune subit un considérable handicap en étant dépourvue de voie de chemin de fer. L'urgence de doter les Eaux-Bonnes d'un véritable casino est signalée par l'architecte départemental Gustave Lévy qui en propose même un avant-projet dès 1851.

L'initiative tardant à se concrétiser, les animations sont assurées durant plusieurs années à l'Hôtel des Princes et au Jardin Darralde. En outre, un cercle de jeux est formé et installé à titre provisoire au sein de la Maison du Gouvernement, suite à une demande émise en 1874 par les habitants de la station auprès du préfet. Ce dernier, conscient des répercussions positives sur l'affluence étrangère, accède sans hésiter à la requête des administrés tout en restant rigoureusement vigilant quant aux éventuels abus des gestionnaires et au respect du règlement. Une fois l'établissement et les aménagements environnants achevés, le site devient un centre névralgique particulièrement dynamique de divertissement et de mondanités.

Une procédure singulière et un programme multifonctionnel

Si la commune reçoit un second projet architectural de l'architecte Lelegard, de Reims, en 1869, ce n'est pourtant qu'en 1875 que la procédure de concours est officiellement engagée. Il s'agit d'une année charnière où de grands aménagements sont mis en œuvre pour les Eaux-Bonnes, tel celui de l'hippodrome installé au quartier de Monplaisir à Gère-Bélesten. Le dispositif pour la construction du casino est toutefois singulier puisque la projection et l'exécution des travaux doivent être prises en charge par les nouveaux concessionnaires des établissements thermaux. La première étape du processus consiste donc en la mise au concours de l'adjudication des sources, dont le cahier des charges impose la construction du casino aux frais du fermier lauréat pour la somme maximale de 200.000 francs. Les textes publiés dans ce cadre prévoient, en outre, que le lieu de divertissement deviendra propriété de la commune "sans indemnités" à la fin du bail la liant au fermier. Ainsi les autorités publiques trouvent-elles le moyen d'équiper la station d'un lieu prestigieux et rentable tout en se délestant des dépenses colossales que cela implique. Pour autant, elles ne se dessaisissent pas totalement du suivi du chantier, dont elles conservent la maîtrise d'ouvrage publique par l'intermédiaire du préfet et de l'architecte départemental Pierre Gabarret qui assure le contrôle des travaux.

Le programme complexe multifonctionnel décrit dans le cahier des charges ne se limite pas à la construction d'un simple cercle de jeux mais impose un cadre relativement rigide concernant aussi bien l'exploitation que l'édification de la bâtisse. Il s'agit en effet d'un investissement majeur visant à restructurer les services municipaux et centraliser les animations touristiques. L'édifice doit comprendre, outre les espaces de jeux, des locaux destinés aux services publics, à savoir la poste, le télégraphe, le Musée Gaston-Sacaze et l'hôtel de ville. L'adjudicataire doit exploiter "à ses risques et périls" l'établissement en entretenant notamment un orchestre d'au moins vingt-quatre musiciens mis à la disposition de la commune, du 10 juin au 20 septembre de chaque année. Dans l'attente de l'ouverture, le fermier doit verser une indemnité de 10.000 francs annuels pour l'entretien de l'orchestre communal qui doit jouer deux heures en journée quotidiennement, et trois heures en soirée trois fois par semaine. Le cahier des charges impose même les conditions de fixation des tarifs des entrées et la fréquence des animations musicales et dansantes organisées par l'exploitant du casino. En ce qui concerne le parti pris esthétique, c'est un édifice original et éclectique tenant compte de l'imaginaire pittoresque de la villégiature que la commune désire insuffler, car "le style des maisons de la ville étant très uniforme, il serait à désirer que celui de cette construction s’écartât de cette trop grande régularité".

En plus du plafond budgétaire de 200.000 francs, les autorités exigent un délai d'exécution irréaliste pour ce chantier de grande ampleur, en en fixant le début au 1er janvier 1877 pour finir le 31 mai 1879 sous peine de dommages et intérêts, soit seulement dix-sept mois, afin d'ouvrir au public dès le mois de juillet suivant.

Première phase du chantier (1876-1878) : Henri Geisse, le fermier des eaux et la commune

En 1875, c'est la société Winceslas Chancerelle et Cie, installée à Quimper, qui obtient l'affermage des établissements thermaux et donc à qui incombe la construction et l'exploitation du futur casino. Selon la procédure des chantiers publics, le jury du concours du casino, composé notamment de l'architecte Gustave Lévy et des élus Serres et Lamotte-Incamps, se réunit le 1er juin 1876. Parmi neufs candidatures et cinq projets plus ou moins pertinents, il accorde unanimement la première place à la proposition intitulée "Henriette" de l'architecte parisien Henri Geisse, formé à l’École des Beaux-arts, dont le projet s'avère néanmoins trop ample, trop onéreux et contient quelques oublis. Au regard des autres propositions, qui négligent par trop l'environnement pittoresque ou l'originalité attendue, la commune opte, sous réserve de modifications (la suppression d'un étage), pour celui de l'architecte Geisse, qui ne mentionne pas ses honoraires. Les relations entre les trois protagonistes démarrent ainsi sur de mauvaises bases, chacun d'entre eux refusant dès l'origine la prise en charge de la rétribution du maître d’œuvre et du dépassement du budget prévisionnel.

En décembre 1876, Geisse fait parvenir les plans de modifications de son projet à la demande du maire. Les travaux débutent à l'appui de ces documents au printemps 1877. Le soubassement, s'élevant entre la route nationale et le niveau de la promenade Horizontale, est quasiment achevé en l'espace de six mois.

Mais, compte-tenu de la topographie et de l'effet potentiellement produit par son projet, l'architecte propose alors une modification majeure consistant à reculer le bâtiment, de sorte de faire passer la promenade Horizontale à l'avant au lieu de la circonscrire entre le flanc de montagne et la façade arrière. Parmi les raisons invoquées par le maître d’œuvre, se trouvent les proportions exagérées de l'édifice en surplomb de la rue, l'impossibilité d'édifier une rotonde de proportions convenables pour la scène du théâtre ou encore la valorisation de la promenade Horizontale par la nouvelle esplanade du casino et son accès via l'escalier monumental. "Il ne s'agit que de reculer le casino proprement dit sans rien changer ni à son aspect ni à ses dimensions", conclut-il dans son plaidoyer. Si ce changement témoigne du manque de connaissance du terrain à bâtir durant la préparation du concours, il démontre aussi la capacité de l'architecte à remettre son projet en question et à s'adapter aux contraintes topographiques afin de livrer la meilleure œuvre possible.

Bien que la démarche soit justifiée et validée par le conseil municipal, elle implique des coûts subsidiaires - que l'architecte présente comme insignifiants - concernant le couvrement du soubassement initialement intégré dans l'élévation totale de la bâtisse, et, par conséquent, une source de conflit supplémentaire entre les trois acteurs principaux du projet. A partir de novembre 1877, les travaux sont ralentis par les intempéries, notamment de fortes neiges, et des imprévus directement liés aux modifications du plan. Ces changements impliquent en outre l'achat de matériaux plus onéreux qu'escompté mais néanmoins validé par le conseil municipal en mars 1878, comme le ciment de Portland et les tables de plomb pour limiter les infiltrations d'eaux dans le soubassement.

Le procès et la suspension du chantier (1878-1883)

Durant le premier semestre 1878, les relations se tendent entre la commune, l'architecte et le fermier des eaux Chancerelle. Ce dernier, qui, selon le cahier des charges du concours, est l'investisseur mais pas le maître d'ouvrage, prend l'initiative d'envoyer une lettre à l'architecte pour lui reprocher le retard considérable dans le chantier, en le blâmant de se concentrer sur le soubassement au détriment du casino et exigeant - déjà - des dommages et intérêts. Le fermier souligne notamment un manque d'anticipation concernant les fournitures de pierre de Louvie, que l'architecte destine prioritairement au soubassement contrairement à ses engagements. "Nous ne comprenons rien à votre imprévoyance ni votre manière de faire. [...] Mais qui trompe qui ? [...] Nous vous déclarons franchement et loyalement que nous nous retournerons sur vous quand nous serons nous-même poursuivis", assène Chancerelle qui, véritable ultimatum, accorde à l'architecte un délai de trois mois pour achever la maçonnerie et commencer la charpenterie et les huisseries. Ces plaintes du fermier illustrent sa méconnaissance du savoir-faire architectural, où la stabilité et la pérennité de l'édifice dépendent notamment de fondations solides et bien pensées, d'autant plus dans un environnement aussi accidenté et exposé à de rudes contraintes climatiques. Malgré ces déboires, le gros œuvre est achevé en janvier 1879, date à laquelle sont envisagés les travaux de second œuvre.

La prise en main de la conduite du chantier par le fermier est peu appréciée par la municipalité, qui, de son côté, reproche à Geisse d'avoir délaissé sa fonction d'architecte aux ordres de la commune au profit de celle, plus lucrative, d'entrepreneur au service d'une société privée. La commune accuse par ailleurs les deux protagonistes de ne pas la solliciter pour régler ce conflit. Cependant, dans le même temps, Geisse se retourne vers la municipalité pour lui réclamer, selon l'usage, le règlement de ses honoraires au fur et à mesure des dépenses effectuées auprès des entrepreneurs et des ouvriers.

Le 30 décembre 1878, c'est finalement Chancerelle qui porte réclamation contre la commune auprès du conseil de préfecture, lequel se déclare incompétent trois mois plus tard. Le fermier assigne donc la station au tribunal d'Oloron au motif de sept réclamations, parmi lesquelles le retard du chantier, la prise en charge des honoraires de l'architecte et le dépassement du budget prévisionnel. Le 6 juin 1879, le tribunal exige la production de pièces justificatives afin de traiter l'affaire en litige dans un premier temps. En date du 8 août 1879, la décision judiciaire impose à la commune de régler les honoraires de l'architecte puisque les dépenses dépassent de 52.603 francs le montant du devis estimatif. La municipalité fait aussitôt appel et demande la résiliation "pure et simple" de son contrat avec Chancerelle. En dépit de la plaidoirie effectuée le 26 juin 1882 par Gaston Lamaignère, éminent avocat du barreau de Pau défendant la station, la cour de cassation démet la commune de son appel le 9 avril 1883.

Du cercle de jeux provisoire au prestigieux casino

Pendant ce temps, Geisse, qui souhaite se protéger et ne veut être tenu pour responsable, s'inquiète de la dégradation des matériaux liée à la suspension du chantier, notamment de la pierre d'Angoulême et des briques qui n'ont pu être ravalées. Parallèlement, la station, qui, pour sa part, ne peut se priver d'un tel apport économique et touristique, continue d'organiser les bals à l'Hôtel des Princes et d'accueillir les concerts et le cercle de jeux à la Maison du Gouvernement. Sur la façade de cette dernière, donnant sur le jardin Darralde, trône encore en cette période l'inscription "Cercle du casino" tandis que, en 1882, l'enseigne "Casino" est installée sur la façade latérale de l'imposante bâtisse en chantier, ce dont s'offusque la presse locale titrant ironiquement : "Le casino a arboré son enseigne !", et demandant son retrait "au nom de la dignité" de la station thermale.

En septembre 1883, il est déploré que le casino "dorme comme une ruine" sur ses fondations, "abandonnées faute de fonds nécessaires". Le coût des dépenses restantes, surestimé, est alors évalué à 250.000 francs. Quoi qu'il en soit, les travaux intérieurs sont exécutés entre 1883 et 1885 mais on procède à une ouverture progressive des différents espaces au fur et à mesure de leur achèvement, afin de limiter les dégâts en termes d'image et d'économie. En juillet 1884, tandis que le chantier suit son cours, la salle du théâtre accueille son premier cycle de représentations. Le crépissage intérieur exécuté par l'entrepreneur Cazenave est achevé le 11 novembre de la même année, date à laquelle le cantonnier Cantou-Ganet indique que l'extérieur de la rotonde est terminé depuis le samedi précédent. Le pavement de marbre de l'entrée est fourni par la Marbrerie Dussert & Labal à Bagnères-de-Bigorre, dont la signature figure sur le seuil de l'entrée principale. Le chantier est totalement achevé en juin 1885 et donne lieu à une inauguration en grandes pompes à la mi-juillet. En raison de tous ces déboires et des contraintes économiques, c'est en définitive assez tard que cette station ancienne et renommée, ayant pourtant émergé dès la Restauration, est en mesure d'exploiter son casino, alors que les sites balnéaires et thermaux voisins en possèdent depuis parfois 30 ans.

Un projet urbain, paysager et économique : de l'esplanade du casino à la galerie commerciale

La construction du casino ne résulte pas seulement d'une nécessité de distraction mais s'insère surtout dans un programme urbain, paysager et économique plus global. Une fois les travaux achevés, la municipalité envisage rapidement l'aménagement d'une galerie commerciale et d'une esplanade coïncidant aussi avec le départ de la Promenade Horizontale. En 1888, la galerie commerciale, installée dans le soubassement du casino et abritant des magasins et des boucheries, fait l'objet d'une délibération du conseil municipal règlementant son exploitation afin de garantir la bonne tenue des lieux au regard de la fréquentation "étrangère" : interdiction d'allumer des feux, enlèvement des ordures et obligation de nettoyer entre les boutiques et le casino quotidiennement.

Ces installations provisoires sont rapidement substituées par un projet de marché couvert et de "boulevard" conçu entre 1892 et 1894 par l'architecte départemental Leidenfrost. Les travaux en sont exécutés par l'entrepreneur Jean-Pierre Boy, de Laruns, et réceptionnés officiellement le 2 juillet 1894. Des travaux supplémentaires sont cependant effectués par Charles Courrèges pour un montant de 34.000 francs à partir du mois d'août suivant. De nombreuses cartes postales du début du XXe siècle illustrent cet aménagement qui consistait en la surprenante couverture de l'escalier monumental du soubassement réalisé par Geisse.

La création de cette galerie, également nommée "marché couvert" dans les archives, implique la conception d'une esplanade au-dessus d'elle parachevant, par la même occasion, la façade principale du casino. Cette immense terrasse, "unique dans les stations pyrénéennes", est destinée aussi bien à valoriser le récent établissement et les aménagements urbains qu'à accueillir des animations de plein air en un site prestigieux et prolongeant ainsi la superficie du casino restreint à un étage. L'inauguration de l'esplanade, également en grandes pompes, a lieu le 9 juillet 1893 avec une affluence considérable de baigneurs et de touristes venus des Eaux-Bonnes et des Eaux-Chaudes. Le programme des festivités fut abondamment commenté dans la presse locale, entre animations musicales et jeux traditionnels : course aux œufs, jeu du baquet, course des Pasteurs de la montagne Verte lancée par un coup de feu tiré par le guide Lanusse en tenue traditionnelle, illuminations et feux d'artifices... Les billets de train aller et retour sont même prévus, y compris de nuit, en partance de Pau et d'Oloron afin d'attirer un maximum de villégiateurs de tout le Béarn.

Deux ans plus tard, c'est un terrain de jeu de paume au blaid à main nue qui est inauguré sur l'esplanade à côté de l'édifice. Ce nouvel aménagement permet à la commission des fêtes municipales d'enrichir son panel d'animations avec des concours organisés tous les dimanches, dont les participants, outre les récompenses des lauréats, se voient offrir la gratuité d'accès au casino, au théâtre et aux concerts.

Remaniements au XXe siècle

Durant la Première Guerre mondiale, alors que la commune accueille des soldats convalescents à l'Hospice Sainte-Eugénie et dans certains hôtels, le casino continue d'être un centre d'animations dynamique où, par exemple, sont hébergés et se divertissent les soldats américains placés sous la protection de la Young Men's Christian Association, ainsi que le rappelle une plaque commémorative apposée sur l'aile sud du bâtiment.

Au XXe siècle, le site connaît plusieurs remaniements qui entraînent notamment la disparition quasi-totale des décors d'origine. En 1920, la galerie commerciale du soubassement est réaménagée en magasins par l'architecte Maussier-Dandelot, galerie dont sera démantelée la couverture de Leidenfrost dans les décennies suivantes. Le casino lui-même est rénové par l'architecte départemental Jules Noutary durant l'entre-deux-guerres. Il est ensuite remanié par l'ingénieur-architecte palois C.P. Bacqué entre 1970 et 1972 qui installe une salle de cinéma et une discothèque dans l'ancien théâtre. Durant cette période, des panneaux ondulés translucides sont posés pour protéger la galerie de l'élévation arrière contre les intempéries. Enfin, le groupe Tranchant, qui en obtient l'exploitation dans les années 1990, se charge d'importants remaniements intérieurs et d'une extension fermant la galerie couverte de la façade arrière.

Période(s) Principale : 4e quart 19e siècle
Principale : 1er quart 20e siècle
Secondaire : 3e quart 20e siècle
Secondaire : 4e quart 20e siècle
Dates 1876, daté par source
1892, daté par source
1920, daté par source
1926, daté par source
1970, daté par source
1990, daté par source
Auteur(s) Auteur : Geisse Henri, architecte, attribution par source
Auteur : Marbrerie Dussert & Labal,
Marbrerie Dussert & Labal

Implantée à Bagnères-de-Bigorre.


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marbrier, attribution par source
Auteur : Leidenfrost Philippe,
Philippe Leidenfrost

Dans les Basses-Pyrénées dans les années 1890.


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architecte départemental, attribution par source
Auteur : Gabarret Pierre,
Pierre Gabarret

Architecte communal des Eaux-Bonnes dans les années 1870-1880.


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architecte communal, attribution par source
Auteur : Cazenave,
Cazenave

Actif aux Eaux-Bonnes en 1884.


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entrepreneur, attribution par source
Auteur : Courrèges Charles,
Charles Courrèges

Entrepreneur actif aux Eaux-Bonnes dans les années 1860-1880.


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entrepreneur, attribution par source
Auteur : Gautrait Lucien Léopold,
Lucien Léopold Gautrait (1865 - 1837)

Joaillier et sculpteur renommé de la Belle Époque à l'entre-deux-guerres.


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sculpteur, signature
Auteur : Bacqué C.P.,
C.P. Bacqué

Probablement Cyprien Bacqué. Signe "Ingénieur-architecte".


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architecte, ingénieur, attribution par source

Le casino est implanté sur un promontoire rocheux exigu à l'entrée du bourg thermal, au départ de la Promenade Horizontale, dont la démolition préalable de plusieurs chalets permit d'augmenter l'emprise au sol. Situé entre les flancs du mont Gourzy et le vallon urbanisé, le terrain offre une vue d'ensemble pittoresque sur la station et le Jardin Darralde, panorama maintes fois représenté dans l'iconographie du XIXe siècle. Sa localisation en hauteur et à l'intérieur du dernier virage de la route de Laruns, au-dessus d'un imposant mur de soutènement, occulte l'édifice qui ne se découvre que dans la poursuite du cheminement vers le parc et le centre de la localité. Le casino domine ainsi de sa prestance et de son originalité architecturale un ensemble urbain homogène avec lequel il contraste diamétralement.

Le choix du projet "Henriette"

Le jury a opté pour le projet répondant le mieux au programme et au parti pris esthétique exigé en fonction de l'ensemble urbain existant. Au regard des propositions concurrentes, le projet sobrement nommé "Henriette" imaginé par Henri Geisse se distingue de façon incontestable, l'architecte ayant compris à la fois le programme et les attentes esthétiques, quand bien même certains ajustements se sont avérés nécessaires. Dans son rapport, le jury indique qu'il s'agit "sans nul doute du projet le mieux conçu, le plus rationnel, s'adaptant parfaitement au terrain" et qui présente l'"avantage, tout en portant un cachet d'originalité tout particulier, d'être un des projets les moins dispendieux". Outre l'esthétique "pittoresque", il intègre des aménagements extérieurs et un vaste escalier monumental, c'est-à-dire une réelle réflexion urbanistique annonçant ses grands projets urbains à venir, notamment dans les Basses-Pyrénées.

Un ensemble multifonctionnel

Le chantier exécuté diffère du projet présenté au concours puisque Geisse introduit une modification fondamentale en reculant les deux niveaux du casino vers le flanc de montagne. Ce choix permet de réaliser une entrée beaucoup plus monumentale vers la prestigieuse bâtisse qui s'en trouve d'autant plus valorisée. Les élévations sont par conséquent décalées par rapport au soubassement, de sorte de dégager une vaste esplanade entre l'arrivée de l'escalier et l'entrée du casino.

Le soubassement se déploie sur deux niveaux au centre desquels est inséré l'escalier monumental mettant en communication la rue Castellane, en bas, et l'esplanade. Le premier sous-sol devait accueillir un vestibule distribuant vers le bureau des télégraphes et la poste. La modification du plan a cependant conduit à changer la destination de ces espaces, transformés en locaux techniques, de même que, dans ce contexte, le second niveau du sous-sol ne fut que partiellement exécuté. La maçonnerie et les baies réalisées composent ainsi des espaces jamais affectés - plutôt que désaffectés - qui, initialement devaient abriter le muséum d'histoire naturelle au centre, la mairie à droite, et les logements de fonction des employés des postes et télégraphes à gauche.

En ce qui concerne les espaces du casino à proprement parler, ils se déploient au rez-de-chaussée, surélevé, et au premier étage de la bâtisse installée sur le promontoire. Développé sur un plan légèrement asymétrique, rompant timidement avec la doctrine académique assimilée par Geisse lors de sa formation, l'édifice se compose originellement d'un corps central rectangulaire flanqué de deux pavillons perpendiculaires - dont celui de droite, agrémenté d'une abside semi-circulaire rappelant l'architecture sacrée romane. Entre le corps central et les pavillons latéraux, sont insérés deux autres corps de bâtiments étroits, décalés par rapport à l'alignement de la façade principale et achevés par des petites absides semi-circulaires, qui étaient destinés à des espaces de circulation, en l'occurrence des galeries et des escaliers à vis.

Au rez-de-chaussée, un vestibule central distribue les espaces : autrefois une salle de conversation et une salle de lecture à gauche, une salle de billard et une salle de jeu à droite, remplacées respectivement par une salle de bal, la salle du jeu de boule et, à droite, la salle de baccara. Dans le prolongement, s'insèrent un espace circulatoire, puis le théâtre dont la scène est installée dans l'abside. Son réaménagement en salle de cinéma a peu touché aux volumes originels, qui se trouvent cependant occultés. La scène a ainsi été obturée afin d'y aménager une discothèque. Ce remaniement a impliqué une mise à niveau du sol de la salle - initialement partiellement incliné - avec remblais et hourdis en ciment armé - alors que le plafond et les parois furent conçus en panneaux de fibre de verre, respectivement de type Spanglass et Heraklit.

De chaque côté du corps central dans la façade longitudinale, se déploient des galeries couvertes, dont celle de l'arrière est condamnée par un système de protection contre les intempéries.

Au premier étage, le corps central et le pavillon de gauche abritent une série de pièces en enfilade accueillant autrefois des salles de jeux et des logements de fonction. Le pavillon de droite abrite les loges du théâtre, depuis lesquelles le volume des parties hautes de la salle et l'abside de la scène restent visibles. Sous les combles, de nombreuses chambres de bonnes et lieux de dépôt de bagages, optimisant au maximum les espaces, se répartissent de part et d'autre d'un long couloir.

A la recherche du pittoresque. L'éclectisme du Second Empire et de la Troisième République

Le fonctionnalisme qui transparaît dans le plan est également perceptible dans l'organisation et l'esthétique de ses élévations, caractérisées par le parti éclectique en vogue sous le Second Empire et la Troisième République, particulièrement dans les stations de villégiature. Cela produit une architecture relativement complexe associant diverses sources d'inspirations historicistes et géographiques, où chaque espace possède son caractère particulier et forme un "ensemble harmonieux et pittoresque".

Le soubassement en pierre de Louvie, matériau choisi pour sa proximité et sa robustesse, comporte cinq larges travées percées de baies en arcs en plein-cintre, souvent jumelées, aux influences romanes. Lorsqu'elles ne sont pas condamnées, principalement au rez-de-chaussée, ces baies sont fermées par des menuiseries peintes en rouge. L'escalier monumental à double volée se répartit de façon symétrique de chaque côté d'un avant-corps central et entre deux pavillons latéraux carrés. La modénature et les chaînages d'angle sont en pierre grise de Louvie égayée par la teinte rouge des menuiseries. Les murs de parement se composent, quant à eux, d'un appareil irrégulier, technique qui optimise la stabilité de l'élévation d'autant plus dans un tel site escarpé.

Conformément aux exigences du cahier des charges, le casino se développe sur un rez-de-chaussée surélevé et un étage seulement. Le corps central, déployé de façon longitudinale, se compose de neuf travées comprenant une travée centrale surmontée d'un fronton triangulaire percé d'un oculus emprunté à l'architecture classique. Ces deux niveaux sont agrémentés de baies couvertes d'arcs segmentaires. La façade principale est ornée d'une galerie couverte par un avant-toit et ponctuée par des colonnes à chapiteaux d'inspiration romane en pierre d'Angoulême, connue pour sa malléabilité et sa teinte blanche immaculée et souvent employée pour la sculpture ornementale. Cette galerie est dotée d'un pavement en marbre de Bagnères-de-Bigorre. Les pavillons latéraux sont, quant à eux, agrémentés de baies tripartites ou de plus larges baies, dont les tailles correspondent aux fonctions des volumes qu'elles ornent, petites dans les espaces de circulation, larges dans la salle de bal. L'abside du théâtre fait manifestement référence à l'architecture sacrée romane avec ses percements de baies - condamnées - en plein-cintre.

Hormis cette organisation fonctionnaliste et diversifiée, ce sont les murs de parement polychromes qui font la grande originalité de l'édifice. Ils sont en effet constitués de briques rouges et blanches disposées en damier au rez-de-chaussée, en bandes horizontales au premier étage du corps central, et en quadrillage noir et rouge au premier étage de l'abside et des pavillons latéraux. Ces dispositions esthétiques sont inspirées de l'architecture mauresque plébiscitée dans les lieux de villégiature qui édifient des constructions similaires, telles que les établissements thermaux de Salies-de-Béarn ou d'Argelès-Gazost. En plus de la valeur esthétique, le recours à la brique permet une économie non négligeable de pierre de taille, provenant des carrières d'Angoulême, qui n'est employée que parcimonieusement pour la modénature.

La complexité du plan et des élévations implique une couverture également variée composant un jeu de toit asymétrique et dynamique. Tandis que le corps central est couvert d'un toit simple à deux versants, les pavillons latéraux rectangulaires sont couverts de toits à croupes rappelant d'autant plus l'architecture vernaculaire ossaloise qu'ils sont faits en ardoises pyrénéennes. La couverture de l'abside adopte quant à elle la forme d'une croupe ronde, rappelant la couverture d'une église romane.

Les décors, presque entièrement disparus, sont absents des sources iconographiques disponibles. Les seuls vestiges, en l'occurrence deux cheminées et les fenêtres condamnées ou démontées des anciennes salles de jeux et de détente, adoptent le style éclectique apprécié dans l'architecture civile de villégiature durant le second XIXe siècle. Il reste en outre quelques cheminées en marbre de série parsemées au rez-de-chaussée et au premier étage. Les pavillons accueillant les escaliers intérieurs, peu remaniés et très sobres, sont dotés de boiseries murales caractéristiques de la seconde moitié du XIXe siècle.

Dans la salle de théâtre, subsistent encore les loges, fortement dégradées, avec leurs boiseries foncées néogothiques et leurs peintures murales polychromes assorties et composées de motifs végétaux rouges sur fond bleu.

Murs moellon enduit
pierre pierre de taille
brique brique et pierre en damier
brique et pierre à assises alternées
marbre
Toit ardoise
Étages 2 étages de soubassement, rez-de-chaussée surélevé, 2 étages carrés, étage de comble
Élévations extérieures élévation ordonnancée
Couvertures toit à longs pans croupe
croupe ronde
Escaliers escalier de distribution extérieur : escalier symétrique, en maçonnerie
escalier dans-oeuvre : escalier tournant à retours, en charpente
Techniques vitrail
Statut de la propriété propriété de la commune
Intérêt de l'œuvre à signaler

Annexes

  • Présentation des projets proposés dans le cadre du concours architectural de 1875

    Parmi les cinq projets "traités avec un soin particulier", quatre, en effet, ne tiennent pas compte des contraintes topographiques imposant des proportions modestes. Ils n'offraient pas non plus le style adéquat à un lieu de divertissement et à l'imaginaire post-romantique afférent, car ils étaient dépourvus de l'originalité et du "caractère d'architecture qu'il convenait d'adopter pour l'édifice dans les conditions pittoresques où il est placé". Certains projets étaient en outre incomplets - certains omettaient de présenter des coupes ou des profils - tandis que d'autres proposaient des devis estimatifs peu sérieux et trop sommaires.

    Les propositions classées au deuxième et au troisième rang, respectivement baptisées "Utile Delà" et "Salve Pyrenei", comportaient un handicap rédhibitoire reposant sur la méconnaissance du singulier terrain d'implantation et l'absence d'un plan d'ensemble, sans compter leur parti académique, élégant mais inadapté aux attentes du jury. Le troisième, s'agençant fort mal dans le réseau de promenades, impliquait d'en détruire certains accès et fut considéré comme inexécutable. Celui classé quatrième, intitulé "Nec semper feriet quodcumque minabitur arcus", quoique présentant de grandes qualités, ignorait les exigences du programme. Quant au cinquième, baptisé "Labor improbus omnia vincit", ne présentant "aucun intérêt particulier", il manquait cruellement d'originalité et de caractère et, négligeant la nécessité d'indépendance entre les différents types d'espaces publics, correspondait davantage à la distribution d'un hôtel ou d'une maison de location. Parmi les quatre derniers, le septième portant l'ambitieuse - et inappropriée - épitaphe "L'art embellit la nature" occupait même une surface plus grande que le terrain disponible.

    Quant au projet d'Henri Geisse, il apporta toute satisfaction au jury et aux autorités publiques qui considéraient que la distribution était combinée "avec intelligence". Son asymétrie relative cherchait à concilier les principes fonctionnalistes, promus par l'école viollet-le-ducienne, qui considère que l'organisation de l'édifice résulte des nécessités du mode de vie, et donc des volumes correspondant aux besoins. Il démontre en outre qu'un architecte tel qu'Henri Geisse, dont la formation académique reste perceptible dans ce plan, a parfaitement ciblé les exigences de la commune qui recherchait avant tout une construction pittoresque, ce qui signifie une fondamentale dimension historiciste et les principes architectoniques que cela implique. Ainsi l'architecte met notamment en œuvre le principe de lisibilité des façades, que le jury salue en indiquant que ce projet "a le mérite de saisir toute la disposition intérieure de l'établissement".

    Les élévations, qui doivent leur polychromie au jeu des matériaux, ont particulièrement séduit le jury qui les considéraient "parfaitement" adaptées "à la destination de l'édifice" parce qu'elles correspondaient à son imaginaire du pittoresque.

  • Transcription de la plaque commémorative apposée sur le bâtiment

    Sur l'aile gauche de la façade principale, est affichée une plaque en bronze conçue par le sculpteur joaillier Lucien Léopold Gautrait en 1921 afin de rendre hommage en français et en anglais au village des Eaux-Bonnes qui accueillit les soldats américains durant la Première Guerre mondiale :

    MCMXVII-MCMXVIII. Cette plaque a été apposée par la Young Men's Christian Association des États-Unis en remerciement de l'hospitalité qu'elle a reçu des citoyens de cette ville pendant la Grande Guerre alors que les soldats américains ont été autorisés à utiliser cette demeure pour leur repos et leur récréation.

Références documentaires

Documents d'archives
  • Thermalisme. Lettre du sous-préfet d'Oloron, 30 avril 1874.

    Archives municipales, Eaux-Bonnes : T5
  • Bâtiments communaux. Casino, 1875-1883 (dont : rapport des membres du jury du concours au préfet, 1876 ; note après plaidoiries, 1883).

    Archives municipales, Eaux-Bonnes : B3
  • Bâtiments communaux, dossier Casino. Adjudication des sources de l'établissement thermal des Eaux-Bonnes, cahier des charges, 1877.

    Archives municipales, Eaux-Bonnes : B1
  • Bâtiments communaux. Projet de construction d'un boulevard pour le casino, 1884-1893.

    Archives municipales, Eaux-Bonnes : B2
Documents figurés
  • Plan cadastral des Eaux-Bonnes dressé par J. Turon le 17 septembre 1863, vu et approuvé par le préfet le 27 avril 1866.

    Archives municipales, Eaux-Bonnes
  • Plans de la galerie commerciale du casino, 1892-1920.

    Archives municipales, Eaux-Bonnes : P1
  • Plan des Eaux-Bonnes, dans Guide Joanne, Hachette, 1894.

Bibliographie
  • CROSNIER-LECONTE Marie-Laure, "Geisse, Henri (1843-08-21 - 1932)". In Dictionnaire des élèves architectes de l’École des Beaux-arts [En ligne], INHA, mis à jour en 2015. Consulté en 2018.

  • JOANNE Paul. Pyrénées. Paris : Hachette, édition de 1888 (collection des guides Joanne).

  • MIGNOT Marie-Pascale. Les Eaux-Bonnes, station thermale des Pyrénées-Atlantiques. DRAE Aquitaine, 1986.

Périodiques
  • Courrier d'Eaux-Bonnes, 20 juillet 1882.

    P. 1.
  • Courrier d'Eaux-Bonnes, 16 juillet 1893.

    P. 1.
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