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Couvent des Jacobins

Dossier IA40001730 réalisé en 2015

Fiche

Œuvres contenues

Genre de frères prêcheurs
Appellations Couvent des Jacobins
Parties constituantes non étudiées église, cloître, réfectoire
Dénominations couvent
Aire d'étude et canton Saint-Sever
Adresse Commune : Saint-Sever
Lieu-dit : Adresse : rue du Général-Lamarque
Cadastre : 1809 K 212 Edifice public ; 1844 K 146 à 150 Edifice public ; 2015 AY 98 à 101

Le couvent médiéval

D'après un document du cartulaire de l'abbaye, trois frères dominicains auraient été envoyés à Saint-Sever en 1280, pour envisager la création d'un couvent de frères prêcheurs dans la ville. Le couvent est enregistré au Chapitre de Gascogne deux ans plus tard mais sa construction ne parait commencer qu'après l'accord passé avec les Bénédictins de la ville : le couvent se place hors les murs, les frères Prêcheurs n'ont pas le droit de conférer les sacrements. En 1287, il leur est tout de même donné l'autorisation, par l'entremise d’Aliénor d'Angleterre, fille d’Édouard Ier, d'enterrer leurs morts dans le cloître du couvent, ce qui signifie que les fondations du cloître médiéval sont déjà définies.

Plusieurs éléments architecturaux peuvent correspondre au premier édifice. Dans l'aile est, les fragments de la chaire du lecteur ainsi que l'entrée de l'ancienne salle capitulaire semblent dater des alentours de 1300. Le profil et le base des colonnettes ainsi que les chapiteaux sculptés se rattachent à cette période. Le dortoir se serait alors situé à l'étage, comme semblent en témoigner d'anciennes ouvertures étroites en plein cintre. L'église serait également construite vers 1300. Les mêmes profils et base de colonnettes sont identifiables aux portails ouest extérieur et sud-ouest dans le cloître. La rose percée au-dessus du portail ouest présente un réseau cohérent avec la première construction.

Le chantier et les aménagements se poursuivent durant la première moitié du 14e siècle grâce à des donations, notamment par le cardinal Guillaume Pierre de Godin. L'église parait avoir été agrandie au nord avec l'adjonction d'un bas-côté ouvert dans la nef par quatre grandes arcades dont le chanfrein de l'arc se termine par un congé, caractéristique de la période. Des arcades aveugles plus étroites animant le mur sud reprennent cette structure.

Du 14e au 16e siècles, plusieurs évènements ont entrainé la destruction partielle du couvent. En 1372, un tremblement de terre touche la ville. Bien qu'aucune source ne mentionne les dégâts au couvent, ceux causés au monastère des bénédictins laissent supposer de nombreuses altérations. En 1442, les troupes de Charles VII attaquent la ville par le faubourg de la Guillerie, où se situe le couvent. Les troupes de Montgomery en 1559, finirent de saccager les bâtiments conventuels et leur mobilier. Une enquête ordonnée par le roi le 18 janvier 1572 fait état du couvent des frères Prêcheurs "ruiné et démoli entièrement si ce n'est une partie de la couverture de la grande nef de l'église".

Les reconstructions du 17e siècle

La majorité des bâtiments conventuels est reconstruite dans la seconde moitié du 17e siècle. Les fonds levés par Antonin Cloche à Rome entre 1686 et 1723 permirent au prieur de la communauté de réaliser un certain nombre de travaux. L'utilisation de la pierre et de la brique dans un esprit languedocien témoigne de cette campagne. Les décors sculptés de la cour du cloître, l'escalier en pierre rampe-sur-rampe ainsi que la fausse voûte qui le surmonte datent de la même campagne. L'ouverture donnant sur la cage d'escalier, amputant l'ancien accès à la salle capitulaire, est aménagé à la même période. Le portail donnant sur la rue du Général-Lamarque est comparable à un autre portail aujourd'hui disparu qui se trouvait rue du Tribunal et portait la date de 1709. Ainsi, cet encadrement de porte serait réalisé à la fin de cette campagne, vers 1710. La porte sud menant à un jardin est déjà mentionnée dans les lettres échangées entre Antonin Cloche et le prieur et le second étage de l'aile nord du cloître est alors une loggia ouverte, comme en témoignent les traces prises en maçonnerie.

La période post-révolutionnaire

En 1791, le couvent des frères Prêcheurs est réquisitionné et Alexis Basquiat, député et maire de Saint-Sever, s'en porte adjudicataire. Le couvent devient un magasin de fourrage. Un devis des ouvrages dressé en l'an 4 par l'architecte communal Saillard rend compte des travaux amorcés pour la transformation de l'édifice en école centrale. La chapelle est alors divisée en deux espaces, la partie est étant pourvue d'un étage. Des traces de corbeaux soutenant le plancher sont toujours visibles sur les murs. Une fausse voûte lambrissée en anse de panier est construite sous la charpente médiévale. Les ailes est, sud et ouest sont divisées en logement et salles de classe. Les fenêtres supérieures de l'aile nord côté cloître jusqu'alors en plein cintre avec encadrements de brique deviennent des baies rectangulaires encadrées d'un châssis de bois.

Affecté au collège municipal, l'édifice est réaménagé avec de nouveaux cloisonnements en 1867 par l'architecte départemental Alexandre Ozanne. De 1895 à 1970, le couvent est transformé en école d'agriculture. La porte ouest est ouverte en 1925. L'occupation allemande durant la Seconde Guerre mondiale entraina des modifications. Deux ouvertures en rez-de-chaussée des ailes ouest et nord furent percées et les murets entre les piliers du cloître furent détruits. Lors de la fermeture de l'école d'agriculture, un projet de réaménagement du couvent en bains douches, marché couvert et salle des fêtes est proposé. C'est dans l'optique de transformer l'église en salle des fêtes que les baies gothiques supérieures et les arcades inférieures sont murées mais le projet sera finalement abandonné. Le musée municipal occupe depuis 1974 une partie des bâtiments conventuels.

Période(s) Principale : 1ère moitié 14e siècle
Principale : 2e moitié 17e siècle
Secondaire : 1er quart 19e siècle
Secondaire : 3e quart 19e siècle
Secondaire : 2e quart 20e siècle
Auteur(s) Auteur : Ozanne Alexandre,
Alexandre Ozanne (1828 - 1888)

Né à Bonascq (Calvados). Architecte départemental des Landes de 1859 à 1879.


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architecte départemental, attribution par source
Auteur : Saillard,
Saillard ( - 1813)

Architecte communal de Saint-Sever à la fin de l'Ancien Régime, pendant la période révolutionnaire et sous l'Empire ; rebâtit en 1777 le clocher de l'église Saint-Laurent de Mugron, transforme le couvent des Jacobins de Saint-Sever en l'an IV et celui des Ursulines en 1807-1813, restaure le clocher de l'église d'Eyres-Moncube en 1813.


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architecte communal, attribution par source

Le couvent des Jacobins est composé de plusieurs bâtiments organisés autour d'un cloître quadrangulaire irrégulier. Chaque galerie du cloître, voûtée d'arêtes, est ouverte par cinq arcades en plein cintre reposant sur des pilastres. L'étage souligné par un bandeau mouluré est percé de fenêtres séparées par des pilastres de brique.

L'église d'un seul vaisseau se situe dans l'aile nord. Les murs sont construits en moellon et brique. Les baies sur les murs latéraux, sur le chevet droit et la rose à l'ouest ont un encadrement et un réseau en pierre de taille. Six arcades aveugles animent le mur sud. Quatre arcades aujourd'hui murées sont visibles dans le mur nord. Plusieurs portes sont percées en rez-de-chaussée, sur les murs nord, sud et ouest. L'aile est, divisée en plusieurs pièces, donne sur le cloître. Les anciennes cuisines sont aménagées dans une annexe adossée à l'angle sud-est du cloître. Elles communiquent avec une vaste pièce correspondant à l'ancien réfectoire et à la salle capitulaire. Les murs sont en brique. Les ouvertures sont rectangulaires et en pierre de taille, à l'exception de celle de la travée centrale en anse de panier et en brique. La chaire du lecteur est accessible depuis un escalier droit en pierre.

La cage du grand escalier est attenante à l'église. Les volées et la rampe décorée de tables rentrantes sont en pierre. L'escalier dessert le premier étage de l'aile est, couvert d'une fausse voûte lambrissée à trois pans. Un corridor central dessert des pièces de part et d'autre. L'escalier communique également avec la partie supérieure nord du cloître formant un espace unique. Les ailes sud et ouest sont divisées en petites pièces en enfilade. Elles sont traversées en rez-de-chaussée de larges porches bétonnés. Des menuiseries de bois (encadrement, meneaux) sont visibles sur les fenêtres supérieures de l'aile sud.

Le portail donnant sur la rue du Général-Lamarque est en pierre de taille à bossage. Il est surmonté d'un fronton triangulaire.

Murs calcaire pierre de taille
moellon
brique
enduit partiel
Toit tuile creuse, tuile mécanique
Étages 1 étage carré, 1 vaisseau
Couvrements voûte d'arêtes
Couvertures toit à longs pans pignon découvert
Escaliers escalier dans-oeuvre, escalier tournant à retours sans jour, en maçonnerie
Techniques sculpture
peinture
Représentations ornement végétal, feuillage, sirène, tête de femme, homme, moine
Précision représentations

Le portail ouest de l'église est composé d'une voussure à 6 rouleaux moulurés prenant appui sur des piédroits surmontés de chapiteaux gorgerins feuillagés. La base des piédroits est moulurée. Le tympan aveugle est décoré d'un linteau en arc surbaissé sculpté d'une frise à ornement végétal. Des niches concaves sont ménagées en partie supérieure.

Le portail sud-ouest de l'église donnant dans le cloître est composé d'une voussure à 3 rouleaux moulurés couvert d'un rouleau d'archivolte prenant appui sur des corbeaux triangulaires.

Le portail à trois portes menant à la salle capitulaire est pourvu d'arcs brisés. Une voussure s'appuyant sur des chapiteaux sculptés ornait chaque arc. L'ensemble est aujourd'hui lacunaire.

La chaire du lecteur actuellement fragmentaire, reprend les mêmes formes que le portail ouest. Une voussure prenait appui sur des chapiteaux gorgerins sculptés surmontant des piédroits dont la base est moulurée. Des éléments figurés sont identifiables, notamment une sirène et un visage féminin.

Édifice témoin de l'implantation d'un ordre mendiant dans une petite ville de la Gascogne médiévale, le couvent des Jacobins contient de nombreux éléments architecturaux remarquables.

Statut de la propriété propriété de la commune
Intérêt de l'œuvre à signaler
Éléments remarquables charpente en bois, escalier, cloître
Protections classé MH partiellement, 1971/01/06
inscrit MH partiellement, 1971/01/06
Précisions sur la protection

Chapelle ; cloître avec son étage (cad. S 191) : classement par arrêté du 6 janvier 1971 ; bâtiments de l'ancien couvent sauf parties classées (cad. S 190, 191, 193) : inscription par arrêté du 6 janvier 1971.

Annexes

  • Description et analyse de la charpente de l'église des Jacobins.

    Par Xavier Pagazani, chercheur au Service Régional du Patrimoine et de l'Inventaire Aquitaine

    La charpente pourrait dater en partie de la première construction, vers 1300. Cette tradition se trouverait confortée par le type de charpente employée : à chevrons-formant-fermes contreventées, avec alternances de fermes à entrait et de fermes à entrait retroussé. Des fermes principales (raidies par un poinçon et de faux-entraits triangulés aux chevrons par des aisseliers et reposant sur des jambettes). Ces différentes fermes, principales et secondaires, sont liées entre elles par des sablières en partie basse, une sous-faîtière à hauteur des faux-entraits et de la faîtière, ainsi que par de longues écharpes assemblées sur la face extérieure des chevrons et réunissant jusqu'à huit fermes entre elles. Les poinçons et les entraits ont la particularité d’avoir leur fût affiné en forme de colonnette à pans coupés (sections octogonales et chapiteaux), les parties où sont concentrés les assemblages étant de section plus forte. Les assemblages sont à tenons et mortaises, et à embrèvement pour les aisseliers et les jambettes. Par ailleurs, pour respecter la forme de la voûte en berceau, les arêtes des jambettes, aisseliers et chevrons sont chanfreinées. Cette observation doit être rapprochée du fait que des photographies montrent des vestiges encore en place d’un lambris : il faut croire que c’est l’ensemble de la partie inférieure de la charpente qui était autrefois recouverte d’une voûte lambrissée où seuls étaient visibles les entraits et les poinçons des fermes principales. Enfin, cette hypothèse est également confortée par quelques rares vestiges de polychromie (rouge, vert) et d’un apprêt blanc sur ces pièces principales, couche préparatoire seule subsistante d’une polychromie beaucoup plus importante qui couvrait la totalité de la surface de ces pièces. L’ensemble des fermes forme dix travées. La charpente s’élève à 17 mètres.

    Rien n’atteste qu’il s’agit d’une charpente médiévale, d’autant que, selon les recherches récentes sur le sujet, toutes les charpentes que l’on croyait jusqu’ici dater des 12e, 13e et 14e siècle dans la région ne remonte en fait pas plus tard qu’à la seconde moitié du 15e. En l’absence d’un examen plus complet et plus fin de cette charpente couplé à des analyses dendrochronologiques des bois, aucune datation ne peut être suggérée.

    La tradition avance qu’à la suite de l’attaque des troupes de Montgomery, la charpente aurait été en partie détruite et serait restée à l’état de ruine jusque dans la seconde moitié du 17e siècle, période à laquelle les bâtiments conventuels auraient été reconstruits. Cette tradition mériterait, elle aussi, d’être confirmée ou infirmée – là encore par une analyse archéologique du bâti couplée à des analyses dendrochronologiques des bois de charpente.

    A la Révolution, l’église reçut de nouvelles affectations, moyennant quelques travaux de modification. Un mur de refend fut construit à l’intérieur du sanctuaire, placé presque à moitié de sa longueur pour la séparer en deux parties distinctes. La partie occidentale conserva une fonction de lieu de culte : elle reçut alors une structure légère en bois placée sous la charpente ancienne afin de recevoir une nouvelle voûte lambrissée en berceau anse de panier ; celle-ci a disparu dans les années 1960 mais a laissé son empreinte au mur-pignon occidental – elle occultait en partie la rosace de ce mur – et dans les murs gouttereaux où les traces d’empochements des étriers qui la portaient se voient encore.

Références documentaires

Documents d'archives
  • Testament du cardinal Pierre de Godin, 1335.

    Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques : H 60
  • Enquête ordonnée par le roi sur les édifices du diocèse d'Aire, 18 janvier 1572.

    Archives départementales des Landes : H 13 56
  • Lettre de Basquiat au conseil de ville, 19 décembre 1791.

    Archives municipales, Saint-Sever : 3 G 1
  • Devis estimatif dressé par l'ingénieur Georget, 29 floréal an 4 (18 mai 1796).

    Archives nationales, Paris : F / 13 / 1729
  • Commande de plans pour les réparations à faire aux Jacobins, 25 prairial an 4 (13 juin 1796).

    Archives nationales, Paris : F / 13 / 1729
  • Réparations des charpentes et des portes, 3 vendémiaire an 5 (24 septembre 1796).

    Archives nationales, Paris : F / 13 / 1729
  • Expertise sur les édifices de culte menée par l'architecte communal, Saillard, an 9.

    Archives municipales, Saint-Sever : 9 M 1
  • Demande de réparation aux dommages de guerre dans le couvent des Jacobins, 1947.

    Médiathèque de l'architecture et du patrimoine : 81 / 40 / 117
  • Projet d'aménagement du couvent des Jacobins, 1987.

    Médiathèque de l'architecture et du patrimoine : 81 / 40 / 117
Documents figurés
  • Plan cadastral napoléonien de Saint-Sever, 1809.

    Section K Archives municipales, Saint-Sever : 1 G 1
  • Plan cadastral napoléonien de Saint-Sever, 1844.

    Section S Archives municipales, Saint-Sever : 1 G 2
  • Plans par l'architecte Alexandre Ozanne. Encre et lavis, 31 octobre 1867.

    Archives municipales, Saint-Sever : 10 M 2
  • Cartes postales anciennes, début du 20e siècle.

  • Campagne photographique dans la commune de Saint-Sever, 1946.

    Médiathèque de l'architecture et du patrimoine : 1996 / 025 / 565
Bibliographie
  • DU BUISSON Pierre-Daniel. Historiae monasterii S. Severi libri X Tomus primus Auctore D. Petro Daniele du Buisson (1681). Aire-sur-l'Adour : L. Dehez, 1876.

    p. 285
  • DOUAIS Marie-Jean-Célestin, Les frères prêcheurs en gascogne aux 12e et 14e siècles, chapitres, couvents et notices, Paris, 1885

    2 vol.
  • GARDELLES Jacques. Aquitaine gothique. Paris : Picard, 1992.

Périodiques
  • FIERVILLE Charles, "Note historique sur les origines du collège de Saint-Sever". Bulletin de la Société des lettres, sciences et arts du département des Landes, 6, 1868.

    p. 5-10
  • GUERINE J. et IRIART D., "Recherche sur les religieux Jacobins de Saint-Sever, 1280-1790". Bulletin de la société de Borda, 412, 1988.

    p. 238-245
  • FERAL Pierre, "L’École pratique d'agriculture de Saint-Sever". Bulletin de la société de Borda, 1962.

    p. 405-432
  • DUBEDAT Paul et CHEVALIER Sandrine, "Le décor peint des Jacobins de Saint-Sever", in Bulletin de la Société de Borda, Dax, 2012

    p. 255-266
  • DUBEDAT P., GIBERT P., "Le couvent des Prêcheurs de Saint-Sever au Moyen Âge". In Bulletin de la Société de Borda, 1980.

    p. 597-644
  • MONTAGNES B., "Antonin Cloche, fils du couvent de Saint-Sever". In Bulletin de la Société de Borda, 1987.

    p. 455-471
(c) Région Aquitaine - Inventaire général ; (c) Commune de Saint-Sever - Ferey Marie