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Edito

Depuis la création de la commission régionale en 1967, l'Inventaire général de l'Aquitaine recense, étudie et fait connaître l'ensemble du patrimoine architectural et mobilier de son territoire, qu'il soit exceptionnel ou représentatif d'une famille d'édifices ou d'objets mobiliers. Depuis une cinquantaine d'années, des chercheurs et des photographes constituent une documentation scientifique normalisée accessible sur ce site.
 
Les dossiers de l'Inventaire général permettent de renouveler la recherche en histoire de l'art et la connaissance en replaçant les territoires, avec toutes leurs composantes, au cœur d'une méthode qui associe des prospections systématiques sur le terrain à des études historiques dans les archives. Ils contribuent à mieux voir un patrimoine parfois oublié ou en devenir que chacun d'entre nous se doit de protéger et de valoriser.

Lumière sur

Château du Planchat

NOTE DE SYNTHÈSE

Histoire

L’origine et les premiers propriétaires du domaine du Planchat, aussi appelé "Pechalmourgue" (ou "Peuchalmorgue"), restent inconnus. C’est à la fin du XVIe siècle, lorsque les noms du Planchat et de Péchalmourgue apparaissent pour la première fois semble-t-il, qu’il faut rapporter la construction du bâtiment principal : quatre millésimes gravés, l’un de 1592, un autre de 1596, un troisième de 1603 et un dernier de 1606 placent la construction entre les deux dates extrêmes, ce que ne dément pas l’analyse stylistique du décor. C’est précisément au tournant du XVIIe siècle, en 1598 plus précisément, que François de Boussiers achète la justice du "Penchal, autrement Mourgue" (AD Pyrénées-Atlantiques, B 1911), signe de son intérêt pour cette seigneurie, mais aussi qu’il y possède un pouvoir accru : les travaux alors réalisés le sont pour donner à voir dans la pierre cette nouvelle prééminence. Pourtant, les armoiries qui figurent en trois endroits de la tour carrée du corps de logis et qui semblent liées à cette campagne de travaux, constituées d'un arbre arraché accompagné de deux oiseaux sur l'une d'entre elles, ne correspondent pas à celles de la famille de Boussiers (qui portaient : "D'azur à trois tours d'or"). Faute de documents, la question reste ouverte. En 1650, on trouve "Jean de Boussier, escuier, seigneur du Planchal & de Peuchalmorgue, & y habitant" (AD Dordogne, 3 E 2267, 9 octobre 1650). La branche cadette des de Boussiers possède le domaine au moins jusqu'à la fin du siècle (cf. arbre généalogique en annexe). En 1730, le chevalier de Lagrange-Chancel, bien qu'il décrive succinctement le château, apporte un témoignage précieux : "A demi-lieu [du château] de Losse, tirant vers le Sarladois, est le château du Puy-Chamourguet, sur une hauteur, où je passai quelques jours chez ce gentilhomme, fief relevant du Roi. Ses tours sont couvertes de pierres plates en pointe, ainsi que le corps de logis. Le pays est sec et pierreux, excellent pour les vins et chateniers". Le Planchat figure comme "Pavillon" ou "fief" sur la carte de Belleyme (planche levée en 1768). En 1813, le Planchat appartient à Danglard, demeurant au Barry à Montignac.

La ferme ouest (AW 52) porte la date "1832" sur la fenêtre de la façade ouest.

Description et analyse architecturale

Situé sur un coteau isolé à l'est du bourg de Montignac, le domaine du Planchat comprend plusieurs ensembles : le bâtiment principal et une grange-étable-écurie bordant une première cour rectangulaire (AW 53), et trois dépendances et logements secondaires (AW 51, AW 52 et AW 47), l'un d'entre eux comprenant un chai (AW 52) et un autre un four à pain (AW 47).

Le premier ensemble, le plus important, a subi d’importantes modifications comme l’atteste le plan cadastral ancien qui figure une cour fermée sur trois côtés, dont deux (est et ouest) l’étaient par de longues dépendances ; le troisième côté (nord) s’ouvrait comme aujourd’hui sur un jardin en terrasse en léger contrebas (dont subsistent les murs de soutènement et un puits) et, au-delà, sur les belles vues de la vallée du Doiran – ruisseau sur lequel était le moulin dépendant de la seigneurie. Le dernier côté, au sud, était fermé par le bâtiment principal qui domine l’ensemble par ses hauts volumes contrastés. Autrement dit, la dépendance qui subsiste à l’ouest, et qui abrite une grange-étable et des écuries, était plus longue qu’aujourd’hui (elle se prolongeait au sud) ; il faut aussi observer à son extrémité nord un orifice de tir circulaire percé dans le mur gouttereau oriental pour défendre la cour (il est face à l’entrée du manoir) et au pignon nord des consoles, vestiges d’une bretèche (sans doute fictive car aucune porte n’y donnait accès) à l’angle nord-ouest du bâtiment. En face, l’autre dépendance était également plus longue qu’aujourd’hui, ce que confirme une carte postale du début du 20e siècle qui montre deux grandes arcades ouvertes sur la cour : l’une correspond sans nul doute au passage d’entrée du manoir, l’autre peut-être à une remise. De plan rectangulaire simple en profondeur (à deux pièces à feu par niveau), le corps de logis principal, qui comprend un sous-sol, un rez-de-chaussée et un étage carré, est flanqué d’un corps de logis secondaire en retour d’équerre à gauche (à l’est, qui se prolongeait par la dépendance que l’on vient de décrire) et de deux tours : une tour ronde sur l’extérieur (à l'angle sud-est) et une tour carrée (qui abrite l’escalier en vis en pierre) au milieu de la façade principale (nord), toutes deux couronnées par un mâchicoulis sur consoles. Celui de la tour d’escalier se distingue cependant par ses linteaux ornés d’accolades ou de motifs trilobés : à l’un d’eux se trouve un arbre héraldique arraché, un autre plus large porte un arbre arraché accompagné de deux oiseaux surmontant la date "1603", tandis qu’un autre encore est remplacé par une table rectangulaire portant une inscription sans doute dédicatoire aujourd’hui difficilement lisible mais où se voient les dates de "1592" et "1606". La concentration de ces trois dates au sommet de la tour d’escalier pourrait laisser penser que seule cette partie de la tour (les mâchicoulis) fut concernée par les travaux alors réalisés. Mais, en réalité, il n’en est rien : la porte qui ouvre le pied de cette tour et donne accès au logis, avec son cadre de pilastres d’ordre toscan, son entablement à architrave à deux fasces, sa frise bombée, et sa corniche à doucine, ainsi que la cheminée de la grande salle (la pièce rectangulaire du rez-de-chaussée, à droite), également munie d’un entablement (à architrave à trois faces et grande frise bombée) datent, selon toute vraisemblance, des mêmes années que les millésimes gravés dans la pierre au sommet de la tour. On peut ajouter à ces critères stylistiques, la forme des meurtrières perçant le premier niveau (de défense, voûté en coupole) de la tour ronde sud-est – des orifices de tir circulaires sur l’extérieur (sans embrasure extérieure) et une large embrasure intérieure de forme rectangulaire -, qui est caractéristique de la fin du 16e siècle : les meurtrières sont adaptées à des armes à feu légères, de petit calibre. Au reste, la distribution du logis se retrouve facilement : au rez-de-chaussée, la grande salle à droite, encore munie de sa belle cheminée (déjà décrite) et d’un dressoir en meuble d’attache (en pierre), et la cuisine à gauche, également encore munie de sa cheminée (à manteau cintré et beaucoup plus sobre que celle de la salle, car sans décor). Sur le manteau de la cheminée de la salle, les armoiries originelles ont été bûchées et remplacées à l'époque contemporaine par des armoiries (trois fasces en pointe et un lion passant en chef, surmontées d'une couronne comtale) qui sont très proches de celles ornant le tombeau de la famille Coullerez dans le cimetière de Montignac. Le premier étage accueillait les chambres ; leur cheminée possédait à l'origine un coffrage en bois aujourd'hui disparu.

Documentation

Archives

AD Pyrénées-Atlantiques. B 1911. Vente de la justice du Penchat, autrement Mourgue, à François Boussier, 1598 (document orig. détruit lors

de l’incendie de 1908)

AD Dordogne. 40 H 2. Fondation de Jean de Boussier, escuier seigneur du Planchat aux Cordeliers de Montignac, 14 juillet 1651

AD Dordogne. 40 H 2. Testament de Jean Boussier, escuier, seigneur du Peuchalmorgue et de Catherine de Sainct Exupéry, 5 mars 1656

AD Dordogne. 3 E 2272 (Minutes de Veyssières, notaire à Montignac). Arrentement fait par François de Boussier, sieur de la Vigerie, de son moulin de Peuchalmorgue. 1679.

AD Dordogne. B 1460. Affaire Jean de Bouchier contre Jean Laroche, 1701

AD Dordogne. 2 E 220. Mémoire généalogique des messieurs de Boussiers en Périgord, qui n’en sont point originaires mais suivant une tradition, 1766

Documents figurés

AD Gironde. 2 Fi 1108. Pland de la ville, et environs de Montiniac le Conte, s.d. (vers 1750 ; avant 1758) (cf. doc.)

AD Dordogne. Carte de Belleyme, planche 23, levée en 1768 (cf. doc.)

AD Dordogne. 3 P 3 Plan cadastral, section D dite du Barry, 3e feuille, Ech. 1/2500, 1813 (cf. doc.)

Collection particulière. Carte postale, début du 20e siècle (cf. doc.)

Bibliographie

LAGRANGE-CHANCEL (chevalier de). "Extrait du deuxième volume des voyages du chevalier de Lagrange-Chancel - Voyage de Paris pour le Poitou, Angoumois et Périgord". Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, t. XLIII, 1916, p. 322-336, spécialement p. 330.

D’HOZIER DE SERIGNY, A. M. d’. Armorial general de la France ou Registres de la noblesse de France. Paris : Impr. De Prault, 1768, vol. 6, p. 506.

EST-ANGE, C. d’. Dictionnaire des familles françaises anciennes ou notables à la fin du XIXe siècle. Evreux : imprimerie de Charles Hérissey, t. 6, 1907, p. 238-240

FROIDEFOND DE BOULAZAC, A. Armorial de la noblesse du Périgord. Marseille : Laffitte Reprints, 2002, t. 1, p.102-103, t. 2, p. 408

SECRET, J. Le Périgord. Châteaux, manoirs et gentilhommières. s.l. : Tallandier, 1966, p. 233

PENAUD Guy. Dictionnaire des châteaux du Périgord. Bordeaux : Sud Ouest, 1996, p. 214-215.

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