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Edito

Depuis la création de la commission régionale en 1967, l'Inventaire général de l'Aquitaine recense, étudie et fait connaître l'ensemble du patrimoine architectural et mobilier de son territoire, qu'il soit exceptionnel ou représentatif d'une famille d'édifices ou d'objets mobiliers. Depuis une cinquantaine d'années, des chercheurs et des photographes constituent une documentation scientifique normalisée accessible sur ce site.
 
Les dossiers de l'Inventaire général permettent de renouveler la recherche en histoire de l'art et la connaissance en replaçant les territoires, avec toutes leurs composantes, au cœur d'une méthode qui associe des prospections systématiques sur le terrain à des études historiques dans les archives. Ils contribuent à mieux voir un patrimoine parfois oublié ou en devenir que chacun d'entre nous se doit de protéger et de valoriser.

Lumière sur

Maison du chapitre et grange aux dîmes

La maison du chapitre, un édifice médiéval singulier

La maison fait partie du "moulon" délimité par les rues Notre-Dame et Saint-Jacques, qui borde la place des Cornières au nord ; elle est alignée sur la rue Notre-Dame et le "carreyrou" qui innerve l'îlot du nord au sud. Le bâtiment se distingue par son emprise sur deux parcelles contigües, qui lui confèrent une assiette très importante (16m par 20m), ainsi que par l’existence d’un second étage (cantonné à une partie du bâtiment seulement) : la maison du chapitre, sans être un cas de figure totalement isolé dans Monpazier, fait donc figure d’exception par l’ampleur qu’elle affiche ; mais c’est aussi le programme architectural intérieur qui doit retenir l’attention, dans la mesure où il apparaît bien singulier dans la bastide.

Un édifice hétérogène

L’implantation de la maison dans l’îlot et, notamment, la manière dont les parcelles ont été recomposées, n’est pas évidente à saisir. La construction ne s’est manifestement pas faite d’un seul jet, l’édifice procédant de la réunion de deux bâtiments initialement distincts : les façades est et ouest sont toutes deux marquées par une césure centrale très nette.

Donnant sur la rue Notre-Dame à l'est, la façade principale, construite en moellons calcaires très soigneusement équarris et appareillés, témoigne de la recherche d'une composition unifiée. Côté droit, les deux arcades brisées du rez-de-chaussée sont surmontées de deux baies géminées (restaurées), agrémentées d’un jour d’écoinçon quadrilobé. Côté gauche, le rez-de-chaussée était percé, avant sa restauration, de deux arcades brisées d’inégales grandeurs, le premier étage d’une fenêtre unique à remplage accompagnée d’un petit jour1 et le second étage d’une baie géminée à linteaux monolithes trilobés et d’une petite baie rectangulaire. Seuls les cordons établissent une continuité entre les deux corps de bâtiment juxtaposés ; mais une continuité imparfaite, au vu du subtil décrochement qu’affecte le cordon d’imposte en son centre.

La façade ouest, côté "carreyrou", n’est pas plus homogène : côté gauche, deux puissantes consoles indiquent qu’une structure en pan de bois a pu exister avant d’être remplacée par une maçonnerie de moellons, ajourée de deux jours et d’une croisée (à moins qu’il ne se soit agi de l’amorce d’un pontet, lancé au-dessus de la ruelle). Du côté droit, la distribution type du rez-de-chaussée (une porte initialement flanquée de deux jours haut placés) ne peut occulter la singularité de l’étage, composé d’une croisée déportée vers l’angle et jouxtée d’un probable coffre de cheminée légèrement en saillie ; le deuxième étage de ce corps de bâtiment est partiellement dérasé et, dès lors, non restituable. Ce rapide passage en revue de l’organisation des façades souligne à quel point la réunion des deux bâtiments n’a pas été suivi, malgré les moyens manifestement importants du propriétaire, d’une uniformisation des baies et des décors extérieurs. À l’intérieur, en revanche, les communications établies entre les deux parties sud et nord suggèrent le développement d’un programme résidentiel ambitieux et unifié.

Une demeure complexe et originale

La maison du chapitre est sans doute la demeure de Monpazier qui illustre le mieux, avec quatre grandes arcades tournées vers la rue, la vocation marchande de son rez-de-chaussée au Moyen Âge. Le corps de bâtiment sud est divisé par un mur de refend en pierre (rare dans les maisons médiévales de la bastide) percé d’une très grande porte en arc brisé ; directement en retour d’angle, une plus petite porte également brisée ouvre vers le bâtiment nord : ce duo de baies, qu’on retrouve à l’étage, est un pivot important de la circulation au sein de l’édifice. Seul le bâtiment sud semble avoir eu un accès direct vers le "carreyrou" ; au nord, aucune porte de plain-pied avec la ruelle n’est conservée.

L’organisation du premier étage apparaît aujourd’hui complexe à restituer dans son intégralité, malgré la présence de nombreux vestiges. Au sud, la pièce donnant vers la rue et délimitée par le mur de refend à l’aplomb du rez-de-chaussée est connue par un dessin de Léo Drouyn : l’angle sud-est abritait une cheminée adossée, dotée d’un manteau à pan-coupé, tandis qu’un placard, un évier à tablette unique et des latrines occupaient le mur gouttereau ; la pierre d’évacuation de l’évier et le coffre des latrines à conduit est d’ailleurs toujours visible dans la maison voisine, qui les a conservés tout en absorbant l’ancienne "androne". Le dessin de Drouyn montre par ailleurs qu’un petit jour à linteau trilobé éclairait initialement une partie de cette pièce (disposition que l’on retrouve au n°32 de la rue Notre-Dame en façade d’un couvert). Une porte est percée dans le mur de refend ; au revers de ce dernier se trouvent une armoire murale de grande dimension, partiellement remaniée, ainsi qu’un évier pour lequel le système d'évacuation des eaux usées paraît problématique (ancien placard transformé tardivement et maladroitement en évier ?). Les contours de cet espace central du bâtiment sud ne sont pas restituables, au vu de la modification de plusieurs cloisons, mais il est possible qu’il ait abrité une cour intérieure. Peut-être s’agissait-il d’un volume unique, jusqu’au mur ouest dans lequel sont aménagés une baie à coussièges et un placard mural ajouré ; l’emplacement d’une cheminée (révélée par son coffre visible du dehors) n’est plus accessible.

Deux portes assurent la communication vers la partie nord : la première est placée en retour d’angle du mur de refend (comme au rez-de-chaussée) et la seconde au centre du mur longitudinal qui sépare les deux bâtiments. Dans cette seconde partie les aménagements sont plus ténus. Outre les belles baies géminées tournées vers la rue, le mur gouttereau nord a reçu des placards et/ou éviers condamnés ainsi que l’accès à des latrines.

Le deuxième étage ne concerne apparemment que le bâtiment sud. Il comprend une pièce, tournée vers la rue Notre-Dame, dont les aménagements surprennent une fois encore par la richesse des équipements : l’angle sud-est abrite le conduit à pan-coupé de la cheminée de l’étage inférieur, mais aussi un évier à tablette unique et linteau droit, des latrines surmontées d’un petit jour à coussinet, et un placard à encadrement rainuré et niches latérales. Vers l’ouest, une petite fenêtre à linteau trilobé, dotée d’un seul coussiège, apporte un peu de lumière.

Même si beaucoup d’inconnues subsistent quant à l’état médiéval de la maison du chapitre, celle-ci contient tout de même de précieux indices relatifs à son aménagement initial. Avec une telle ampleur et la présence d’un second étage, elle apparaît d’emblée comme une demeure particulièrement remarquable. La présence de baies à coussièges et de placards du côté du "carreyrou" attestent que l’ensemble des niveaux supérieurs de l’édifice ont été dédiés à l’habitation. Trop de cloisons légères et de circulations manquent pour qu’on puisse restituer avec certitude l’emplacement des salles et des chambres, mais l’aisance du commanditaire transparait néanmoins : alors qu’ailleurs à Monpazier les maisons médiévales ne livrent qu'un seul couple placards/latrines, la maison du chapitre comporte trois latrines, quatre éviers et autant de placards, sans doute plusieurs cheminées. On ne peut pas imputer cette richesse particulière à la présence du chapitre de chanoines à la fin du Moyen Âge, car les équipements sont pour l’essentiel antérieurs à leur présence en ville. Cette maison déroge à beaucoup de logiques entrevues par ailleurs ; elle a de fait une place à part et il faut prendre garde à ne pas la considérer comme l’archétype d’une maison de la bastide. Elle reste la résidence d’un commerçant s’étant particulièrement enrichi, et qui a choisi d’incarner sa réussite dans le programme résidentiel de sa demeure d’une manière particulièrement ostensible.

Les remaniements et rénovations postérieures au Moyen Âge

L’élévation est de l’édifice témoigne de l'ampleur des modifications qui ont dû intervenir après le Moyen Âge : une partie importante du bâtiment est dérasée. Lorsque Félix de Verneilh visite la maison du chapitre au milieu du 19e siècle, elle sert de grenier depuis quelques temps déjà. C’est peut-être à cet usage qu’on doit le percement de la baie du deuxième étage, précédée de puissants corbeaux de pierre (vestiges d’un manteau de cheminée ?) et qui a pu servir à la manutention de marchandises. La partie antérieure du bâtiment sud, elle, est augmentée d’un niveau servant de pigeonnier en 1867 ; côté rue, un petit jour reproduisant le style d’une baie trilobée est alors créé, tandis qu’au sud ce sont trois ouvertures dotées de pierres d’envol pour les pigeons qui sont installées dans le pignon. Au début du 20e siècle la grande baie du premier étage est agrémentée d’un balcon, dont les soutiens semblent être des chapiteaux en remploi !

1voir le dessin de Léo Drouyn en référence documentaire.
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