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Edito

Depuis la création de la commission régionale en 1967, l'Inventaire général de l'Aquitaine recense, étudie et fait connaître l'ensemble du patrimoine architectural et mobilier de son territoire, qu'il soit exceptionnel ou représentatif d'une famille d'édifices ou d'objets mobiliers. Depuis une cinquantaine d'années, des chercheurs et des photographes constituent une documentation scientifique normalisée accessible sur ce site.
 
Les dossiers de l'Inventaire général permettent de renouveler la recherche en histoire de l'art et la connaissance en replaçant les territoires, avec toutes leurs composantes, au cœur d'une méthode qui associe des prospections systématiques sur le terrain à des études historiques dans les archives. Ils contribuent à mieux voir un patrimoine parfois oublié ou en devenir que chacun d'entre nous se doit de protéger et de valoriser.

Lumière sur

Demeure, puis hôtel de voyageurs dit "hôtel de France"

L'édifice forme l'angle d'un "moulon" délimité par les rues principales Saint-Jacques et Saint-Pierre, au sud-ouest de la place des Cornières ; il est bordé par la rue Saint-Jacques à l'est, de la Justice au nord et par un "carreyrou" au sud. Le bâtiment présente un plan en L, complété au sud-ouest par une petite cour intérieure ; il compte deux étage carrés et, compte tenu de la pente naturelle du terrain vers l'ouest, une petite cave en soubassement.

Une demeure médiévale importante

Les aménagements les plus anciens sont cantonnés dans la moitié sud de l'édifice. La construction de l'enveloppe - des moellons de calcaire blancs bien équarris et correctement assisés - est plutôt soignée (surtout au sud), même si des reprises ultérieures l'affectent par endroit. La porte en arc brisé côté "carreyrou" et le cordon régnant qui marque l'angle sud-est se rattachent à un premier état de l'édifice, rapidement modifié : les grandes baies à croisée aujourd'hui disparues sont un ajout de la fin du Moyen Âge, de même que la petite porte conservée au premier étage de l'élévation sud et sans doute aussi la grande arcade du rez-de-chaussée (remaniée) et le placard mural. Ces grandes fenêtres à croisée de l'élévation est semblent contemporaines d'un remarquable ensemble découvert au troisième niveau de l'édifice en 2014 : la jouée d'une cheminée monumentale, ornée de deux rangs de moulures, est encore en place dans la montée vers le comble et supporte des fragments de peintures murales. Sur la face du manteau apparaissent de manière très lacunaire la manche d'une tunique, le plissé d'un long manteau et les poignets de deux mains levées. En outre, tout un plafond peint semble encore en place à ce niveau : trois poutres maîtresses peintes de fleur de lys, de damiers et d'un réseau de lignes (faux appareil ?) parcouru de fleurs sont visibles, ainsi que de nombreuses solives aux arêtes chanfreinées. Des ais d'entrevous complètent cet ensemble, apparemment conservé dans toute la moitié sud du bâtiment mais probablement assez dégradé vu l'état de certains bois. Au même niveau dans le mur ouest, les contours d'une niche (porte de latrines ?) suggèrent l'existence d'équipements domestiques immobiliers.

Dès la fin du Moyen Âge, donc, la demeure présente un développement particulièrement important : il convient de restituer la moitié sud de l'édifice pourvue de deux salles d'apparat aux étages, dont les quelques traces de décors peints soulignent la grande qualité. L'emprise de cette demeure vers le nord n'est cependant pas restituable, du fait des remaniements ultérieurs. L'imposant mur de refend contre lequel est adossée l'ancienne cheminée monumentale formait-il la limite initiale de la demeure ? Cette hypothèse est peu probable au vu des logiques de lotissement - parcelles intégralement bâties, importance de l'alignement sur la rue, etc. - observés partout ailleurs dans la bastide pour cette époque.

L'Extension ou reconstruction de la fin de l'époque moderne

La moitié nord est très marquée par une campagne de reconstruction de la fin de l'époque moderne : la très belle maçonnerie semble contemporaine des fenêtres segmentaires (linteau en trois pièces, avec une clef centrale à crossettes) regroupées en travées sur les élévations est et nord. L'accès principal, à l'est, est marqué par une travée de baies montant de fond et liées entre elles ; il donne accès à un vestibule qui accueille un imposant escalier en charpente à plusieurs volées, rambardes très ouvragées et décorations pendantes. Le programme de la moitié nord est difficilement lisible suite aux nombreuses divisions induites par la reconversion en hôtel ; subsistent plusieurs petites cheminées, dont une ornée d'un décor de faux marbre, et des consoles de section triangulaire pour le plafond du premier étage. Tous ces ajouts dessinent une demeure complexe et vaste, connaissant peu d'équivalent dans Monpazier.

Les ultimes ajouts du 19e siècle, les reprises du début du 20e siècle

la première moitié du 19e siècle semble marquée par l'ajout d'une aile, sans doute de service, au nord-ouest, assise sur une cave voûtée. Le rez-de-chaussée du bâtiment initial et de cette aile est doublé, du côté de la cour intérieure, d'un couloir largement ajouré de grandes arcades et surmonté d'une galerie.

Les baies de l'élévation tournée vers la rue de la Justice ont connu plusieurs reprises au début du 20e siècle. C'est également à cette époque que les grandes fenêtres à croisées sont démontées, vendues, et remplacées par de grandes baies à encadrement rectangulaire très simple.

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