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Edito

Depuis la création de la commission régionale en 1967, l'Inventaire général de l'Aquitaine recense, étudie et fait connaître l'ensemble du patrimoine architectural et mobilier de son territoire, qu'il soit exceptionnel ou représentatif d'une famille d'édifices ou d'objets mobiliers. Depuis une cinquantaine d'années, des chercheurs et des photographes constituent une documentation scientifique normalisée accessible sur ce site.
 
Les dossiers de l'Inventaire général permettent de renouveler la recherche en histoire de l'art et la connaissance en replaçant les territoires, avec toutes leurs composantes, au cœur d'une méthode qui associe des prospections systématiques sur le terrain à des études historiques dans les archives. Ils contribuent à mieux voir un patrimoine parfois oublié ou en devenir que chacun d'entre nous se doit de protéger et de valoriser.

Lumière sur

Maisons et bâtiments agricoles de Monpazier

Les maisons et édifices agricoles de Monpazier, du 13e au 20e siècle

Introduction

Ce dossier collectif consacré aux maisons et remises de Monpazier prolonge une partie de l’étude menée dans les années 1990 par les architectes en charge du secteur sauvegardé [1] : ce bureau d’étude s’était non seulement attaché à un diagnostic sanitaire doublé de préconisations de restaurations, mais aussi à une rapide analyse typochronologique des édifices de la bastide visant à dégager des styles et grandes tendances de construction par période. Le présent inventaire, mené entre 2011 et 2014 dans Monpazier, permet d’affiner cette première étude par une analyse bien plus détaillée des bâtiments et des programmes architecturaux. Une attention particulière est portée dans ce dossier aux 13e-16e siècles, période d’éclosion et d’épanouissement de la bastide pour laquelle on dispose de rares mais beaux exemples, ainsi que d’une étroite imbrication entre la maison et le projet urbain initié en 1284 [2].

Ce dossier pointe des tendances dans l'élaboration et l'évolution des cadres de vie domestiques, mais souligne aussi des particularités et, surtout, nuance des dispositions qui sont souvent appliquées de manière trop génériques aux maisons de bastides. Cette synthèse reste cependant focalisée sur la seule bastide de Monpazier et il est certain qu’une ouverture aux bourgs environnants (bastides ou non) permettrait d’affiner les datations proposées et de mieux cerner certaines typologies d'habitats. Quelques travaux existent déjà, mais ils sont encore trop rares en ce qui concerne l'architecture domestique. Enfin, cette synthèse, dans laquelle il aurait été contre-productif de vouloir tout rassembler, fait office de porte d’entrée vers les dossiers individuels réalisés pour les demeures les plus remarquables ; c’est là que peuvent être trouvés les précisions, les références et l’essentiel de l’illustration.

Abréviation des noms de places, rues et routes :

PCo : place des Cornières

ND : Notre-Dame.

SJa : Saint-Jacques.

SJo : Saint-Joseph.

SP : Saint-Pierre.

Tro : du Trottoir.

SA : Saint-André.

OP : Ormeau du Pont.

PCa : Porte de Campan.

J : de la Justice.

C : de la clarté.

Tra : transversale.

L : de la lumière.

FS : foirail sud.

FN : foirail nord.

B : de Beaumont.

E : des écoles.

G : Galmot.

AC.#/AB.# : référence cadastrale, lorsque l'édifice n'a pas de n° ni la voie de nom.

LE PAYSAGE ARCHITECTURAL : LES MATÉRIAUX ET LEUR MISE EN ŒUVRE

La pierre : incontournable

La pierre est le matériau le plus employé pour la construction des maisons de Monpazier. Il s’agit essentiellement de calcaire, blanc ou jaune, peut-être prélevé sur place pour certains éléments (creusement des fossés de la bastide) mais provenant en tous cas de carrières proches.

Le calcaire blanc, tendre mais gélif et facilement sujet à l’érosion, a été utilisé en premier et se retrouve dans les maisons les plus anciennes de Monpazier : il est alors employé pour la construction des murs (n°34, 57/ND, n°34/SJa) mais aussi en encadrement de baies (n°31, 46-48/ND) ou en sculpture (n°6 rue de la J). Ce calcaire, vu ses propriétés, tient assez mal dans le temps et plusieurs édifices ont aujourd’hui un parement très dégradé (n°11/PCa, côté carreyrou). Le calcaire jaune, lui, dispose d’un grain également fin mais semble avoir une meilleure tenue dans le temps. Son introduction n’intervient pas avant la seconde moitié du 15e siècle, donc bien après le calcaire blanc. Ce calcaire jaune semble réservé dans un premier temps aux encadrements d’ouvertures (n°18/SJa ou n°32/ND (remanié)) ou pour des éléments de sculpture (arcs), avant d’être utilisé plus couramment en maçonnerie [3]. La mise en œuvre du calcaire est généralement soignée dans les édifices médiévaux, avec, fréquemment, des appareils de moellons de calcaire de moyen module bien dressés et assisés (n°27-31, 36 (remise) 38, 57/ND, n°23/OP, n°35, 37/OP). Cette tradition se perd par la suite et les maçonneries intègrent plutôt des chaînes d’angles entre lesquelles des moellons simplement dégrossis sont mis en œuvre. Quelques exceptions notables sont à signaler dans des édifices de la deuxième moitié du 19e siècle, où le calcaire est utilisé en grand appareil de pierre de taille (n°13/PCa, n°47/SJa).

Un autre type de pierre est utilisé de manière exceptionnelle : l’ardoise apparaît en couverture du « château », édifié rue Saint-Pierre à la fin du 19e siècle (n°5/SP). Ce choix, par lequel le propriétaire boude les tendances vernaculaires au profit d’un modèle architectural singulier et de matériaux importés, témoigne d’une recherche d’ostentation sans équivalent dans Monpazier.

Le bois : sous-estimé

Le bois est bien évidemment omniprésent en charpente ; il est aussi fréquemment conservé en division intérieure : le bois forme alors une armature verticale, remplie d’éclisses horizontales entre lesquelles est enroulé un torchis (n°14, 24/ND, n°23/OP, n°3/SJa, n°11/PCa). Plus rarement, le remplissage est réalisé à l’aide de moellons de calcaire (n°12, 15/SJa) ; cette solution semble alors le fruit d’une reprise de la cloison, incongrue vu le poids que représente ce procédé et le peu d’utilité structurelle du réseau de poutres en l’occurrence. L’usage de briques associées au bois, rarement constaté, relève davantage d’une mode récente de restauration que d'un procédé traditionnellement utilisé dans la bastide. Ce système de cloison en pan-de-bois et torchis se retrouve apparaît également dans Monpazier, pour un usage original : sous les couverts de la place des Cornières, il est disposé à l'horizontal en guise d'isolant pour les pièces situées au-dessus de la rue (n°18, 37/SJa).

Le bois et le pan-de-bois apparaissent aussi dans des galeries extérieures ou des porches surélevés construits aux 18e et 19e siècles, dans le cas de maisons associées à des parcelles non-bâties (n°38/ND, n°15/Tro). Plus souvent, des galeries en bois logées dans des petites cours intérieures assurent la circulation au sein même d’un édifice (n°35, 60/SJa, n°11, 13/PCa, n°8/J).

Se pose, enfin, la question de l’utilisation du bois comme matériau principal, affecté à la construction des murs. Ces constructions à colombage visibles aujourd'hui ne semblent pas antérieures à la fin de l’époque moderne ou à l’époque contemporaine : deux maisons conservent encore ce type de cloison extérieure, avec une utilisation toutefois cantonnée au premier étage (AC.299/C, n°19/SJo, n°1/PCa (rénové)). Deux autres bâtiments présentent aussi une façade principale utilisant le pan-de-bois, mais il s’agit de (re)constructions de la seconde moitié du 20e siècle (n°13/ND, n°39-41/SJa). Aujourd’hui cette manière de construire en bois est très largement minoritaire dans la bastide, anecdotique même. Mais la tradition orale et l’analyse de plusieurs maisons suggèrent un usage bien plus courant du pan-de-bois : plusieurs bâtiments disposant d’une ou plusieurs façades en bois auraient été reconstruits en pierre dans la première moitié du 20e siècle (n°9/SJa ou n°9/SJo) ; d’autres conservent des têtes de murs gouttereaux en pierre non solidaires du mur tourné vers la rue, disposition qui suggère qu’une façade en pan-de-bois était initialement ancrée dans des murs latéraux en pierre (n°17bis/SJa, n°25/ND, n°14/SJo ?) ; sur la maison du Chapitre, les consoles à l’étage du mur tourné vers le carreyrou pourraient être l’amorce d’un ancien pontet, ou rappeler l’existence dans un premier temps d’une cloison en pan-de-bois mise en œuvre dès le Moyen Âge. Que faut-il déduire de ces découvertes ? À Monpazier, la construction en bois fut sans doute plus utilisée qu’il n’apparaît aujourd’hui ; moins chère, plus rapide à mettre en œuvre, elle a parfois pu être privilégiée (le seigneur de Biron concède d’ailleurs l’usage d’une forêt aux premiers colons), sans être systématiquement remplacée par de la pierre par la suite. Attention toutefois à ne pas exagérer ce type de construction : les fouilles menées entre 1992 et 1994 n’ont pas livré de traces de constructions en bois de la fin du 13e sous les bâtiments en pierre, confirmant même un net usage de cette dernière dès la fondation de Monpazier. Le pan-de-bois est souvent perçu, à tort, comme une solution transitoire, un premier pas vers une maison en pierre ; voire comme la solution du pauvre, opposée à une construction plus solide et pérenne en pierre. Il suffit de regarder plusieurs villages alentours, où le pan-de-bois est davantage répandu, pour se convaincre qu’il n’en est rien : les maisons totalement en bois, ou (plus souvent) associées à des parties en pierre, peuvent présenter une monumentalité n’ayant rien à envier à leurs homologues tout-pierre et la décoration d’architecture peut être tout aussi soignée et ostentatoire. Si la pierre domine nettement dans Monpazier, donc, il faut néanmoins imaginer qu’au cours des siècles passés la bastide eut un paysage bâti plus « panaché » qu’aujourd’hui.

La terre, les enduits

Les toitures sont quasiment toutes couvertes de tuiles creuses ou plates fabriquées avec de l’argile (hormis celle mentionnée plus haut).

La terre cuite apparaît bien plus rarement dans la construction des murs extérieurs, c’est généralement un matériau utilisé de manière tardive (pas avant le 19e siècle manifestement) et ponctuelle pour des reprises de maçonneries, des ouvrages secondaires, des contrecœurs ou des conduits de cheminées, voire des cheminées entières (n°23/OP, n°21, AC.597/ND). Seule une maison du foirail nord (AC.364/FN) recourt majoritairement à la brique pour sa façade principale.

Dans les cloisons intérieures en pan-de-bois (cf. supra), la terre, mêlée de fibres végétales qui assurent sa cohésion, est le complément des poutres et éclisses : enroulée sur cette armature elle en colmate les vides.

La terre sert aussi de base à la fabrication des enduits. Rares sont les maisons dont les parements de pierre étaient laissés apparents. La diversité des enduits conservés sur les maisons en témoigne : des plus infimes traces (médiévales ?) conservées sur les arcs de certains couverts (n°34/ND) aux grands aplats colorés rehaussés de bandes et motifs (n°9, 11/Tra, n°6/J, AC.187/FS et AC.299/C) ou animés d’une texture particulière (n°23, 42/ND). Ces enduits apportent une protection au parement de pierre – d’autant plus utile que certains calcaires se révèlent peu résistants – mais constituent également, tout autant que la sculpture, un élément du décor extérieur de la maison.

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L'évolution des maisons

Étudier la manière avec laquelle la construction et l’occupation des maisons évoluent nécessite de disposer de marqueurs chronologiques fiables. Cet inventaire des maisons de Monpazier repose principalement sur l’analyse des styles d’architecture, que documentent au sein d’un édifice des éléments très divers : encadrement de portes, de fenêtres, ornementations de façade, manteau de cheminées, profil d’un évier ou d’un placard mural, sculpture de vantaux, etc. Tous ces caractères autorisent une datation relative assez précise, que vient parfois enrichir un élément de datation absolue : les dates portées. Plusieurs demeures conservent en effet une date gravée, souvent au centre du linteau de la porte principale mais parfois au-dessus d’une fenêtre. Si l’on excepte celles en situation de remploi ("162?" AC.359/FN, "1670" au n°8/SJa,) ou appartenant à un édifice mal identifié ("1670" AC.222), la plus ancienne date concernant une maison remonte à « 1761 » (n°33/ND). Une seconde, "1773", est recensée sur la place des Cornières pour le 18e siècle (n°35/SJa). L’essentiel des dates portées se concentre ensuite dans le premier tiers du 19e siècle : "1800" (n°17/SJo), "1822" (n°3/SJa, n°38/ND), "1827" (n°24/SJo sur une fenêtre), "1832" (n°59/SJa) ; "1834" (n°3/L) ; la plus récente, "1886" se trouve sur le linteau de fenêtre d’un couvert de la place (n°25/ND). Aucune date n’est recensée pour le 20e siècle dans la bastide intra-muros. Cet inventaire des maisons de Monpazier aurait pu donner lieu à des datations par dendrochronologie, dans la mesure où une étude des bois de charpente ou de plancher est en cours à l’échelle de l’Aquitaine, de manière à établir des référentiels fiables ; mais aucun édifice visité n’a fourni des conditions de conservation suffisantes (bois complet, en place, etc.) pour justifier une telle entreprise.

Les sources textuelles peuvent aussi fournir des datations absolues. Là aussi, les informations les plus nombreuses concernent l’époque contemporaine et notamment le 19e siècle : le cadastre de 1845 (moyen de datation relative qui fournit un terminus bien pratique) est par exemple accompagné d’un registre des augmentations et diminutions qui recense des campagnes de construction ayant eu lieu entre "1838" et "1910" (campagnes dont il est en revanche difficile de préciser la teneur et l’ampleur). Ponctuellement des visites d’édifices ou des inventaires (souvent après décès) peuvent aussi apporter des jalons précis.

LES MAISONS DU 13E AU 16E SIÈCLE

Les maisons du Moyen Âge et de la Renaissance ont une place particulière à Monpazier : non pas qu’elles soient spécialement nombreuses, ni même particulièrement bien conservées. Mais, plus que pour les époques postérieures, la maison est intrinsèquement liée au projet urbain (décidé en 1284 et qui reste aujourd’hui très lisible) et peut être étudiée pour elle-même ainsi que pour son rapport à la bastide. C’est d’autant plus précieux que, dans bien d’autres bourgs, les maisons médiévales "flottent" au milieu d’un urbanisme moins homogène et sont donc davantage déconnectées du cadre qui a régi leur construction.

La maison dans la ville

De la parcelle à la maison

Les maisons construites entre la fin du 13e et le 16e siècle sont des « maisons blocs » : elles occupent la totalité de la parcelle qui leur est dévolue et mesurent ainsi 8m de large par 20m de profondeur. Même si l’examen des maçonneries n’est pas toujours facile, en raison de la densité du bâti intra-muros, ces bâtiments médiévaux semblent bien construits d’un seul tenant ; les parcelles n’accueillent pas des constructions distinctes (ce qui ne veut pas pour autant dire qu'une parcelle entière accueille une seule famille (cf. infra) !). En outre, la parcelle n’est jamais partagée entre une zone bâtie et une zone laissée en jardin, ces derniers étant initialement relégués à l’extérieur de la ville. Parmi tout le corpus réunit, seule une maison (n°57/ND) s’est adjoint une parcelle vide – en guise de jardin d’agrément ? – qu’elle a conservé non-bâtie jusqu’à aujourd’hui. En revanche, ces maisons blocs intègrent souvent un « vide », sous la forme d’une petite cour intérieure servant aussi de puits de lumière (n°27-31/ND, n°55/SJa), dont la vocation est d’organiser une partie de la circulation et d’apporter un peu d’éclairage naturel en cœur de parcelle. Ces maisons blocs ne sont pas accolées les unes aux autres : un entremis ou androne les sépare, interdisant la mitoyenneté tout en servant de collecteur à ciel ouvert pour les eaux de pluies et les eaux usées (latrines, éviers) ; cette individualisation des bâtiments a pu réduire le risque de propagation des incendies, mais l’étroitesse de ce vide n’est pas une garantie absolue et les flammes pouvaient toujours se propager de charpentes en charpentes. Il faut cependant noter que plusieurs maisons ont, dès l’origine ou en tous cas rapidement, négligé ou absorbé ce vide sanitaire pour fusionner avec le bâtiment voisin et ainsi doubler leur surface utile. Ces rapprochements restent discrets vu du dehors, car ils n’ont pas donné lieu à une composition unifiée de la façade (cf. infra) ; c’est surtout la distribution intérieure qui s’en trouve bouleversée (maison du chapitre n°39/ND, n°9-11/PCa, n°6/J, n°47-49/SJa).

La grande majorité des maisons construites entre le 13e et le 16e siècle est formée de deux niveaux principaux – le rez-de-chaussée et un étage – auxquels s’ajoute un comble dont la forme primitive est difficilement restituable : les toits seraient plutôt à faible pente, vu ce que les maisons médiévales d’autres bourgs laissent penser, mais un bâtiment de la place des Cornières (n°11/PCa) livre au contraire le négatif de pans très inclinés. Les planchers, dont les poutres sont généralement soutenues par des corbeaux de pierre au profil en quart-de-rond, sont encore aisément identifiables aujourd’hui (n°6/J, n°14, 21, 38/ND). Les différents niveaux de ces maisons médiévales n’ont pas une hauteur homogène : le rez-de-chaussée, qu’il intègre ou non un couvert, est fréquemment haut de plafond et le premier étage se trouve par conséquent très haut placé (n°63/Tra, n°8/PCa). Cette disposition découle non seulement de la fonction des espaces mais aussi d’une évidente recherche de monumentalité (cf. infra). À cette structuration courante peuvent s’ajouter quelques variations : la maison est parfois dotée d’un sous-sol ou d’un étage de soubassement, complet (n°6/PCa, n°7/SP, voûté dans ces deux cas) ou cantonné à une partie du bâtiment en fonction des besoins et, surtout, du relief formant l’assise de l’édifice (n°35/SJa, n°23/OP). Il arrive enfin qu’un deuxième étage logeable existe, mais cela reste réservé aux maisons d’un statut particulier – possession des seigneurs de Biron, d’habitants aisés –, et seuls cinq cas ont pu être recensés avec certitude (n°39/ND, n°9-11/PCa, n°21, 35/SJa).

Outre toutes ces dispositions, inscrites dans la superficie offerte par une parcelle-type, certaines maisons ont pu être développées au-dessus de l’espace public. C’est bien sûr le cas des demeures bordant la place des Cornières et étendues vers celles-ci grâce aux couverts : ces pièces sur arcades augmentent la surface de l’étage de près d’un tiers de son étendue habituelle (+64m²) ; elles reposent sur des arcs, bandés en travers des rues, qui prolongent les murs gouttereaux (seul un édifice intègre un arc intermédiaire, lancé depuis le centre de la façade (n°27-31/ND), et un autre dispose d’une voûte (n°11/PCa)). Ces couverts font corps avec la maison (même si leur position induit des différences de niveaux, cf. infra) : ils ne constituent pas un ajout ultérieur et leur construction est vraisemblablement prévue dans le projet initial. L’autre extension possible, qui déborde des limites imposées par la parcelle-type, est le pontet : plus réduit que le couvert (+16m²), il enjambe un carreyrou en tête ou en milieu de ruelle et a pu permettre de joindre deux maisons établies de part et d’autre. Les exemples qui nous sont parvenus reposent là aussi sur des arcs bandés entre deux maisons ; les cas de figure planchéiés sont bien postérieurs au Moyen Âge.

Il est intéressant de voir à quel point le programme de ces maisons semble figé pendant toute cette période, tant les contraintes du parcellaire régulier conditionnent les programmes architecturaux. Dans d’autres bastides, par exemple à Beaumont-du-Périgord ou Domme, fleurissent à la fin du Moyen Âge de petits hôtels particuliers précédés de cours et dotés de tours d’escalier en vis. On ne trouve rien de tout cela à Monpazier, alors que la bastide n’est pourtant pas sur le déclin à cette époque ; au contraire, plusieurs édifices montrent qu’une partie de la population est suffisamment aisée pour envisager des programmes résidentiels ambitieux (n°39/ND, n°11/PCa, n°21/SJa notamment), mais qui restent malgré tout moulés dans les "règles" de l'urbanisme de la bastide.

L’organisation des façades, reflet des modes de vie des occupants

Les façades principales de ces maisons sont d’assez bons témoins de la manière avec laquelle le lien entre espaces domestiques (la maison) et publics (les rues) est conçu. Dans bien des cas elles permettent encore aujourd’hui de déduire l’organisation de la maison médiévale alors que les intérieurs sont totalement remaniés. La façade principale des maisons est évidemment implantée côté rue. Il s’agit en règle générale d’un mur pignon, large de 8m, mais les maisons occupant le bord d’un îlot profitent d’un mur gouttereau également tourné vers une voie de circulation, bien dégagé et évidemment « exploité ». Cette façade principale intègre des grandes arcades au rez-de-chaussée, largement ouvert sur l’extérieur car il héberge généralement l’échoppe d’un marchand ou d’un artisan, l'étude d'un notaire, etc. Certaines sont encore très évocatrices aujourd’hui (n°34, 39, 57/ ND, n°8/PCa, n°38/SJa remanié), tandis que d’autres conservent des vestiges plus ténus (n° 37/ND, n°18, 20/SJa) ; parfois, le mur bahut qui occupait la partie basse de l’arcade pour former un étal apparaît encore (n°8/PCa, n°6/J). Outre ces arcades de boutiques très simples et fonctionnelles, deux maisons comportent des percements plus élaborées : dans l’angle nord-est de la place des Cornières, deux grandes baies commerçantes bordent une porte de boutique plus étroite, ceinte de moulures et de chapiteaux à feuillages (n°27-31/ND, très restauré mais respectant apparemment les dispositions initiales). Rue Saint-Pierre, un bâtiment plus tardif que seule une carte postale documente encore arborait une belle porte de la fin du 15e siècle où l’accolade centrale et les pinacles exprimaient l’ornementation foisonnante et ostentatoire du gothique flamboyant (n°7/SP).

Le ou les étages de ces façades principales sont quant à eux réservés à la résidence et présentent des ouvertures plus sophistiquées qu’au rez-de-chaussée. Jusque qu'au milieu du 14e siècle, ces baies sont « géminées », c’est-à-dire constituées d’arcades jumelles : l’encadrement peut être formé d’un simple chanfrein interrompu par des impostes sans fioritures (n°9/Tra, n°37/SJa) ou, plus rarement, orné d’une moulure torique et de chapiteaux (n°27-31/ND). L’arc brisé est parfois agrémenté d’un remplage trilobé, comme aux n°27-31 (côté place) et 39/ND. L’implantation des fenêtres sur la façade privilégie les baies isolées, parfois groupées par trois (n°9/Tra, n°37/SJa), mais aucune véritable claire-voie ou file de fenêtre n’est recensée. À partir du milieu du 14e puis pendant les 15e et 16e siècles, les fenêtres à croisée deviennent prépondérantes. Une des plus anciennes fut probablement celle de la maison du chapitre, initialement surmontée de deux quadrilobes mais dont il est difficile de rétablir l’apparence vu les dégradations dont elle a fait l’objet [4]. Au second étage de cet édifice, une croisée de plus petites dimensions illustre le dépouillement et la sécheresse de la modénature en vigueur à cette époque. En revanche, la place des Cornières livre toute une série de croisées très semblables, probablement établie au sortir de la guerre de Cent Ans et qui témoignent du dynamisme que connaît le bourg à cette époque : l’encadrement est composé de deux gorges successives délimitées par un réseau de réglets entrecroisés (n°18, 31-33, 37/SJa, n°3/G, n°11/PCa, etc.) ; un épais larmier couvre la baie et retombe de part et d’autre sur des culots (n°21 (avant suppression), 31-33/SJa), mais ces montants latéraux ont souvent été bûchés pour faciliter l’installation et le rabattement des contrevents (n°18, 37/SJa). Seule une fenêtre de ce type conserve des sculptures périphériques : têtes de loups et corps d’animaux, placés dans les angles autour du larmier et de l’appui. Les demi-croisées, rares, sont employées seules ou en accompagnement d’une croisée complète (n°18/SJa côté carreyrou, n°8/PCa) ; elles arborent un encadrement similaire à celles-ci. Si le larmier forme un élément de décor des fenêtres, il en détourne également les eaux de pluie ruisselant sur la façade ; à l’inverse, l’ardeur du soleil était atténuée par des voilages tendus en avant des baies et dont l’armature en bois s’ancrait dans des anneaux métalliques, les « portes-bannes » ; une croisée de la place, restaurée dans les années 1930, a vu cet élément rétabli (n°32/ND). Parfois, un jour à linteau trilobé est percé dans le voisinage d’une grande fenêtre d'étage ; il traduit sans doute une division intérieure des pièces et la nécessité d’éclairer le réduit ou le cabinet ainsi individualisé (n°32, 394/ND). La fin du 15e voit l’émergence de discrètes accolades aux linteaux des fenêtres, qu’il s’agisse de croisées (n°57/ND), de demi-croisées (n°34/ND, n°56/SJa) ou de jours (n°57/ND) ; mais c’est un motif qui n’a apparemment pas connu une large diffusion dans Monpazier. Au 16e siècle la fenêtre à croisée est encore bien présente mais trumeaux et croisillons gagnent en finesse (n°30/ND, n°38/SJa), tandis qu'elle est volontiers bordée de fins pilastres et surmontée d’un entablement très saillant (n°1/G et côté place, n°25/SJa), éventuellement enrichi d’une véritable frise sculptée (n°38/SJa) ; la sous-face de l'appui peut lui aussi présenter un décor, par exemple de billettes (n°20/ND). Bien souvent la pose de contrevents s’est révélée là aussi fatale aux ornementations latérales et, trop souvent, seules des marques de bûchage en rappellent la présence. Le motif de bâton écoté, qui imite des branches de bois et dont on trouve beaucoup d’exemple côté Quercy vers 1500 [5], n’apparaît à Monpazier que dans une seule demeure (n°17/OP) très restaurée. Enfin, un élément d’ornementation traverse toute cette période avec constance : le cordon, une assise de pierre moulurée formant saillie, anime l’étage des maisons tout en soulignant la rupture avec le rez-de-chaussée. Il est ancré au niveau de l’appui des fenêtres (n°9/Tra, n°31-33/SJa) et coure sur toute la largeur de la façade. Généralement rectiligne, il marque parfois des décrochements correspondant à des différences de niveaux à l’intérieur du bâtiment (n°37-31, 34/ND). Une sculpture peut éventuellement l’interrompre (un buste humain sur culot au n°6/J) ou l’intégrer (un homme accroché au cordon au n°22/SJa). Le cordon est progressivement abandonné au cours du 16e siècle, lorsque l’ornementation de la façade se concentre sur les fenêtres.

Si la belle façade est déployée côté rue, le "carreyrou" n’est pas négligé pour autant. On y retrouve une disposition très courante, presque standard, au niveau du rez-de-chaussée : une porte centrale couverte d’un arc brisé et cantonnée de deux jours haut-placés ouvrait sur un espace de stockage (n°32, 37/ND, n°35/SJa, n°13/PCa). Rue Saint-Jacques, quelques maisons dérogent à ce schéma, lui préférant une porte décentrée vers un angle (n°47, 49, 53/SJa). À l’étage, dépourvu de cordon d’appui, on retrouve généralement une baie centrale qui peut être géminée (n°26 rue SJa, n°46-48 rue ND), à croisée (n°45 rue SJa, n°12 rue J), voire une large baie avec un arc unique (n°35, 21/ND, 6/J). La mouluration de ces fenêtres est globalement plus sobre, l’encadrement se bornant à un chanfrein. Cette structuration récurrente des façades arrières de maisons suggère qu’un « modèle » de demeure a pu être diffusé dans la bastide dès l'arrivée des premiers habitants.

Le soin porté à la composition et l’ornementation des façades peut s’étendre aux parties hautes de la maison : les pans du toit peuvent être dissimulés, côté rue (n°9/PCa) ou côté "carreyrou" (n°11/PCa), par un mur écran chargé d’élancer et de "monumentaliser" le bâtiment.

Habiter la maison

L’organisation des espaces de vie

Dans les maisons construites entre le 13e et le 16e siècle, les espaces de travail et d’habitation sont nettement distincts. Pour autant, démêler la manière avec laquelle ils coexistent est délicat : l’entrée dans l’échoppe ou l'atelier qui se trouvent au rez-de-chaussée, côté rue, se fait logiquement par le biais des grandes arcades repérées çà et là (n°6/dlJ, n°34/ND, n°65/SJa entre autres) ; tandis que l’accès aux pièces consacrées au stockage, coté "carreyrou", est aussi bien identifiée (cf. supra). Mais aucun passage vers l’étage résidentiel ne semble conservé dans sa forme originale : certaines maisons ont pu adopter un tel accès par le "carreyrou" (n°37/SJa ?) ; d’autres, sises en bord d’îlot, par leur mur gouttereau (n°6/Tra ?) ; mais la règle dut aller à un couloir latéral implanté en façade, parallèlement à l’entrée de la boutique, souvent conservé aujourd’hui mais avec une devanture, un « habillage » qui n'est pas antérieur à la fin de l’époque moderne ou au 19e siècle (n°30/ND, n°13/PCa, n°35/SJa). Quelle que soit la manière avec laquelle ces accès s’articulaient au rez-de-chaussée, le rôle joué par la cour intérieure est primordial : outre l’apport de lumière et de circulation d’air qu’elle constitue en cœur de parcelle – un aspect pas anodin vue la longueur de celles-ci –, la cour joue le rôle d’interface entre les différents espaces de la maison et devait concentrer les galeries et escaliers en bois assurant le passage vers les pièces d’habitation de (des) étage(s). Là aussi, les dispositions originales manquent trop souvent : si plusieurs maisons conservent des galeries en bois et des escaliers, ces circulations ne sont pas antérieures aux 18e et 19e siècles (n°31-33/SJa, n°35/SJa, n°11/PCa).

La délimitation des pièces de vie est tout aussi délicate à restituer que la circulation : et pour cause, les maisons médiévales du Périgord comportent d’une manière générale très peu de murs de refends en pierre [6], privilégiant la construction de l’enveloppe du bâtiment dans ce matériau puis l’établissement de cloisons légères en bois à l’intérieur ; les réaménagements successifs ont donc bien souvent fait disparaitre le cloisonnement initial et brouillent la compréhension des espaces de vie établis aux 13e-16e siècles. Seuls cinq édifices font exception : rue Saint-Pierre (n°7), dans une maison médiévale établie sur l’enceinte, un mur en pierre recoupe la cave en deux parties équivalentes et sert d’appui au puits privatif de la demeure ; dans une maison de la place des Cornières (n°11/PCa) un mur percée d’une porte en arc brisé séparait boutique et arrière-boutique (?), tandis qu’à l’étage un refend analogue séparait probablement une cour intérieure d'une pièce tournée vers le "carreyrou" ; dans la maison du chapitre (n°39/ND), au premier étage, un grand refend en pierre délimite une chambre tournée vers la rue, que jouxte une salle ; dans l’actuel hôtel de France (n°21/SJa), un imposant mur de refend montant de fond suggère les contours de deux salles d’apparat superposées ; rue Notre-Dame, enfin, la partie postérieure de la maison formant l’angle nord-est de la place des Cornières dispose d’un mur de refend en pierre à l’étage, percé d’une belle porte en arc plein-cintre, qui circonscrit une salle dotée d’une baie géminée, de placards muraux jumeaux et d’une cheminée d’angle disparue. En plus de délimiter précisément l’emprise de pièces, ces murs de refends conservent des équipements immobiliers (cf. infra : cheminées, placards, etc.) et des portes couvertes d’arcs brisés au 14e siècle ou de coussinets en quart-de-rond convexe aux 15e et 16e siècles. À ces trop rares traces de cloisons qui ne permettent que d’entrevoir l’organisation des pièces de vie (et éclairent parfois des dispositions plus singulières que communes), doit être ajouté le cas particulier des pièces surmontant les couverts. Ces espaces, construits au-dessus de la rue et en direction de la place, communiquent évidemment avec la maison, mais un mur de pierre assis sur la façade du rez-de-chaussée les cloisonne (seul un couvert dispose de son propre accès (n°31-33/SJa) et deux autres cages d’escalier furent « suspectées » lors des fouilles archéologiques (n°18/SJa, n°11/PCa)). La nécessité de faciliter la circulation dans la rue place assez haut le niveau du plancher (n°35/SJa, n°34/ND) ou la voûte (n°9/PCa) de ces couverts, qui sont du coup accessibles depuis la maison au moyen de quelques marches. Ces trop rares vestiges de divisions intérieures ne doivent pas conduire à restituer dans ces maisons des 13e-16e siècles de grandes pièces non cloisonnées : des structures en pan-de-bois ont certainement été utilisées pour délimiter les salles de réception, chambres, garde-robe, cabinets, etc. De telles structures en matériaux légers sont d'ailleurs fréquemment employées aux périodes suivantes (cf. infra).

Un mot doit être dit de l'agencement des maisons qui débordent du module standard que prévoit le parcellaire médiéval. Ainsi, la maison du chapitre (n°39/ND), la plus connue, conserve à ses deux premiers niveaux des portes en arc brisé établies dans le mur longitudinal central : bien que flou aujourd’hui vu les modifications apportées depuis le Moyen Âge, le programme résidentiel apparaît tout de même ambitieux et complexe (démultiplication des salles, logique et hiérarchie de la circulation ?). Au deuxième étage du n°11 de la rue de la Porte-de-Campan, une petite porte à coussinets ouvre vers la maison voisine, attestant là aussi d’une communication entre deux grands édifices dès le Moyen Âge. De l’autre côté de la place des Cornières (n°18/SJa, n°6/J) deux maisons ont été ouvertes l’une vers l’autre dès la fin du 15e siècle, comme l’indique la porte à linteau en accolade de l’étage. Un cas de figure similaire dut concerner les n°47-49 de la rue Saint-Jacques, vu les arcades jointives de l'élévation ouest et la porte à l'étage du mur gouttereau. Dans tous ces cas de figure, il est manifeste que des propriétaires, sans doute aisés, ont cherché à agrandir leur demeure pour qu'elle corresponde à leurs ambitions sociales et à leurs moyens. En doublant ainsi la superficie de leur maison, ils ont sensiblement démultiplié le nombre de pièces disponibles et complexifié le programme résidentiel : pièces spécialisées au lieu d’une salle polyvalente, pièces-filtres pour une gradation des espaces du « public » vers le privé, etc.

Les aménagements liés au confort, la décoration

Plusieurs des maisons construites entre les 13e et 16e siècles conservent des équipements immobiliers qui permettent de voir l’évolution des manières d’habiter : ces éléments sont rares au rez-de-chaussée, où seules les arcades et les éventuels murs bahut (cf. supra) rappellent l'existence d'une l’échoppe, d'un atelier, etc. Seule une maison (n°38/ND) présente, dans la pièce tournée vers le "carreyrou", une cheminée insérée à la fin du Moyen Âge peut-être à l’initiative d’un artisan dont l’activité nécessitait une telle structure de feu. On pourrait alors restituer une boutique côté rue prolongée par un atelier, même si on ne peut pas exclure la possibilité de deux locaux distincts que se partageraient plusieurs artisans… ou l'existence d'une pièce d'habitation !

C’est surtout aux étages, dans les pièces d’habitation, que les aménagements liés au confort sont les plus nombreux. Les cheminées sont les équipements dont il est le plus simple de suivre l’évolution : elles supportent souvent un décor, témoin des modes successives, qui constitue un bon marqueur chronologique. Deux nous sont connues de manière indirecte pour le 14e siècle : celle au premier étage de la maison du chapitre (n°39/ND), dessinée par Jules de Verneilh vers 1850, logée dans un angle et dotée d’un manteau à pans coupés ; dans une autre maison de la rue Notre-Dame (n°31), seul le négatif d’une cheminée d’angle est conservé (on devine encore l'arrachement de la hotte) ; la cheminée à colonnettes et chapiteaux visible dans une maison du front nord (AC.278) est un remploi partiellement remanié qui pourrait aussi être rattaché à cette période. Des cheminées droites durent exister pour cette période, mais il n'en reste aucune trace. Il faut attendre le 15e siècle pour disposer d’exemples monumentaux mieux conservés : les cheminées sont droites, adossées au mur gouttereau et leurs montants latéraux formés de colonnettes à base prismatique supportent un manteau massif et amplement mouluré (n°6/J, n°21/SJa), voire frappé d’un monogramme (n°34/ND) ; elles sont parfois adossées de part et d’autre d’un refend (n°6/J), partageant éventuellement un même conduit (n°34/ND). La sculpture est généralement fine et soignée, à l’image des maçonneries et de la décoration architecturale visibles pour cette époque à Monpazier, même si certains ouvrages affectent une apparence pataude, due à une exécution malhabile (n°6/J). Ce type de cheminée est encore mis en œuvre à la limite des 15e et 16e siècles (n°7/SP), jusqu’à ce que les canons de la Renaissance s’expriment à travers des réalisations très différentes : deux maisons de la place conservent des cheminées monumentales aux piédroits galbés animés de motifs géométriques (coquilles saint jacques, losanges, demi-cercles), surmontés de conduits cantonnés de pilastres cannelés et couronnés d’entablements moulurés (n°27-29/SJa, n°32/ND).

À l’étage toujours, de nombreux placards, éviers et latrines complètent ce panorama des équipements liés au confort ; un panorama bien incomplet toutefois, puisqu’à ces quelques « équipements immobiliers » s’ajoutait le mobilier de la maison (tables, bancs, coffres, braseros, chaufferettes, etc.). Les placards et éviers conservés (n°14, 21, 34, 39/ND, n°17bis, 32, 37/SJa) peuvent être couverts d’un arc ou d’un linteau droit ; les tablettes et vasques sont parfois en légère saillie, adoucis de chanfreins voire sculptés (n°14/ND). Au 15e siècle, un modèle de placard en plein cintre et niches latérales se diffuse particulièrement (n°21, 34/SJa, n°34/ND). Lorsqu’il est placé dans un mur sans vis-à-vis, ce placard peut être doté d’un petit jour lui conférant un éclairage direct (n°39/ND côté "carreyrou", n°37/SJa côté androne). Placards et éviers sont souvent percés à proximité l’un de l’autre et, à l’exception de la maison du chapitre, on les trouve systématiquement dans les murs gouttereaux (pour d’évidentes raisons d’évacuation concernant les éviers). L’absorption de l’androne séparant la maison du chapitre du bâtiment qui la jouxte au sud illustre l’évacuation des éviers : dans une pierre en saillie est gravée une goulotte biaise, pour que les eaux usées s’écoulent dans l’entremis et non sur le mur voisin. Dans plusieurs maisons (n°35/SJa, n°14/ND?), ce couple placard/évier se trouve manifestement logé à l’emplacement de la cour intérieure : cette implantation curieuse – en extérieur, accessible depuis une galerie en bois – pourrait être le signe d’un partage de ces équipements par différents occupants. Cet indice vient nuancer l’attribution habituelle d’une maison à une famille, et accrédite l’hypothèse selon laquelle dès le Moyen Âge plusieurs unités familiales pouvaient cohabiter dans un même édifice. Des latrines, souvent en encorbellement et plus rarement à conduit (n°34, 39/ND, n°37, 53/SJa), peuvent être associées aux placards et éviers. La norme semble aller aux maisons équipées d’un couple placard/évier et de latrines, mais la maison du chapitre en juxtapose davantage. Enfin, la présence d’éviers va de pair avec une alimentation facile en eau : si la bastide dispose de puits publics dès le Moyen Âge (ceux de la place des Cornières et du front nord-est), des puits privatifs durent exister dans les maisons ; mais à part celui visible au sous-sol d’une maison dont les plus anciens vestiges remontent au 15e-16e siècle (n°7/SP), tous les aménagements recensés (en intérieur ou en extérieur) s’avèrent bien plus récents (cf. infra). Pour terminer ce recensement des équipements liés au confort de la maison n’oublions pas les coussièges, ces petits bancs en pierre logés dans l’embrasure des fenêtres, qui se trouvent aussi bien à l’étage des couverts (n°34/ND, remaniés) que du côté du "carreyrou" (n°21/ND).

Bien souvent, la décoration intérieure de ces maisons ne transparait plus qu’à travers la sculpture supportée par les cheminées. C’est un aperçu très lacunaire, que deux édifices viennent heureusement combler. Le couvert d’une maison de la place des Cornières (n°11/PCa) conserve des peintures murales : au deuxième niveau quelques fleurs de lys et aplats colorés subsistent, tandis qu’au troisième un motif de tentures suspendues aux parois et rehaussées de motifs géométriques apparaît en plusieurs endroits (et notamment autour d’une porte). Dans l’actuel hôtel de France (n°21/SJa), les fragments d’un cycle peint viennent d’être mis au jour : au deuxième étage de l’édifice, le manteau d’une cheminée monumentale supporte quelques fragments d’une scène figurée – on devine encore une manche, une main et le bas d’un habit – peinte a fresco ; au plafond, les poutres maîtresses arborent des fleurs de lys, des damiers ou encore des réseaux de lignes (faux appareil ?) ponctués de fleurs, et les solives présentent des arêtes sculptées. Ces décors soulignent la tendance, à la fin du Moyen Âge (dans les demeures de propriétaires aisés), à un décor très couvrant usant de motifs géométriques, végétaux ou figurés.

LES MAISONS DES 17E ET 18E SIÈCLES

Il faut attendre les 17e et surtout 18e siècles pour sentir un basculement notable dans l’architecture des maisons de Monpazier : si le cadre posé par les siècles précédents semble encore bien prégnant, l’évolution des manières d’habiter initie toutefois d’importants changements dans la conception des maisons. Il faut signaler la rareté des données pour le 17e siècle, qui empêche tout véritable constat : faible dynamisme de la commune en cette période particulièrement troublée ? Problème d’identification des maisons modestes dénués de caractères particuliers ? D'autres bourgs voisins comme Saint-Cyprien et Belvès semblent montrer moins de lacunes, même si les constructions de cette période ne sont pas légions.

La maison dans la ville

Au premier abord, les réaménagements au 17e siècle d’édifices ne remettent pas en cause la place de la maison dans la ville qui s’est construite aux siècles passés : « l’esprit » de la maison bloc semble respecté, dans son emprise et sa structuration (AC.444/C avant sa restructuration au 19e siècle, n°21/SJo, n°5-7/T ?), et les modifications de façade se bornent à des aménagements esthétiques (n°25/SJa). Peut-être que l'angle sud-ouest des rues Galmot et Saint-Joseph abritait une élégante demeure de cette époque, si l'on en croit la date portée par une petite une porte en plein-cintre (1670 ; à moins qu'il ne s'agisse du couvent, a priori circonscrit au sud de la rue Saint-Joseph) ; mais, "enchappée" dans la maison de Charité au siècle suivant, il n'en reste rien d'autre. En revanche, les n°7, 7bis et 7ter de la rue Saint-Joseph semblent constituer une dérogation notable : l’édifice (peut-être constitué initialement de bâtiments médiévaux) se présente sous la forme d’un long vaisseau, bâti en fond de parcelle et précédé d’un jardin dans lequel est installé un accès flanqué de colonnes. L’accès principal est une belle porte à bossage, dont l’arc en plein cintre est formé de claveaux à motifs de fleurs en saillie. La composition de cette demeure, qui intègre un espace non-bâti et rompt avec les contraintes du parcellaire (un autre exemple est peut-être à retrouver au n°29/SJo, avant sa restructuration au 19e siècle), augure des changements plus nombreux au siècle suivant. Dès le 18e siècle en effet, des maisons sont construites en retrait de la rue, intercalant une cour entre la voirie et l’habitation (n°2/SJo, n°10-12/SJa) et adoptant de fait un plan en L. Parfois, le programme architectural présenté côté rue semble « traditionnel », mais la maison s’est en fait retournée vers un jardin d’agrément (n°15/SJa, n°54-56/ND) grâce à l’assouplissement des contraintes du parcellaire qui permet désormais d'absorber "carreyrous" et parcelles voisines. Ce jardin, qu'on peut aussi trouver associé aux demeures précédées d’une cour, allège la densité du bâti intra-muros et amène un peu de « campagne » dans la bastide, aidé en cela par des maisons qui empruntent parfois le vocabulaire architectural de demeures rurales (n°15/Tro, avec un porche surélevé). Attention toutefois : la règle n’est pas, au 18e siècle, aux bâtiments démesurés. Beaucoup de maisons construites ou remaniées à cette époque restent moulées dans les logiques générales des 13e-16e siècles (n°33/ND, n°2-4/Tra, n°23/SJa), même si elles sont éventuellement augmentées d’un jardin (n°35/ND). Et encore, il faut ajouter l’existence de maisons plus modestes qui n’occupent qu’une portion de parcelle : il semble qu'au 18e siècle le parcellaire se fragmente, plusieurs maisons coexistant sur ce qui constituait initialement une parcelle unique (n°5/SJo, AC.106/SP). Quel que soit l'ampleur de la maison, un élément particulier du parcellaire commence à cette époque à être négligé : les andrones, dont l’utilisation est progressivement abandonnée à partir des 17e-18e siècles lors de constructions nouvelles et de remaniements importants.

La place dans la ville de ces maisons du 18e siècle évolue, donc, et leurs façades changent elles aussi profondément : si la tendance d’un rez-de-chaussée surmonté d’un seul étage carré et d’un comble à surcroit se poursuit, les toitures évoluent vers des pans brisés à la Mansart, et, surtout, l’heure est à la composition en travées : la plupart des maisons évoquées précédemment ont en effet une façade dont les ouvertures sont alignées verticalement. Le contraste important qui existait jusqu’alors entre le rez-de-chaussée et le ou les étages s’estompe, les ouvertures s’uniformisent. Un des cas le plus remarquable est sans doute le n°33/ND, daté de 1761, doté de grandes baies couvertes d’arcs segmentaires et qui intègre le débouché d’un "carreyrou" et un pontet dans sa composition très soignée en pierre de taille ; la porte est bordée de pilastres, surmontés d’un court chapiteau à volutes que prolonge un bulbe puis une large corniche. La date portée « 1761 » est gravée dans le cartouche qui épouse la forme de l’arc segmentaire. Il faut aussi évoquer le n°23/SJa, qui présente une belle façade côté place et, surtout, un impressionnant mur gouttereau sud régulièrement percé de grandes fenêtres. Si cette organisation régulière des percements est très présente côté rue, elle est aussi de mise côté jardin (n°2/SJo, n°35/ND), voire parfois côté "carreyrou" (n°31-33/SJa). À la variété des percements constatée aux époques antérieures se substitue une utilisation très répandue de l’arc segmentaire, associé à des piédroits rainurés pour l’ancrage des contrevents (n°3/SJp) ou plus sobres, à arête vive (n°5/SJo). Plus rarement, un oculus est incrusté dans la façade (n°10, 31-33/SJa côté "carreyrou", AC.106/SP, AC.410/Tro). La toiture, elle, voit ses brisis ajourés de lucarnes dont l’encadrement peut être simple (n°6, 15/PCa, n°3/J) ou au contraire formé d’ailerons à volutes et d’un motif d’éventail rayonnant en guise de fronton. Quelques maisons, autour de la place des Cornières, présentent une composition d’ensemble assez sophistiquée : le couvert du n°15/PCa par exemple, a un angle abattu en quart-de-rond et une corniche moulurée ; ce soin porté à la construction se retrouve dans la devanture de boutique, scandée de pilastres, déployée sous le couvert. Le n°26/ND a, lui, des baies assez travaillées, rehaussées de coquilles Saint-Jacques, et une corniche enrichie de sculptures en bas-relief. Surtout, ces deux maisons présentent un balcon à rambarde en fer forgé, soutenu par des corbeaux de pierre à volutes. D’autres maisons restaurées à la même époque adoptent elles aussi cet élément d’architecture (n°25/SJa, n°6/PCa) qui se généralisera aux siècles suivants.

L’organisation de la maison

S’agissant de l’organisation intérieure des maisons des 17e et 18e siècles, la principale différence par rapport à la période précédente concerne la distinction des espaces : le contraste architectural évident, aux 13e-16e siècles, entre espaces professionnels et résidentiels s'estompe. Certaines maisons semblent exclusivement dédiées à l’habitation, tandis que d'autres entremêlent les fonctions malgré une composition architecturale homogène. Encore une fois, les programmes bien conservés pour cette période manquent trop souvent. Les maisons du 18e siècle, qu’elles soient ou non précédées d’une cour, s’ouvrent généralement sur un couloir d’entrée (n°2/SJo, n°23/OP, n°15/SJa), au sol de carreaux de terre cuite ou de pisé, qui abrite généralement un escalier assurant la circulation au sein de la maison. Ce dernier peut être simple (n°23/OP) ou au contraire particulièrement développé : une série d’escaliers monumentaux à plusieurs volées et dotés de rambardes en bois ouvragées voire de sculptures pendantes est conservée dans la bastide (n°2/SJo, n°10, 15, 21, 31-33/SJa). Dans certains cas, ce couloir d’entrée abouti en fait à l'ancienne cour intérieure de la maison, couverte pour l’occasion (n°31-33/SJa). Autour de ce couloir, l’organisation des espaces ne semble pas répondre à un schéma particulièrement récurrent : la répartition des pièces de vie est fonction de l’implantation de la maison par rapport à la rue, à une cour, à un jardin, etc. Quelques demeures livrent encore des pièces remarquables : le grand salon à lambris du n°2/SJo, la bibliothèque du n°15/SJa, l’enfilade d’antichambres et chambres de l’hôtel de France (n°21/SJa) au premier étage ou encore les chambres à alcôves des n°15 et 31-33/SJa, dont certaines intègrent encore un beau et très intéressant mobilier fixe en bois (secrétaire, placards) ; des portes, extérieures (n°35/ND) ou intérieures (n°15, 31-33/SJa) apparaissent parfois surmontées d’impostes dont le vitrage est enserré dans un réseau de tasseaux rayonnants ou en damiers. Mais ces exemples sont des maisons de notables, dont l’aisance conduit à des programmes complexes et luxueux ; car d’autres maisons de Monpazier rappellent l’existence d’une architecture domestique plus sobre : les n°32/SJa ou n°3/SJo attestent par exemple d’intérieurs bien plus simples, réduits parfois à une seule pièce d’habitation (n°5/SJo).

L’équipement immobilier – cheminées, éviers, placards, etc. – de ces maisons est assez inégalement connu. Le début du 17e siècle, muet au sujet de la distribution intérieure, se révèle ici à travers quelques cheminées au manteau sculpté : montants galbés et manteau imposant à plate-bande au début du siècle (n°11/PCa, pièce arrière), ou piédroits aux colonnettes juste esquissées et large linteau délardé (n°15/SJa) ; vers la fin du siècle, les contours du conduit sont circonscrit par un cartouche (n°35/SJa). L’aménagement intérieur des maisons plus modestes brille, lui, par son absence : il est cependant possible que l’évier mural à tablettes latérales et les latrines aménagés dans une maison de la rue de la Lumière datent de cette époque (AC.189/L). Au début du 18e siècle, la cheminée est moins saillante et revient à des proportions plus réduites, même si la décoration use encore à l’occasion de motifs géométriques, cartouches, ou baguettes (n°10/SJa à l’étage, n°38/ND, n°21/SJa au rez-de-chaussée) ; le manteau voit parfois ses angles adoucis en quart-de-rond (n°21/SJa à l’étage). Cette tendance se confirme tout au long du 18e siècle, les cheminées délicates et élancées (n°15/SJa à l’étage) côtoyant des modèles à la mouluration plus simple (n°71bis/SJa, AC.436/SJo, AC.183/L), voire très sobres (n°35/SJa, reprise du manteau de la cheminée monumentale) ou franchement archaïque et maladroite (n°24/ND, à l’étage). Dans les maisons plus modestes, il faut imaginer des cheminées au style bien plus « sec », préfigurant celles aux simples piédroits de pierre et linteaux bois qu’on trouve en nombre au siècle suivant. Exception faite de ces cheminées, l’équipement immobilier des maisons de cette époque n’est pas facile à identifier. Les éviers muraux, bordés de tablettes surélevées par rapport à la vasque centrale qui s’évacue dans l’androne, sont souvent très simples et dénués de caractère datant : la légère saillie de ces éléments n’est plus, comme au Moyen Âge, moulurée et il est fréquent que le couvrement se résume à un simple linteau de bois (AC.183/L, n°46/SJa ?). Les placards intégrés dans les murs peuvent présenter des vantaux assez travaillés, avec une ornementation asymétrique (n°33/SJa). Enfin, plusieurs puits peuvent être datés de cette époque : ils sont creusés au centre d’une parcelle non-bâtie (n°7-7bis/SJo) ou aménagés dans l’épaisseur d’un mur de maison (n°35/ND).

Une source riche de promesses : les testaments, inventaires et visites

À partir de la fin du 17e siècle, les archives offrent un type de document potentiellement riche d’enseignement pour la compréhension des cadres de vies et manières d’habiter dans la bastide : les fonds notariaux. Le premier notaire exerçant dans les environs de Monpazier et référencé aux Archives départementales de la Dordogne est M. Brécières, dont les actes s’échelonnent entre 1637 et 1693 ; les fonds de beaucoup d’autres, en exercice au cours des 17e, 18e et 19e siècles sont archivés et constituent une mine d’information (mais un travail de longue haleine pour en tirer parti) : les actes officialisant des ventes, les testaments, les visites ou encore les inventaires après décès apportent, à des degrés divers et parfois de manière très détaillée, un éclairage sur la transmission des biens et l’aménagement des maisons aux époques modernes et contemporaines. Dans le cadre de cet inventaire, ces fonds notariaux ont été sondés pour leur apport direct à la compréhension de l’architecture domestique, mais aussi pour les renseignements indirects qu’ils constituent (situation d’édifice, par exemple). Le volume d’actes en présence nécessite toutefois un important travail d’analyse et il faudrait envisager une exploitation très méthodique de ces sources pour trier et hiérarchiser l’information très dense qu’elle renferme. Par exemple, l’inventaire après décès établi en 1764 à la demande de Marie Honoré du Roch de Prudhommes et dressé par M. Delayé est une liste à la Prévert, difficilement utilisable, de biens très variés, tandis que l’introduction d’un acte de vente dressé par Fauche en 1712 concerne bien une maison… mais nous renseigne finalement sur l’emplacement du Temple protestant !

Pour se convaincre de l’utilité de ces sources à Monpazier, on peut citer l’état des lieux (presque) limpide de deux maisons appartenant au seigneur de Biron et rédigé en 1778 par Thomas Cazes, architecte de la ville de Condom en Gascogne, et Pierre Mollié, architecte du duc d'Aiguillon : dans cette visite, l’intérieur des maisons sises dans l’angle nord-ouest de la place des Cornières est assez précisément décrit, même si l’attention des spécialistes se porte plutôt sur les éléments dégradés du bâti : ainsi, la destination des pièces est évoquée – cave, antichambre, chambre –, de même que des organes de circulation – grand escalier, petit escalier, galerie – ou encore de petits éléments comme les verres à vitre, les carreaux de pavement, les serrures, etc. De telles descriptions viennent très utilement compléter ce que l’édifice conserve encore in situ.

LES MAISONS ET BÂTIMENTS AGRICOLES DES 19E ET 20E SIÈCLES

Cette période des 19e et 20e siècles, très récente, est sujette à un effet de loupe évident : ses constructions semblent plus nombreuses, étant donné qu’elles n’ont pas été restructurées comme l’ont pu l’être les maisons médiévales aux époques modernes et contemporaines. La période n’est pas particulièrement dynamique pour autant et l’architecture qui se développe évoque bien le rôle de bourg rural secondaire dont Monpazier est désormais investi. Les bâtiments se déconnectent un peu plus du parcellaire primitif et le style des façades ne cesse d’évoluer, surtout à partir de la fin du 19e. Le cadastre de 1845 permet d’apprécier la fragmentation des édifices et le développement de bâtiments ruraux en parallèle des maisons.

La maison dans la ville

Bien des maisons restent moulées dans la trame parcellaire médiévale : il s'agit de maisons anciennes, restaurées, dont la façade sur rue est remise au goût du jour sans que l'essentiel de l’enveloppe primitive ne soit pour autant affecté. Beaucoup d’ouvertures anciennes sont d’ailleurs conservées côté "carreyrou", où l’enjeu architectural est moindre que pour la façade principale (n°13/PCa, n°21, 35, 46-48/ND, n°26/SJa, ou encore la remise du n°36/ND). Le remaniement est parfois plus drastique et profond, mais malgré tout l’emprise du bâtiment médiéval ou moderne respectée (n°45/ND, n°8/SP) C’est grâce à ce type d’intervention que le plan de ville du 13e siècle nous est parvenu en si bon état. Le rapprochement d’une parcelle voisine, assimilée comme jardin ou cour intérieure, est fréquent. Des bâtiments voisins sont parfois réunis, sans que l’emprise au sol ni l’apparence extérieure n’en soient fondamentalement modifiées (n°61-63/SJa). En parallèle, des maisons nouvellement construites s’affranchissent – comme d’autres avant elles – de la régularité du parcellaire : ce sont de petits logis établis en bordure de rue (n°1-3/L, n°11, 13/T, n°11/SA, AC.449/OP), éventuellement dotés d’une cour arrière pouvant accueillir des constructions annexes : remise, poulailler, toit à porc, etc. On trouve aussi des maisons au gabarit assez proche de celles bâties sur la tradition persistante, mais qui prennent néanmoins des libertés dans leur occupation de la parcelle (n°83/SJa, n°21/Tro, n°37/SJo) avec des emprises moindres et/ou des cours latérales. Enfin, il peut s’agir de grandes demeures qui recomposent de fond en comble une partie d’un moulon (n°36/ND).

Malgré la variété dans l'occupation du sol qui vient d'être exposée, les maisons construites ou reconstruites au 19e siècle ne dérogent pas à la structuration habituellement constatée aux époques précédentes : le rez-de-chaussée est surmonté d’un seul étage carré et très souvent d’un comble à surcroît ; ce dernier, est parfois particulièrement développé, au point d’être logeable (n°47/SJa, AC.364/FN). Les reconstructions de parties d’édifices entraînent parfois des décalages de niveaux dans un même bâtiment et des hauteurs de toiture différentes dans une même parcelle. Le toit à pans brisés disparait au 19e et est remplacé par un toit à deux pans peu pentu, presque systématiquement doté d’une croupe sur ses petits côtés. Certaines maisons disposent d’une cave, occupant la totalité ou (plus souvent) une partie du sous-sol de la maison ; elles sont rarement voûtées (n°19, 21/SJa). En marge de ces bâtiments constituant la tendance générale, on trouve des maisons plus basses, représentatives de programmes adoptés par la frange la plus modeste de la population (n°18, AC.449/OP, n°1-3/L).

Il faut rappeler pour cette période le grand intérêt du plan cadastral de 1845, qui confirme et bien souvent précise la fragmentation du parcellaire aperçue sur le terrain. Cette fragmentation intervient dès le 18e siècle (au moins) mais ne transparaît avec force qu'à l'époque contemporaine. Ainsi, l'état des sections et les matrices du cadastre attestent fréquemment que des propriétaires ont découpé un édifice pour y aménager plusieurs unités d’habitations ou de travail, séparant ainsi la propriété du "haut" du "bas" ; ils confirment également que des maisons sont recomposées de l’intérieur grâce à de nouvelles circulations établies avec leurs voisines, sans que leur enveloppe ni la cohérence apparente de la parcelle primitive n’en soient pour autant modifiées vu du dehors ! En cette première moitié du 19e siècle, l'heure n'est pas qu'à la destruction et ce plan cadastral montre aussi la remarquable stabilité du réseau de voirie, de l’emprise des moulons et d’une partie des parcelles primitives ; une stabilité « entretenue » d'ailleurs, si l’on en croit le règlement de police de 1834 qui contraint les maçons et architectes à s’enquérir en mairie des alignements à respecter. Mais ce cadastre illustre également la tendance de fond des maisons – dont on trouve déjà quelques exemples au Moyen Âge, puis davantage à l’époque moderne – à composer avec un parcellaire plus perméable qu’il ne paraît et à adopter du même coup des programmes résidentiels inattendus.

D’une manière générale, la structuration des maisons évolue donc peu, mais l’organisation de la façade connait en revanche quelques modifications. Ce n’est pas tant la répartition des baies qui change – l’alignement en travées reste la règle –, que le style des ouvertures et la décoration éventuelle. Dans la plupart des cas, les portes et fenêtres ont un simple encadrement rectangulaire en calcaire jaune, couvert d’un linteau monolithe ou d’une plate-bande à clef saillante ; l’arc segmentaire est parfois utilisé, mais reste marginal par rapport au siècle passé (n°12/ND). La taille assez homogène de ces ouvertures varie parfois au rez-de-chaussée, où sont ouvertes de larges baies de boutique ou d’atelier (n°38, 44/ND, n°16, 48, 60/SJa), ou dans le comble à surcroît percé de petits jours voire d’oculi (n°16/ND). L’écart entre le haut des murs et la base du toit est majoritairement comblé au moyen d’une génoise, formée d’assises de tuiles superposées. La refonte des élévations selon ces canons permet parfois d’uniformiser deux bâtiments réunis (n° 53-55/SJa). Malgré une composition de façade en général sobre et « rustique », l’examen détaillé des baies permet de distinguer la succession de quelques modes : au début du 19e siècle, la porte de la maison est volontiers dotée d’une légère moulure en quart-de-rond cernée de baguettes (n°3, 59/SJa, n°17/SJo, datées respectivement de 1822, 1832, 1809, ou encore n°38/ND). On trouve également quelques pilastres non cannelés, peu saillants, surmontés d’un entablement très simple (n°4/SA, n°15/T). Dans la seconde moitié du siècle émerge une tendance, très suivie, à l’alternance de pierres longues et courtes dans les encadrements de portes et fenêtres (n°20, 23/ND, n°5/SJa, n°29/SJo, etc.). Les baies peuvent être assorties d’un autre élément à nouveau réemployé : le cordon régnant, utilisé pour souligner les différents niveaux de l’édifice. Les balcons se multiplient également à cette époque, mais le porte-à-faux remplace les corbeaux et consoles ouvragés qui en étaient l’indissociable soutènement au siècle précédent. Ainsi, implanté en position centrale ou sur toute la largeur de la façade, le balcon offre à la vue un décor concentré sur la rambarde en fonte ; plusieurs exemples très proches ont une ornementation faite de lignes verticales élancées, réunies par des ogives entrecroisées, et de soleils torsadés (n°60, 61-63/SJa, AC.447/FS). Curieusement, le balcon est absent de toute une série de maisons, édifiées à la limite des 19e et 20e siècles, qui pourtant présentent une composition élaborée témoignant de l’aisance du propriétaire : ces bâtiments se démarquent par une façade très rythmée et animée de détails : les angles (parfois tout le soubassement) sont légèrement saillants et en pierre de taille (n°8/SJo, n°47/SJa, n°42/ND), le cordon régnant souligne les niveaux et réunit les ouvertures par ailleurs liées verticalement au moyen de petits pilastres (n°36, 42, 44/ND) et un entablement formé de corniches denticulées et/ou à modillons amorce la naissance du toit (n°8/SJo, n°42, 45/ND). D’une maison à l’autre les détails varient ou changent légèrement de place mais le vocabulaire, somme toute assez fourni, reste le même. Le n°45/ND présente même une hiérarchie de ses façades : celle tournée vers la rue Notre-Dame fait l’objet d’une attention particulière, tandis que rue Transversale les mêmes éléments sont appauvris par économie (modillons, bandeaux). Plusieurs grandes devantures en bois rappellent encore, notamment sur la place des Cornières, les magasins de cette époque : elles peuvent être très sobres (n°35/SJa), animées de petits caissons (n°9, 13/PCa), ou rythmées de petits pilastres cannelés (n°60/SJa) ; souvent, les contrevents destinés à protéger les vitrines se rabattent derrière des panneaux latéraux mobiles.

Pour cette période donc, cohabitent dans Monpazier des maisons résolument rustiques, par les matériaux et les types d’ouvertures mis en œuvre, et d’autres qui se rattachent à une architecture davantage urbaine ; la distinction étant bien sûr une question de moyens. Attention, toutefois, le contraste assez marqué entre ces deux tendances est aujourd’hui accru par la disparition de beaucoup d’enduits : ces derniers, colorés, cernés de bandes de couleurs, plus rarement parcourus d’un réseau de formes géométriques (cf. supra) contribuaient à animer les façades les plus sobres, en compensant l’absence d’éléments sculptés et en masquant la piètre qualité de certaines maçonneries. Jusqu’aux années 1950, la tradition du 19e siècle reste encore très prégnante, malgré quelques caractères nouveaux qu’on trouve de manière éparse : diffusion d’ouvertures en anse de panier grâce au béton (n°61/SJa), toitures en saille du pignon avec abouts de solives moulurés (n°5/ND, n°13/SJo) ; au nord de la bastide, sur le plateau, plusieurs maisons ont des façades faisant écho aux constructions de l’intra-muros, mais avec un développement bien moins contraint que dans le bourg (AB.58, 60, 273/B, AB.133/E).

L’organisation de la maison

L’organisation intérieure des maisons construites ou réaménagées aux 19e et 20e siècles est un peu mieux connue, n’ayant pas (encore !) été trop gommée par des restructurations ultérieures. Certains bâtiments, représentatifs de différents partis architecturaux, sont suffisamment homogènes pour qu’on puisse restituer la totalité des circulations et la disposition des pièces. Le n°36 de la rue Notre-Dame, dont la construction bouleverse l’extrémité du "moulon", est précédé d’une cour et d’un perron donnant accès à un grand couloir traversant le centre du bâtiment ; les pièces antérieures (sud) hébergent l’activité du propriétaire, notaire de son état, tandis qu’au fond de la maison des espaces de service communiquent avec une courette et la cage d’escalier assure le passage vers l’étage. L’étage reproduit la même logique d’un couloir central autour duquel se déploient des chambres. Cet exemple brille par son ampleur, mais les mêmes principes se retrouvent dans des ensembles mieux intégrés dans le parcellaire (et plus courants) : le n°13/PCa présente, au rez-de-chaussée, un commerce tourné vers la place et bordé d’un long couloir disposant de son propre accès et s’étendant sur près des deux tiers de l’édifice. Une cour intérieure – vestige du Moyen Âge – interrompt le local commercial et ouvre vers des pièces tournées vers le "carreyrou". L’escalier, installé en queue de couloir, dessert l’étage où la logique et le partitionnement des pièces sont semblables. Le n°35/SJa reproduit une disposition similaire, mais la cour intérieure et les longues galeries aboutissant à l’escalier n’ont pas été couverts ; à l’inverse, au n°5 de la rue Saint-Jacques, le principe du long couloir latéral est reproduit mais aucune cour intérieure ne rappelle la structuration ancienne. Le n°42/ND, enfin, illustre une variante en bord d’îlot (valable pour les maisons flanquées d’un jardin, comme le n°8/SJo) : l’accès au couloir principal, qui recoupe la maison en son centre, se fait par le mur gouttereau longeant la rue Transversale. Les pièces tournées vers la rue, dont une dispose d’une cheminée, sont dédiées au commerce, tandis que l’arrière de la maison combine cuisine et souillarde. L’escalier à retour est au fond de l’entrée et mène à l’étage, où les pièces d’habitation se répartissent de part et d’autre de cet axe structurant que sont le couloir et sa cage d’escalier pour cette période.

Plusieurs maisons livrent de manière assez claire la séparation entre habitation et activité professionnelle : dans certaines maisons formant l’angle d’un "moulon" mais n’allant pas jusqu’à la ruelle, la partie arrière du bâtiment affectée au stockage ou à une activité est accessible par le mur gouttereau, tandis que l’habitation reste tournée vers la rue principale (n°10, 12/ND). Dans d’autres cas, un atelier complète l’habitation mais il est individualisé dans un bâtiment distinct : il peut jouxter la maison et border la rue, comme le fournil sis dans la parcelle AC.597 rue Transversale, ou occuper un fond de cour comme aux n°38 (fournil) ou 53 (abattoir) de la rue Notre-Dame.

Les équipements immobiliers apparaissent eux aussi en nombre. Dans la cuisine règne le "cantou", grande cheminée peu saillante, au manteau très sobre constitué de piédroits en pierre et d’un linteau en bois ; cet élément se retrouve dans des demeures de rangs très variés (n°5/ND, AC.153/FS, n°38, 42/ND). Il peut être accompagné d’une niche murale servant de bûcher (AC.200/OP). Les éviers sont également des éléments récurrents, même si, comme à la période précédente, ils sont dotés de tablettes latérales très simples et d’un couvrement en bois, apparaissant ainsi bien plus sobres qu’au Moyen Âge. Les puits assurant une alimentation en eau individuelle se retrouvent dans les caves (n°5, 39-41/SJa, n°41/ND) ou en rez-de-chaussée (n°55/ND). Les latrines, dont certaines remontent au Moyen Âge, sont encore utilisées mais un règlement de police de 1834 les interdit et somme du même coup les propriétaires de condamner les andrones ; des fosses fermées leurs sont désormais préférées. Les cheminées, parfois d’angle (n°9/PCa à l’étage) mais généralement droites, se multiplient et leur taille diminue en accord avec la multiplication des pièces de petite superficie. Le manteau est en bois (n°9/PCa, n°23/OP), parfois en pierre (AC.183/L, n°17/SJo) ou encore en placage de marbre (n°35/SJa, à l’étage de la partie centrale). Si les piédroits et le linteau sont volontiers sculptés (AC.183/L, n°17/SJo, n°9/PCa), la mode est au décor en plâtre ou en stuc, largement employé pour orner les conduits de cheminées : des panneaux ou pilastres bordent et structurent les contours du manteau (n°12, 31-33/SJa) et s’achèvent parfois par des chapiteaux supportant un entablement (n°9/PCa). Les rinceaux de feuilles, de palmettes, les fleurs et motifs géométriques sont des ornements courants, auxquels peuvent s’ajouter des animaux fantastiques (n°23/OP) en bordent souvent les contours, rehaussés parfois bandes, décors géométriques ou frises de rinceaux végétaux. De tels ornements en plâtre viennent aussi en décoration des plafonds (n°13/PCa, n°43/ND).

Les bâtiments agricoles : remises, granges, étables, etc.

Les textes de l’administration municipale (registres de la Jurade) conservés pour l’époque moderne évoquent en filigrane la « cohabitation » dans la bastide, parfois problématique pour la salubrité publique, entre les Hommes et un certain nombre d’animaux (cochons, poules, etc.). Il est certain que les cours et jardinets établis dans le voisinage direct des maisons, du côté du carreyrou, ont abrité cette basse-cour indispensable à l’économie domestique ; et les 19e et 20e siècles ont sans aucun doute perpétué cet usage. Toutefois, les maisons ne conservent plus aujourd’hui de traces des aménagements nécessaires à ces élevages : poulaillers, toits à porcs, etc ; seuls quelques pigeonniers sous comble sont parfois trahis par la pierre d’envol ou les trous circulaires visibles en façade (n°27/SJo, n°39/ND, n°12/J) et seul un exemple – très restauré – de pigeonnier tour peut être envisagé (n°5/SP). Au-delà de cet élevage domestique, des granges, remises, étables ou encore des écuries ont dû exister très tôt dans la bastide (en plus de celles construite au plus près des pâtures) pour répondre aux besoins des éleveurs et abriter les animaux, les outils et les récoltes. Les vestiges manquent pour l’époque moderne, mais les 19e et 20e siècles n’en sont pas avares ; et les textes accréditent d’ailleurs la présence de nombreux animaux en ville : ainsi, le règlement de police de 1834 enjoint-il les propriétaires de bêtes à nettoyer sans délais les fumiers laissés sur les places ou dans les rues ; de même préconise-t-il la manière avec laquelle les troupeaux et attelages doivent être conduits. Les rues du Trottoir (AC.377, AC535), de l’Ormeau du Pont (AC.199), Saint-Pierre (AC462, AC130), de la Lumière (AC.189, AC.212), ou encore Saint-Joseph (n°31) accueillent de longs édifices d’un ou deux niveaux, pourvus de larges baies pour faciliter la circulation des bêtes et le stockage des denrées. Une remise destinée à du matériel ou à des attelages jouxte le presbytère (n°6/SJo) : elle dispose d’une grande arcade en façade et d’un étage dédié au stockage sous charpente. Certaines de ces constructions sont en fait des maisons plus anciennes converties en « bâtiments ruraux », mutations que le registre des augmentations et diminutions associé au cadastre de 1845 rapporte (n°4/SJa désormais détruit, n°45/ND). Certaines étables, à l’architecture somme toute très rustique, conservent encore leurs mangeoires, râteliers ou crèches (AC.377/Tro, AC.189/L). Plusieurs autres bâtiments témoignent d’une construction plus soignée (n°4/J, n°49/ND, n°33/SJo), avec un appareil partiellement en pierre de taille et des encadrements de baies plus sophistiqués que les linteaux en bois visibles en général.

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Conclusion

Du 13e au 20e siècle, l’évolution de l’emprise au sol et du volume de la maison est marquée par une forte inertie. En définitive, rares sont les maisons qui, en sept siècles, se sont affranchies du carcan que constitue le parcellaire médiéval de la bastide en adoptant un programme architectural véritablement singulier. Il ne faut pas négliger pour autant ces quelques dérogations, bien au contraire, car les beaux exemples recensés illustrent les conditions variées des habitants de Monpazier et l’adaptation du projet urbain qui en découle nécessairement ; l’image répandue d’une bastide homogène ne résiste pas à un examen attentif de l’architecture domestique, témoin de situations socio-économiques individuelles très contrastées. Mais force est de constater que le réseau de voirie, la densité des moulons et la parcelle modulaire ont contraint la conception des maisons de manière assez implacable au fil des siècles : du Moyen Âge au 20e siècle, celles-ci ont été reconstruites sur elles-mêmes, fossilisant une structuration générale et des principes de circulation (couloir latéraux longeant la boutique, cour intérieure à galeries devenue cage d’escalier fermée, etc.) laissant peu de place à des partis particuliers (aucune tourelle d’escalier en vis hors-œuvre, par exemple). Les fusions de bâtiments observées çà et là n’ont pas abouti à une reconfiguration totale des maisons, qui de l’extérieur restent sagement inscrites dans les limites que leur impose la matrice régulière du parcellaire. Pour autant, et malgré ces rémanences, on « n’habite » pas de la même manière les maisons de Monpazier à l’aube de la guerre de Cent Ans et après la Révolution française ! La décoration d’architecture et l’aménagement intérieur (immobilier) illustrent une grande variété de formes, fonctions des modes en vigueur, des moyens et de l’évolution des manières d’habiter ; l’habitat a un caractère résolument urbain dès le Moyen-Âge et, si cet esprit transparait aux siècles suivants, il s’empreint progressivement de ruralité à mesure que la bastide se recroqueville sur ses environs immédiats. L’architecture domestique s’en trouve appauvrie, l’époque contemporaine affichant majoritairement des maisons sans grand caractère. Aujourd’hui, si les bâtiments témoins des activités agricoles dans la bastide sont tous désaffectés, les maisons assurent encore les fonctions pour lesquelles elles furent développées au Moyen Âge : combiner une activité artisanale et marchande à un habitat, pour maintenir un foyer économique et un espace d’échange au sein d’une vaste zone rurale.

Notes :

[1] DRYJSKI Christophe et Dominique. Monpazier : plan de sauvegarde et de mise en valeur. 1995, 5 vol. Ce document, constitué d’un rapport de présentation, mais aussi du règlement du secteur sauvegardé et de son plan, est consultable en mairie.

[2] Pour une présentation de l’évolution de l’urbanisme de la bastide, se référer au dossier « ville nouvelle ».

[3] L’église Saint-Dominique est à ce titre un assez bon jalon : l’essentiel de la construction est en calcaire blanc, le calcaire jaune apparaît dans des reprises en sous-œuvre ou pour l’achèvement du couvrement et la construction de la tourelle d’escalier hors-œuvre du clocher postérieurs à la guerre de Cent Ans (voir aussi : PONS Jacques, 1997).

[4] "La maison du chapitre à Monpazier". Eau forte, par Léo Drouyn, 23 juin 1846.

[5] Dans la bastide de Montcabrier, à Puy-l’Êvèque, etc.

[6] GARRIGOU GRANDCHAMP Pierre. "L’architecture domestique des bastides périgourdines aux XIIIe et XIVe siècles". Congrès archéologique de France, n°156, Périgord 1998. Paris : société française d’archéologie, 1999, p. 47-71.

[7] Archives départementales de la Dordogne, 3 E 15134.

[8] Archives départementales de la Dordogne, 3 E 15135.

[9] Archives nationales, Tra 479/8 : voir l’annexe jointe au dossier individuel correspondant dans lequel cette visite est retranscrite.

[10] Archives municipales de Monpazier : règlement de police de 1834.

[11] Ibid.

[12] Ibid.

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