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Edito

Depuis la création de la commission régionale en 1967, l'Inventaire général de l'Aquitaine recense, étudie et fait connaître l'ensemble du patrimoine architectural et mobilier de son territoire, qu'il soit exceptionnel ou représentatif d'une famille d'édifices ou d'objets mobiliers. Depuis une cinquantaine d'années, des chercheurs et des photographes constituent une documentation scientifique normalisée accessible sur ce site.
 
Les dossiers de l'Inventaire général permettent de renouveler la recherche en histoire de l'art et la connaissance en replaçant les territoires, avec toutes leurs composantes, au cœur d'une méthode qui associe des prospections systématiques sur le terrain à des études historiques dans les archives. Ils contribuent à mieux voir un patrimoine parfois oublié ou en devenir que chacun d'entre nous se doit de protéger et de valoriser.

Lumière sur

Château Desmirail, ancien domaine de Port-Aubin

Dans la traverse du bourg de Cantenac, près de la mairie, l’imposant cuvier du domaine de Desmirail attire le regard. Bien plus que la "chartreuse", qui lui a été adjointe dans les années 1980 faute de "château", il constitue un monument emblématique dont l’histoire reste encore largement méconnue.

L'appellation Desmirail provient d’un domaine appartenant à Jean-Baptiste Desmirail, avocat puis président au Parlement de Bordeaux au milieu du XVIIIe siècle, dont le vignoble se trouvait dans la commune de Margaux. Rien à voir avec l’actuel Desmirail, à Cantenac, qui correspond à l’ancien domaine de Port-Aubin, situé dans les palus de Cantenac et de Labarde, comme l’indique la carte de Belleyme.

Sur le plan cadastral de 1826 du bourg de Cantenac, deux bâtiments de même longueur sont disposés parallèlement, formant une cour.Extrait du plan cadastral, 1826, section B, parcelle 1.Extrait du plan cadastral, 1826, section B, parcelle 1.

Dans les éditions de l’ouvrage de Cocks et Féret, à partir de 1850, le domaine Port-Aubin, avec "chais au bourg" et "vignes de palus", appartient à Alfred Gaigneron Jollimon de Marolles (1801-1873). Ce dernier, marié à Elisa Lawton, acquiert le domaine en 1841 (1) : il comprend alors 85 journaux de vignes, 23 journaux de prairies, "bonne maison d'habitation", "vastes cuviers et chais", grange et étable évalués à 173 400 f.Plan du domaine de Port-Aubin (?), s.d. [1874].Plan du domaine de Port-Aubin (?), s.d. [1874].

Il y réalise des transformations, notamment la construction d'un chai dans le prolongement du bâtiment sud, figurant sur un plan de 1856 (2).Extrait d'un plan daté 1856 : représentation des bâtiments appartenant au comte de Marolles.Extrait d'un plan daté 1856 : représentation des bâtiments appartenant au comte de Marolles.

Un document daté 1874 donne les dimensions des bâtiments existants, chais, cuvier et maison et corps de logis en face du chai et du cuvier (3).Courrier adressé à W. Lawton, donnant les dimensions des bâtiments de Port-Aubin, 5 février 1874 (page 1).Courrier adressé à W. Lawton, donnant les dimensions des bâtiments de Port-Aubin, 5 février 1874 (page 1).

A la fin des années 1880, la famille Pereire, qui possède déjà le château Palmer voisin, devient propriétaire de Port-Aubin. C'est probablement à son initiative que le cuvier est agrandi et restauré : le bâtiment est, semble-t-il, doublé d'un vaisseau à l'est et équipé d'un niveau de plancher. Les façades auraient alors été reprises avec les ouvertures en brique et pierre ainsi que les frontons sculptés visibles aujourd’hui. Ces transformations ont peut-être été réalisées en 1894, date inscrite dans le sol cimenté du cuvier. A cette époque, le domaine produit 200 à 250 tonneaux.Cuvier : date 1894 inscrite dans le sol.Cuvier : date 1894 inscrite dans le sol.

Ce bel exemple de cuvier dit médocain, organisé selon deux niveaux, comprend au rez-de-chaussée les cuves tandis que la vendange était chargée à l’étage par deux larges baies ornées de tables décoratives et de bas-reliefs sculptés de motifs de vigne et de raisin. Le plancher aménagé au-dessus des cuves en bois est soutenu par des colonnes en fonte ; une vaste charpente en bois à entrait retroussé dégageait l’espace de travail et facilitait ainsi les manœuvres des ouvriers.

C´est en 1981 que Lucien Lurton reconstitue le domaine en réutilisant la marque Desmirail. Entre 1982 et 1984, les habitations qui font face au cuvier dans la cour sont transformées en "château" par les architectes bordelais Michel Garros et Jean-Louis Canouët (4).Projet de restauration de l'aile de logements, s.d. [1982].Projet de restauration de l'aile de logements, s.d. [1982].

(1) et (3) AM Bordeaux. Fonds Lawton, 211 S 282.

(2) Atlas du château d’Issan, 1856, collection particulière.

(4) AM Bordeaux. Fonds Garros, 208 S : rec. 203.

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